C4LIK. — Physiol.comp., 3' édit. jr ^ry
sangs, c'est l'artériel qui, le plus souvent, se montre le plus chaud. Les différences entre les deux sangs sont là assez faibles, puisqu'elles oscillent, terme moyen, entre 1 et 5 dixièmes de degré. Néanmoins, elles s'élèvent dans quelques cas jusqu'à 6 à 7 dixièmes et plus, suivant les espèceset l'état des individus observés.
On comprend sans peine qu'il ne peut y avoir de rapport constant et invariable entre la température du sang veineux et celle du sang artériel, puisqu'il n'y a pas de rapport fixe entre les conditions de réchauffement et celles du refroidissement des deux sangs. Lorsque la peau est nue, par conséquent notablement moins chaude que les parties profondes, son sang, celui des réseaux souscutanés et des parties voisines de la surface en arrivant au cœur, refroidissent le mélange provenant des parties centrales. Alors la totalité du sang veineux dans les cavités droites, descend au dessous de la température du sang artériel. Au contraire lorsque la peau est dans un état opposé au premier, c'est-à-dire pourvue d'un revêtement épais, et mauvais conducteur, pelage ordinaire, toison, fourrure, ou plumage, le sang qui en provient, et celui des parties sous-jacentes est presque aussi chaud que le sang des centres, aussi la température de la masse de ces sangs tend à se mettre en équilibre avec celle de l'artériel. Enfin, toutes les fois que le sang veineux est échauffé, surtout par la contraction musculaire, et il l'est beaucoup par cette action, le mélange dans les cavités droites tend à dépasser plus ou moins le sang artériel. L'expérimentation est ici d'accord avec la théorie, et elle met en évidence les variations successives dont il s'agit, dans des délais très courts.
J'en cite quelques exemples :
Le premier est relatif aune chienne vigoureuse, de grande taille, en digestion, mise en expérience dans une salle à la température de -\- 12. Au début, avant toute manipulation, la température du vagin, prise comme terme de comparaison, est 39,6. Après la mise à nu des vaisseaux à la partie inférieure du cou, elle s'élève à 40,9, ou de 1 degré 3, pendant que l'animal se débat avec violence et quesa respiration est considérablement accélérée. A ce moment le thermomètre introduit dans le cœur droit par la jugulaire marque 40" 9, puis dans le cœur gauche par la carotide 40,2, différence 6 dixièmes de degré en faveur du sang veineux qui s'est échauffé par l'agitation, les cris etc. Un peu plus tard, alors que l'excitation est encore vive et la respiration à 156, le thermomètre donne dans le cœur droit 40,3, et dans le cœur gauche 39,6, différences 0,7 en faveur du sang veineux. Cette différence s'atténue insensiblement à mesure que le calme se rétablit et que la respiration devient plus lente. Au moment oi!i le nombre des mouvements respiratoires descend à 125, l'excès de température du cœur droit se réduit à 0,2. Puis lors d'un calme complet, 1 heure 1/2 après le début de l'expérience, les rapports changent : le thermomètre donne 38,3 dans le cœur droit, 38,7 dans le gauche, différence 0,4, au profit du sang artériel. A ce moment la température vaginale est de 5 dixièmes au-dessus de celle du sang artériel. Le lendemain l'animal étant très calme, 15 respirations à la minute, température vaginale 39,8, le thermomètre marque :
Cœur droit 38,75, cœur gauche 39,10; puis, un quart d'heure plus tard, cœur droit 38,80, cœur gauche 39,10.
Une demi-houro après, la i»eau ayant été mouillée dans toute sou étendue par rimmersioii.
Le cœur droit 38,85 le cœur gauche. 39,35
Après réaction 39,05 39,45
Après saignée de 300 gr. 30,0.') 39,85
Ainsi, on voit que, dans les moments de vive excitation avec accélération de la respiration, secousses musculaires, la température de l'ensemble du corps et du sang noir, dépasse celle du sang rouge, et que, une fois le calme rétabli, la respiration ramenée à l'état normal, la température du sang artériel redevient prédominante. En d'autres termes: 1° l'agitation, la contraction musculaire, l'accélération des fonctions respiratoires et circulatoires élèvent la température des deux sangs, mais plus celle du sang noir que celle du sang rouge ; 2° l'inaction des muscles, le ralentissement de la respiration font baisser la température des deux sangs, mais plus celle du noir que celle du rouge. Entre ces deux conditions il y a un moment ou les deux ont une température sensiblement égale.
L'excès de température du sang artériel, à l'état normal, c'est-à-dire en dehors des conditions où il y a agitation, accélération de la respiration et de la circulation n'est pas un fait relatif, un résultat de l'abaissement de la température du sang veineux. Il tient à un échauffement réel du sang dans les poumons par les actions chimiques qui s'y accomplissent, échauffement, qu'il est impossible de considérer comme produit ailleurs, puisque la comparaison est établie entre le sang immédiatement à son entrée et le sang à sa sortie de cet organe. L'échauffement du sang veineux, au contraire, ne peut être le fait immédiat de la respiration, il est incontestablement le résultat des actions musculaires, ou des phénomènes chimiques accomplis dans les muscles en contraction. Ce qui le prouve, c'est que le muscle en contraction non seulement s'échauffe lui même, mais encore échauffe les parties qui l'ealourent. Or, à fortiori il doit le faire pour les éléments qui le pénètrent, solides ou liquides.
Il importe, pour juger de la valeur des constatations relatives à la température des deux sangs, d'une part, de ne pas se borner à des animaux d'une seule espèce et, d'autre part, de bien tenir compte des conditions dans lesquelles ces constatations sont faites. Les variations doivent s'opérer dans le même sens sur tous les animaux, dans des conditions intérieures et extérieures semblables. C'est en effet ce qu'on observe.
Ainsi, sur un cheval vigoureux, j'ai noté des diflërences analogues à celles dont il vient d'être question sur le chien : 1° Avant l'exercice, pendant une inaction d'assez longue durée, la température était la même dans les deux cœurs, 2° Après un exercice de 10 minutes la température s'est élevée de 3 dixièmes de degré dans les deux. 3° Cette température du cœur a toujours été inférieure à celle de l'abdomen et du bassin.
Dans les cas où il n'y a pas de réactions violentes pendant les manipulations que réclame la dénudation des vaisseaux qui doivent donner accès aux thermomètres, on n'observe pas ces oscillations alternantes de la température des deux
san"-s. Ainsi sur un chien peu irritable qui ne s'est pas débattu pendant l'opération j'ai noté dans des temps successifs.
Cœur droit. Cœur gauche.
as^so 39°,10
La température du rectum qui était au début de ces constatations de 39, 2o, était à la fin de 39, c'est-à-dire toujours plus élevée que celle du cœur.
En résumé, il n'y a pas de rapports (ixes entre la température du sangveineux et celle du sang artériel dans les cavités du cœur, ou, en d'autres termes, entre la température du sang à son entrée dans le poumon et celle du sang à sa sortie de cet. organe. Nous aurons bientôt à chercher le sens de ce fait que mes expériences^ ont mis hors de doute. D'ailleurs, deux ans après la publication de mon travail, deux observateurs, Jacobson et Bernhard ^ ont, en 1868, trouvé comme moi, et contrairement aux résultats annoncés par M. Bernard, que souvent la température du cœur gauche est plus élevée que celle du cœur droit.