‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 30 sur 310 · Bérard. oitv. cité. t. II, p · texte numérisé non relu

Bérard. oitv. cité. t. II, p

3. Voy. Béclard, Rapport sio' la thérapeutique respiratoire ou la voie bronchique comparée à la voie gastrique {Bull. deVAcad. de méd., 1866-1867, t. XXXII, p. 504).

i. G. Colin, Expériences sur Taction des matières putrides introduites dans Vorgani^^me {Bull, de CAcad. de méd., 16 mai 1871, t. XXXVI, p. 28-2).

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Certaines matières peu osmotiques, d'origine animale ou végétale, réfractaires à l'absorption gastro-intestinale, sont parfaitement absorbées dans les voies aériennes. Ainsi, 1 décigramme de curare délayé dans 10 grammes d'eau, injecté par la trachée d'un chien, a déterminé la chute du corps à la dixième minute et la mort à la quarantième. La même dose, avec 5 grammes d'eau, a pi'oduit les mêmes effets à la troisième minute et la mort à la septième.

Dans ces expériences il faut, pour éviter la perte, porter directement le liquide dans la trachée. Il résulte des miennes, sur le vinaigre sternutatoire, que si le liquide est versé directement, comme on le conseille, dans les cavités nasales, il tombe presque en totalité dans l'arrière-bouche et se trouve dégluti au lieu de descendre dans les voies aériennes.

Les matières colorantes peuvent aussi être absorbées par les voies pulmonaires. Mayer, Seiler et Ficinus se sont assurés du fait en ce qui concerne l'indigo et le safran : il n'a aucune importance.

Il en est de même des matières virulentes. Bien qu'elles n'agissent pas, pour la plupart, à la suite de leur ingestion dans le tube intestinal, elles donnent lieu cependant quelquefois à la contagion, si on les fait avaler de force au mouton, au chevreau, au lapin et autres petits herbivores. C'est alors qu'elles font souvent fausse route, et c'est par la partie qui en tombe dans les voies aériennes que s'opère l'inoculation rapportée à la muqueuse digestive par les expérimentateurs inattentifs.

Toutes ces matières s'absorbent aussi très vite dans les sacs aériens du thorax et de l'abdomen des oiseaux. J'ai vu le sulfate de strychnine injecté dans ces sacs donner des convulsions aux passereaux au bout d'une minute et les tuer 30 à 40 secondes plus tard.

Les particules solides en suspension dans l'air, les poussières métalliques, celles de charbon, de grès, portées avec l'air dans les dernières ramifications, bronchiques, peuvent y être absorbées, si elles se dissolvent dans les sucs muqueux ou si elles se convertissent en composés solubles. Celles même qui sont anguleuses ou acérées peuvent se frayer des passages à travers la muqueuse délicate des vésicules, se fixer dans le tissu pulmonaire, ou encore passer dans les ganglions. Les verts arsenicaux déterminent, sur les ouvriers qui les emploient, le coryza, des coliques et même un empoisonnement mortel. Les poussières de carbonate de plomb inspirées en plus ou moins grande quantité par les cérusiers, parles peintres en bâtiment, produisent souvent des coliques dites saturnines, des douleurs arthritiques, des paralysies partielles.

L'inhalation habituelle du poussier de charbon, dans les mines et dans les ateliers de mouleurs en cuivre, celle de la poussière d'émeri, des poussières siliceuses, dans les lieux où l'on polit les métaux, chez les porcelainiers, les aiguiseurs, etc., donnent lieu à des obstructions des fines divisions bronchiques et des vésicules pulmonaires, à des pneumonies caséeuses simulant laphthisie, ou elles déterminent tout au moins la dyspnée, l'asthme, etc.

Il est clair que, dans la plupart des cas, ces poussières inertes ne passent qu'en très petite quantité dans les tissus, et qu'elles demeurent en grande partie dans les cavités bronchiques les plus ténues et dans les vésicules pulmonaires oij elles

AnSOlîl'TiO.N DANS LIES VOIES AÉRIENNES. UU

exercent une simple action mécanique et une irritation plus ou moins vive. Sous ce rapport, elles se comportent comme les poussières de coton et d'autres matières organiques, à la fois peu solublos et non susceptibles de se frayer des voies à travers les tissus du poumon.

Ce qui arrive aux poussières, aux corpuscules insolubles, indique suffisamment le danger de rintroduction ou de la chute dans les bronches des matières médicamenteuses insolubles ou précipitables. Ici le danger est plus grand encore, caries substances insolubles, en grande quantité, déterminent dans les points du poumon où la pesanteur les amène, des pneumonies partielles très graves, parfois avec suppuration et gangrène. De là l'indication de ne jamais injecter dans les bronches que des médicaments susceptibles d'être intégralement absorbés.

Les poussières provenant des produits mor])ides desséchés, des croûtes de varioleux, de moulons claveleux, etc., peuvent évidemment, en arrivant avecTair jusqu'aux parties les plus profondes des voies respiratoires, s'y dissoudre dans les mucosités et y être absorbées. On s'explique ainsi un certain nombre de faits de contagion à distance.

Toutes les parties de la muqueuse des voies respiratoires ne jouissent pas, au même degré, de la faculté d'absorption dont nous venons de voir tant d'exemples. Les parties à l'entrée de ces voies sont certainement celles où cette faculté aie moins de puissance; néanmoins, dans les sinus, sur les cornets, sur les volutes ethmo'idales, elles absorbent l'iodure de potassium, le cyanoferrure de la même base, le curare, etc. ; aussi devrait-on, plus souvent qu'on ne le fait, chercher à les utiliser dans le traitement des aflections morvo-farcineuses. d'autant que les substances absorbées par ces membranes se rendent, par les lymphatiques, dans les ganglions sous-maxillaires plus ou moins tuméfiés.

L'expérience suivante, que j'ai faite sur le lapin, prouve la rapidité de l'absorption dans les parties supérieures des voies respiratoires. Après la ligature de la trachée, au milieu du cou et l'incision du canal au-dessous du lien pour laisser la respiration libre, une injection dans le nez de 3 centigrammes de sulfate de strychnine a déterminé dès convulsions et la chute du corps après 2 minutes 30 secondes et la mort à la fin de la dixième minute.

La muqueuse des voies aériennes, dont la surface est immense, constitue donc, eu raison de sa grande activité d'absorption. îa principale, la plus grande des voies toujours ouvertes aux gaz, aux vapeurs et aux matières pulvérulentes suspendues dans l'air. En même temps qu'elle absorbe l'oxygène vivillant, elleadmet les gaz malfaisants, délétères, la vapeur d'eau, le miasme, l'effluve, le virus volatil, représenté soit par des matières amorphes, soit par des éléments figurés. Les voies que cette muqueuse tapisse sont un gouffre où s'engloutissent tout ensemble, et les éléments sans lesquels la vie ne peut s'entretenir, et une foule d'agents funestes qui la menacent et souvent la tuent. Ces éléments divers y trouvent un accès d'autant plus sur qu'ils n'y sont point modifiés, comme dans les voies digestives, par l'action de divers liquides.

11 est très facile de s'assurer de l'entrée et du séjour momenlané d'un grand nombre d'organismes microscopiques dans les voies aériennes, en examinant le liquide qui tapisse ces voies. Dans ce vaste réceptacle, le mucus joue le rôle des

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enduits visqueux dont on revêt rintôricur d'un aéroscojte : comme eux il retient les corpuscules apportés par l'air et, en outre, il oiïre à ceux qui sont animés un milieu apte à leur développement ou à leur culture. Les microbes de certaines bronchites, ceux de la pneumonie, du coryza, de l'angine gangreneuse, des cavernes tuberculeuses sont très probablement d'origine atmosphérique. Ils vivent dans l'appareil respiratoire parce qu'ils y trouvent un milieu favorable comme les microbes apportés avec les aliments et les boissons vivent dans l'appareil digestif. A certains moments leurs véhicules altérés peuvent, par l'inoculation, donner lieu à des affections mortelles, ainsi que je m'en suis assuré non seulement pour ceux des mammifères domestiques, mais encore pour ceux des animaux qui, comme le dauphin, respirent l'atmosphère maritime plus pure que celle des conlinents^

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