‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 31 sur 310 · DE L'ABSORPTION SUR DIVERSES MUQUEUSES ET DANS LES VOIES GLANDULAIRES · texte numérisé non relu

DE L'ABSORPTION SUR DIVERSES MUQUEUSES ET DANS LES VOIES GLANDULAIRES

Elle s'y fait plus ou moins facilement suivant leur vascularité, l'épaisseur de leur épithélium et les propriétés des fluides qu'elles sécrètent.

La conjonctive doit être placée en première ligne pour sa grande perméabilité. L'acide cyanhydrique qu'on y verse foudroie les animaux, les solutions de belladone qui y sont appliquées déterminent vite la dilatation de la pupille. J'ai vu le sulfate de strychnine à la dose de 5 centigrammes, à la face interne des paupières du lapin, déterminer des convulsions avec chute du corps à la quatrième minute et la mort à la septième. Néanmoins la conjonctive ne paraît pas absorber toutes sortes de substances dissoutes. Il résulte de mes expériences qu'elle n'absorbe point le virus charbonneux. J'ai, en effet, soulevé les paupières, badigeonné leur surface d'un pinceau lin imprégné de sang charbonneux, ou maintenu à leur face interne des caillots de même nature sur des porcs, des moutons, des chevaux et des lapins, sans donner lieu au moindre accident.

Il en a été de même des applications du virus septicémique et des matières tuberculeuses.

Le curare ne paraît pas non plus absorbé par'cette membrane. Ayant introduit à l'angle nasal de l'œil d'un jeune chien un morceau de curare suffisant pour tuer deux animaux de cette espèce, puis maintenu les paupières rapprochées pendant plusieurs minutes, je n'ai vu se produire aucun symptôme d'empoisonnement. D'après Fontana, le venin de la vipère déposé sur les yeux ne tue pas; il donne lieu seulement, après quelques minutes, à une forte tuméfaction des paupières.

La pseudo-muqueuse qui tapisse la cavité préputiale et recouvre la verge doit à son épithélium pavimenteux et à sa matière sébacée, peu miscible à l'eau, et à

1. G. Colin, De révolution des organismes microscopiques sur Vanimal vivant, dans le cadavre et les produits morbides (Mém. à l'Acad, des se. Extrait dans ies Comptes rendus, t.XGV, 1882, p. 1338).

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d'autres lii|uiiles, de se montrer assez réCractaire à l'absorption. Un cheval auquel jai tait frictionner la verge avec des feuilles deRhus toxicodendron, n'a présenté aucune trace de ces éruptions qui se produisent si souvent au\ mains des personnes qui ne font que toucher à. ces feuilles.

Cette muqueuse, qui est délicate et rosée chez les ruminants et les carnivores, V absorbe sans doute moins dinicilement. Mais elle paraît, comme la muqueuse intestinale, se refuser à l'absorption du curare. J'ai vu un chien conserver pendant quatre heures dans la cavité préputiale, dont l'ouverture avait été liée après l'injection. 1 décigi'amme de curare délayé. Il ne s'est produit aucun symptôme d'empoisonnement.

Demarquay a constaté que, sur l'homme, le tégument du 'gland et de la face inlernedu prépuce n'absorbait lecyanoferrure de potassium qu'après une, quatre, huit heures, et même quelquefois pas du tout. Aussi, est-ce plutôt par la muqueuse lie l'extrémité de l'urèthre que par celle-là que doit se faire l'absorption du virus syphilitique dans les cas où il n'entre pas, soit par des parties dépouillées de leur épidémie, soit par des solutions de continuité.

La muqueuse vaginale n'absorbe aussi qu'avec une certaine lenteur, car il faut attendre plusieurs heures pour retrouver dans l'urine des traces de cyanoferrure de potassium sur la jument dont le vagin a été tamponné au moyen d'une éponge chargée de la solution de ce sel. Demarquay est arrivé aux mêmes résultats en ce qui concerne la femme'. Le passage du cyanoferrure dans l'urine ne s'observait qu'après trois ou quatre heures. Dans quelques cas même il n'a pas été constaté.

D'après mes expériences, une goutte de sang charbonneux portée au fond de la cavité vaginale des petites femelles herbivores, celle du lapin et du cobaye, peut déterminer un charbon mortel.

La muqueuse utérine, peu après le part, est une surface douée d'une grande activité d'absorption, surtout au niveau des insertions placentaires indiquées par des ouvertures encore béantes ; aussi absorbe-t-elle les matières putrides qui résultent soit de la décomposition du délivre non éliminé, soit de ses produits de sécrétion altérés et même des miasmes répandus dans l'atmosphère, puisque l'oritice utérin, longtemps béant, leur donne un libre accès. xAussi, est-ce dans ces conditions que se développent, comme on le sait, les graves accidents de la tîèvre puerpérale.

D'ailleurs, dans une foule d'autres circonstances, la muqueuse utérine opère une résorption très évidente. Lorsque le fœtus ne peut être expulsé, il se momifie par suite de la disparition de ses parties molles et de ses fluides. Le sang épanché dans l'utérus, pendant le travail de la parturition, lesetïortset les manipulations de la délivrance, est aussi souvent repris, s'il n'est pas en très grande quantité. Au col, l'absorption a lieu toujours d'une manière très évidente. On sait, depuis longtemps, que la belladone peut y produire des effets généraux.

Dans les voies urinaires, l'absorption est évidente à compter du bassinet oîi l'urine s'épaissit, si un calcul lui barre l'entrée de l'uretère. Plus loin, l'absorption est plus manifeste encore en raison de l'accroissement des surfaces.

A la muqueuse vésicale la faculté absorbante se prouve par la concentration progressive de l'urine et par l'empoisonnement que produit la strychnine injectée dans ce réservoir. Le fait d'intoxication a été constaté par Ségalas sur le chien et

sur le lapin. Sur l'homme, Demarquay^ a noté que riodure de potassium, en solution très étendue, injecté dans la vessie, s'est retrouvé dans l'urine tantôt au bout d'une demi-heure seulement, d'autres fois après trois, quatre, cinq ou six heures ; encore cela n'a eu lieu que dans la moitié des cas.

Le curare injecté dans la vessie est sans action toxique. Cl. Bernard l'a constaté, et j'ai reconnu une fois l'exactitude de ce fait sur le chien en prenant la précaution de lier après l'injection, pour plusieurs heures, l'extrémité du canal de l'urèthre et l'entrée du prépuce. Le défaut d'action du poison ne tient pas à ce qu'il pourrait être altéré par l'urine, car celle-ci prend des propriétés toxiques.

Lorsque, avant l'injection d'une solution saline, la vessie a été sondée, l'absorption se fait plus vite que dans les conditions normales; elle a lieu alors très activement dans les points que le contact de l'instrument a dépouillés de mucus et d'épithélium.

Les canaux excréteurs des glandes, et les réservoirs qui leur sont annexés, jouissent aussi d'une faculté absorbante très active, mise en évidence par un grand nombre de phénomènes normaux ou pathologiques comme par les expériences.

Lorsque les canaux salivaires sont liés ou qu'un calcul en obstrue la lumière, la partie aqueuse de la salive se résorbe et le mucus seul reste. Si on y injecte une solution d'iodure de potassium ou de cyanoferrure, ces deux sels se retrouvent bientôt, soit dans l'urine, soit dans les canaux des glandes opposées. La strychnine et le curare, d'après Cl. Bernard, y produisent des phénomènes d'intoxication plus vite pendant l'inaction des glandes que dans les périodes de sécrétion.

Dans les canaux pancréatiques liés, la partie aqueuse du suc disparaît non moins vite que dans les canaux salivaires, et on n'y trouve bientôt plus qu'un mucus très épais.

Il en est de même dans les voies biliaires. La bile qui arrive dans la vésicule est peu consistante, à peine visqueuse, peu foncée en couleur, comme on le voit en établissant des fistules sur les carnivores, les ruminants et les autres animaux pourvus d'une vésicule biliaire. Lorsque cette bile a séjourné pendant un certain temps dans son réservoir, elle se concentre, s'épaissit, devient très visqueuse, foncée en couleur, etc. Or, sa partie aqueuse a été résorbée, et peut-être avec elle ont disparu aussi quelques-uns de ses principes lîxes. Quand ce liquide ne peut plus suivre son cours normal, par suite de l'obstruction de ses voies, ou de la ligature des canaux, ou enfin par l'effet d'une cause quelconque, il est résorbé en plus grande quantité: ses sels, sa matière colorante, sont repris aussi bien que sa partie aqueuse; alors la bile, charriée avec le sang, va teindre en jaune la peau, les membranes muqueuses, plusieurs tissus et divers produits de sécrétion. Tous les jours l'expérimentation peut reproduire ces phénomènes en suspendant l'évacuation normale du liquide.

Les mamelles sont le siège d'une résorption analogue, bien qu'elle s'opère sur des principes plus difficiles à absorber que ceux de la bile. Lorsqu'une femelle vient à être séparée brusquement de ses petits pendant que ses mamelles sont gorgées

1. Demarquay, De V absorption par les plaies {Mémoire de l'Acacl. de méd. 1867-68, t. XXXVII [, p. 424).

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