LO
Le refroidissement par périodes de 5 minutes a été successivement de 2°, 8, — 1,6, — 1,0, — 0,31, — 0,5, — 0,7, — 0,3, — 0,2, en somme de 8 degrés en 40 minutes. Du côté opposé où les poils étaient demeurés intacis, le thermomètre oscillait entre 34°, o et 34°, 6. Le refroidissement total de ce côté, dans cette atmosphère à 0, n'avait donc été que d'un demi-degré.
A une température plus basse, le refroidissement marche avec plus de rapidité, sans devenir beaucoup plus considérable. J'ai vu la température sous-cutanée
baisser de 4 degrés, 6 dans les cinq premières minutes qui ont suivi la tonte de la région du thermomètre, l'animal dans une atmosphère à — 5, ciel brumeux, sol couvert de neige. Néanmoins l'abaissement de la température a une limite, quant à son degré et à sa rapidité. Un cheval, en sortant de l'écurie, fut attaché au pied d'un grand cèdre, l'air étant à — o, ciel découvert, vent très froid, sol glacé et couvert de neige. A sa sortie, la température sous-cutanée était 35,4. Trois quarts d'heure après 34,2. A ce moment la région du thermomètre fut fondue. En 40 minutes l'instrument descendit à 28, refroidissement 7°, 4 à compter du début, ou de 6,2 à partir de la tonte.
Ce refroidissement n'est pas momentané comme on pourrait le croire ; il dure fort longtemps sur les sujets chez lesquels la réaction n'a pas lieu ou n'acquiert pas une suffisante intensité. Ainsi, par un froid de — 3, le côté droit de la poitrine d'un cheval est tondu, le côté gauche demeurant comme terme de comparaison. La température sous-cutanée, prise dans l'écurie des deux côtés du thorax, a été :
Du côté velu. Du côté tondu.
Dans rétable à 4 h. 1,2 35,0 o2.
Au grand air à 5 h 34,5 29,5.
Donc, pendant les trois premières heures après la tonte, la température souscutanée a continué à baisser, de sorte qu'il y avait, à la fm de la troisième heure, une différence de 8 degrés 4 dixièmes entre la température de l'un et celle de l'autre coté. A compter de la quatrième, la réaction commençait à droite et à gauche. Le lendemain, dans l'écurie, à une température moins basse, -f- 5, une différence notable de température persistait encore : 36 du côté velu, 33 du côté tondu. Cette différence s'est accentuée une fois l'animal remis en plein air, à la température — 4. Alors on notait 36 du côté velu et 31 du côté rasé. La température intérieure de ce cheval pendant l'expérience était 38.
Je ne puis dire quelle est la durée de cette différence, mais il m'a semblé qu'elle devait être très prolongée, au moins dans certains cas, car j'en ai noté une de 4 degrés 2 entre un cheval tondu par tout le corps et un cheval velu, quoique les animaux fussent de même âge, de même taille et exactement dans les mêmes conditions, les thermomètres se trouvant dans les régions homologues. Le premier cheval, velu, donnait 35,2, le second 31, différence 4,2.
La grande influence des revêtements pileux, chez les animaux, se décèle même sur le cadavre en voie de refroidissement. Le lapin mort, très velu, met deux à trois heures à perdre 4 degrés à la température moyenne. La poule, dans une atmosphère à 21 , perd seulement 2 degrés et quelques dixièmes par heure. Un de ces oiseaux morts a mis trois heures à perdre 7 degrés.
La faculté de résister au froid ne dépend pas seulement de l'état du revêtement de la peau ou des moyens de restreindre les déperditions, elle tient aussi en grande partie à l'aptitude à produire la plus grande quantité possible de calorique.
La faculté de produire une grande somme de calorique est due à l'activité de la digestion, à l'abondance et à la nature de l'alimentation, enfui à l'intensité des actions chimiques de la respiration. Elle est si bien proportionnée aux déperditions, que la température des animaux dans un milieu à 0 n'est inférieur que de 1 à 2 degrés à celle qu'ils présentent dans une atmosphère à -f- 30, d'après les expériences de W. Edwards, de Letellier et les miennes.
La plupart des animaux qui vivent dans les régions très froides sont des Carnassiers dont la puissance d'assimilation est extrêmement développée ; l'homme de ces climats absorbe aussi des masses de poissons, d'huiles ou autres matières que ne pourrait consommer l'habitant des régions chaudes ou seulement tempérées, et c'est pendant le travail de la digestion qu'il est le moins sensible au froid. A jeun il y est extrêmement impressionnable. Aussi, lorsque la privation d'aliments dure depuis quelque temps, le refroidissement se produit surtout aux surfaces et aux extrémités et toute réaction devient lente et fort difficile. On sait que, par le fait de l'inanition, l'amplitude des oscillations quotidiennes augmente, et que, sur la fm, la température peut descendre à 23 degrés.
Le mouvement, qui accélère la circulation, favorise la réaction en portant le sang à la peau et aux extrémités, et enfin, produit du calorique par l'activité qu'il imprime aux actions chimiques du système musculaire ; il accroît ainsi la faculté de résistance au froid. Les Toyageurs le savent et on peut le remarquer aussi sur les animaux utilisés aux transports dans les pays où l'hiver est très rude.
Enlin la suractivité des actions chimiques est, en dernière analyse, la cause immédiate de la production intense de calorique. Cette activité croît proportionnellement à l'abaissement de la température. Letellier a trouvé, en effet, que les gros oiseaux qui donnent par kilogramme et par heure '2^\Q d'acide carbonique à la température de 30 à 42 degrés, en produisent 7,1 à celle de 0 ; le cochon d'Inde qui en exhale 2 grammes à la première en donne 3s%5 à la seconde. Sans une respiration active le mammifère ne peut lutter contre les froids violents*. L'homme, divers animaux domestiques, supportent dans les régions arctiques des froids de — 30 à — 40". Le hérisson, la marmotte, engourdis par les froids modérés sont réveillés lors des froids très vifs, pour lutter contre l'abaissemenl de la température, mais ils périssent, comme Prunelle et Mangili l'ont observé, à — 12°, parce que, à ce degré, toute respiration est suspendue et avec elle tout dégagement de calorique.
La faculté de résister au froid ne s'acquiert qu'après un certain temps. On résiste mal à un abaissement brusque de quelques degrés, mais on supporte assez bien des froids très intenses qui arrivent graduellement, comme l'a vu Delisle dans les régions arctiques oh la température descend à — 40^. La raison en est simple. A une température élevée, les actions de l'organisme sont réglées de manière à développer peu de chaleur. Si tout d'un coup le froid survient, elles ne peuvent acquérir immédiatement assez d'intensité pour parer aux déperditions; la réaction se produit incomplètement, avec lenteur, et le refroidissement donne lieu à une série d'effets funestes.
CONDITIONS QUI MAINTIENNENT l'ÉQUILIDRE DE LA TEMPÉRATURE. 1079
Du reste, la résistance au froid n'est pas, à beaucoup près, également développée dans toutes les espèces. Le lapin et le cochon d'Inde, par exemple, diffèrent beaucoup sous ce rapport. J'ai suspendu en plein air pendant une nuit où la température fut de — 5° à — 10", un lapin et un cochon d'Inde, chacun dans une cage de fd de fer. Le lendemain, après quinze heures d'exposition, le cochon d'Inde était mort, de bonne heure, car il avait de la glace dans l'estomac et dans le cœur; et le lapin, très gai, non refroidi, n'éprouva, même ultérieurement, aucun effet fâcheux de son exposition au froid.
On sait que les animaux des pays chauds, les singes, la girafe, les gazelles, les grands pachydermes, transportés dans les régions tempérées, y supportent mal le froid, tandis que les animaux du Nord, le renne, l'ours blanc, éprouvent un bien-être visible dans les moments les plus rudes de l'hiver.
La résistance au froid est très faible chez les animaux jeunes, nés aveugles, chez les nerveux, les lymphatiques. Aussi les animaux, dans ces conditions, contractent-ils aisément des affections des voies respiratoires, des maladies des articulations, des séreuses, s'ils sont exposés à une très basse température. C'est sur eux que la réaction consécutive à l'impression momentanée du froid met le plus de temps à se produire, et l'on sait que dans l'air ou dans l'eau cette réaction est d'autant plus intense et met d'autant moins de temps à se développer que les sujets sont plus vigoureux.
Quoique la calorification soit très active et les déperditions restreintes, il y a des cas où les pertes l'emportent sur la somme de chaleur produite. Alors l'équilibre est rompu : le refroidissement commence à la peau, aux extrémités et tend à gagner les parties profondes.
Le rayonnement nocturne très actif est une des causes qui rompent le plus facilement cet équilibre. Il peut refroidir très vite les animaux comme il le fait des plantes, sans que la température soit très basse. A zéro et même un peu audessus, Bravais et Martins ont vu périr ainsi des lemmings en Laponie. Chez les Esquimaux qui vivent dans des huttes à parois de glace ou de neige, les chiens employés au transport des traîneaux ne résistent au froid que dans les huttes où le rayonnement est restreint, quoique la température y soit souvent à 15 ou 20 degrés au-dessous de zéro.
Dans les cas où au rayonnement s'ajoutent les déperditions dues à l'évaporation prompte de la sueur ou de l'eau qui mouille soit la peau, soit le pelage, le refroidissement marche avec une extrême rapidité et il peut entraîner les conséquences les plus graves. Il s'opère absolument comme dans les corps inertes, en commençant par les parties superficielles et les appendices les plus éloignés des centres, et il marche peu à peu vers les parties centrales. Toutefois il ne saurait être très rapide à une certaine profondeur, car les productions épidermiques et les tissus sont assez mauvais conducteurs du calorique. Parry a trouvé, par exemple, 39 à 40 degrés dans le rectum d'un loup qu'on venait de tuer, la température extérieure étant — 3*2°, et Back 43° au lagopède par une température extérieure de — 32 à — 35°. Le refroidissement est très ralenti par la fourrure, le plumage, etc., même lorsque, comme après la mort, la chaleur cesse de se dégager dans l'organisme. Ainsi j'ai vu sur un jeune coq tué par effusion
de sang, le thermomètre dans Je cloaque baisser moyennement de 3°, 3 par heure. Il fallut 3 heures pour faire descendre la température de 42° à 31", 4.
Le refroidissement du corps est loin de se produire avec une égale facilité et une égale rapidité, chez tous les animaux, à peu près de même taille, et de pelage semblable. Tel supporte l'abaissement de la température ambiante sans Impression pénible et sans inconvénient, tandis que tel autre en souffre au point d'en contracter des affections graves, et même d'en périr assez promptement. La différence tient à ce que sur l'un, le froid extérieur ne réussit point à abaisser beaucoup la température de la peau, tandis qu'il la fait descendre notablement sur l'autre. En outre les différentes régions du corps étant indépendantes les unes des autres, chacune d'elles peut éprouver, en un temps très court, des variations très étendues sans que l'ensemble y participe, et inversement, l'ensemble ou la presque totalité du tégument peut se refroidir à un haut degré, sans qu'un certain nombre de ses parties aient leur température notablement modifiée. Mais cette indépendance peut ne pas être un fait constant, car si le système nerveux intervient dans une large mesure, l'ensemble se refroidira par l'une de ses parties, ou certaines de celles-ci se refroidiront par une action de l'ensemble.
Voici d'abord des expériences qui montrent l'inégale facilité du refroidissement chez divers animaux.
Refroidissement dans l'air. — Un chien terrier, à poil ras, tenu au milieu d'un jardin sans abri, sur le sol gelé, par un vent du nord, ciel découvert, température de — 7 à — 4, suivant les moments de la journée, donnait au début, 39,4 ; après 4 heures, 38,8 ; après 20 heures, 38,4, et à la 24" heure, 38,8. Son refroidissement intérieur n'avait donc oscillé que entre un demi-degré et un degré, à peu près comme dans les conditions physiologiques les plus communes. Un autre chien vigoureux, gras, très musclé, à poil ras, ne s'est pas refroidi davantage par une des journées et des nuits les plus froides de décembre 1879, en plein air, sur le pavé, température — 16 le matin, et — 10 dans l'après midi. A la 24° heure, la température n'avait baissé que de 9 dixièmes, mais il avait perdu 2 kilogr.,ou environ le douzième de son poids. Un troisième, petit bichon, habitué à la vie d'intérieur, tenu suspendu dans une cage de fd de fer pendant 3 jours et 3 nuits, dont les températures minima furent — 16, — 11 et — 15, n'éprouva à la 72e heure qu'un abaissement de 1 degré. Aucune indisposition ne fut observée pendant les trois semaines qui suivirent cette exposition à un froid tout à fait exceptionnel.
Le lapin brave mieux que le chien les froids les plus intenses, en conservant non seulement sa température intérieure, mais encore sa température cutanée presque au degré normal. On ne croirait pas à cette résistance en voyant ce rongeur se creuser des terriers où il semble chercher un abri. Je pourrais en citer un grand nombre d'exemples, mais je me borne aux deux suivants :
Un lapin de 6 mois suspendu à un arbre, dans une cage de fd de fer, par un froid de — 7 à — 8, en perdant un cinquième de son poids, donnait au bout de 24 heures, pendant lesquelles il n'avait rien reçu à manger, les températures normales, sauf à la pointe de l'oreille :
CONDITIONS QUI MALNTIENiNENT L'ÉQUILIBRE DE LA TEMPERATURE. 1081
A la pointe de loreille 14,2.
Au fond de l'oreille 37,2.
A la peau des côtes 37,6.
A l'aisselle 38,6.
A l'aine 38,7.
Sous le pied antérieur 30,2.
Sous le pied postérieur 32,2.
Au rectum 38,8.
Un autre, dans des conditions de refroidissement plus prononcées, car au lieu d'être suspendu à un arbre, était sur le sol les pieds dans la neige, à une température de — 14, — 16, et de — 17, le lendemain, donnait au rectum, 39, 38,2, au pli de l'aine, 30,7 au fond de l'oreille, à la 24= heure. Pendant ce temps, il avait perdu le quinzième de son poids initial.
Il en a été encore ainsi des lapins exposés à des froids d'une intensité exceptionnelle pendant 48 heures, même de l'un d'eux qui demeura pendant 5 jours exposé à ces froids de — 11 à — 16. Celui-ci se maintint dans l'attitude la plus favorable à la réduction des pertes. Il se tenait constamment accroupi, les pattes repliées sous le corps et les oreilles couchées sur le cou ; il demeurait immobile la nuit, sans éprouver de tremblements sensibles, bien que ses pieds fussent en contact avec la neige, et une partie de son poil couvert de cristaux de givre. Dans ces conditions si favorables au refroidissement, la température de l'animal n'a baissé en somme que de 1°,2. Elle était de 39° au début, 38", 4 le second jour, 38°, 6, le troisième, 38", 4, le quatrième, 38°, 2, le cinquième. La température des parties superiicielles, sauf celle du bout des oreilles et des pieds, s'était si bien maintenue, que le jour du froid le plus intense, le pli crural donnait 36°, 4, la peau des côtes, 35°, 5, l'aine, 38°, et le fond de la conque, 31°. Mais l'exposition de cinq jours à un froid excessif, fut suivie d'une réaction vive pendant plus de 48 heures, qui éleva la température du fond de l'oreille à 39°, et celle de, l'aisselle à 40°, 5 ; cependant cette réaction ne fut suivie d'aucun trouble pathologique appréciable.
L'énergique résistance que le chien, le chat, le lapin, opposent au refroidissement à de très basses températures, appartient aussi à des animaux plus petits et moins bien vêtus que ceux-là, par exemple, un rat et à d'autres rongeurs de sa taille, bien qu'en apparence ils ressentent vivement l'impression du froid.
Ainsi, un rat albinos adulte, tenu dans une cage à lîls métalliques, sans litière et sans abri, sur un toit, pendant quatre jours et autant de nuits, n'a éprouvé à la fin de cette longue période, qu'un refroidissement de 'l°,o. Au début la température était 39°, 5 ; à la fin du quatrième jour, 38°, quoique le pourtour de ses petites oreilles fut congelé. Le froid, pendant la durée de l'expérience, avait été d'intensité modérée, — 5 le premier jour ; — 6 le deuxième et le troisième ; — 7 le quatrième.
Il faut remarquer que la conservation de la chaleur extérieure et intérieure n'est pas entièrement subordonnée à l'élat de revêtement de la peau. Elle dépend en partie de l'impression produite par le froid sur l'ensemble du système nerveux,
par suite, sur la respiration et la circulation. Dès que cette impression entraine la sédation à un degré un peu prononcé, l'animal, quoique bien couvert, s'engourdit et ne tarde pas à périr.
. Ainsi, un lapin de quinze jours à trois semaines, déjà couvert de poils, exposé au grand air pendant une partie de la nuit, à — 6, se trouvait au bout de 10 heures mort et complètement congelé. Un autre de même âge, placé dans des conditions semblables, était déjà engourdi et somnolent au bout d'une heure et demie ; sa température, à ce moment, tombait à 20°. Une heure plus tard, ses membres étaient flasques, sa respiration suspendue. Le même effet se produit sur le cochon d'Inde à tous les âges. Un adulte de cette espèce, exposé en plein air, par une nuit froide, mourut avant le jour, dès le matin ; il se trouvait gelé avec de la glace dans l'estomac.
Le refroidissement du corps dans l'air, au contact ou au voisinage de la glace, présente peu de particularités à noter, quoique la glace pourfendre, en absorbant beaucoup de calorique, laisse, au contact ou au voisinage du corps, de l'eau à la température de 0. Pour en juger, j'ai construit au mois de janvier du rude hiver 1879-80, de petites maisonnettes avec les énormes glaçons que charriaient la Marne et la Seine à leur confluent. Pavés, murs, porte et toit étaient de glace ; les interstices des fragments servaient de fenêtres. Les animaux touchaient la glace non seulement par les quatre pieds et par toute la face inférieure du corps, mais encore par les côtés et par les deux extrémités. Ils se refroidissaient donc au moins par les trois quarts de leur surface. Le premier, au bout d'une heure, s'est refroidi de 1 degré à l'aisselle, de 6 aux pieds de devant, et de 18 aux pieds de derrière. Après 2 heures, le refroidissement arrive à 15 degrés aux pieds antérieurs et à 16 aux pieds postérieurs ; après la troisième heure, l'état thermique est stationnaire à peu près partout, sauf aux pattes de devant où la réaction les amème à 4 degrés au-dessus de la température de la deuxième heure. A la sixième heure, le refroidissement des pieds de derrière atteint 25 degrés, et est à l'aisselle de 4°, 4 du côté mouillé, et de 0,8 seulement du côté sec. Après ce moment, jusqu'à la douzième et la quinzième heure, le refroidissement se maintient à peu près stationnaire. Il faut faire durer le séjour dans les chambres de glace, environ 24 heures, pour voir la température de l'aisselle, de l'aine, baisser de 1 à 2 degrés comme celle des autres régions dont la température est à peu près iixe.
Les deux expériences suivantes, d'une durée de 24 heures, montrent jusqu'à quel point l'organisme peut lutter contre un refroidissement qui semblerait devoir se produire avec une grande rapidité. Il faut, en effet, que la résistance de l'organisme aille bien loin dans les hivers rigoureux et dans les régions polaires, pour que les espèces animales résistent à la destruction, car elles n'ont pas toutes, pour s'abriter, des cabanes ou des grottes de glace. Deux lapins adultes sont tenus 24 heures dans des chambres de glace, de dimensions telles, que le corps touche à leurs parois par sa face inférieure, ses côtés et ses deux extrémités. Ils ne reçoivent pas d'aliments ; la glace fond lentement sous leurs pieds et sous le ventre qui se trouvent à la fin logés dans une sorte de cuvette où le corps s'enferme à demi. L'immobilité est à peu près complète. Le thermomètre donne :
1" lapin.
Avant.
Oreille 38,1.
Aisselle 38,6.
Aine 39,0.
Rectum 39,0.
2' lapin
Après 24 heures.
Refroidissement
Bout de l'oreille 24,6.
Base de l'oreille 38,4.
Peau des côtes 38,5.
Aine 39,2.
Aisselle 39,5.
Rectum 39,5.
Pieds de devant 36,2.
Pieds de derrière. . . 37,8.
Donc, la résistance au refroidissement est parfaite pour le lapin, dans la glace comme dans l'air, dans la glace sèche dont la fusion n'est provoquée que par la chaleur de l'animal. Il n'en serait pas ainsi dans un bain à 0.
Refroîrtîsseuieiit <1ïuiis la iieis-e. — Sous la neige les choses se passent-elles comme dans l'air très fi^oid ou dans des grottes de glace ? La question mérite examen puisque l'homme peut dans les montagnes ou ailleurs, se trouver à des températures très basses, enseveli assez longtemps sous des couches épaisses de cette eau cristallisée et feutrée.
On sait que le manteau de neige qui couvre les plantes et le sol pendant les rigueurs de l'hiver a pour effet de maintenir au-dessous de lui une température uniforme très modérée et très voisine de 0. Mais, ce manteau ne peut se comporter de la même manière, qu'à la condition de demeurer sec, au lieu de mouiller la peau ou les fourrures, à mesure que ses couches intérieures entrent en fusion. Or cette fusion se produit à peine, malgré le rayonnement du corps, si la température ambiante est très inférieure à 0, et si la peau velue des animaux est à peu près sèche.
Ainsi, un chien, par une des journées les plus froides du rude hiver 1879-80, tenu sauf la tête, pendant 24 heures, dans une caisse d'un mètre cube, pleine de neige, en sortit avec un simple refroidissement intérieur de 3 dixièmes de degré. Les lèvres, le nez, les pattes seuls avaient éprouvé wi abaissement considérable. Mais, comme l'abaissement produit à un moment variable est suivi d'une réaction tantôt prompte, tantôt tardive, il faut juger de la marche de la température par des observations faites d'heure en heure, et en juger comparativement sur des sujets d'espèces différentes.
Deux animaux, un chien du poids de 7 kilogr. et demi, et un lapin de 2 kil., mis en observation, le premier dans un tonneau, et le second dans un grand baquet plein de neige, ne se sont refroidis, ni à partir du même moment, ni au même degré. Sur le lapin, l'abaissement de la température a commencé à la deuxième heure, sur le chien à la quatrième. Le refroidissement total a été de
4 degrés 1/2 sur le lapin après 3 heures, et de 4 dixièmes seulement sur le chien après 5 heures ; mais la réaction est promptement survenue sur l'animal le plus refroidi. Voici les chiffres notés :
Chien. Lapin.
Température initiale 38,4. 39,6.
— après 1 heure 88,4. 39,6.
— après 2 heures 38,4. 37,0.
— après 3 heures 38,5. 35,2.
— après 4 heures 38,2. 37,0.
— après 5 heures 38,0. 37,2.
— après 6 heures 38,0. 38,0.
Lorsque le séjour sous la neige est plus prolongé, le refroidissement intérieur demeure encore très restreint ; il est presque nul sur le chien et n'atteint ou ne dépasse pas 2 à 3 degrés sur le lapin, dont le poil se mouille à un degré très notable. Le refroidissement sur celui-ci s'opère comme il le ferait sur l'homme dont les vêtements seraient mouillés au contact de la peau. Les variations constatées parallèlement sur deux animaux, sur un chien à poil ras, du poids de 11 kilogr. 1/2, et sur un lapin de 2 660 grammes, pendant une période de 12 heures, ont été les suivantes :
Chien. Lapin.
Température initiale 38,5. 39,5.
— après 1 heure 38,5. 37,6.
— après 2 heures 38,2. 36,8.
— après 3 heures 39,0. 36,1.
— après 4 heures 39,0. 36,6.
— après 5 heures 38,6. 36,5.
— après 6 heures 38.2. 36,6.
— après 7 heures 38,5. 38,0.
— après 8 heures 38,6. .37,0.
— après 9 heures 38,2. 38,0.
— après 10 heures 38.0. 38,0. ;.'
— après 11 heures 38,4. 38,1.
— après 12 heures 38,4. 38,1.
L'abaissement maximum sous la neige pendant la période de 12 heures, n"a donc été pour le chien que de 1/2 degré, et pour le lapin de 3°, 4 ; mais cet abaissement produit sur le premier à la dixième heure, et réalisé sur le second à la troisième, a été suivi d'une réaction, de sorte, qu'en définitive, à la fin de la journée, le refroidissement n'était que de 1 dixième de degré sur le chien, et de 10,4 sur le lapin. Les choses se sont passées à peu près comme à l'air libre.
Il n'en est pas ainsi des jeunes animaux. Ceux-ci se refroidissent vite sous la neige comme à l'air libre et meurent dans de courts délais. Un petit chien de Terre-Neuve, âgé de trois semaines, et pris sous la mère, fut tenu sous la neige pendant 6 heures. Sa température qui, au début, était à 37 degrés, descendait à 3o au bout d'une heure ; puis il y eut réaction, et à la (in de la sixième heure, le refroidissement n'était plus que de 2°, 8. Les jeunes lapins se refroidissent plus vite encore, et à un degré plus prononcé, sans qu'une réaction sensible se
produise;, aussi périssent-ils dans d'assez courts délais. Un de ces animaux, âgé de six semaines et pesant 800 grammes, tombait de 39 à 33 degrés, après une heure seulement de séjour sous la neige, à 21 après deux heures. Il mourut une demi-heure plus tard à 18 degrés, par conséquent, après s'être refroidi de 21 degrés en deux heures et demie. Un lapin de quinze jours, du poids de 140 grammes, pris sous la mère, s'est refroidi avec plus de rapidité encore. Au bout d'un quart d'heure, son engourdissement était déjà complet, et il expirait à la fin de la première heure.
Il est difficile, sans le secours du calorimètre, de savoir si dans la neige, les animaux perdent beaucoup plus de chaleur que dans l'air libre, dont la température serait voisine de 0. Tout semble indiquer que les pertes dans la neige l'emportent sur celles de l'air, car dans le premier milieu, les animaux se refroidissent un peu plus vite et plus fortement que dans le second ; toutefois, dans la neige, leur calorification acquiert, s'ils sont adultes, assez, ou à peu près assez d'activité pour compenser les pertes.
La conservation de la température des animaux sous la neige, est évidemment subordonnée à la présence d'une fourrure conduisant mal le calorique, et préservant la peau du contact immédiat de l'eau solidifiée. Cette fourrure demeurant froide du côté de la neige, ne la fait fondre qu'en proportion extrêmement faible ; aussi ni la peau ni les poils ne se mouillent d'une façon bien sensible. Comme les vêtements, ceux de laine surtout, sont pour l'homme les équivalents des fourrures ou des toisons animales, on conçoit que les voyageurs, ensevelis sous la neige, puissent résister pendant de longues périodes au refroidissement, pourvu que la situation de la tête laisse la respiration libre.
Refi'oîdLîsseiiieiit dans l'eaai. — Il nous reste maintenant à examiner un dernier mode de refroidissement qui ne parait pas avoir été suffisamment étudié jusqu'ici, celui qui résulte du contact de la peau avec l'eau, mode très complexe, car, sauf le cas d'immersion, l'eau agit à un double titre à la surface du corps ; d'une part elle lui soustrait du calorique pour se mettre en équilibre de température avec le corps ; d'autre part elle lui en emprunte pour se vaporiser. Quelle est la somme de ces deux soustractions, suivant la température du liquide, sa quantité, la rapidité ou la lenteur de la vaporisation? En outre, jusqu'où peut s'étendre le refroidissement dans les parties profondes, et comment agit-il sur les organes où il produit des troubles pathologiques et même la mort dans des délais plus ou moins courts ?
Etablissons d'abord une distinction entre le refroidissement partiel et le refroidissement général. Si, après avoir engagé un thermomètre sous la peau de la région costale d'un cheval et noté la température, pour avoir un terme de comparaison, nous venons à verser de l'eau froide sur la peau, en regard del'instrument, nous verrons la température baisser subitement de 1, 2, 3 degrés, puis de 4, o, 6 et plus, si l'ablution est prolongée.
Ainsi, sur un cheval dont la température intérieure était 38 degrés à 7 heures du matin, par une des dernières journées du mois de juillet, le thermomètre engagé sous la peau des côtes, donnait 33°. Un plumasseau imprégné d'eau à 15°, est appliqué en regard du réservoir de l'instrument dans une étendue de
1086 DE LA GEALEUll ANIMALE.
2 décimètres carrés, et presque aussitôt on note 33",3"2°,4, 32°, SI", 30°, 290,4. A la huitième minute, à compter du début de l'application, l'abaissement est en somme de 5 degrés 1/2.
Si l'eau a une température plus basse que celle des puits ou des sources, elle peut, en un quart d'heure, produire une réfrigération d'une dizaine de degrés.
Sur un cheval à poils coupés, dans un milieu à -f- 10, le thermomètre sous la peau de la région costale marquait 33 degrés. Un plumasseau imbibé d'eau à 0 et arrosé pendant un quart d'heure, a fait descendre le mercure à 32 au bout d'une minute, — à 30 après cinq minutes, — à 27 à la dixième, — et à 24,5 à la quinzième, abaissement total 8,6 en un quart d'heure. L'abaissement total fut de 12 degrés sur un cheval à peau très fine.
Dans ces cas, où pour le dire en passant, l'action de la pluie est plus ou moins simulée, le refroidissement se trouve restreint et très retardé si la peau est protégée contre l'impression directe de l'eau par un vêtement qui s'imbibe difficilement, ou qui se tient un peu à distance du derme. Les poils jouent à merveille ce rôle pendant un certain temps, en raison de l'air emprisonné dans leurs interstices, et retenu par les attractions moléculaires et par la matière sébacée qui les rend difficiles à mouiller. Aussi, sur les animaux très velus, la peau n'éprouve qu'avec lenteur la réfrigération produite par l'eau ; et cette réfrigération peut demeurer insignifiante si les poils se mouillent seulement dans une partie de leur longueur en demeurant secs sur la base. L'expérience suivante donne les preuves de ce fait. L'arrosage de la peau est opéré avec de l'eau, entre 0 et -j- 1 dans une salle à -)- 11 au milieu de la journée. Les indications sont données par le thermomètre introduit sous la peau. Avant les affusions, l'instrument marque 35°, 6 :
Après la troisième minute d'arrosage 34,7.
— sixième — 33,6.
— neuvième — 32,7.
— douzième — 32,2.
— quinzième — 31 ,6.
Refroidissement total 3,8.
La tonte de la région costale, après ce premier quart d'heure, rend l'abaissement de la température, sous cutanée, plus rapide et plus considérable.
Avant l'arrosage 31,6.
A la troisième minute 18,2.
A la sixième — 16,2.
A la neuvième — 14,0.
A la douzième — 12,7.
A la [quinzième — 11,7.
Refroidissement total 19,9.
Les deux refroidissements additionnés, le premier, pendant que la peau était velue, le second après la tonte, représentent, pour une demi-heure, un abaissement de 23 degrés 9 dixièmes. A ce moment, la peau arrivée à 11°, 7 était en
équilibre de température avec l'air ambiant. Sou étal correspondait, par conséquent, ù celui de la peau et de l'ensemble du corps d'un animal à sang froid.
Chez les animaux, dont le pelage onctueux se mouille difficilement, l'eau en aspersion sur la peau refroidit beaucoup moins et avec plus de lenteur. Ainsi, un cliien soumis à l'épreuve dont il vient d'être question pour le clieval ne perdit à la région arrosée que '1",3 en un quart d'heure au lieu de 4 ou de 19". Mais ce même chien, après avoir été tondu, perdit dans un quart d'heure d'aspersion 19 degrés et demi, ou par minute, en moyenne, 1°,3.
L'olTice de protection du poil est encore mieux rempli par le plumage lisse et onctueux dont les échassiers et les palmipèdes sont revêtus, puisque ces oiseaux, à demi-immergés dans les eaux dont la température est voisine de zéro, ne s'y refroidissent guère plus que s'ils se trouvaient dans l'atmosphère, car l'eau en réalité ne se met pas en contact avec la peau. L'homme qui remplit en hiver les périlleuses fonctions de sauveteur pourrait très bien, sans le moindre danger, s'il le voulait, nager et plonger dans l'eau aux températures les plus basses, s'il savait se mettre dans les conditions où la nature place les animaux. Il arriverait à ce résultat en se couvrant d'un épais vêtement de laine moulé sur le corps et doublé extérieurement d'un enduit imperméable, de caoutchouc ou de guttapercha, par exemple.
Le rôle du plumage, au point de vue dont il s'agit n'appartient pas à tous les oiseaux. Aussi ceux chez lesquels les plumes se mouillent facilement comme les poules, les dindons craignent l'eau et se mettent à couvert lors des plus petites averses. L'oie même, lorsque son plumage est en mauvais état et sali par une longue réclusion perd la faculté de supporter impunément le contact de l'eau ou de la neige. Un oiseau de cette espèce, que j'avais voulu tenir pendant l'hiver plongé dans la neige, commença à en souffrir au bout de cinq à six heures, une fois que son duvet fut imprégné d'eau; dès lors sa température baissa de ô degrés et demi et il mourut deux jours après.
On voit, d'après ce qui précède, que la peau des animaux a un refroidissement subordonné à la présence ou à l'absence de revêtements pileux, susceptibles ou non de se mouiller. Elle se refroidit très peu si le poil ou la plume ne laissent pas l'eau arriver au contact du derme, beaucoup et très vite si elle est nue, comme chez l'animal après la tonte ou chez l'homme.
On comprend très bien aussi que son refroidissement doit varier dans des limites très étendues suivant la température ambiante. Lorsque l'air est à zéro ou à quelques degrés au-dessous, la réfrigération par l'eau devient si rapide qu'en cinq minutes elle peut atteindre 10 à 12 degrés et tomber, dans un espace double, à son maximum, c'est-à-dire au point où elle détermine la mort lorsqu'elle s'étend aux parties centrales du corps.
Il est à remarquer que l'eau très froide, ou à quelques degrés au-dessus de zéro, refroidit à peu près comme la neige et la glace pulvérisée, parfois même un peu plus vite. Elle mouille plus aisément la peau que ces dernières et donne lieu à une évaporation très active. La neige et la glace, si elles empruntent beaucoup de chaleur pour entrer en fusion, font des emprunts avec une lenteur qui permet à la circulation de les compenser à mesure; aussi le refroidissement ne
marche guère plus \itepar elles qu'avec l'eau à une température voisine de zéro. Sur un cheval le thermomètre introduit sous la peau de la région costale couverte d'une épaisse couche de neige, a donné :
Avant l'application 34,0.
Après 3 minutes 30,5.
Refroidissement toial 10,4.
en un quart d'heure ou en moyenne par minute 0°,7. Sur un second cheval la neige fondant plus vite refroidissait aussi plus promptement et après un quart d'heure, le thermomètre était baissé de 13 degrés 1 dixième.
La rapidité avec laquelle la peau est influencée par le contact de l'eau est tellement grande que si un pinceau mouillé d'eau froide est promené sur cette membrane, le thermomètre introduit dans le tissu cellulaire sous-cutané peut baisser en deux minutes de 7 à 8 degrés, même de 9 à 10 si la peau est mince.
Étant connues la rapidité et l'étendue du refroidissement de la peau, nous pouvons nous demander à quelle profondeur il s'étend et quelle est sa durée ?
On s'imagine, en général, que la réaction consécutive à l'impression du froid s'opère vite, et qu'une fois effectuée elle ramène la peau cà sa température initiale. S'il en est ainsi dans les cas de refroidissement modéré et de courte durée, il n'en est pas de même dans ceux d'un refroidissement intense et un peu prolongé. Dans ceux-ci, un long intervalle s'écoule entre la réfrigération et le retour à l'état normal, et pendant cet intervalle commence à se développer la série des effets du froid sur les organes internes. L'expérimentation montre dans quelle large mesure l'action du froid est persistante toutes les fois que la réaction n'est pas provoquée par des moyens artificiels.
En effet, si après avoir irrigué à l'eau froide la peau d'un cheval dans la région des côtes et après avoir constaté l'abaissement de température à l'aide du thermomètre tenu à demeure dans le tissu cellulaire sous-cutané, on vient à cesser brusquement l'irrigation, on voit le thermomètre reprendre d'abord très rapidement une marche ascensionnelle, puis, après deux ou trois minutes, ralentir son mouvement, de telle sorte qu'il emploie à monter trois à quatre fois autant de temps qu'à descendre. Sur un chien, dont la peau était descendue à 17 en un quart d'heure, la température tégumentaire n'était revenue à 33 qu'après une demiheure, c'est-à-dire à 3 degrés et demi au-dessous du chiffre initial, pris avant l'irrigation. Sur un cheval dont la peau, avait perdu à la région costale environ 11 degrés en quinze minutes, par le contact de la neige, elle n'en reprenait que 8 en trois quarts d'heure; sur un troisième dont la peau s'était refroidie de 19 degrés et demi en un quart d'heure, le réchauffement employait une heure et demie à réparer cette perte, à 1 degré près. Le réchauffement met souvent trois fois autant de temps à se produire que le refroidissement, mais.
CONDITIONS QUI MAINTIENNENT l'ÉQUILIBRE DE LA TEMPÉRATURE. 1089
tout en demeurant plus lent que celui-ci, il suit la même progression. Sous ce rapport, l'organisme animal se comporte comme les corps inertes entre lesquels les échanges se font avec une rapidité }>roportionnolle à la différence de température. Ainsi, sur un cheval entr'autres, dont la i)eau, à !a région costale, avait perdu 13", 8 en un quart d'heure, elle éprouvait, de cinq en cinq minutes, le réchauffement sous-indiqué.
•''),!) dans la première période de 5 minutes.
;J,0 dans la deuxième — —
2,1 dans la troisième — —
1,3 dans la quatrième — —
1,5 dans la cinquième — —
0,7 dans la sixième — —
0,4 dans la septième — —
Ce fut seulement au bout de 1 heure 1/4 que la peau revint à sa température initiale. Elle avait mis 35 minutes pour perdre 18 degrés et 80 à les reprendre.
Une différence considérable se fait remarquer, au point de vue du réchauffement, entre l'animal très velu et l'animal à poil ras ou à peau presque nue. L'animal velu, refroidi par l'eau, ne se sèche qu'avec lenteur : il met deux, trois quatre fois autant de temps à se réchauffer que l'animal à peau nue. Aussi les averses ont-elles souvent sur le premier des suites plus graves que sur le second. La même différence s'observerait, sans aucun doute, entre deux hommes sortant de l'eau, l'un avec ses vêtements trempés, l'autre entièrement nu.
La lenteur n'est pas la seule particularité intéressante du réchauffement de la peau ; il en est une seconde qui ne l'est pas moins : c'est l'arrêt subi par le réchauffement, alors que la réaction semble à la veille de s'achever. En effet, presque toujours, si la réaction n'est point aidée par les frictions, par la chaleur ou d'autres moyens artiliciels, la peau conserve longtemps une certaine fraîcheur qui est, en définitive, une sensation de froid très atténuée. Or, bien que dans cette seconde phase le refroidissement persistant ne soit que de 1 à 2 degrés, il peut avoir sur l'organisme, en raison de sa durée, une influence aussi prononcée qu'à ce moment de courte durée où il atteignait 12, 15 degrés et même davantage.
Il importe de tenir grand compte de l'impression persistante du froid sur la peau, surtout dans les cas oîi la température ambiante, loin de favoriser la réaction, y met obstacle ; car alors, non seulement cette impression est de longue durée, mais encore elle peut s'accuser plus fortement et devenir, à elle seule, le point de départ de troubles graves, comme affections des voies respiratoires, des séreuses, des articulations, etc. J'ai vu, dans mes expériences, des refroidissements partiels de la peau à 12 et 15 degrés, n'entraînant aucune espèce d'accidents si la réaction devenait rapide et parfaite; tandis qu'un refroidissement très faible, s'il était persistant, provoquait facilement sur les jeunes chiens le coryza, la bronchite, la raideur des articulations, etc. D'ailleurs, le refroidissement, une fois réalisé, a de la tendance à se maintenir à un certain degré. Ainsi
G. coLi.v. — Physiûl. comp., 3^ édit. II. 69
la tem|)érature d'une oie, abaissée de 6 degrés 1/2 dans la neige à demi-fondante^ a persisté à ce chiffre réduit pendant plus de vingt-quatre heures dans l'air sec,. presque tiède.
Si la peau se refroidit déjà très rapidement par le contact de l'eau dans une partie de sa surface; si alors elle ne peut lutter contre le refroidissement en recevant de la chaleur, soit du sang qui \ient l'arroser, soit des parties voisiner ou des parties sous-jacentes dont la température n'est pas modifiée, à plus forte raison de\ra-t-elle se refroidir vite lorsqu'elle se mettra en rapport avec l'eau dans toute son étendue. C'est ce refroidissement général qui doit maintenant nous occuper, au point de vue de ses caractères et de l'enchaînement de ses effets.
Lorsque le corps, sauf la tête, est plongé dans l'eau très froide, par exemple dans l'eau dont la température est maintenue à 0, par une certaine proportion de neige ou de glace, la réfrigération de la peau et des parties sous-jacentes marche avec une extrême rapidité. Toutes les autres parties se refroidissent, couche par couche, et la mort arrive après un temps très limité, d'autant plus court que la masse de l'animal est moins considérable. Jamais alors l'organisme ne réussit à produire assez de chaleur pour faire équilibre aux pertes qu'il éprouve. Voici, pour quelques animaux, la marche du refroidissement et le degré qu'il a dij atteindre avant de déterminer la mort.
Une chienne du poids de 10 kilogrammes, plongée, en décembre, dans un réservoir plein d'eau, avec assez de neige pour tenir la température à 0, y vit un peu moins de 3 heures. La température interne de cette bête, avant le bain, est 38», 6 ; elle descend à 34 degrés après une demi-heure d'immersion ; — à 2.5 degrés après une heure ; — à 19 après 1 heure 1/2 ; — à 14 à la fin de la deuxième heure; — à 11 après deux heures 1/2. Vingt minutes plus tard, elle ne donnait plus aucun signe de vie. Son refroidissement a donc été :
Dans la 1" 1/2 h. de 4,6, et en somme après 1/2 h. 4,6.
A côté du chien, un lapin de 3 kilogr.- plongé dans le même bain à 0, n'y vit que 2 heures. Sa température intestinale tombe de 39 degrés à 29°, 2 à la lin de la première demi-heure; — à 19 au bout d'une heure; — à 12o,4 après 1 heure 1/2. Sa perte totale a été à peu près égale à celle du carnassier, avec cette différence qu'elle s'est effectuée un peu plus vite.
Dans l'eau à la température de -j- 10, 12, même 15, la marche du refroidissement est, comme on le devine, beaucoup plus lente que dans l'eau à 0. Néanmoins l'animal ne vit guère plus longtemps dans celle-là que dans celle-ci ; la mort, dans le bain à -f- 12, arrive bien avant que l'animal ait perdu la somme totale de chaleur qu'il perd dans la glace ou la neige fondante.
Ainsi, un jeune chien de 4 mois, du poids de 4 kil. 170 gr., tenu, sauf la
tête, dans un réservoir à + 12, n'y a -vécu que 35 minutes. Et dans ces 35 minutes, sa température intérieure est descendue à 25.
Un autre chien, du poids de 20 kilogr. 1/2, qui est le poids moyen du chien de chasse, plongé de même, sauf la tête, dans un réservoir d'eau à -j- 11, s'est refroidi de la manière suivante. La température initiale 40 a été réduite.
A 37 après 1/2 heure.
A 33,3 après 1 heure.
A 29,8 après 1 heure 1/2.
A 26,4 après 2 heures.
A 23,6 après 2 heures 1/2.
A 21,3 après 3 heures.
Il n'a perdu en tout que 18 degrés 1/2, alors que les autres chiens en perdaient 27 à 28 dans l'eau à 0. Il a expiré à 21 1/2, tandis que les animaux dans l'eau très froide succombent seulement à -|- 12, même à 10.
Il va sans dire que les petits animaux dont le refroidissement est très rapide, ne peuvent résister aussi longtemps que le chien dans le bain à -]- 12. Un lapin y a péri au bout d'une heure et quart, avec un abaissement de température de 20 degrés.
Dans l'eau au-dessus de 15 l'animal commence à lutter avec quelque avantage contre le refroidissement. S'il est de taille un peu forte, il peut y vivre
6 à 8 heures avant que sa température s'abaisse à 20, quelquefois à 18 ; mais s'il est petit sa résistance se trouve très abrégée.
Ainsi un animal de cette espèce tenu en juillet dans un bain à 15, périt après
7 heures, avec quelques lésions d'asphyxie et imparfaite coagulabilité du sang.
Un autre chien de la taille de l'épagneul tenu dans l'eau à 15 y vécut deux jours ou exactement 144 heures. Sa température initiale 38,5 n'avait pas baissé de 2 dixièmes de degré à la vingt-quatrième heure ; elle tombait à 26 au moment de l'agonie.
Ce n'est pas seulement par immersion totale du corps, sauf la tête, que l'animal périt dans ces délais si courts, il meurt encore de froid presque aussi \ite ou en quelques heures de plus par une demi-immersion, ou par le bain à mi-corps. Le fait est assez étonnant pour réclamer une démonstration ; je la donne par les exemples suivants :
Un petit chien du poids de 4,100 grammes, tenu debout dans l'eau à 15° jusque vers la région moyenne du thorax et de l'abdomen y perdait environ 2 degrés par heure. Au bout de 6 heures et demie, sa température était tombée à 25, et il ne pouvait plus se tenir debout, ni marcher sans trébucher à chaque pas. Il mourait une heure plus tard.
Un autre d'un poids double du précédent, tenu également debout et à micorps dans l'eau à 14°, mourait au bout de o heures 7 minutes, à la température de 27 et avec les lésions dont je dirai, d'une manière générale un mot tout à l'heure. •
Ce bain à mi-corps, toujours à une température voisine de 15, a tué avec
une rapidité vraiment étonnante les animaux d'une taille inférieure à celle du chien : en une heure et quart un chat du poids de 2 kil. 200, après un refroidissement de 20 degrés 2 dixièmes et une poule en une heure seulement après un refroidissement de 11 degrés 1/2.
Le refroidissement du corps, opéré par la surface extérieure, qu'il soit rapide ou lent, est bien certainement dans tous les cas la cause de la mort, car si on réussit à la produire dans le bain à la température modérée, par exemple à 20, même à 25 il tue encore, seulement au bout de 24, 30, 36 heures. Et il tue de la même façon que dans les cas où il s'opère avec rapidité.
Toutefois, si les animaux sont tirés du bain, même au moment où ils cessent de se tenir debout et semblent à la veille de se noyer, on peut les sauver par un réchauffement très lent. J'ai vu des chiens amenés à la température de 24 après 5 à (3 heures d'immersion reprendre hors de l'eau 1 degré 1/2 à 2 degrés par heure, et se rétablir sans contracter la plus légère des affections que le froid détermine.
Le refroidissement général du corps, opéré par aspersion ou par douche est plus longtemps compatible avec le maintien de la température près de son degré normal et avec la vie que les modes dont il vient d'être question. Ainsi, un chien adulte du poids de 22 kil., accroupi dans une auge de pierre et recevant surledos un courant assez fort d'eau à-f-2l ou àpeu près, et complètement privé d'aliments, y vécut 6 jours et demi. La température du rectum au début était 38,7 ; elle baissa insensiblement. Après 5 jours, elle tombait à 32 en même temps que l'animal devenait paraplégique. A la fin du sixième elle arrivait à 20.
Un autre chien de la taille du précédent, placé dans les mêmes conditions, avec une température initiale de 39, se refroidissait de 7 dixièmes de degré après 3 heures. Le troisième jour la température remontait à 38,6, et se maintenait à peu près à ce chiffre jusqu'au cinquième. A la fin du septième, elle descendait à 36.
La résistance au refroidissement a pour cause une suractivité des actions chimiques qui produisent la chaleur et cette suractivité est indiquée, presque mesurée par le chiffre énorme des pertes. L'un de ces chiens, par exemple, du poids de 22 kil., perdit 4,900 en 6 jours 1/2 ou près du quart de son poids initial.
On voit, d'après les faits dont il vient d'être question, que le refroidissement du corps dans l'eau s'opère avec une grande rapidité et que ce refroidissement arrive bientôt à un point incompatible avec la vie. Ce point est variable. Dès que la température intérieure est tombée à 25, l'animal peut périr; mais elle peut, suivant les cas, descendre à 20, à 18, même à 12 et à 10 avant que la mort s'ensuive. C'est dans l'eau la plus froide que la vie se maintient avec le plus grand abaissement de la température intérieure.
Ces faits sont d'un grand intérêt, et ils méritent l'attention du physiologiste, car si un animal tel que le chien ou le lapin supporte dans l'air sans se refroidir une température de 15 au-dessous de 0, on a lieu de s'étoaafr qa'il périsse souvent en quelques heures dans l'eau à -|- 15 même à -j- -0. Sans doute, puisque
l'eau refroidit plus que l'air, l'animal doit périr plus \ite dans le premier milieu que dans le second. Toutefois, on ne s'explique pas bien, d'après cela que les carnassiers amphibies et les cétacés dont la température est égale à celle des autres mammifères la conservent dans des mers plus froides que l'eau où périssaient si vite mes animaux d'expériences. En effet, si certains cétacés vivent dans la mer des Indes et dans les régions chaudes de l'Atlantique, la baleine fraye les côtes de la Norwège et le cap Nord ; le narval celles du Groenland ; plusieurs dauphins, le morse, le phoque à croissant, le phoque à capuchon habitent l'Océan glacial au delà du 70*^ degré de latitude. Et, à cette latitude dans les mois les plus doux, la température des eaux près de la surface est seulement de 5 à 7 degrés. Si les épaisses couches d'huile sous-jacentes à la peau peuvent bien contribuer à la conservation de la chaleur des parties centrales, elles ne peuvent préserver du refroidissement la peau elle même. Sans doute le bain froid n'est que très prolongé pour les phoques et les morses qui sont des animaux de rivage, mais il est permanent pour la baleine et les autres cétacés.
Le refroidissement du corps plongé dans l'eau n'est pas tout à fait comparable à celui qui s'opère dans l'atmosphère II se fait suivant trois modes distincts. D'après le premier le corps perd de la chaleur par le rayonnement et la conductibilité, d'après le second il en perd par l'évaporation des liquides exhalés à sa surface et par le troisième il se refroidit faute de recevoir parle sang la somme de chaleur nécessaire pour compenser ses pertes. Les voies aériennes par lesquelles des déperditions considérables s'effectuent dans l'air ne jouent ici aucun rôle. De ces trois modes de refroidissement, le plus important est, sans conteste celui qui résulte de la conductibilité et du rayonnement. La peau de l'animal immergé touche par tous les points de sa grande surface un corps froid ; le corps animal est comme enfermé dans un moule liquide dont les parois sont sans cesse remplacées par des parois constamment froides à mesure qu'elles tendent à s'échauffer. On comprend que cette enveloppe dont l'étendue est de 5 à 6 mètres carrés sur le cheval et le poids égal au IS*-' ou au 20'' de celui du corps puisse, en quelques minutes, éprouver d'énormes déperditions. Le sang qui vient se refroidir dans son tissu glacé par le contact de l'eau va ensuite emprunter aux parties profondes la chaleur qu'elles perdraient difficilement par la conductibilité. Il suffit donc de 18 à 20 tours de circulation pour que la masse totale du sang perde la chaleur que, à un moment donné, la fraction actuellement sous la peau a perdue. La somme de chaleur ainsi enlevée à l'économie, à chaque tour de circulation, aurait bientôt amené la température du corps au degré de celle de l'eau si la calorification intérieure ne remplaçait pas une partie des pertes.
La peau, pendant que le corps est plongé dans l'eau, dépense donc de la chaleur animale par le rayonnement opéré à sa surface. C'est d'abord la sienne propre qu'elle donne au milieu liquide et elle la lui donne très vite, comme on l'a vu dès les premières expériences dont j'ai parlé ; puis elle donne, tout à la fois, ce que les parties profondes lui cèdent par conductibilité et ce que lui apportent les courants sanguins. Ce double tribut, sans cesse renouvelé, a bientôt pour résultat
un refroidissement incompatible avec l'entretien de la vie. En effet, au Ijout d'une heure et demie, ou de deux heures, sur des animaux de la taille du lapin et du chat, au bout de trois, quatre ou cinq heures sur ceux de la taille de gros chiens, l'organisme ne peut plus rien céder au milieu liquide et la réfrigération éteint toutes les actions vitales.
Mais, avant que le refroidissement ait atteint ses limites, si on l'arrête en replaçant l'animal dans son milieu atmosphérique, la totalité de l'organisme se trouve dans une situation qui mérite notre examen. Suivant le moment de l'arrêt, nous avons un animal dont la température intérieure est descendue tantôt à 32, à 30, tantôt à 28 ou à 25. Tout chez cet animal est refroidi et uniformément refroidi comme chez l'animal hibernant à ses divers degrés d'engourdissement. Or, c'est cet animal refroidi dans toute sa masse que nous devons considérer un instant pour nous expliquer comment le froid engendre un si grand nombre de troubles morbides ^
Tous nos organes ne sont ni également sensibles, ni également contractiles, ni également vasculaires. Aussi, bien que, à un moment donné, ils se trouvent à un même niveau Ihermométrique, ils ne souffrent pas uniformément de la réfrigération. Ces organes, comme les animaux d'une ménagerie surpris par un froid brusque, ne le supportent pas de la même façon : les rustiques, le bravent ; les indifférents n'en éprouvent rien de fâcheux ; mais les délicats, les impressionnables en souffrent plus ou moins et en deviennent malades, et parmi ces derniers, sont le larynx, les bronches, le poumon, les séreuses, quelquefois les articulations, les muscles, etc.
Les différences d'impressionnabilité des organes ne sont pas d'une explication plus facile que celles des animaux. On ne voit pas bien, en effet, pourquoi tel cétacé vit dans l'océan Glacial et tel autre seulement dans la mer des Indes, telle espèce d'antilope dans les steppes de la Sibérie et telle autre dans les sables brûlants du Sahara.
En somme, c'est dans l'eau que le refroidissement du corps s'opère avec le plus de rapidité ; c'est dans ce milieu entre 0 et -\- 15 que la calorification animale lutte avec le moins d'avantage contre les déperditions dues à la conductibilité et au rayonnement.
Dans tous les cas, quel que soit le mode de refroidissement et le milieu ou il s'opère, lorsque ce refroidissement descend à 0 dans les appendices et les extrémités, la congélation s'empare des tissus et des liquides, et toute action vitale s'y éteint. Cependant elle n'entraîne pas nécessairement la mort des parties qui l'ont subie. Les oreilles du lapin, la crête du coq peuvent n'éprouver qu'une inflammation modérée et revenir à l'état normal, si le dégel s'en est opéré avec lenteur. Des hérissons à extrémités gelées et à fonctions suspendues ont pu, suivant Mangili, se réveiller; des poissons, des crapauds complètement gelés et pris dans des blocs de glaces sont revenus à la vie, disent les voyageurs des régions du Nord. Des chenilles ont supporté sans périr, d'après Ross, des froids
1. G. Colin, Sia' le refroidissement du corps par l'eau. Action de la pluie, des aspersions et du bain froid. Bulletin de l'Académie de médecine, 1880, p. 296.
■de — 42°. Des n'ufs de vers à soie exposés par Bonnafous à — 25° n'ont pas .perdu la faculté de se développer, ni d'autres à 30 degrés, d'après Spallanzani.
2° Conditions de résistance à la chaleur.
Chez les animaux à sang chaud, la faculté de produire du calorique est limitée •de manière à maintenir, à un degré à peu près constant, la température du corps. Mais il faut que cette faculté puisse s'étendre ou se restreindre, s'étendre lorsque les milieux leur font subir des déperditions trop fortes, se restreindre lorsqu'ils tendent à les échauffer au delà de leur degré normal. Nous venons de voir comment l'organisation lutte contre le refroidissement, il faut rechercher maintemant par quels moyens il peut résister à la chaleur.
D"abord il est incontestable que la faculté de résister à réchauffement est non moins nécessaire que celle de résister au refroidissement, car la vie ne peut plus •s'entretenir dès que la température normale est dépassée d'un certain nombre de degrés, 4, 5, 7 au plus, suivant les animaux. Ainsi le cochon d'Inde meurt, d'après Berger et Delaroche, lorsque la température intérieure atteint 44 degrés ; mais on ne sait pas au juste à quel degré doivent périr les espèces de grande taille. Toutefois les cas de mort, parmi les animaux pris de chaleur pendant l'été, portent à penser que, probablement, il ne faut pas une température plus •élevée pour tuer le cheval ou le bœuf que pour tuer un petit animal.
Lorsque les animaux sont exposés pendant un certain temps à une température supérieure à la leur, celle-ci s'élève insensiblement, d'abord à la peau, aux •extrémités, puis de proche en proche, mais avec lenteur, dans les parties internes. Déjà, en été, où la température de l'air n'atteint pas à l'ombre la chaleur propre du corps, celle-ci dépasse la température d'hiver de quelques dixièmes de degré, <ie un demi-degré, 1 degré même. Les voyageurs qui passent d'une latitude tempérée à une latitude plus chaude, du climat de l'Angleterre à celui de l'Inde ■éprouvent une augmentation qui peut aller à un degré, d'après les observations •de J. Davy; les petits mammifères, les oiseaux qui passent d'un milieu tempéré dans un milieu chaud éprouvent aussi, comme Letellier Fa constaté, une augmentation de température analogue. D'ailleurs, il suffit que les animaux se trouvent dans des étables chaudes pour que leur chaleur propre s'élève, sinon dans la totalité de la masse du corps, au moins dans les parties superficielles, surtout à la peau qui représente la vingtième, la dixième, la huitième partie du tout, suivant les espèces.
Dans le cas oîi le corps est échauffé par l'insolation, les bains thermaux, etc., les choses se passent sur l'ensemble de la peau comme dans le cas d'échauffement partiel, et la chaleur absorbée par les parties superficielles se transmet, de proche en proche, aux parties profondes. Les courants sanguins surtout l'absorbent et la disséminent, de telle sorte que la température de la masse totale peut, par suite, s'élever sensiblement. J'ai vu, par exemple, la température d'un lapin exposé au soleil par une chaleur de 30 à 32 degrés monter à 43,2, puis à 44. Delaroche et Berger ont constaté que celle d'un ânon, après un séjour de deux heures cinquante minutes dans une étuve, avait éprouvé une augmentation de
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6 degrés, ou de 37,4 à 43,4. Hoppe l'a vue sur un chien, dans une étuve chauffée de 60 à 70 degrés, augmenter de 1 degré en trente-cinq minutes et de 2° en quarante minutes.
L'échauffement de l'organisme ne se produit pas seulement par l'extérieur, comme le ferait un cadavre placé dans un bain ou dans une étuve. A l'ombre, dans les régions tropicales où l'air arrive à 40 degrés ; au soleil, dans nos pays, par les grandes chaleurs de l'été; en Afrique quand, sous l'influence des vents chauds appelés simounn, chamsin, la chaleur arrive à 45, à 50 degrés, dit-on, les masses d'air introduites dans les voies respiratoires élèvent rapidement la température du sang à mesure qu'il passe dans le poumon. Aussi, dans de telles conditions, les animaux et les hommes des caravanes peuvent-ils périr par asphyxie. Cet accident peut même arriver dans nos pays par les fortes chaleurs de l'été sur les bœufs et les chevaux employés aux labours ou aux transports. On le reproduit aisément sur de petits animaux. Un lapin, attaché au soleil, est mort après avoir atteint la température de 46 degrés dans les expériences de Walker. J'en ai vu mourir un ainsi, au bout de trois heures et demie, quoiqu'il fût libre dans une cage de fils de fer.
L'insolation élève très rapidement la température de la peau et celle des parties sous-jacentes. En voici un exemple : Le thermomètre, introduit dans le tissu cellulaire sous-cutané, marquait 36,3 l'animal étant à l'ombre, puis les degrés suivants dès que cet animal eut été exposé au soleil, du côté où l'instrument se trouvait placé.
Température extérieure 30.
Après ia l''* minute d'insolation 37,8.