‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 299 sur 310 · coLiH. — Physiol. comp., 3' édit. II · texte numérisé non relu

coLiH. — Physiol. comp., 3' édit. II

1074 I^E LA CHALEUIl ANIMALE.

nature a donné aux animaux un pelage plus ou moins épais, des fourrures fines, tassées, des toisons et du duvet; elle a laissé à l'homme nu le soin d'en faire pour lui des imitations plus ou moins réussies. Ge sont les animaux du Nord et des ré"-ions glacées, ou des hautes montagnes, qu'elle a revêtus des fourrures les plus belles et les plus chaudes. Les martres, le renard arctique, l'ours blanc, la chèvre du Tibet, et parmi les oiseaux, Foie, l'eider, nous en offrent des exemples. Dans les climats tempérés même, dès l'approche de l'hiver, le poil de la plupart des animaux devient long et serré, souvent il se feutre et prend l'aspect de la bourre ; celui des chevaux des Mongols et de la Sibérie devient alors, dit Pallas, semblable à la laine des agneaux ; sur beaucoup d'espèces il pousse, dans les intervalles du poil grossier, un poil plus hn, laineux ou soyeux, qui protège mieux la peau que le poil ordinaire ; chez les oiseaux, entre les plumes, se développe le duvet, si abondant sur l'oie, le canard et d'autres espèces voyageuses. Ge sont là les vêtements modèles. Aussi l'homme, dans les climats très rigoureux, n'a rien de mieux à faire que de se charger de ceux qu'il peut emprunter aux animaux des mêmes latitudes. Tous ces vêtements naturels sont composés de substances très légères qui conduisent mal le calorique et emprisonnent l'air chaud dans leurs interstices. J'ai expérimenté, souvent, en hiver, pour juger comparativement de leur influence sur divers animaux dont l'aptitude à résister au froid est très inégale, et les observations theimométriques m'ont démontré que, sauf quelques exceptions, la clialeur de la peau se conserve proportionnellement à l'abondance et aux qualités du pelage.

Ainsi le cheval dont le poil est court et assez grossier, a la peau à basse température, mais elle s'échauffe à mesure que le poil s'allonge. En janvier, par un froid extérieur de — 2 degrés, le thermomètre a marqué -f- 26, -f 27 sous les poils des parties supérieures du corps des sujets tenus en plein air, plusieurs heures au moins avant l'observation. A la fin de décembre j'ai trouvé sur plusieurs chevaux qui avaient passé la nuit dans un local couvert, mais non fermé, à une température de — 3 à — 4 degrés, 27° à 27°, o, sur l'un d'eux à poil court, et 31°, 32°, 33° degrés, sur deux autres chevaux à long poil, placés exactement dans les mêmes conditions : conséquemment la température de la peau était de 5 à 6 degrés plus élevée sur les chevaux à longs poils que sur ceux à poils ras. L'yach qui a le poil plus long, sans être tassé, a donné 33 à 34 degrés ; le bélier mérinos plus encore, jusqu'à 3o degrés et demi, après plusieurs heures de séjour dans un parc par un froid de — 5 ; mais le bélier poitevin à laine grossière, placé dans les mêmes conditions, avait plusieurs degrés de moins, et, chose remarquable, cette température était aussi élevée que celle des moutons dans la bergerie à température de -)- '4 à 5 degrés, car dans la bergerie chaude la température de la peau de ces ruminants peut aller à 37, même à 37°, 5. Enfin, j'ai trouvé 36 degrés sur un lama au grand air et un ours de la ménagerie du Muséum-', lors des froids les plus vifs de l'hiver.

Les animaux dont la résistance au froid est faible n'ont pas la peau aussi

1. M. Milne Edwards avait bien voulu me donner l'autorisation d'expérimenter sur ses animaux.

chaud.e que les précédents, même dans les points où elle est passablement recouverte par un pelage serré. Le dromadaire, par les froids vifs, n'a donné dans les points les plus laineux que 29, 30, 31 degrés. Au contraire, ceux chez lesquels la puissance de calorification est portée au plus haut degré, ont la peau très chaude quoiqu'elle soit à peine cachée par les poils peu serrés ou en mèches souvent écartées. J'ai trouvé, en elYet, 36 à 37 sur un bouc qui, par un froid de 7 à 8 degrés, semblait se promener et ruminer avec plaisir dans son petit parc, alors qu'il aurait pu s'abriter au fond de sa cabane ; cet animal donnait à la main une vive sensation do chaleur, et dans les points oi'i le pigment cutané manquait, le tissu de la peau était rosé et très injecté.

Le pelage ou la vestiture animale, suivant l'expression des naturalistes, n'a pas seulement pour eftet de maintenir la température de la peau à an degré si voisin de celui de l'intérieur; il a encore pour résultat de restreindre, dans les limites les plus étroites, les variations de cette température dues aux causes extérieures. L'expérimentation nous donne la preuve de ce second fait qui est d'une grande importance physiologique. Entre 0 et 20 degrés, et même 25 degrés, dès que l'animal est passablement vêtu, sa température cutanée au tronc et dans les régions volumineuses des membres reste à peu près constante ; ses oscillations sont si peu prononcées que les moyennes prises en différentes saisons se distinguent à peine les unes des autres. Les grands écarts coïncident seulement avec les très grands froids ou les fortes chaleurs. Le tableau suivant, qui résume les observations faites à différents moments de l'année, dans les mêmes régions, montre que les températures constatées en hiver sont sensiblement les mêmes que les températures d'été. Elles sont toutes prises, pour plus de sûreté, avec le thermomètre introduit sous la peau du cheval, et en regard se trouve indiquée la température du milieu oii l'expérience est faite.

Expériences d'hiver. Expériences d'été.

Température Température Température Température

ambiante sous-cutanée. ambiante. sous-cutanée.

21 novembre. + 5. 33,8. 23 mai + 22. 36,5

21 novembre. + 5. 33,5. 24 mai + 17. 34,8

21 novembre. + 5. 35.6. 24 mai + 17. 34,4

27 novembre. + 4, 35,8. 6 juin + 21. 33,2

27 novembre. + 4. 36,8. 6 juin +25. 34,4

27 novembre. + 4. 36,0. 7 juin +24. 35,8

28 novembre. + 2. 36,6. 7 juin + 20. 33,8

28 novembre. + 2. 35,9 13 juin + 18, 33,7

28 novembre. + 2. 36,4. 13 juin + 20. 36,2

5 décembre. + 3. 35,0. 14 juin + 17. 33,7

3 janvier... + 8. 34,0. 27 juin 34,^

9 janvier... + 10. 33,0. 4 juillet. ..+ 20. 35,6

16 janvier... + 11. 36,4. 4 juillet... +20. 34,8

31 janvier... + 7. 36,0. 4 juillet... +20. 35,0

31 janvier... + 7. 35,5. 4 juillet... +20. 34,6

31 janvier... + 7. 35,1. 11 juillet... +21. 36,4

7 février... + 6. 33,4. 11 juillet... +21. 33,3

7 février... + 6, 35,0. 13 juillet. ..+ 27 35,2

C'est seulement dans les cas de froids excessifs ou de très fortes chateurs et

au soleil, que la température de la peau des animaux vêtus éprouve des variations un peu notables ; néanmoins, elles restent minimes chez le bélier, le lapin, le chien de Terre-Neuve, etc. En décembre 1879, pendant le rude hiver de cette année, plusieurs lapins tenus pendant vingt-quatre heures dans des cages de fil de fer suspendues à des arbres ou déposées sur la neige, par conséquent sans abri, à une température qui oscillait de — 10 à — 16, donnaient les chiffres suivants : le premier, 36", 4 au pli de la cuisse ; un second, 3o degrés 1/2 sur le dos; un troisième, 36 degrés 1/2 au flanc. Les mêmes ont donné deux fois 37 et 37 degrés 1/2 au pli crural vers le milieu de la journée. Leurs oreilles seules étaient très refroidies, car le thermomètre, au fond de la conque, ne dépassait pas 29 à 30 degrés.

Les fourrures, les toisons ou le simple pelage des animaux ne conservent la chaleur qu'à la condition d'être secs. Dès que ces enveloppes sont mouillées, elles accélèrent le refroidissement par l'évaporation des liquides dont elles sont imprégnées, évaporation qui se fait nécessairement à l'aide du calorique emprunté à la peau. Aussi le mouton, qui résiste parfaitement au froid sec le plus vif, contracte des affections des voies respiratoires par les temps humides ou pluvieux qui mouillent sa laine. Le cheval à long poil exposé par son service à la pluie, ou à la sueur, gagne à être tondu parce qu'il se sèche alors très vite, tandis qu'il doit mieux se trouver de sa bourre d'hiver sur les routes et dans les montagnes, si son travail lent et modéré ne le fait jamais suer.

Le pelage a, même sur les animaux où il s'éloigne de l'état des fourrures, une grande influence sur réchauffement comme sur le refroidissement de la peau. En effet, si, après avoir introduit un thermomètre sous la peau du cheval, on vient à tondre la région explorée, on le voit baisser très rapidement, surtout pendant les temps froids, par le vent ou seulement dans un air agité. Ainsi, en janvier, l'air étant à 0, j'ai noté sur un cheval, avant la tonte partielle de la région costale, 3o.

1 minute après. .

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