‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 33 sur 310 · DE L'ABSORPTION DANS LES MEMBRANES SÉREUSES · texte numérisé non relu

DE L'ABSORPTION DANS LES MEMBRANES SÉREUSES

Les membranes séreuses : les plèvres, le péricarde, le péritoine, la gaine vaginale, l'araclinoïde, les synoviales tendineuses et articulaires, les bourses muqueuses normales ou accidentelles, sont le siège d'une absorption très active qui, à l'état physiologique, porte seulement sur des produits versés dans leur cavité et non sur des matières étrangères.

A première vue, ces membranes ne semblent pas organisées pour absorber avec une grande activité. Elles possèdent peu de vaisseaux sanguins, et sont tapissées par un épithélium pavimenteux simple à cellules aplaties et serrées. Mais elles sont lort minces; les réseaux capillaires sanguins sont abondants dans le tissu cellulaire sous-jacent, et elles possèdent en propre des réseaux lymphatiques fort rapprochés du revêtement épithélial, réseaux plus serrés dans le feuillet qui couvre les viscères que dans les lames pariétales. Les capillaires lymphatiques communiqueraient même avec la cavité de la séreuse par des orifices, des sortes de stomates que Ludwig dit avoir trouvés à la plèvre diaphragmatique du lapin, et Recklinghausen au péritoine. Ces vaisseaux, qui probablement jouent un rôle important dans l'absorption opérée par les séreuses, ne manquent pas dans les plus minces ; ils peuvent s'injecter, même dans l'endocarde, qui forme les valvules des orifices ventriculaires et artériels. Toutefois, ils manquent là oi!i la membrane est interrompue, comme à la surface des cartilages articulaires, et dans les points où elle est réduite à son épithélium, comme au feuillet pariétal de l'arachnoïde.

La faculté absorbante des séreuses n'est pas très inférieure à celle des muqueuses spécialement disposées pour recueillir les matières étrangères. Elle s'exerce, comme on va le voir, sur tous les principes solubles injectés dans leur cavité.

C'est principalement dans les grands sacs séreux que l'absorption est facile à démontrer, et que son activité est très évidente. Divers observateurs modernes s'en sont assurés pour la strychnine, l'acide oxalique, le prussiate de potasse, l'opium. Lebkuchner a vu le prussiate de potasse en dissolution injecté dans le péritoine se retrouver dans le sang artériel et dans l'urine au bout de six minutes. Nous avons constaté que l'extrait alcoolique de noix vomique étendu d'eau et injecté dans le péritoine détermine le tétanos et la mort beaucoup plus vite que lorsque cette substance est introduite dans les voies digestives.

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Ainsi, nous injectâmes dans le péritoine d'un premier clieval, par une petite ponction au milieu du flanc droit, 32 grammes d'extrait de noix vomique étendu d'eau. Neuf minutes après l'introduction du poison, tous les symptômes habituels de l'intoxication se manifestèrent, et l'animal tomba sur le sol ; il mourut dixsept minutes après l'injection.

La même dose de noix vomique fut poussée, de la même manière, dans la cavité péritonéale d'un second cheval de grande taille, qui éprouva des convulsions en moins de sept k huit minutes, et mourut dix-huit minutes après l'injection.

Enfin, un troisième cheval, dans le péritoine duquel on fit pénétrer aussi 32 grammes de noix vomique délayée, mourut au bout d'un quart d'heure en proie à de violentes convulsions tétaniques.

Chez les petits animaux l'absorption du sulfate de strychnine dans les séreuses paraît encore beaucoup plus rapide que chez les grandes espèces. Cinq centigrammes de ce poison, en solution dans 3 grammes d'eau, dans le péritoine d'un lapin, ont déterminé des con^-ulsions avec chute du corps après 2 minutes et la mort 2 minutes plus tard. Chez un animal de la même espèce, 1 décigramme de curare sec pulvérisé, en instillation dans le péritoine a produit la chute du corps au bout de o minutes et la mort 3 minutes plus tard. Un centigramme du même poison sec dans cette séreuse a agi plus promptement encore sur le rat ; chute du corps à la troisième minute et mort à la sixième.

Quoique Haller et Flandrin aient affirmé que l'eau s'absorbe promptement dans les plèvres et le péritoine, je ne puis adopter leur opinion. De petites quantités de ce liquide peuvent disparaître assez vite de ces séreuses, mais des quantités un peu fortes ne paraissent enlevées qu'avec lenteur. En trois heures la plèvre d'un cheval n'a absorbé qu'un demi-litre d'eau sur deux litres que j'y avais injectés à la température du corps, mais il a pu arriver que, dans cette expérience, l'eau absorbée ait été remplacée par de la sérosité provenant d'une sécrétion surexcitée sous l'influence de l'injection.

Les matières colorantes sont facilement absorbées dans les séreuses, car Flandrin ayant injecté de la teinture de garance, de l'indigo en dissolution, de l'encre, dans le péritoine de plusieurs chevaux, vit ces substances disparaître en totalité ou en très grande partie ; mais il ne les trouva point dans les lymphatiques qui partaient de cette membrane séreuse. Mascagni, qui avait noté l'absorption des liquides colorés, longtemps après la mort, n'avait eu affaire qu'à un phénomène cadavérique sans importance. Recklinghausen, qui a injecté des liquides colorés dans le péritoine, dit avoir retrouvé les corpuscules colorants dans les lymphatiques, auxquels il attribue des ouvertures béantes à la surface de cette séreuse.

Le curare s'absorbe dans les séreuses. Moins de 1 décigramme de ce poison avec 6 grammes d'eau, a déterminé sur le chien les premiers symptômes d'intoxication à la sixième minute, et la mort à la dixième.

Enfin, les gaz peuvent être absorbés, mais avec une très grande lenteur, dans les cavités des membranes séreuses. Davy a noté que l'oxygène, à mesure qu'il y diminue, y est remplacé par d^s quantités équivalentes d'azote. La difficulté que les gaz éprouvent à y disparaître explique la persistance de certaines tympanites dues à des opérations chirurgicales.

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L'absûi'plioii s'opère aussi à un certain degré dans les séreuses synoviales des articulations, comme le prouvent les injections iodées que l'on emploie dans les maladies de ces memhranes.

Les phénomènes physiologiques ou uiorbides qui se rattachent aux lonclions des séreuses suffisent, sans le secours des expériences, pour démontrer clairement le pouvoir absorbant de ces membranes.

L'absorption dans les séreuses est une conséquence nécessaire de l'exhalation d'une certaine quantité de liquide. Il est indispensable que le fluide qui baigne leur surface libre y soit repris dans les mêmes proportions qu'il y est versé. Dès l'instant que l'équilibre entre ces deux actes, l'exhalation et l'absorption, se trouve rompu, il se développe une hydropisie; la sérosité s'accumule en quantité énorme, et exige, par la suite, un travail de résorption extrêmement actif. En effet, celui-ci doit être considérable pour faire rentrer dans les voies de la circulation les masses énormes de liquides que renferment le péritoine et les plèvres à la suite de l'inflammation.

La disparition plus ou moins complète des exsudations fibrino-albu mineuses qui accompagnent la pleurite, la péritonite, donne une preuve non moins remarquable que la précédente du pouvoir absorbant des séreuses. On sait avec quelle rapidité ces dépôts plastiques diminuent d'épaisseur, s'organisent, et donnent lieu à des adhérences entre les organes et les parois de leur cavité, comme on le voit si souvent entre les poumons et les côtes, le testicule et la tunique vaginale, le foie et le diaphragme.

La résorption du sang épanché dans les cavités des séreuses s'y opère aussi sans trop de difficulté. Le chirurgien et l'expérimentateur en ont sous les yeux de nombreux exemples. A la suite de la castration de la chienne, de la truie, de la vache, il tombe dans le péritoine une quantité de sang souvent assez considérable dont il* ne reste bientôt plus de traces. Après la ponction du rumen avec débridement, — à la suite de l'excision de l'épiploou hernie. — de la réduction de la hernie étranglée, ce fluide disparait de même assez promptement. Enfin, lorsque l'expérimentateur a donné lieu à une hémorrhagie en établissant une hstule, soit au conduit pancréatique, soit au canal biliaire, ou aux vaisseaux chylifères des animaux ruminants, on voit la résorption s'opérer en peu de jours, si l'hémorrhagie n'a pas déterminé une péritonite violente avec production de fausses membranes.

Néanmoins les séreuses se refusent à l'absorption des matières grasses. Emmert et Ségalas ont retrouvé intacte, après huit à dix jours, l'huile qu'ils avaient injectée dans le péritoine ou les plèvres.

La résorption à la surface des membranes séreuses est vraisemblablement opérée à la fois par les veines et par les lymphatiques. D'après les expériences de Magendie, elle aurait pour agents principaux les veines ; car la ligature du canal thoracique, et par conséquent l'interruption du cours de la lymphe, n'apportent pas de modihcationstrès sensibles aux eÛ'ets des substances mises en contact avec ces membranes.

Il importe, au point de vue pratique, de se rappeler que la grande activité absorbante des séreuses peut donner lieu à des accidents, dans le cas d'injec-

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tions de matières qui deviennent toxiques à laible dose. Déjà on eu a noté de graves, et même de mortels, à la suite des injections iodées dans les kystes de l'ovaire. On conçoit que les injections qu'on ferait dans les plèvres et le péritoine pourraient mieux encore avoir de l'unestes conséquences si la quantité d'iode injectée était très considérable.

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