CHAPITRE XXXVl
Le tégument externe, qui a tant d'analogie d'organisation avec le tégument muqueux, est loin de se comporter comme ce dernier, par rapport aux liquides et aux substances solubles mis en contact avec sa surface libre. Son revêtement épidermique épais, stratilié, enduit de matière sébacée, peu miscible à l'eau, l'entoure d'une barrière d'un difficile accès à laquelle s'ajoutent, dans beaucoup d'animaux, des poils, des plumes, des écailles, des carapaces ou des coquilles.
Ce tégument offre, dans la série animale, des variétés d'organisation nombreuses qui ont la plus grande influence sur son aptitude à l'absorption.
Chez les animaux inférieurs dont le corps est nu, la peau diffère en général très peu des muqueuses et elle peut fonctionner comme ces membranes, il en est ainsi chez divers helminthes, chez les vers terrestres, les mollusques, les batraciens.
Chez les articulés qui ont le corps couvert de plaques, d'étuis cornés, calcaires ; chez les reptiles dont l'épiderme est écailleux ; chez beaucoup de mammifères, comme le rhinocéros, l'éléphant, où l'épiderme est à la fois très épais et enduit de matières onctueuses, l'aptitude à l'absorption est réduite à son minimum ou tout à fait annulée.
Entre ces deux extrêmes il y a de nombreux intermédiaires, même parmi les animaux les plus rapprochés. Certaines espèces ont, comme celle du mouton, du lapin, la peau iine et à épidémie mince dans toute son étendue. D'autres, comme les oiseaux, l'ont plus mince encore, mais avec un épidémie que l'eau mouille difficilement. Quelques-uns ont la peau très vasculaire, comme le chien ; presque nue, comme le porc ; tout à fait nue, comme l'homme. Et le plus souvent sur la même espèce on trouve, de la partie inférieure des membres au dos, à l'aine, aux orifices naturels, tous les degrés d'épaisseur, de vascularité, de protection épidermique ou sébacée.
De même que parmi les muqueuses les unes jouissent au i)lus haut degré de la faculté absorbante, tandis que d'autres sont à peu près imperméables, la peau, suivant les propriétés physiques de ses revêtements, fonctionne tantôt comme une membrane des plus perméables, tantôt comme un tégument que rien ne traverse. Et, entre ces deux extrêmes, il y a une foule de nuances intermédiaires.
En général, la peau peut absorber les gaz, les solutions salines, diverses matières organiques solubles, même des corps gras, etc.
Il faut donc examiner séparément ces absorptions dans les principaux groupes
d'uuimaux, en évitant de conclure d'une espèce zoolugique à une aiilrc el d'une matière à une autre matière.
Al>soi>i>tioii <Ie.«« i£;n.x. — La peau nue de la [>Iupart des animaux ou la peau qui olTre une Ibule de points non couverts par les poils, les plumes et autres productions de môme nature, jouit de la faculté d'absorber les corps gazeux, avec lesquels elle est en contact. Elle absorbe l'oxygène, comme la muqueuse des voies aériennes, mais à un degré inliniment restreint. Sous ce rapport, elle constitue un poumon étalé dont la surface est beaucoup moindre que celle de l'organe essentiel de l'hématose, poumon qui, comme l'autre aussi, exhale de l'acide carbonique et une grande quantité de vapeur aqueuse. Ce fait complexe se prouve, comme nous le verrons au chapitre delà respiration, par l'asphyxie qui, à divers degrés, se produit consécutivement à l'application d'enduits imperméables à la surface cutanée.
La peau absorbe également et très vite, les gaz délétères, notamment l'hydrogène sulfuré. Chaussier et CoUard de Martigny ont vu, en effet, que de petits mammifères, tels que des lapins, et diversoiseauxduntle corps était enfermé dans de petits ballons pleins de ce gaz, la tête demeurant en dehors, périssaient en dix à douze minutes.
C'est surtout chez les espèces inférieures, les batraciens, les mollusques et les zoophytes, qu'elle absorbe activement les gaz en dissolution dans l'eau, comme l'étude des phénomènes respiratoires le prouve amplement. Là, elle fonctionne d'ailleurs comme la muqueuse des branchies, et quelquefois tient lieu de tout autre appareil respiratoire.
Aksot^ptioii lie l'esiii. — La pénétration des liquides par la voie cutanée est généralement moins facile que celle des gaz, car l'épiderme, dans une foule d'espèces, est enduit de matières non miscibles ou très peu miscibles à l'eau.
C'est chez les animaux à peau nue, dans les classes inférieures, qu'elle s'opère avec la plus grande activité. La limace peut, d'après Nasse, absorber plus de 2 grammes de liquide en une demi- heure; le limaçon en absorberait même, en somme, plus de moitié de son poids ; car, d'après Spallanzani', un mollusque de cette espèce pesant l?»"" 9, arrive assez vite au poids de 31 ^""3. Les batraciens absorbent non moins promptement de très grandes quantités de ce liquide, soit dans l'eau, soit dans l'air très humide. W. EdAvards- a vu que des grenouilles préalablement exposées à l'air absorbent, pendant Timmersion, 1/18'' de leur poids par heure, et en quatre heures une quantité d'eau égale à environ le tiers de leur poids, soit 10 grammes pour les grenouilles du poids de 32 à 33 grammes.
Il est probable que l'absorption cutanée est très active chez les animaux à peau nue, même parmi les espèces aquatiques supérieures, comme les carnassiers amphibies et les cétacés ; mais on conçoit qu'elle doive être limitée, soit par des enduits muqueux, soit par des matières sébacées difficilement miscibles à l'eau, afin que l'hydratation des tissus et des liquides de l'organisme ne dépasse pas le degré qui lui convient.
En ce qui concerne l'homme et les animaux dont le corps peut être plongé