‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 37 sur 310 · Vestrumb, Archives de Meckel, t. "VII, p · texte numérisé non relu

Vestrumb, Archives de Meckel, t. "VII, p

2. Demarquay, Recherches sicr V absorption des médicainents {Mém. de l'Acad. de méd. Paris, 1867, t. XXVIII, p. 424).

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à leur diffusibilité. Et puis, on est trompé souvent par des apparences. Quand, par exemple, on retrouve dans l'urine l'iode avant le nitrate de potasse du même bain, cela ne tient pas nécessairement à ce que l'iode y est arrivé le premier, mais à ce que sa présence s'y décèle par les premières fractions, tandis que la présence de l'autre ne peut l'être qu'après l'arrivée de fractions plus considérables. Il n'y a pas plus d'action élective à la peau qu'aux membranes muqueuses, et pourtant les phénomènes de l'absorption offrent des particularités analogues à celles-là, même chez les plantes, comme les expériences de Saussure l'ont prouvé.

La peau absorbe non moins évidemment beaucoup d'autres substances médicamenteuses en dissolution. Leur absorption se prouve aussi sûrement par les effets généraux de ces substances qu'elle pourrait se prouver par l'analyse chimique, car il est une foule de ces matières qni agissent dès qu'elles passent en très minimes proportions dans le sang. Vestrumb et B. Stuart ont vu, par exemple, la rhubarbe mise dans le bain passer dans l'urine. Le premier a retrouvé à l'air expiré l'odeur du musc et du camphre, mis dans l'eau de ce bain, ou appliqués sur la peau. Tous les jours, dans la pratique médicale, on voit le cataplasme laudanisé, la décoction de pavots, calmer non seulement les douleurs de la peau, mais celles des parties sous-jacentes. Une forte dose de laudanum a ainsi empoisonné, au rapport de M. Béclard, un auteur dramatique. L'infusion de tabac a pu, dans le bain, provoquer des vomissements et de la diarrhée.

Toutefois, ces effets ne se produisent que dans des limites étroites, et ils ne sont pas constants; car, dans plusieurs expériences de HomoUe et de Duriau, les infusions de balladone et de digitale, de SOO grammes à 2 kilogrammes de feuilles, n'ont produit aucun changement dans l'état de la pupille ni dans les caractères des battements du cœur.

Il suffit de cet ensemble de faits pour montrer que la peau absorbe les dissolutions salines. Les expériences dans lesquelles cette absorption n'a pas été constatée, prouvent qu'elles n'ont pas été faites, à ce qu'il semble, avec assez de soin: les bains ont pu être de trop courte durée, la quantité de sel employée insufhsante, la recherche du sel faite trop tôt ou trop tard, avant son apparition dans l'urine ou après son élimination complète. Elles prouvent, néanmoins, que l'absorption des sels en dissolution dans l'eau est extrêmement faible, et que, par conséquent, l'emploi des bains qui ont pour but l'introduction de ces agents médicamenteux est un moyen peu efficace, souvent même illusoire.

Il est hors de doute que la matière onctueuse qui imprègne l'épiderme et peut former un vernis à sa surface, est la grande cause qui rend difficile l'absorption de l'eau et des dissolutions aqueuses. C'est cette matière très abondante chez les phoques, l'hippopotame, qui empêche l'eau de mouiller la surface cutanée, d'y adhérer, de gonfler et de ramollir l'épiderme, comme cela arrive cependant à la plante du pied, à la paume de la main de l'homme, et à la partie inférieure des membres de nos grands animaux. Mais, cette matière n'est point une barrière absolument infranchissable : elle laisse passer de petites quantités d'eau et de sels, surtout dans les points oi!i elle offre son maximum d'épaisseur, car c'est là qu'elle se trouve en moindre quantité.

ABSORPTION CUTANÉE. 13o

Ce n'est pas seuleiiiuiiL la peau de riiomnie et des iiiamiuitères, dunt l'épiderme est mince, qui absorbe; la peau à épidémie corné, écailleux des reptiles tels que les lézards et les serpents, absorbe encore, comme le montrent les expériences suivantes :

J'étendis sur la peau d'un gros lézard vert, et à plusieurs reprises, une dissolution aqueuse de 25 centigrammes de sulfate de strycbnine. Au bout d'une beure et demie le reptile était paralysé. Ses membres, étendus et appliqués sur les côtés du corps, n'éprouvaient que de faibles secousses convulsives, soit spontanément, soit sous l'inlluence d'une excitation extérieure. La respiration était suspendue et la queue complètement privée de mouvement. Cet état se prolongea pendant quinze heures et l'animal mourut.

J'appliquai de la même manière et à plusieurs reprises, pendant trois beures, uue dissolution de i gramme de sulfate de strychnine sur la peau d'une énorme couleuvre à collier convenablement fixée. Six heures après le commencement de l'expérience, le reptile, jusqu'alors très agité, se roula en plusieurs sens sur lui-même et devint immobile ; la peau était plissée, les côtes rapprochées et la respiration ralentie. L'animal, bien qu'on l'irritât, ne faisait aucun mouvement et conservait la position que l'on donnait à son corps sans souplesse. Il demeura dans cet état tétanique pendant trois jours et mourut. Ainsi l'épiderme épais et écailleux des lézards etdes serpents n'est point unobstacleinvincibleàl'absorption.

Absorption des sels iiou dissous. — Les premières expériences sur ces substances, dues à Séguin, ont permis de constater que des quantités pesées de divers sels mis à la surface de la peau, sous des verres de montre, diminuaient sensiblement de poids; mais ces expériences ne sont pas suffisamment rigoureuses, car le déchet des sels peut tenir aux changements dans la proportion d'eau dont ils sont chargés, à une température inférieure à 100'^.

M. Roussin^ a appelé de nouveau l'attention sur ce point. Il s'est frotté et saupoudré la partie supérieure du corps avec de l'iodure de potassium, et a trouvé dans l'urine, sécrétée pendant les vingt et une beures suivantes, beaucoup d'iode. Il a revêtu, après dessiccation, une chemise imprégnée de solution d'iodure de potassium. Pendant les trois jours quelle a été portée, l'iode se montrait dans les urines. Ces faits n'ont rien d'étonnant. A supposer que pendant les manipulations de saupoudrement aucune particule d'iodure ne se soit introduite dans les voies aériennes, l'iode mis en contact avec la peau a dû être dissous par le produit de la transpiration et absorbé, comme à l'ordinaire, sous forme de solution et non pas, comme le pense l'auteur de ces expériences, à l'état solide et pulvérulent ou associé aux matières grasses.

C'est, je pense, de la même manière qu'il faut interpréter les accidents signalés par Tardieu sur les individus porteurs de bas teints à la coralline, et par divers observateurs sur les personnes dont la peau s'est trouvée en contact avec des étoffes teintes au vert arsenical ^.

1. Z. Roussin, Empoisonnement par le vert de Schweinfib-fh et Nouvelles expériences relatives à l'absoiption [Ann. d'hyçj. Paris, 1S67).

2. Ambr. Tardieu, Mém. sur i empoisonnement par la coralline {Bull, de l'Acad. de méd. 1869, t. XXXIV, p. 48. et Arin. d'hyg.publ, t. XXXI, p. 257).

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Il est clair qiio dos matières diverses, Airulentes ou autres, imprégnant des vêtements, ou adhérentes à des harnais, peuvent ainsi, à un moment donnée ramollies par la transpiration, par la sueur, devenir, surtout si la peau se dépouille de son épiderme par le frottement, le point de déjiart d'inoculations plus ou moins étendues.

Al»sorptîoii fies matières diverses associées aux cori>s S'ras et à des lî<i»iitles susceittil>Ics tl'atlliérer à la peani. — Si la peau absorhe avec quelque difficulté les corps solubles en dissolution dans l'eau qui mouille difficilement l'épiderme, elle absorbe beaucoup mieux celles qui sont associées aux graisses ou sous forme de pommade. A cet égard, les données de la pratique médicale rendent une démonstration expérimentale presque superflue. L'application de la pommade d'iodure de potassium est suivie, au bout de quelques heures, de l'apparition de l'iode dans les urines; celle de la pommade mercurielle donne lieu à de la salivation et souvent à d'autres accidents. La pommade stibiée peut provoquer la nausée et le vomissement sans le concours des frictions ; la pommade de belladone, la pommade d'atropine, produisent assez promptement la dilatation des pupilles. La graisse qui s'applique exactement à la peau, qui pénètre l'épiderme comme elle pénètre les corps poreux, entraîne avec elle l'agent médicamenteux qui, une fois arrivé profondément, se dissout dans l'humidité des tissus et laisse peut-être le corps gras en chemin. Il est possible qu'elle pénètre dans les canaux des glandes sébacées, des glandes sudoripares, et qu'ainsi elle s'offre à des surfaces très étendues, d'une plus grande puissance d'absorption que celles de l'extérieur.

L'incorporation des substances médicamenteuses aux corps gras ou aux substances miscibles à la matière sébacée, pourrait s'étendre avec avantage à d'autres agents qu'il conviendrait d'offrir à l'absorption cutanée.

Divers liquides, miscibles à la matière sébacée et très aptes à traverser l'épiderme, sont promptement absorbés. Dans cette catégorie se trouvent l'alcool, les huiles essentielles, le sulfure de carbone, la benzine, l'ammoniaque. L'éther, l'acide cyanhjdrique, s'absorberaient aussi s'ils n'étaient rapidement volatilisés, et on pourrait obtenir leur absorption en les maintenant sous de petites cloches telles que celles des ventouses. Tous ces liquides sont promptement enlevés chez les animaux à peau nue comme les batraciens. Une goutte de nicotine, mise par exemple, sur le dos d'un crapaud, détermine après une minute et demie à deux minutes l'arrêt de la respiration, l'affaissement de l'abdomen, puis au bout de cinq minutes, l'extension des quatre membres et la mort apparente.

Liîmites de raltsorptioii cutanée. — La peau absorbe donc incontestablement, même dans les espèces où elle a un épiderme écailleux et corné, l'eau, les sels et autres substances tenues en dissolution; elle absorbe aussi très facilement les substances solubles associées aux graisses et même celles qui, déposées à l'état de siccité, sont susceptibles de se dissoudre insensiblement dans les produits de la transpiration ou de se convertir en composés solubles.

Mais, cette absorption est, sauf dans les espèces inférieures à peau nue, très limitée, tant à cause de l'épaisseur et de la faible perméabilité de l'épiderme que

pai suite de la non-miscibilité de l'eau et des solutions salines aux matières sébacées qui ajoutent une nouvelle barrière à celle de l'épiderme même. Aussi, quand le bain est de courte durée et qu'il contient peu de substances salines, l'absorption de celles-ci est presque insensible ou nulle, d'où les résultats négatifs obtenus par un si grand nombre d'expérimentateurs, avec des matières dont l'absorption est pourtant incontestable.

En eO'et, cette absorption est tellement faible que les lotions très étendues à la décoction de tabac, que le bain de Gerlach, très chargé de cette décoction, et le bain de Tessier où la proportion d'acide arsénieux est considérable, ne donnent pas lieu, sur les moutons galeux qu'on y plonge entièrement, à des accidents indiquant une absorption tant soit peu sensible. Il en est de même pour les hommes qui font prendre ces bains aux animaux. J'ai vu, à l'Ecole d'Alfort, un berger qui, pour faire prendre, sous mes yeux, le bain arsenical à un troupeau galeux, y a tenu les mains et les bras plongés pendant cinq heures, sans éprouver "ultérieurement ni coliques, ni saveur alliacée. Cependant on a fait grand bruit, il y a quelques années, de l'empoisonnement d'une quarantaine de bêtes ovines par ce bain antipsorique; mais on en avait changé la formule et le sulfate de fer ou de zinc avait été remplacé, sans doute, par un autre sel susceptible de donner avec l'acide arsénieux un composé soluble d'une absorption facile.

Dans tous les cas, cette absorption ne s'étend pas à une foule de substances telles que les venins, îes virus; car si elle pouvait en prendre les plus faibles quantités, l'inoculation de la rage, de la syphilis, de la morve, du farcin aurait lieu lorsque la peau demeure longtemps au contact de ces agents virulents. Or, à la condition que la peau n'offre ni plaie ni dénudation d'épiderme, on peut manipuler sans inconvénient les débris imprégnés de diverses matières virulentes. Magendie a, en effet, touché impunément à la salive du chien enragé, et dans le cours de mes expériences et de mes éludes anatomiques, j'ai plongé cent fois les mains dans le sang des animaux vivants ou des cadavres charbonneux, morveux, farcineux, etc.

Sans doute l'épiderme, la' matière grasse qui l'imprègne, sont des obstacles à cette absorption, mais ils n'en sont ni les seuls ni les plus efficaces, car l'épiderme, à la longue, s'imbibe et la matière onctueuse est modifiée ou entraînée par les alcalis du sang qui demeure souvent des heures entières en contact avec la main de l'opérateur ou de l'anatomiste. Nous ne connaissons par les raisons physiologiques ou physiques qui entravent, à la peau, mieux encore qu'à la muqueuse gastro-intestinale, la pénétration des matières virulentes.

Particularités du mécaaiîsisie de l'alssorption cutanée. — La peau se trouve évidemment dans des conditions exceptionnelles par rapport aux substances à absorber. Elle est protégée par une barrière renaissante, qui est plus ou moins imprégnée de matière onctueuse dans ses couches superficielles, et c'est bien plus par cette matière non miscible à l'eau qu'elle est préservée que par l'épiderme lui-même. En effet, dans les parties où celui-ci est très épais mais sans enduit sébacé, comme à la paume des mains et à la plante des pieds de l'homme, elle absorbe mieux qu'ailleurs et elle absorbe encore chez les animaux tels que les serpents, les lézards où cet épidémie est écailleux, presque corné.

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Mais, dans tous les points où existe l'enduit gras, soluble dans l'étlier et le chloroforme, l'eau ne mouille pas l'épidermc ; elle glisse à sa surface, comme on le remarque aisément pendant le l)ain mrme très prolongé. Toutefois, à la longue, cet enduit laisse passer le liquide, puisque, peu à peu, l'épidémie blanchit jusqu'à une grande profondeur, même dans les parties inférieures des membres oij il a une grande épaisseur, chez les animaux de la taille du bœuf ou du cheval. Les dissolutions salines le pénètrent aussi avec plus ou moins de lenteur. L'expérience du docteur Bloch rend ce fait sensible, car, si après avoir tenu soit la main, soit le pied dans une solution de sulfate de fer, on lave à grande eau et on essuie ces parties pour les immerger ensuite dans une solution de ferrocyanure de potassium, l'épiderme ne tarde pas à bleuir dans toute son épaisseur à mesure que le second sel arrive dans les strates oi!i le premier s'est précédemment engagé. Il est visible, dans cette circonstance, que l'imbibition épidermique se fait graduellement, des couches superficielles vers les profondes; car la coloration est limitée à la surface après le bain de courte durée, et elle n'arrive aux couches internes qu'après un bain très prolongé.

La marche de la solution saline à travers les diverses couches de l'épiderme se fait lentement et peut-être plus au début que ultérieurement, alors que ces couches sont humectées. Dans tous les cas, le second bain colore d'autant plus vite l'épiderme et avec plus d'intensité qu'il est pris à un intervalle plus rapproché du premier. Mais, la progression de la matière admise paraît se ralentir beaucoup et même se suspendre, une fois que de nouvelles quantités ne chassent plus les précédentes. En effet, douze, vingt-quatre, trente-six heures, et quelquefois même plus, après le premier bain, il reste encore de la solution dans l'épiderme. La partie la plus profonde continue probablement à avancer et à entrer dans les vaisseaux absorbants, la partie extérieure est emportée, soit avec les produits de la transpiration, soit par les progrès de l'exfoliation.

Circonstances eiiiî favoa^îsent l'al>sori)tîon cutanée. — Parmi ces circonstances, les principales sont celles qui, en amincissant l'épiderme et en le débarrassant de la matière sébacée, ont ce double résultat de permettre un contact plus intime entre la substance à absorber et le tégument, et d'augmenter la perméabilité de son revêtement protecteur.

Les lavages, et surtout les lavages alcalins qui enlèvent les squames et les couches superficielles de l'épiderme, les produits desséchés de la transpiration, la matière onctueuse qui imbibe les couches restantes, ont une action assez frappante pour qu'il ne soit pas nécessaire de l'analyser. Cependant, ces lavages, en hydratant l'épiderme, peuvent, pour un moment, créer des diflicultés à la pénétration des corps gras et des substances peu miscibles à l'eau. Aussi faut-il , quand on les emploie, attendre que la peau soit desséchée pour y appliquer des substances de cet ordre.

Les frictions qui enlèvent ou qui divisent les couches épidermiques mortes, font adhérer les matières à la surface de l'épiderme et les incorporent même à une partie de ses strates, les poussent par la pression dans les orifices des glandes sébacées, des glandes sudoripares, dilatent les vaisseaux, accélèrent la circulation dans les couches superficielles, activent beaucoup l'absorption, surtout celle des

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préparations clans lesquelles entrent les corps gras et les autres substances dont l'adhésion à la peau s'opère difficilement.

Lebkucliner, après avoir frictionné à plusieurs reprises la face inférieure de l'abdomen d'un lapin avec une solution de prussiate de potasse, retrouva, peu de temps après, ce sel dans le sang et dans l'urine. L'acétate de plomb, employé de la même manière sur un animal de cette espèce, détermina des convulsions mortelles en moins de vingt-quatre heures. Dans ce dernier cas, le tissu cellulaire souS'Cutané, soumis à l'action de l'hydrogène sulfuré, noircit par le plomb qu'il retenait. Les frictions ont ici très visiblement accéléré l'absorption.

Dans d'autres expériences, il put constater l'absorption du chlorure de baryum, de l'ammoniure de cuivre, du camphre, de l'essence de térébenthine; mais souvent, en se servant de substances irritantes et de frictions énergiques, il détermina certainement une pénétration physique.

Beaucoup de médicaments employés par cette méthode des frictions, dite iatraliptique, produisent une action très manifeste, et souvent même assez rapide, eu égard à la faible perméabilité de la peau. Tous les praticiens savent que les préparations mercurielles employées en frictions sur la peau déterminent, à la longue, une salivation plus ou moins abondante, une action spéciale sur les mamelles, et chez les ruminants des tremblements, une sorte d'infection mercurielle, qui peut aller, chez le mouton et la chèvre, jusqu'à Tempoisonnement. L'iode et ses composés s'absorbent également ; les frictions de pommade slibiée provoquent des efforts de vomissement sur les carnassiers ; l'essence de térébenthine, employée de la même manière, agit sur les reins ; l'huile essentielle de la moutarde passe aussi probablement dans le sang et stimule les organes génito-urinaires.

Quoique les corps gras pénètrent facilement l'épiderme et paraissent s'engager dans les conduits des glandes sudoripares, leur absorption par la peau est très restreinte. Si l'huile de croton tiglium en frictions peut purger le chien, comme on l'a prétendu, j'ai la certitude qu'elle ne produit pas ce résultat sur le cheval. Dans plusieurs expériences, des frictions de cette huile, à dose forte, sur le plat de la cuisse du cheval, continuées jusqu'à l'escharitîcation des couches superficielles, n'ont pas même produit un commencement de purgation.

L'association des médicaments à des matières qui pénètrent promptement les tissus ou qui agissent chimiquement sur l'épiderme, accélère aussi l'absorption cutanée. Les alcalis qui le ramollissent et le dissolvent rendent les voies plus accessibles. Le chloroforme rend l'absorption de l'atropine si prompte que, quelques minutes après son application, on peut constater la dilatation de la pupille.

Quant à l'absorption par la peau dépouillée de son épidémie, elle se fait dans des conditions toutes nouvelles analogues à celles des muqueuses. Lorsque la barrière inerte est enlevée, le derme peut absorber à peu près tout ce qui lui est ofl'ert : sels, alcaloïdes, poisons, venins, matières virulentes, matières septiques, ce dont l'opérateur et l'anatomiste doivent bien se souvenir. L'emploi des médicaments, dans cette condition, qui constitue ce qu'on appelle la méthode endermique, est suivi d'effets prompts. C'est un moyen excellent auquel on peut

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recourir lorsque les voies digestives ne sont pas libres, et, surtout lorsqu'il s'agit de faire absorber des médicaments précieux, d'un petit volume.

L'active absorption de la peau dépouillée de son épiderme peut donner lieu quelquefois à des accidents graves, comme le prouvent les effets de la cantharidine. Elle pourrait même déterminer l'intoxication dans des délais assez courts. J'ai vu, sur le lapin, une solution de cinq centigrammes de sulfate de strychnine appliquée sur la peau dénudée de son épiderme dans une étendue de 10 centimètres carrés, produire des convulsions, au bout de 30 à 45 minutes, pendant plus de deux heures.

C'est, sans aucun doute, par les dénudations de la peau, dues au frottement des harnais, souillés de matières virulentes, comme par les petites écorchures faites au contact des voitures, des râteliers et des mangeoires que s'opère souvent la contagion de la morve, du farcin et d'autres affections.

On s'est demandé, dans ces derniers temps, si la peau a une action élective sur les substances qui lui sont offertes. D'après quelques observateurs, l'eau chargée de sels serait absorbée en plus forte proportion que les sels ou même sans en être accompagnée; et dans le cas oi!i elle en renfermerait deux, Tun pourrait être absorbé sans l'autre. Il y aurait là, dit-on, des preuves d'une action élective. Mais cela ne me paraît pas évident. Il faut des dosages exacts, que je ne vois faits nulle part, pour établir qu'un sel n'a pas été absorbé dans la même proportion que l'eau qui le tenait en dissolution; et, dans les cas où l'un des sels offerts n'a pas été retrouvé dans l'urine, c'est plutôt, ce me semble, en raison de sa faible quantité qu'en raison de son absence. Il est clair que si l'on a mis 2 ou 3 grammes d'arséniate de soude ou de potasse dans un bain de 100 litres d'eau et que si, en une heure, SO grammes de cette solution ont été absorbés, ces 50 grammes, représentant 2/1000 de la solution, n'ont pu faire entrer dans l'organisme que la 2/1000 partie des 3 grammes de l'arséniate, soit 1 milligramme et demi, laquelle portion serait bien difficile à retrouver, à supposer qu'après avoir été dispersée dans toute la masse du sang et de l'organisme, elle se soit rassemblée pour être tout entière éliminée par l'urine, et dans le moment pendant lequel ce liquide est recueilli. C'est trop souvent d'expériences aussi défectueuses, qui ne supportent pas l'examen , qu'on tire des déductions en apparence acceptables.

L'action élective ne peut pas se déduire de ce que la peau se refuse à l'absorption des venins, des virus ; car ces matières sont réfractaires à l'absorption sur la muqueuse gastro-intestinale, pour des raisons encore mal déterminées, qui ne paraissent pas se concilier avec les idées qu'on se fait des prétendues actions électives.

En résumé, l'absorption cutanée est incontestable, mais elle est et elle doit être très faible, et c'est par l'épiderme et l'enduit sébacé qu'elle a ces caractères. Elle ne s'exerce sur l'eau et les substances que l'eau tient en dissolution que dans des limites très restreintes. Aussi ne faut-il pas se figurer que les bains minéralisés fassent entrer dans l'économie de bien grandes quantités de matières salines. Cette absorption peut acquérir une plus grande activité par le secours des frictions et des préparations qui augmentent la perméabilité de l'épiderme. Enthi

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