ABSORPTION DANS LE TISSU CELLULAIRE
employés en injections sous-cutanées. J'ai vu le chloral, par exem[)le, à la dose de 30, 40, 50 centigrammes par kilogramme du poids de l'animal endormir le chat seulement après 20 à 25 minutes et déterminer un sommeil de 32, 34, 3G heures et souvent la mort avant le réveil. Mais sur les petits animaux cet agent a eu des effets plus prompts. Il a endormi le la|>in après 15, le rat après 10, le moineau après 2 minutes.
La rapidité avec laquelle les agents médicamenteux sont absorbés dans le tissu cellulaire paraît très grande dans une foule de cas où il suffit des plus petites quantités saisies pour produire les effets qu'on veut obtenir. Ainsi, en injectant seulement 25 centigrammes de pilocarpinedans le tissu cellulaire du cheval, j'ai vu, au bout de cinq à six minutes, les deux parotides, jusqu'alors inactives, donner 250 à 300 grammes de salive en un quart d'heure, et continuer à fonctionner pendant plus de deux heures.
Tous les virus s'absorbent dans le tissu cellulaire, comme dans les plaies superlicielles de la peau.
Le virus charbonneux donne lieu à un œdème plus ou moins vaste ; — le septicémique a une irritation vive, sans œdème bien prononcé ; — celui de la péripneumonie à de vastes exsudats fibrino-albumineux. Ils peuvent s'y conserver avec leurs propriétés intactes pendant un certain temps, sans agir comme le fait celui de la septicémie sur le cheval ou l'âne, ou celui du choléra des poules sur le bœuf et sur le 'mouton ^ Ces agents, s'ils trouvent dans le tissu cellulaire des conditions favorables à leur régénération, s'y reproduisent, sinon ils s'y atténuent et s'y détruisent.
Les matières insolubles, les substances finement divisées, les éléments figurés des liquides de l'organisme, peuvent y être pris, mais plutôt par une pénétration directe à travers des solutions de continuité des parois vasculaires que par une véritable absorption. M. Villemin a constaté que du tubercule inséré dans le tissu cellulaire sous-cutané provoque la tuberculisation du poumon du lapin. J'ai fait voir^ qu'en effet ce résultat se produit sur divers animaux, non par l'absorption d'un virus associé à la substance tuberculeuse, mais par la pénétration directe des éléments de cette substance dans les vaisseaux lymphatiques, d'où ils sont ensuite transportés au poumon et à d'autres organes.
En suivant, presque jour par jour, pendant des semaines et des mois cette absorption tuberculeuse qui est très lente, j'ai constaté que les éléments du tubercule , pris par les lymphatiques , suivaient un itinéraire rigoureusement déterminé; — qu'ils envahissaient d'abord le premier ganglion placé sur leur route, puis le second et successivement tous les autres du même côté du corps ; qu'ainsi, dans le cas d'inoculation à la jambe, le poplité devient le premier tuberculeux, puis le précrural, les pelviens, les sous-lombaires, les satellites de
1. J'ai démontré amplement cette conservation des agents virulents dans deux mémoires à l'Institut.
1» Sta^ la localisation rfe* virus dans les plaies et sur leur mode de dissémination dans Vorganisme [Comptes rsjidus, 1883, t. XGVI, p. 1679. - 2» Rech. expërim. sur la conservation temporaire des virus dans Forganisme des animaux oii ils sont sans action {Comptes rendus, 1884, t. XCIX, p. 759).
2. Rapport à l'Académie de viédecine {BulL, 1867, t. XXXII, p. 897).
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l'aorte, etc., ceux de l'autre muilié du corps demeurant parfaitement sains. Ces constatations faites d'abord sur les lapins, depuis 1867, et vériiiées un grand nombre de fois, se sont répétées depuis sur d'autres espèces. J'ai eu tout récemment l'occasion de les reproduire sur les animaux de l'espèce bovine^
Les huiles et les autres corps gras ne sont pas plus absorbés dans le tissu cellulaire que dans les séreuses ; ou s'ils le sont en faible partie, ils ne peuvent l'être intégralement. Les huiles irritantes y produisent des engorgements énormes. Ainsi Thuile de croton tiglium que j'ai injectée dans ce tissu, jusqu'à la dose de 2 grammes sur le cheval, n'a déterminé aucune action purgative.
Les gaz s'absorbent dans le tissu cellulaire, comme on le sait depuis les expériences de Davy et de Magendie. Ceux qui y disparaissent le plus vite sont l'acide carbonique, l'oxygène et l'hydrogène; mais l'azote met des semaines à disparaître; l'air atmosphérique, même en quantité modérée, peut y résister à l'absorption pendant vingt ou trente jours. Il résulte des expériences de MM. Leconte etDemarquay^ que cette résorption s'accompagne d'une exhalation d'acide carbonique et des autres gaz du sang. Aussi les emphysèmes produits artificiellement peuvent-ils persister pendant plusieurs semaines sans réduction notable.
Il en est de même dans les séreuses.
11 est clair que cette faculté absorbante du tissu cellulaire ;peut être mise à profit en thérapeutique, dans le cas où le tube intestinal obstrué se refuse à recevoir les médicaments, comme dans ceux oii la déglutition est devenue impossible : mais il ne faut administrer par cette voie aucune substance irritante, insoluble ou susceptible de se précipiter, afin d'éviter l'œdème ou les suppurations souscutanées. Les alcaloïdes, les principes actifs de certains médicaments, isolés et purifiés, peuvent être avantageusement employés de cette manière et produire des effets prompts, La seringue de Pravaz permet d'en régler l'emploi avec toute la précision désirable.
Dans les autres tissus, l'activité de l'absorption est en rapport, d'une part, avec la quantité de leurs éléments conjonctifs, d'autre part avec leur vascularité.
La strychnine, le curare, introduits dans les muscles, tuent presque aussi rapidement que dans le tissu cellulaire. Ils tuent aussi très vite quand on les porte dans le tissu du foie, de la rate, ou lorsqu'on les dépose à la surface du cerveau. Le sulfate de strychnine, sur un hémisphère cérébral du lapin, a, dans une de mes expériences, déterminé des convulsions dès la première minute. Sur les tissus fibreux, il n'a agi que faiblement et avec une extrême lenteur. C'est ce qui explique pourquoi dans celles de Fontana le venin de la vipère a paru sans effet sur le péricrâne, sur la dure-mère, le périoste et même sur la moelle épinière.
Dans le tissu des os et surtout à l'intérieur du canal médullaire, l'absorption est assez active. J'ai tué le lapin en lo minutes avec un petit grain de curare sec introduit dans le canal du tibia et maintenu par un petit obturateur.
1. G. Colin, Swr Id transmission de la tuberculose aux gra?ids ruminants {Extrait dans les Comptes rendus de tAcad. des sciences, t. XCIX, p. 884, p. 1057).
2. Leconte et Demarquay, Êrurfes chimiques sur l'action des rjaz injectés dans les tissus {Archives gén. de méd. octobre et novembre 1859).