‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 40 sur 310 · DE L'ABSORPTION PAR LES PLAIES ET LES AUTRES SOLUTIONS DE CONTINUITE · texte numérisé non relu

DE L'ABSORPTION PAR LES PLAIES ET LES AUTRES SOLUTIONS DE CONTINUITE

11 est facile de coinp rendre que les surfaces tégumentaires dépouillées de leur revêtement épithélial, le tissu cellulaire, les muscles dénudés, les surfaces accidentelles produites par les piqûres ou par les incisions, absorbent avec énergie. Ces nouvelles surfaces absorbent doublement par les parois intactes des cellules et des vaisseaux, que la substance vient directement toucher, ensuite par les blessures nombreuses faites aux vaisseaux sanguins ou lymphatiques. Elles fonctionnent donc en partie comme les surfaces ordinaires qui n'ont ni épiderme ni mucus, et en partie comme des surfaces criblées d'ouvertures. Aussi les plaies absorbent-elles avec une très grande activité, non seulement les gaz, les liquides, les substances solubles, mais aussi les substances insolubles sufiisamment divisées.

L'absorption dans les plaies est nécessairement un phénomène fort complexe. Les matières qui leur sont offertes se divisent forcément en plusieurs parties. Celle qui entre dans les vaisseaux ouverts y est versée par une sorte de transfusion ; c'est la première saisie et la plus siirement absorbée. Une seconde partie entre par imbibition 'ou par osmose à travers les parois vasculaires. Une troisième s'attache aux tissus, aux éléments anatomiques et les imprègne pour un certain temps ; enfin une dernière part se mêle au sang ou à la lymphe extravasée pour être entraînée avec ces liquides en totalité ou en proportion variable, suivant 'que la plaie est plus ou moins saignante.

Le mode de partage des matières offertes à l'absorption est subordonné à une foule de conditions relatives, les unes aux propriétés physiques, les autres à l'état des solutions de continuité. D'un côté, si les matières sont très miscibles au sang ou aux fluides qui imprègnent les tissus, si elles sont très diffusibles, leur dissémination ou leur répartition est rapide et tend à devenir uniforme ; au contraire, si elles se mêlent difficilement au sang et sont peu aptes à pénétrer les tissus, comme la salive visqueuse, les divers mucus, elles \lemeurent longtemps dans les anfractuosités des plaies, dans le sang qui les baigne ; alors, la plus grande part peut être entraînée et la plus minime absorbée avec lenteur. D'un autre côté, suivant que la plaie a la forme d'une piqûre ou d'une fente, dont les parois se touchent, ou suivant que ses tissus sont contusionnés, elle peut retenir la totalité de ce qu'elle reçoit^ tandis qu'elle peut la rejeter si elle saigne abondamment.

Toutes les surfaces accidentelles n'absorbent pas au même degré. Il faut distinguer les surfaces dénudées des plaies proprement dites, et les plaies saignantes des plaies sèches, confuses, anciennes et suppurantes.

Les surfaces dénudées par l'enlèvement de l'épiderme, tel que le provoque Feau bouillante, le fer chaud ou le vésicatoire, se trouvent à peu près dans les conditions des muqueuses à épithélium mince, car ces surfacesjconservent encore une faible couche de cellules épithéliales en voie de formation, ce qu'on appelait

autrefois le corps muqueux de Malpighi. Elles prennent toutes les substances solubles, la strychnine, Tatropine, le cyanoferrure de potassium, l'iodure de potassium, les principes actifs du vésicatoire : les faits de la pratique en ont donné mille preuves.

Les dénuilations qui résultent du frottement rude, d'une usure de l'épiderme, du grattage ou de l'excision des parties superficielles du derme, absorbent beaucoup mieux encore. Ce sont des surfaces où les sommets des papilles blessées ont des vaisseaux ouverts qui suintent un peu de plasma rosé. Si elles servent à des inoculations, celles-ci réussissent mieux que par tous les autres procédés d'insertion de la matière virulente. C'est ce que j'ai constaté maintes fois pour le charbon, le cowpox et quelques autres virus.

Les incisions superficielles et obliques, telles que celles produites par la pointe de la lancette, se prêtent d'autant mieux à l'absorption qu'elles sont plus superficielles et que, par conséquent, la substance s'engage mieux entre l'épiderme et la couche papillaire du derme. C'est surtout lorsqu'elles ne saignent pas sensiblement qu'elles permettent l'absorption intégrale et rapide du virus inséré, virus retenu et en quelque sorte protégé, jusqu'à absorption complète, par l'écaillé ou l'opercule épidermique que l'instrument a soulevé.

Les incisions profondes, celles qui traversent le derme ou qui arrivent dans les tissus sous-jacents, donnent lieu à une effusion de sang qui entraîne la matière virulente ou qui l'englobe et la soustrait en grande partie à l'absorption.

Les plaies confuses, irrégulières, avec écrasement, dilacération des bords, comme celles que produit la morsure d'un carnassier, ne favorisent point l'absorption rapide de la matière déposée, mais elles la retiennent longtemps et lui permettent de passer peu à peu. Aussi sont-elles très dangereuses quand la matière qu'elles reçoivent est virulente.

Les grandes plaies produites par l'instrument tranchant, pour l'excision d'une tumeur, pour une amputation, les plaies qui résultent de l'arrachement d'une partie de l'ongle, absorbent plus ou moins suivant leur âge et l'état de leur surface.

Leur pouvoir absorbant, faible dans les moments où elles saignent, arrive à son maximum une fois que l'hémorrhagie est arrêtée ; il diminue un peu dès que l'exsudat plasmatique s'épaissit et tend à se convertir en une croûte, peu favorable à la diffusion des substances dissoutes ; il s'affaiblit davantage si cette plaie suppure, et plus encore si les produits de sécrétion s'y dessèchent en' la couvrant d'une couche protectrice. Dans ce dernier cas les plaies anciennes, bourgeonnantes ou granuleuses se comportent comme certaines muqueuses peu aptes ou tout à fait réfractaires à l'absorption; elles peuvent être sans inconvénient mises en rapport avec les agents virulents ou au moins avec certains d'entre eux. Ainsi J'ai pu, à plusieurs reprises, badigeonner au sang charbonneux des lapins dont la peau portait de nombreuses plaies anciennes, à enduit moitié purulent, moitié desséché. Je cite depuis longtemps dans mes leçons ce fait remarquable.

Bonnet, en se servant de la strychnine, n'a pu découvrir de différences entre ces divers états des plaies, quant à leur activité d'absorption : elles sont pourtant réelles et se prononcent si on se sert de substances moins actives que cet alcaloïde.

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