‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 41 sur 310 · ABSORPTION PAR LES SOLUTIONS DE CONTINUITÉ · texte numérisé non relu

ABSORPTION PAR LES SOLUTIONS DE CONTINUITÉ

Enfin les piqûres plus ou moins profondes, bien qu'elles n'oiïrent à l'absorption que des surfaces d'une faible étendue, l'assurent en retenant la matière introduite et en ne l'associant qu'à une petite quantité de sang ou de lymphe. L'instrument s'essuie sur les parois du trajet et y laisse la matière qui ne peut être entraînée par suite du retrait des bords du trajet creusé. Cette particularité rend dangereuses les piqûres avec insertion de matières putrides ou virulentes. On sait que celles que peuvent faire des parties microscopiques, comme les poils d'urticées, laissent cependant dans les tissus des quantités assez fortes de matières pour causer une vive irritation.

Quelles sont les substances que les plaies peuvent absorber?

Toutes les matières, gazeuses, liquides, dissoutes ou solubles, même celles qui ont la propriété de coaguler les éléments albumineux du sang ou des tissus, les gaz, les matières miasmatiques ou putrides de l'atmosphère, entrent par cette voie et contribuent d'abord à donner aux plaies un mauvais aspect, puis à déterminer les accidents de l'infection purulente. Les solutions salines, surtout si elles ne sont ni astringentes, ni coagulantes, passent promptement, car l'application d'un plumasseau imbibé de solution de ferrocyanure de potassium sur une plaie du garrot ou sur le tissu feuilleté de l'ongle, est suivie du passage prompt de ce sel dans l'urine.

Les corps insolubles réduits en fines particules peuvent être absorbés dans une foule de plaies, ou être plutôt portés directement dans les vaisseaux sanguins ou lymphatiques blessés. En effet, à la suite du tatouage on retrouve des particules colorantes dans les ganglions voisins des plaies. Après une insertion de matières, tuberculeuses dans une plaie sous-cutanée, on voit la série des ganglions où se rendent les lymphatiques de cette plaie se tuméfier et bientôt s'imprégner d'éléments tuberculeux.

Les matières animales, les venins, les virus, surtout ceux qui sont pourvus d'éléments figurés, paraissent se comporter, jusqu'à un certain point, comme le font les substances simplement divisées. Une partie seulement de ces matières entre dans la circulation, l'autre demeure sur place, et détermine des effets locaux. C'est ce que démontrent très nettement mes expériences sur le charbon. En effet, si après avoir inoculé du sang charbonneux en plusieurs points différents, à l'aide de piqûres de lancette, j'excise, au bout de cinq à six minutes, les parties où l'insertion a été faite, le charbon général sans tumeurs se développe. Si, au contraire, sur un autre animal où l'inoculation a été pratiquée de la même manière, je laisse intactes les piqûres, il se développe, indépendamment des accidents généraux, autant de tumeurs charbonneuses qu'il y a eu de piqûres faites. D'où il suit qu'en cinq à six minutes, il. a été pris aux points de l'inoculation assez de virus pour déterminer des accidents généraux, et que, même, après plusieurs jours, il en a été laissé assez dans ces mêmes points pour provoquer le développement des tumeurs'.

D'ailleurs, à la suite de l'inoculation du cowpox, de la clavelée, les choses paraissent se passer ainsi. La plus grande partie, peut-être même la totalité du virus demeure à l'endroit de l'inoculation, car c'est à ce lieu même que se développe la pustule. Peut-être, aussi, y a-t-il partage entre les deux sortes d'élé=

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inents : les (igurés dciiicurcnt au lieu de l'inoculation, el lu partie entièrement liquide est la seule que l'absorption enlève et dissémine.

A la suite des piqûres d'animaux venimeux, abeilles, guêpes, frelons, moustiques, vipères, il paraît en être encore ainsi : ce qui reste du venin à l'endroit de l'inoculation détermine une tuméfaction plus ou moins considérable. La partie qui passe dans le torrent de la circulation va produire les troubles nerveux, cardiaques, les altérations du sang, qui causent quelquefois la mort dans un court délai.

Les matières absorbées dans les solutions de continuité suivent la double voie ■vasculaire. Une partie entre sans doute dans les veines, l'autre pénètre manifestement dans les vaisseaux blancs. Aussi, à la suite d'une piqûre anatomique avec insertion de la matière septique, les lymphatiques du bras deviennent douloureux, et les ganglions axillaires se tuméfient. Après l'inoculation syphilitique survient une tuméfaction des ganglions inguinaux qui est plus ou moins tardive, suivant la lenteur du transport et la durée de la stase momentanée de la matière saisie. Certaines matières virulentes pourvues de microbes ou d'éléments figurés, tomme celle du charbon, en pénétrant dans les lymphatiques, stationnent partiellement sur tous les points du trajet qu'elles parcourent. Les étapes de leur marche sont indiquées par une chaîne de ganglions tuméfiés qui deviennent virulents avant qu'aucune autre partie de l'organisme n'acquière cette propriété. Aussi la porte d'entrée de ces agents peut-elle se découvrir dès qu'on parvient à reconnaître l'ordre suivant lequel les ganglions lymphatiques sont envahis ^

Les surfaces accidentelles, celles des plaies contuses ou exposées à l'air, absorbent, en même temps que les matières étrangères, leurs propres produits de sécrétion. Elles les résorbent tels qu'ils sont ou après une altération putride plus ou moins avancée. En cela elles se comportent à la manière des surfaces muqueuses. Comme elles ont des solutions de continuité nombreuses aux vaisseaux, les éléments figurés ou les globules du pus peuvent être résorbés avec les principes solubles; les premiers entrent mécaniquement, les autres, d'après les lois ordinaires de la diffusion à travers les membranes. En outre, comme les tissus voisins des surfaces sont, surtout à la suite des contusions, imprégnés de liquides altérés; commeil y a du pus dans ces petits canaux affectés de lymphangite, de phlébite, les accidents connus sous le nom d'infection purulente, de septicémie, ont un point de départ plus complexe qu'on ne le pense généralement.

L'absorption des matières putrides se fait assez activement par les plaies, et elle peut introduire par les plus petites une quantité suffisante de ces matières pour produire la septicémie et la mort.

Ainsi, trois ou quatre gouttes de sang putréfié, inséré avec une lancette dans la peau d'un lapin, l'ont tué en moins de vingt-quatre heures. Une quantité plus faible du sang du premier lapin tué a déterminé la mort d'un second en dix-neuf heures. Une goutte seulement du sang du second, en quatre piqûres, a tué un troisième lapin en dix-sept heures. Une ou deux gouttelettes très petites,'ont tué des animaux de même espèce en onze à douze heures. Dans tous les cas, le sang putré-

1. G. Colin, Sia' le développement successif de foyers virulents pendant la période d'incubation des 7naladies charbonneuses [Bull, de l'Acad. deméd., 5 mars 1878, p. 199).

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lié OU la sérosité péritonéale, ou un liquide quelconque en voie d"aUeration puliide, a produit sur les petits animaux une altération spéciale du sang, avec septicémie mortelle, qui est devenue inoculable parle sang des animaux morts et non pulréliés. J'ai exposé ces résultats, avec détails, dans ma communication à l'Académie de médecine, sur les effets des matières putrides introduites dans l'organisme.

Quelle est la rapidité de l'absorption à la surface des plaies? Il importe de le savoir avec précision dans le cas où il y a insertion de matière virulente.

Cette rapidité est subordonnée, d'une part, aux qualités de la matière, notamment à sa plus ou moins grande dilïusibilité, d'autre part, ci l'état des surfaces auxquelles elle est offerte.

Les poisons végétaux s'absorbent vile en raison de leur grande diffusibilité. On sait, d'après les récits des voyageurs, que les piqûres faites à la peau parles poils des feuilles de VL'rtica gigas font tomber immédiatement le cheval, et frappent de paralysie momentanée les membres de l'homme; les sucs des strychnos, le curare, déterminent, pour cette raison, leurs effets avec une extrême promptitude.

Les matières virulentes, associées au sérum du sang ou à des produits de sécrétion très miscibles aux fluides qui baignent les tissus (DU qui circulent, s'absorbent très \ite. M. Renault, dans des études intéressantes, a fait voir que souvent, cinq minutes après l'inoculation, la cautérisation, l'ablation de la partie où le virus morveux, farcineux, a été déposé, n'empêche pas le développement de la morve, du farcin : preuve qu'en ce laps de temps si court l'absorption a déjà enlevé assez de virus pour engendrer la maladie.

J'ai fait aussi à ce sujet des expériences qui. pour d'autres sirus, montrent une aussi grande et même quelquefois une plus grande rapidité d'absorption.

Mais l'absorption ne se fait pas toujours avec cette vitesse, et pour une même matière virulente: car, suivant que la plaie est ou non saignante, suivant que Texsudat de ses bords demeure liquide ou qu'il se coagule, la matière éprouve plus ou moins de difliculté à entrer.

D'ailleurs, il ne faut pas généraliser. Toutes les matières virulentes n'ont pas les mêmes propriétés osmotiques, le même degré de diffusibilité : la salive plus ou moins visqueuse du chien enragé ne peut, à cause de sa viscosité, passer aussi vite que les sérums virulents. D'un autre côté, toutes les plaies sont loin de se trouver dans des conditions également favorables à l'absorption. Celles qui sont mâchées, contuses, à bords meurtris, peuvent conserver longtemps la matière contagifère à leur surface; leurs tissus peuvent même en demeurer imprégnés plus longtemps encore sans que leurs vaisseaux froissés, à contenu coagulé, soient aptes à les prendre. Aussi peut-on, dans beaucoup de cas, cautériser avec succès un quart d'heure, une demi-heure, une heure, plusieurs heures, même un ou deux jours après l'inoculation ou la morsure ; et il ne faut pas négliger de le faire tardivement quand on ne l'a pu aussitôt après l'accident. Un grand nombre de faits pratiques démontrent qu'effectivement la cautérisation très tardive a prévenu assez souvent la contagion. Toutefois, en les comptant, il faut se rappeler que, pour quelques maladies, la rage, par exemple, tous les cas d'inoculation ne sont pas suivis de transmission rabique.

Les virus, lorsqu'ils demeurent longtemps dans le lieu de leur insertion, peu-

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vent, comme dans le cas de pustule maligne, être atteints par les cautérisations tardives qui les détruisent avec ceux dont la régénération a eu lieu au même point. Les éléments virulents entraînés même dans une zone plus ou moins étendue autour de leur point d'insertion peuvent être neutralisés avec les premiers, par suite de la dilTusion du caustique. D'ailleurs, cette destruction du virus, demeuré dans la plaie ou à sa périphérie, a toujours une certaine utilité, car elle prive d'un renfort plus ou moins considérable , la part que l'absorption a enlevée, part qui peut se détruire, s'éliminer après sa dissémination ou être insuffisante pour déterminer des accidents. J'ai prouvé^ qu'en effet sur divers animaux, notamment sur le chien, la bactéridie entraînée hors du rayon de la pustule maligne périt le plus souventsans déterminer d'accidents généraux appréciables. C'est probablement aussi parce que le virus rabique absorbé en quantité minime se détruit ou s'élimine comme le virus charbonneux que, dans une foule de cas, le tiers, la moitié, ou plus, les morsures des animaux enragés ne sont suivies d'aucun accident.

Pour mesurer la vitesse de l'absorption des virus dans les plaies, je me suis servi du sang charbonneux dont l'inoculation donne des résultats à prompte échéance. Le virus était inséré sous la peau de l'oreille, en une ou plusieurs piqûres obliques, à l'aide de la lancette chargée, à chaque piqûre, d'une même quantité de liquide. Au bout d'un certain nombre de secondes ou de minutes, l'oreille était amputée transversalement d'un coup de ciseaux à 1 centimètre audessous des piqûres. Il résulte de ces expériences que, dans la plupart des cas, l'absorption n'a pas eu lieu avant la troisième ou la quatrième minute, ou plutôt qu'avant trois ou quatre minutes, elle n'a pas pris une quantité suffisante de matière virulente pour reproduire la maladie. Néanmoins elle a pu être effectuée dans un cas après deux minutes trente secondes.

Voici les résultats de vingt et une expériences faites dans les mêmes conditions :

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