I. — Gaeactères et peopeiétés physiques de la lymphe
Ce liquide, au moment de son extraction, est à peu près dépourvu de viscosité s'il coule librement; dans le cas contraire, il prend l'aspect oléagineux, mais avec lenteur, et se prépare à la coagulation.
Sa coloration sur les animaux solipèdes est jaune citron ou jaune ambré; sur le bœuf, le mouton, le porc et le chien, elle est très pâle, à peine citrine. Cette teinte est sensiblement uniforme dans toutes les parties du système lymphatique d'un même animal. Néanmoins, et particulièrement sur les chevaux, la lymphe de la rate et des ganglions lombaires est légèrement rougeàtre. Gela s'observe si la rate a subi quelques froissements au moment de la mort, ou s'il y a altération du sang comme dans les maladies charbonneuses. La lymphe a une teinte rosée quand elle provient de régions congestionnées, enflammées, ou qui sont le siège de contusions, de déchirures vasculaires. Cette teinte rougeàtre, toujours anormale, indique la pénétration du sang ou de sa matière colorante dans le système lymphatique,
La teinte citrine de la lymphe est, quant à son intensité, toujours en rapport avec celle du sérum sanguin ou delà sérosité des diverses membranes séreuses. Elle est plus prononcée sur les solipèdes que sur tous les autres animaux qu'il m'a été possible d'observer, et à peine jaunâtre chez les ruminants et les carnassiers dont le sérum sanguin est toujours très pâle. Elle me paraît due à la matière biliaire qui colore le sérum et toutes les autres sérosités, car la hmphe donne, par l'acide azotique, les mêmes réactions que ces liquides. L'hématine, que quelques chimistes et micrographes admettent dans la lymphe, n'a pu être trouvée que dans les cas où ce liquide était associé à une certaine quantité de sang.
La nuance de la lymphe éprouve peu de variations. Elle m'a semblé plus pâle chez les jeunes animaux qu'à l'âge adulte, plus aussi chez les sujets anémiques et infiltrés que dans les conditions normales. Je l'ai vue devenir opalescente sur
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un cheval gras au bout d'une très longue abstinence. Au contraire, sa teinte ambrée m'a paru exagérée sur les animaux ictériques.
Sa saveur est salée, légèrement alcaline, à peu près comme celle du chyle et du sérum du sang. Son odeur est peu marquée pendant la vie ; elle rappelle quelquefois, sur le cadavre, celle des parties d'où elle a été tirée.
Sa densité est de 1022 d'après Magendie, celle de son sérum n'est que de 1009 à 1010 d'après M. Lassaigne. Elle a été trouvée plus grande par d'autres observateurs qui ont probablement recueilli ce liquide goutte à goutte, et éprouvant par conséquent une concentration marquée.
La lymphe jouit d'une coagulabililé très prononcée : aussi ses caillots obstruent-ils bientôt les tubes adaptés aux vaisseaux si ces tubes prennent des posi^ tions capables de ralentir l'écoulement du liquide. En moyenne, elle ne met qu'un quart d'heure pour se coaguler : mais son caillot continue à prendre de la consistance jusqu'à la vingtième et la trentième minutes, quelquefois même encore après. Mais la coagulation peut s'opérer en un temps beaucoup plus court, si la lymphe est en très petite quantité ou si elle progresse lentement. Au contraire, il est des cas, sur les animaux très affaiblis, notamment sur les bêtes bovines, où je ne l'ai vue s'opérer qu'à peine en une heure. Leuret et Lassaigne disent qu'elle peut se faire dans le vide, dans l'hydrogène, l'acide carbonique, comme au contact de l'air, fait que je n'ai pas eu l'occasion de vérifier.
Elle ne s'opère pas sensiblement dans les vaisseaux, soit sur le cadavre, soit pendant la vie. La remarque en a été faite depuis longtemps, et elle est en général très juste. Les ligatures appliquées sur les lymphatiques pendant douze à vingt-quatre heures ne la produisent même pas, quoiqu'elle se fasse assez vite dans les tubes adaptés aux vaisseaux dès que l'écoulement du liquide vient à être o-êné : Virchow explique cette particularité en disant que la fibrine, incomplètement formée dans la lymphe, a besoin du contact de l'air pour s'achever. On pourrait tout aussi bien l'attribuer à ce que, dans les vaisseaux, la plasmine ne subit pas les modifications qui la rendent aptes à se dédoubler en fibrine et en matière albumineuse précipitable par le sulfate de magnésie. Néanmoins, à la longue, la coagulation se produit quelquefois dans les vaisseaux. J'en ai vu un exemple dans le canal thoracique où la lymphe n'avait pas été altérée par le reflux sanguin.
La coagulabilité de la lymphe est une propriété qu'elle présente dans tous les points du système, à compter des plus petits vaisseaux d'où il est possible de la tirer. Je me suis assuré maintes fois qu'elle existe bien manifestement dans celle des lymphatiques des régions digitées, métacarpienne ou métatarsienne des solipèdes, comme aux joues, près des lèvres, où se trouvent de gros vaisseaux qui n'ont point traversé de ganglions ; cependant elle paraît un peu plus marquée dans celle qui a traversé les glandes. La lymphe rougeâtre de la rate et des ganglions lombaires la possède à un haut degré. Elle est aussi plus prononcée qu'à l'état normal dans le cas de fièvre intense, de morve aiguë, comme M. Delàfond l'avait d'ailleurs très bien noté.
Lorsque la lymphe paraît coagulée, son caillot ne renferme pas tout d'abord la totalité de la fibrine ; car si l'on vient à exprimer ce caillot à la quinzième, à la
CARACTÈRES MICROSCOPIQUES DE LA LYMI'IIE, lo5
vingtième et même à la vingt-cinquième minute, il s'en forme dans le sérum un second d'une faible consistance. Sous ce rapport la lymphe se comporte exactement comme le chyle.
Une fois ce caillot achevé, il conserve pendant plusieurs jours ses dimensions initiales, reste adhérent aux parois du vase et n'éprouve aucune rétraction comparable à celle des caillots sanguins; mais pour peu que le vase soit agité, il s'en détache, devient irrégulier, filamenteux et nage dans le sérum ; il se réduit alors à de très faibles proportions.
On a dit à tort que ce caillot devenait écarlate par l'action de l'oxygène, du sel marin, du nitrate de potasse, et brun sous l'influence de Tacide carbonique. Ces changements ne se produisent que dans la lymphe chargée d'une certaine quantité de sang. Dans celle qui est pure, non seulement le caillot ne rougit pas, mais il pùlit, blanchit légèrement, car il rassemble et retient les leucocytes.