‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 47 sur 310 · II. — Caractères microscopiques de la lymphe · texte numérisé non relu

II. — Caractères microscopiques de la lymphe

La lymphe prise sur le cadavre, comme sur l'animal vivant, présente une seule espèce d'éléments figurés, les globules blancs, et de très rares particules graisseuses.

Les globules blancs ou leucocytes, dont Hewson paraît avoir le premier constaté l'existence, sont 'semblables à ceux du chyle. Ils sont de trois grandeurs, comme ceux de ce dernier liquide. Les uns, dépassant en diamètre les globules sanguins, ont de o à 8 millièmes de millimètre, souvent davantage. Les plus nombreux, égaux à peu près à ceux du sang, ont 5 à 6 millièmes de millimètre, les petits ont seulement de 2 à 4 millièmes de millimètre, et même moins : c'est à ces derniers qu'on peut réserver la qualification de globulins.

Ils sont blancs et argentins comme ceux des chylifères, sphériques, d'aspect pointillé, susceptibles d'éprouver des déformations qui se produisent et disparaissent à la manière des expansions sarcodiques des infusoires. En examinant la lymphe vivante et chaude au' moment même où elle sort des vaisseaux, on voit ces globules se déformer rapidement, donner un prolongement qui s'agrandit, change de figure, puis un second et souvent d'autres qui rendent le globule étoile, hérissé, prolongements qui peuvent disparaître aussi vite qu'ils se sont formés. Ils ne se produisent pas dans la lymphe recueillie depuis un certain temps. L'addition de l'eau, tout en donnant lieu au gonflement des globules, fait cesser le développement des expansions, et même efface celles qui existaient. Pendant que ces changements s'opèrent, on voit un certain nombre de globules qui crèvent : leur contenu s'échappe et leur paroi se crispe. Du reste, ces globules soumis à l'action de l'acide acétique, des solutions alcalines et des autres réactifs, se abmportent comme ceux du chyle. II est à noter que les mouvements amiboïdes et les déformations qui en sont le résultat momentané, s'observent surtout dans les leucocytes de grandes dimensions ; ces changements d'état et de formes semblent indiquer des manifestations vitales dont le but probable est la segmentation ou la reproduction par une sorte de scissiparité.

Leur constitution ne diffère pas de celle desglobules du chyle. Leur enveloppe,

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indiquée par un contenu sombre, est susceptible de se dissoudre et de se déchirer. Elle renferme un liquide probablement visqueux dont la quantité augmente ou diminue par suite des actions osmotiques effectuées à travers la paroi. Au sein de ce liquide se trouvent des granulations inégales plus ou moins rapprochées et plus ou moins apparentes dont l'aspect se modifie avec une grande facilité. D'un côté, sous l'influence prolongée de l'eau ou de l'acide acétique, cet amas de granulations se fractionne nettement en plusieurs petites masses sphériques, assez distinctes, devenant libres dès que l'acide a dissous l'enveloppe, et se dissociant si l'on exerce sur elle une certaine compression. Comme l'acide acétique en donne un peu plus que l'eau, Gh. Robin se refuse à admettre leur préexistence. Pourtant elles semblent bien être des granulations nucléiformes simplement agglutinées et dont les réactifs facilitent la désagrégation. Je les ai toujours vues plus ou moins distinctement sur les globules encore vivants examinés dans la lymphe, non additionnée d'un liquide, et à l'instant de sa sortie des vaisseaux; elles m'ont constamment paru distinctes à la période des expansions sarcodiques comme après : aussi, quand l'enveloppe cellulaire se rompt, le contenu se trouve souvent, mais non toujours, fractionné, car ses différentes parties se tiennent agglutinées en raison de leur compression antérieure ou de leur viscosité. C'est là un point important sur lequel il faudra revenir à propos des mutations successives éprouvées par les fluides blancs.

Indépendamment de ces granulations irrégulières, il y aurait encore au centre du globule un et quelquefois deux noyaux admis par Henle, par Valentin. par Virchow, etc., niés par Bischoff', Ch. Robin et par d'autres. On les dit arrondis, réguliers. Ils seraient susceptibles de se diviser en deux ou trois noyaux secondaires. Je suis loin de mettre en doute leur existence car je les ai vus souvent : seulement ils ne m'ont point paru bien distincts des autres granulations de la cellule.

La structure des globules moyens n'a rien de particulier. Ils sont, comme les premiers, sphériques, à contours réguliers, pâles, et ils ont une enveloppe cellulaire, un contenu granuleux dont les réactifs modifient l'aspect, comme ils le font pour les grands leucocytes.

Enfin, les plus petits globules, auxquels il faut conserver le nom de globulins, sont ou de simples noyaux ou de très petites cellules en voie de développement. Un examen attentif porte à croire qu'ils sont, pour la plupart, des granules isolés, de la nature de ceux que renferment les grands leucocytes. J'ai vu tant de fois de semblables granules s'échapper à travers l'enveloppe déchirée des leucocytes, qu'il ne me reste pas de doute sur leur nature commune. Ils deviennent très nombreux dans la lymphe en voie d'altération, et semblent un résultat de la destruction des globules parfaits. Mais, d'autre part, leur existence dans la lymphe qui s'échappe des radicules donne à penser qu'un certain nombre sont des granules destinés à constituer ultérieurement des globules à enveloppe. D'oi!i il suit que probablement, dans un échantillon donné de lymphe, une partie de ces granules n'a pas encore servi à former des globules, tandis que l'autre provient de globules détruits.

Quoi qu'il en soit, ces divers globules et granules ont les caractères de ceux que nous retrouvons dans le sang où ils sont apportés par le canal thoracique.

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Nôuninoins ils no me paraissent pas avoir déjà dans la lymphe le degré de viscosité qu'ils acquièrent dans le sang, car au milieu du premier liquide ils ne se rassemblent guère en masses de 10, U^ et même plus, commeils le font dansl'autre.

Leur quantité est indéterminée et ne peut s'évaluer que d'une manière approximative. A l'aide de l'appareil Nachet, j'ai cherché à l'apprécier sui' un assez grand nombre d'animaux, dans des conditions variées. Pour cela, au lieu de prendre la lymphe sur le cadavre où ses globules sont inégalement répartis, dès qu'il y a un commencement de coagulation, je l'ai recueillie sur l'animal vivant à mesure qu'elle s'échappait des tubes d'argent adaptés aux vaisseaux lymjtiiatiques. En la recevant parfaitement liquide et en petites gouttelettes dans une cellule de 1 dixième de millimètre de profondeur, je comptais les globules à l'aide d'un quadrillé de 2 dixièmes de millimètre de côté. J'ai constaté ainsi que la proportion des globules variait énormément suivant les animaux, et suivant les conditions physiologiques ou autres dans lesquelles se trouvaient les sujets examinés.

Sur le cheval, la lymphe des vaisseaux de fort calibre, satellites de la carotide, lymphe qui a traversé plusieurs ganglions, offre en moyenne 4, d, 6, 8 et jusqu'à 10 mille globules par millimètre cube dans les conditions les plus communes. Parfois ce chiffre s'élevait à 15, même à 20 mille et plus ; mais dans quelques cas il descendait à 3, même à 2 mille.

Lorsque la lymphe 'progresse rapidement et se produit en abondance sous rintluence de l'action musculaire, comme cela arrive pour les vaisseaux venant de la tête pendant la mastication, la proportion des globules, loin de diminuer, se maintient à un chiffre élevé ou augmente considérablement. Dans ce cas, le travail musculaire et les actions chimiques qui l'accompagnent, semblent être une cause d'hypergenèse globulaire.

Toutes les causes d'excitation, soit des ganglions, soit des vaisseaux lymphatiques semblent, au bout de quelque temps, accroître le nombre des globules. Ainsi, après une injection de charbon porphyrisé, ou de cinabre dans le tissu cellulaire, j'ai vu la quantité -des globules doubler et même tripler. Sur un cheval j'en ai compté, après 4 à 5 heures ou le lendemain, jusqu'à 25 et 27 mille par millimètre cube, alors que les autres vaisseaux, ceux de la rate, n'en offraient que 6 à 7 mille.

Dans le cas où une partie du système lymphatique emprunte ses matériaux à des engorgements, la lymphe est beaucoup plus chargée de globules qu'ailleurs. C'est ce que j'ai vu au liquide des lymphatiques satellites de la saphène sur un cheval dont le membre postérieur était le siège d'un empâtement de nature farcineuse.

Une forte proportion de globules dans là lymphe m'a paru coïncidel' avec leur abondance dans le sang. Au moins j'ai constaté nettement ce fait sur un de mes chevaux d'expérience.

Dès que leur quantité dépasse de beaucoup la normalcj dans tous les points du système, il se développCj chez les animaux, comme dans l'espèce humaine, ces états qu'on appelle leucocytose, leucémie, leucocythémie, dont l'étude est surtout du ressort de la pathologie. Les états dontil s'agit sOnt très nombreut. L'un d'eux.

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fort commun sur les solipèdes,est la leucocytose morveuse, dans laquelle j'ai reconnu deux, trois, quatre, cinq fois autant de globules blancs qu'à l'état normal ^ Ils sont dus très probablement à des causes multiples, parmi lesquelles l'irritation des vaisseaux et des ganglions tient le premier rang. En effet, j'ai vu, en injectant du charbon porphyrisé, du cinabre ou seulement de l'iodure de potassium dans le tissu cellulaire que, au bout de quelques heures, les vaisseaux provenant du lieu de l'injection charriaient une lymphe extrêmement chargée de leucocytes et qu'en outre ces leucocytes se trouvaient en abondance dans le tissu conjonctif, oii la matière étrangère avait été introduite.

La détermination du nombre des globules de la lymphe ne peut se faire, avec un peu de précision, que sur l'animal vivant, par la méthode des fistules. Elle pourrait être tentée aussi sur les sujets expirants; mais elle ne donne plus de résultats exacts sur le cadavre dont la lymphe est en voie de coagulation, caries globules qui ne s'attachent point aux parois vasculaires sont retenus, en grande quantité, dans les caillots tibrineux les plus légers. Ainsi, sur un cheval mort depuis 6 heures, pendant que la lymphe encore fluide du gros intestin montrait 8700 globules par millimètre cube, celle du trajet inguinal 4 430, il n'y en avait que 1 700 dans la lymphe des parois abdominales et 730 dans celle de la saphène, en grande partie coagulées.

Je résume dans le tableau suivant les résultats de la numération des globules lymphatiques sur une douzaine de chevaux. Pour chaque sujet les globules ont été comptés dans un très grand nombre d'échantillons recueillis soit le même jour, soit pendant deux, trois jours de suite, même pendant une semaine.

Quant aux rapports numériques qui peuvent exister entre les globules lymphatiques de moyennes dimensions et les petits ou les grands, ils peuvent être facilement déterminés sur le cheval. Le plus souvent les grands se trouvent dans la proportion d'un quart à un tiers ; quelquefois les premiers représentent jusqu'à une moitié des seconds ; dans certains cas seulement un sixième ou un huitième.

Les proportions des globules déformés on pourvus de prolongements amiboïdes relativement aux réguliers sont plus variables encore. Dans certains cas on en trouve seulement de 1 à 5 pour cent, dans d'autres il y a un douzième, un dixième et assez souvent le quart ou même le tiers. Ces globules déformés abondent dans certaines maladies oi!i le système lymphatique est intéressé, je les ai vus aux lymphatiques de la saphène sur un cheval à éléphantiasis dans la proportion de moitié, et par moment des deux tiers : leurs prolongements se trouvaient plus longs et plus nombreux que dans les conditions ordinaires ; mais leur pointillé était peu prononcé.

La proportion des globules de lymphe est indéterminée dans les maladies et ne peut s'évaluer que très approximativement. Elle s'accroît beaucoup dans quelques conditions voisines d'un état pathologique et dans certaines maladies du système lymphatique. Ainsi, on en trouve énormément dans les vaisseaux

1. Voir à ce sujet mes communications sur la leucocytose, Bulletin de V Académie de Médecine, t. V, 2" série, 1876, p. 18, 92 et 115.

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