‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 6 sur 310 · Béclard, Physiologie liumaiiie, 6' édition, Paris · texte numérisé non relu

Béclard, Physiologie liumaiiie, 6' édition, Paris

2. Milne Edwards, Leçons sur la physiologie et Panatomie comparée, t. V, p. là 200.

8 DE l'absorption.

concentre ; s'il l'est dans une vessie de caoutchouc, l'eau y reste et l'alcool s'évapore.

D'ailleurs, à travers des membranes données, les courants sont plus ou moins actifs, suivant le degré de perméabilité des membranes. Ils le sont peu si la perméabilité de ces cloisons est diminuée, si leurs pores, leurs pertuis sont resserrés par des matières astringentes comme le tanin, l'acide chromique, l'alcool, le sel marin. Il suffit que leur surface soit enduite ou leur tissu imprégné de certains liquides pour que la rapidité du courant en soit modifiée. L'acide sulfliydrique sur les membranes ou dans les liquides donne lieu à un ralentissement marqué ; le carbonate de soude rend plus actif le courant de la même base. Au contraire, si le tissu est gonflé par l'acide chlorhydrique, le courant acquiert de la rapidité. La dessiccation, et surtout l'altération putride des membranes animales, ralentit les courants ou même les suspend d'une manière à peu près complète.

L'inégalité dans la force des courants paraît d'une explication facile. D'après les physiciens, le liquide du fort courant est celui qui est attiré avec le plus d'énergie, soit par l'autre liquide, soit par son agent osmogène ou par les particules constituantes delà cloison, ou, en d'autres termes, le liquide du fort courant est celui dont le pouvoir diffusif est le plus considérable. Il en résulte que, si d'un côté de la cloison on a de l'eau ou un liquide très diffusible, de l'autre des solutions concentrées d'albumine, de gomme ou de sucre, le courant d'eau vers les solutions sera fort, tandis que les solutions ne donneront vers l'eau (ju'un courant insignifiant, presque nul.

En un temps donné, les quantités de liquide attirées vers la substance dite osmogène croissent proportionnellement à la concentration de cette substance. Le pouvoir osmogène d'un liquide ou d'un corps quelconque n'est pas exactement en rapport avec sa densité ; néanmoins il croît, en général, avec elle comme avec la concentration des dissolutions salines.

Le courant faible, effectué en sens inverse du premier, dure autant que celuici. Les deux continuent jusqu'à ce que les mélanges en deçà et au delà de la cloison soient devenus homogènes ou semblables l'un à l'autre, résultat qui peut n'être obtenu qu'après un laps de temps fort long.

Dans le cas où des deux côtés se trouvent des substances très diffusibles, comme de l'eau et des acides, il y a deux courants très forts. L'eau attire fortement l'acide et l'appelle en grande quantité ; l'acide attire de son côté une grande quantité d'eau ; il y a presque égalité dans les échanges.

Les agents physiques et les affinités chimiques peuvent exercer une grande influence sur l'activité des courants et sur l'ensemble des phénomènes osmotiques, particulièrement : la pression, le mouvement, la chaleur, l'électricité.

La pression exercée sur l'un des liquides contribue beaucoup à le faire pénétrer à travers la cloison ; elle fait passer à travers celle-ci des substances qui ne peuvent la pénétrer dans les conditions ordinaires. Gima a vu, par exemple, la quantité de liquide qui traversait une membrane animale doubler, quadrupler décupler même par la pression de 30 à 40 centimètres de mercure. Toutefois l'accroissement de pression n'augmente pas d'une égale quantité la filtration de

IMBIBITION. CAPILLÂRITI-. OSMOSE, DIFFLSION. 9

tous les liquides et sur loutes les incmbranes. Ainsi, la nn'ine augmentation agit plus fortement sur l'eaii iiue <iir ralcool, sur les nuiiiluanes extensibles que sur les résistantes.

Le mouvement des liquides rend l'osmose plus rapide juit le uiniivnnent du liquide extérieur, soit celui du liquide intérieur. Aussi, l'eau d'une vessie ou d'une anse intestinale en sort plus vite pour passer dans le bain, si l'eau salée (le ce bain est agitée ou renouvelée par un courant de solution au même degré. Ce mouvement, en renouvelant le liquide, maintient la diflërence initiale qui existait entre eux, et, par conséquent, laisse intact le pouvoir osmogène de celui vers lequel a lieu le courant le plus énergique.

La chaleur accélère, en général, les courants osmotiques. Une solution de gomme, par exemple, qui, en un temps donné, appelle un volume d'eau à zéro, en appelle trois à -\- 34. Elle accélère les courants d'eau vers les acides ; l'abaissement favorise le courant d'acide vers l'eau. Elle produit aussi le même effet sur la diflusion des sels. Ainsi, pendant que, à la température de -1-4, 10 parties de chlorure de sodium passent dans l'eau, il en passe plus de 13 1/2 à la température de -|- 19. Il peut même se faire qu'avec des solutions d'égale densité, le sens des courants soit interverti sous l'intluence de l'élévation ou de l'abaissement de température.

L'électricité a, sur ces phénomènes, une action des plus marquées ; elle leur imprime le plus souvent une grande énergie, elle porte les substances dans le sens de ses propres courants ; elle fait passer à travers les membranes animales des matières qui ne peuvent les traverser dans les conditions ordinaires. Ainsi, dans les expériences de Morin , les graisses, le caséum, les gommes passent à travers la muqueuse intestinale sous l'influence. d'un faible courant galvanique.

Ce sont surtout les affinités chimiques entre les liquides hétérogènes ou entre ces liquides et la substance de la cloison qui, d'après Graham, jouent un grand rôle dans les phénomènes de l'osmose. Ces affinités . par les actions chimiques auxquelles elles donnent lieu, seraient même, selon lui, une condition essentielle, indispensable à l'accomplissement des actions osmotiques. En effet, les sels attaquent les tissus, l'eau modifie l'état des substances albuminoïdes ; dans les expériences, les cloisons animales, les diaphragmes de matières inorganiques sont plus ou moins attaqués et plus ou moins profondément altérés ; en outre, les liquides facilement décomposables jouissent d'un grand pouvoir osmotique. Quoique les actions chimiques accompagnent le plus souvent, peut-être même toujours, les phénomènes d'osmose, il n'est pas certain qu'elles en soient la cause. Dans tous les cas, parmi les sels, ceux qui, comme le sulfate de magnésie le sulfate de fer, sont très stables, ont un faible pouvoir osmogène, tandis que les sels très décomposables et susceptibles de se combiner aux matières albuminoïdes des cloisons, comme l'acétate d'alumine, le sesquiazotate de fer, le chlorure de mercure, possèdent ce pouvoir au plus haut degré.

On appelle pouvoir osmogène ou osmogénique la faculté que possèdent certains corps d'appeler à eux les courants liquides. L'albumine, la gomme, le sucre, toutes les substances que Graham appelle colloïdes, le possèdent à un haut degré. Nous verrons bientôt quel sens il convient d'attacher à cette expression.

10 DK l'aHSOUPTION.

Le pouvoir osmogène des corps ayant de noinljiciix degrés s'exprime par des chiffres qui en montrent l'énergie relative et qui permettent de classer ces corps en séries.

Graham\ expérimentant sur des solutions au centième de la substance à essayer, et avec des membranes de même nature, a pris le chiffre de la dépression ou de l'élévation du liquide dans l'osmomètre pour représenter le pouvoir osmogène de la matière contenue dans l'instrument. La dépression a été, pour :

L'acide'oxalique, de US niillim.

L'acide chlorhydrique 92 —

L'élévation a été, pour :

Le chlorure de sodium, de 12 milliin.

Le nitrate de soude 14 —

Le sulfate de fer 20 à 25 —

Le sulfate de potasse, de 21 à 60 —

Le chlorure de mercure 121 —

Le phosphate de soude . . 311 —

Le protonitrate de mercure 350 —

Le carbonate de potasse 439 —

On désigne, dans les expériences, sous le nom d'équivalents endosmotiques, les quantités d'une substance quelconque qui se substituent à une quantité donnée d'une autre. On les détermine par des expériences comparatives qui consistent à placer la matière à essayer, en quantité connue et toujours la même, dans un osmomètre, lequel est ensuite plongé dans un vaste bain d'eau distillée. Lorsque la totalité de la substance osmogène que renferme l'instrument s'est répandue dans le bain, on note la quantité d'eau qui est venue la remplacer. Le poids de cette eau, s'il est deux, trois, quatre fois celui de la substance essayée, donne pour elle son équivalent, qui s'exprime par les chiffres 2, 3, 4, etc. M. Jolly a obtenu les résultats moyens suivants :

Alcool 4,1

Chlorure de sodium 4,2

Sucre '^,1

Sulfate de soude 11,6

Sulfate de magnésie 11,6

Sulfate de potasse 12,2

Potasse hydratée. 215,7

La détermination des équivalents endosmotiques ne doit pas être considérée comme susceptible d'une précision rigoureuse, car, suivant l'épaisseur des membranes, leur degré de perméabilité, qui change même du commencement à la fin de l'expérience, ou qui peut être modifié par certains agents, suivant aussi le degré de concentration des dissolutions, la pression, etc., le nombre des volumes d'eau venant remplacer un volume de substance osmogène varie notablement- Ainsi, la vessie natatoire d'un poisson, pendant qu'elle laisse entrer 3 volumes

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