‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 7 sur 310 · IMBIBITION, CAPILLAHIÏÉ, OSMOSE, DIFFUSION · texte numérisé non relu

IMBIBITION, CAPILLAHIÏÉ, OSMOSE, DIFFUSION

d'eau, laisse sortir 1 volume de sel; — le péricarde du Ija'ul', [dus épais, eu laisse entrer i, pendant qu'un volume de sel sort ; — la vessie du même animal, en admet G; une lame de eoUodion, 10. La même membrane, à l'état normal, laisse échapper 1 vuUune de sel pendant Tentréede 3 volumes d'eau. A[u'és avoir été soumise à l'action du tanin, elle réclame, pour laisser sortir ce volume de sel, le temps employé à l'entrée de 7 volumes d'eau :et, durcie par l'acide chromique, elle exige le temps de l'entrée de 23 volumes de liquide ; d'où il suit que l'équivalent osmotique croît avec la diminution de la perméabilité des membranes ; il croît également avec la concentration des solutions salines ou avec la densité de la matière osmogène. En outre, comme dans les expériences, la turgescence ou la densité de la membrane employée peut changer du commencement à la fin, l'équivalent obtenu n'est pas invariable à tous les moments.

Dans l'économie, le pouvoir osmogène des fluides qui imprègnent les tissus ou qui coulent dans les vaisseaux doit influer notablement sur l'activité de l'absorption. On ne le connaît pas exactement. D'après Graham, celui du sérum est faible et inférieur au pouvoir d'une solution de carbonate de soude au centième. Comme il dépend en grande partie de l'albumine, il s'accroît à mesure que le sang s'épaissit par la perte de l'eau à laquelle donnent lieu la transpiration et les sécrétions diverses. Il serait très grand en présence des acides étendus, et, du reste, il peut varier encore relativement à une même substance ofl'erte à l'absorption. Il est d'autant plus considérable que le sang contient moins de la substance à absorber, d'où il suit que celles qui ne se trouvent pas encore dans ce fluide, ou qui y sont en faible quantité, y arrivent plus rapidement que celles dont il est déjà plus ou moins chargé. D'où encore la conséquence que le passage d'une matière dans le sang doit se ralentir proportionnellement à la quantité déjà recueillie par l'absorption. Tout cela est parfaitement en rapport avec les particularités connues de la fonction, et ne doit pas être oublié en thérapeutique.

Maintenant que nous avons une sufiisante idée des phénomènes osmotiques, recherchons quel est le mécanisme de l'osmose, et voyons si les phénomènes de l'absorption sont des phénomènes de cet ordre.

Il va, comme nous l'avons vu, osmose lorsque deux liquides, séparés par une cloison perméable, membraneuse ou autre, se portent l'un vers l'autre à travers cette cloison. La forme donnée aux appareils d'expérimentation n'influe en rien sur" la nature du phénomène ; elle ne fait que montrer ses caractères, son activité, etc.

Dans les conditions où se place l'expérimentateur, l'un des liquides est contenu dans le tube appelé osmomètre, fermé inférieurement par la membrane, et l'autre liquide constitue un bain où plonge la partie inférieure de l'osmomètre : alors le liquide extérieur se porte vers celui du tube dont le niveau monte, et le liquide intérieur se rend en certaine quantité vers celui du bain. Il semble donc qu'il y ait deux courants inverses. Y a-t-il réellement et toujours deux courants? sont-ils inégaux ? pourquoi le sont-ils ?

D'après Dutrochet et la plupart des physiciens, il y aurait, sans aucun doute, deux courants simultanés et contraires dans les espaces capillaires ou dans les

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pores de la cloison. Pour M. Milne Edwards, il n'y a qu'un seul courant dans lequel les molécules du liquide intérieur et celles du liquide extérieur marchent en sens inverse. Cela est assez vraisemblable, les voies de passage sont si étroites qu'elles ne permettent pas de concevoir de véritables courants distincts et inverses. Ces voies n'étant pas comparables à- des tubes, à des fentes, à des espaces capillaires quelconques, rendent impossible l'établissement de courants ou defdels liquides continus, marchant parallèlement en sens inverse : ce ne sont point des fdets liquides qui les parcourent, ce sont des molécules isolées qui forment des courants par le sens de leur mouvement. S'il y avait réellement des voies comparables à celles des tubes, lors de l'établissement de l'osmose, chaque courant s'engagerait à une extrémité de la voie et les deux viendraient à se rencontrer, à supposer que la voie ne renferme ni gaz ni liquide capable de mettre obstacle à leur rencontre. Dans cette hypothèse, l'égalité d'im.pulsion des deux côtés rendrait immobiles les deux courants à leur rencontre, ou les ferait se pénétrer en sens inverse. Dans le cas d'inégalité d'impulsion, le courant fort devrait faire rebrousser chemin au plus faible.

Ce que nous verrons bientôt indique qu'alors les liquides se mêlent, se pénètrent réciproquement, en vertu des lois de la diffusion, et que leurs m.olécules seules, au sein de la masse, marchent en sens inverse les unes des autres, et qu'enfin ces molécules, arrivées en dehors de la cloison, se répandent dans la masse fluide.

Ces courants sont dus aux attractions de la substance de la cloison pour le liquide et d'un liquide pour l'autre, par conséquent à deux forces de même nature. L'attraction est très forte entre la cloison et le liquide qui peut la mouiller ; elle est faible entre elle et le liquide qui n'y adhère pas : celle que l'un des liquides exerce sur l'autre peut être très énergique pendant que l'attraction du dernier sur le premier est faible. Il n'en faut pas plus pour que les deux courants n'aient pas une force semblable. Il suffit d'ailleurs, pour que l'inégalité surgisse, que la cloison soit plus perméable à l'un des liquides qu'à l'autre.

Quelles sont maintenant les causes et la nature des phénomènes osmotiques, ou des échanges de particules entre deux liquides séparés soit par des membranes, soit par d'autres cloisons perméables quelconques?

Poisson attribue les actions osmotiques à l'attraction capillaire et à l'aflinité des liquides hétérogènes. Mais, il n'y a pas de pores, d'interstices capillaires dans les tissus animaux, et, d'ailleurs, à travers certaines cloisons, les siliceuses par exemple, les échanges osmotiques ne s'effectuent pas, quoique ces cloisons, par leurs porosités, puissent attirer les liquides et ceux-ci s'attirer réciproquement, comme cela a lieu à travers les cloisons argileuses et celles de nature animale.

Dans cette théorie, qui est vaguement formulée, les échanges entre les liquides séparés par une membrane tiendraient donc aux attractions de la cloison pour ces liquides et des deux liquides l'un pour l'autre. L'inégalité des produits des échanges résulterait de l'inégale facilité avec laquelle les molécules liquides s'engageraient dans les espaces capillaires comme de l'inégale énergie des attractions.

D'après Buckheim, le courant vers la substance osmogène serait dû aux afli-

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nités de celle-ci pour l'eau. La substance osmogène enlèverait l'eau de la couche la plus \oisine du tissu ; celle-ci reprendrait Teau de la couche adjacente, et ainsi de suite jusqu'à la dernière qui se réhydraterait aux dépens du liquide libre ofl'erl à l'absorption. Le courant inverse aurait lieu par les porosités ou par les espaces capillaires réels ou supposés de la membrane. Cette explication ne me parait pas rendre un compte satisfaisant de l'absorption des sels et de toutes les substances dissoutes dans l'eau.

L'osmose est en réalité un phénomène [»Ius simple, intelligible, surtout depuis les recherches de Briicke et de Graham.

On sait que les gaz en petite quantité tendent à disséminer leurs molécules dans un très grand espace ; ils ne possèdent pas seuls cette propriété. Les liquides et les corps solubles sont aussi, comme les gaz, diffusibles à divers degrés.

En effet, lorsqu'un vase, plein d'une dissolution saline et ouvert supérieurement, est plongé dans un bain d'un autre liquide, il arrive, au bout d'un certain temps, que la dissolution saline du petit vase s'est dispersée dans le bain pendant que l'eau du bain s'est répandue dans le petit vase. Un premier courant s'est donc établi de la dissolution vers le liquide ambiant, et un second courant de celui-ci vers la dissolution. Par suite de ces échanges, les deux liquides se sont mêlés : l'intérieur et l'extérieur sont devenus semblables, parfaitement homogènes. Il y a eu là ditïusion. Ce phénomène est rendu ostensible par l'expérience si simple qui consiste à verser dans une capsule pleine d'eau une goutte de liquide coloré par la murexide. Aussitôt que la goutte est tombée dans le bain, elle se disperse, sous les yeux de l'observateur, dans la masse incolore.

La diffusion n'est point entravée par l'interposition d'une cloison perméable ou d'une membrane entre les deux liquides; car si, au lieu de laisser ouvert dans le bain le flacon contenant la dissolution saline, on le ferme par un morceau de vessie ou de paroi. intestinale, la solution se répand dans le bain presque avec la même rapidité que dans le cas où le flacon est débouché, et l'eau du bain se mêle à la solution.

Mais ce pouvoir ou cette faculté de diffusion n'appartient pas au même degré à tous les liquides et à tous les corps solubles. Il a été déterminé par Graham d'après le temps qu'emploie la dissolution pour monter du petit vase dans les couches supérieures du bain, car la dispersion est progressive et assez lente. Il faut quatorze jours à une solution de un dixième de chlorure de sodium pour répartir le sel de manière à ce que la zone liquide la plus élevée arrive à recevoir' environ un vingtième de la quantité de sel contenu dans la couche inférieure. Celle-ci est la plus chargée et les supérieures le sont de moins en moins jusqu'à la surface du bain. A l'aide du siphon on peut les obtenir isolément et déterminer, par l'évaporation, la proportion exacte de sel que chacune d'elles a reçue.

Par ce procédé, Graham a vu que les acides et les corps cristallisables sont les plus diffusibles, tandis que les substances amorphes, gélatineuses, colloïdes, comme l'albumine, le sont à un très faible degré. Il a constaté que si, par exemple, l'acide chlorhydrique met un temps égal à 1 pour arriver du fond du bain à sa surface, le chlorure de sodium en emploie un égal à 2, le sulfate de magnésie et le sucre un égal à 7, l'albumine un égal à 40. Il a trouvé ainsi que

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l'eau est 4 l'ois plus didusible ijud'alcool, Ti à (3 l'ois [»liis que le sucre el le sulfate de magnésie, 10 fois plus que le chlorure de sodium. D'autres chimistes ont comparé entre eux différents sels, et trouvé le nitrate de potasse, le chlorure de potassium plus diffusibles encore que le sel marin. Les sulfates de soude, de magnésie, de cuivre, ont montré une diffusibilité bien moindre que celle des chlorures de sodium et de potassium.

11 est à remarquer ici, à cause de l'importance du fait, que l'albumine forme un milieu où les autres substances se dilfusentavec facilité. Or, elle donne cette propriété au sérum du sang, à la lymphe et au chyle contenus dans des vaisseaux qui, tous, jouissent d'une faculté absorbante plus ou moins prononcée; mais cette albumine est elle-même peu diffusible soit directement de liquide à liquide, soit à travers les membranes.

Si plusieurs substances à divers degrés de diffusibilité se trouvent associées dans la même matière, elles diffusent ensemble, mais inégalement, chacune suivant son pouvoir respectif. Ainsi, dans un cas où l'on avait rempli le petit flacon, au fond du bain, d'une dissolution, à parties égales, de carbonate de potasse et de carbonate de soude, l'eau de ce bain, après dix-neuf Jours, contenait 36 pour 100 du premier sel et 63 pour 100 du second. Gomme les deux sels ne montent pas également vite dans les couches supérieures, il peut se faire que, si l'on examine à un certain moment la couche la plus rapprochée de la surface, on y trouve le sel le plus diffusible sans trace sensible de celui qui l'est moins.

Si le diaphragme qui sépare les deux liquides est perméable à l'un d'eux seulement, le premier se porte vers le second, mais non le second vers le premier : il n'y a plus qu'un seul courant possible. En imprégnant d'huile, comme l'a fait M, Lhermite, lacloisonqui sépare l'alcool del'eau, l'alcool la traverse pour seporter vers l'eau ; mais l'eau, qui n'est pas miscible à l'huile dont la cloison est imbibée, cesse de se porter vers l'alcool. Le même effet se produit encore dans une éprouvette où l'on a versé successivement à la partie inférieure de l'eau, audessus de l'huile, et sur l'huile une couche d'alcool. Les trois liquides demeurent dans leur situation, en raison de leur densité, et c'est la couche intermédiaire, celle de l'huile, qui forme diaphragme : l'alcool, qui est miscible à l'huile, dilïuse et descend vers l'eau ; mais l'eau ne peut diffuser et monter vers l'alcool.

La diffusion peut être activée ou ralentie par diverses causes.

En général, sa rapidité est proportionnelle à la richesse de la solution saline : elle est dans les rapports de 1, 2, 3, 4, suivant que la dissolution contient 1, 2, 3, 4 parties de sel diffusible.

Cette rapidité décroît à mesure que la quantité de sel qui passe dans l'eau devient plus considérable, ou, en d'autres termes, à mesure que l'équilibre tend à s'établir entre les deux liquides.

La diffusion est accélérée par la chaleur, et d'autant plus que le pouvoir de diffusion des substances est plus prononcé. Ainsi il se diffuse à -4- 3°, 12 parties, et à -|- 15", 15 parties de sulfate de zinc, à -f- 3'*, 22 parties, et à -|- 15°, 32 parties de chlorure de sodium.

La diffusion a des effets remarquables qui peuvent se produire dans l'organisme comme dans les conditions ordinaires.

IMBÎBITIOX, CAPILLARITÉ, OSMOSl^, DIFFUSION. lo

Si, par exemple, ce qui est un cas l'oif ordinaire, un liquide tient simultanément en dissolution plusieurs sels d'inégale dilïïisibilité, l'un d'eux s'en échappera, en un temps donné, en plus forte proportion que l'autre , et bientôt , i)ar conséquent, la dissolution restante ne contiendra plus les sels suivant leur proportion initiale. Elle pourra se dépouiller de la plus grande partie de l'un d'eux, en conservant la presque totalité des autres. Il se fera de la sorte une véritable séparation. Dans ce cas, il peut arriver que si le liquide oiî se portent les sels est pris à un certain moment il n'en renferme encore qu'un seul. De plus, quelquefois, les corps de dilTusibilité inégale peuvent alors se décomposer. Graham en a cité des exemples. Le bisulfate de potasse se décompose en sulfate de potasse et acide sulfiuique, en abandonnant une partie de son acide ; le sulfate de cuivre ammoniacal se dédouble en sulfate de cuivre et sulfate d'ammoniaque, etc.

La dilTiision. dans ce qu'elle a de plus simple, constitue le phénomène essentiel de l'osmose. C'est une pénétration réciproque de deux liquides, un échange de particules qui se fait soit directement, soit à travers des membranes. Elle paraît due à deux forces. L'une est la force de répulsion qui tend à disséminer les molécules liquides conmie celles des corps gazeux, force de répulsion qui développe ses effets lorsque la force de cohésion qui les tient adhérentes les unes aux autres vient à être vaincue par suite de l'écartement qu'elles éprouvent une fois que des molécules nouvelles pénètrent dans leurs interstices; l'autre force est l'attraction ou l'aflinité exercée entre les molécules hétérogènes, entre celles d'un liquide et celles d'un autre liquide, entre les molécules d'un liquide et celles d'un solide soluble ou déjà dissous.

Cette diffusion, dans beaucoup de cas, s'opère à la suite de la dissolution et peut-être sous l'influence des mêmes forces. Lors de la dissolution, les molécules liquides se sont disséminées dans les interstices des corps solubles ; elles en ont vaincu la cohésion en les écartant, et. une fois le corps liquéfié, ses molécules, écartées par l'interposition des autres, acquièrent, connue celles des gaz. une tendance à s'éloigner indéliniment les unes des autres, tendance à laquelle s'ajoute l'affinité des autres molécules qui les appellent.

L'osmose est donc, en somme, une diffusion qui, au lieu de s'effectuer directement entre deux liquides miscibles, s'opère à travers les membranes ou les cloisons perméables qui séparent ces liquides : les deux courants représentent les déplacements, en sens opposés, des molécules des deux liquides. L'endosmose est la diffusion de l'eau dans le liquide dense que renferme l'appareil ; l'exosmose est la diffusion plus faible du liquide dense dans celui du bain extérieur. Nous allons voir ce qui caractérise essentiellement l'absorption physiologique, par conséquent, ce en quoi elle ressemble aux phénomènes précédemment exposés, et par quels côtés elle |en diffère.

Il est clair que, dans l'organisme, les conditions expérimentales de l'osmose se réalisent. Chaque cellule concourant à la formation du revêtement épithélial d'une muqueuse ou d'une séreuse est un osmomètre microscopique à parois humides ou pleines de liquide. Chaque vaisseau capillaire, chaque veinule, chaque radicule de lymphatique est également un petit osmomètre à parois totalement

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membraneuses, chargé d'un liquide albumineux, et susceptible d'absorber par l'ensemble de ses parois ; le système vasculaire lui-même en entier est, comme on Ta dit, un vaste osniomètre ramilîé rempli d'un lluide albumineux, absorbant, par ses ramifications dans les tissus et dans les membranes en contact avec les éléments de l'organisme ou avec les matières étrangères.

Mais ce qui distingue le phénomène physiologique de l'absorption des phénomènes osraotiques constatés dans les conditions expérimentales, c'est qu'il y a un seul courant dirigé de l'extérieur vers l'intérieur, de la matière étrangère vers les tissus ou les vaisseaux. L'absorption est une capture et non un échange. La différence est capitale : elle tient sans doute aux conditions spéciales de l'organisme réglées en vue d'une prise de matière sans échange.

Ceci établi comme préliminaire indispensable, cherchons à analyser le phénomène de rai)sorption.

IL — GONDITIOiN-S DE L'ABSOEPTION.

L'absorption ne peut s'effectuer dans l'organisme si les matières sur lesquelles elle opère ne se présentent sous certaines formes, à certains états, et si elles ne sont offertes à certains tissus.

Coiulîiîoiis i*eîatîves a.tix: matîèi*es à £iI>sopl>ci>. — Les corps gazeux, les liquides et les solides solubles ou capables de se transformer en composés solubles peuvent être absorbés avec une plus ou moins grande facilité dans l'organisme.

Les gaz, comme on le sait, traversent aisément les membranes mêmes, pour se dissoudre dans les fluides en circulation. L'oxygène est absorbé par la muqueuse pulmonaire chez tous les animaux à respiration aérienne, par la membrane interne des trachées chez les insectes ; il l'est par la peau chez les reptiles nus et beaucoup d'espèces inférieures. D'autres gaz indifférents ou toxiques, ceux des miasmes et des effluves, le sont également dans les voies respiratoires ; l'hydrogène sulfuré l'est même par la peau; divers gaz le sont par la muqueuse gastro-intestinale, par le tissu cellulaire sous-cutané, par les surfaces trauraatiques, etc. L'absorption des gaz n'est, en général, facile que dans les voies respiratoires en raison de dispositions organiques spéciales. Hors de cet appareil elle ne peut porter que sur les gaz solubles, sur ceux qui ont une grande afflnité chimique pour les matières constitutives des tissus ou des liquides, et encore sur de faibles quantités. D'ailleurs, elle éprouve des obstacles mécaniques et ne joue qu'un rôle physiologique peu important.

Les liquides sont, de tous les corps, ceux (jui réunissent les conditions les plus favorables à l'absorption. Les plus absorbables sont les liquides non visqueux, capables de mouiller les tissus, ceux dont, par conséquent, les molécules ont entre elles une cohésion moins prononcée que la force d'adhésion des solides pour elles. Ce sont les liquides miscibles en toute proportion à ceux qui imprègnent les tissus, à ceux qui baignent les surfaces membraneuses et coulent dans les vaisseaux; ce sont enfin les liquides très diffusibles comme l'eau, l'éther, l'alcool, les acides dilués, etc. Ceux dont les molécules ont une grande cohésion ;

CONDITIONS DE l' ABSORPTION. 17

ceux qui no mouillent pas les tissus, qui ne peuvent y adhérer ni les imbiber; les liquides non miscibles à ceux de l'organisme et peu ou point diffusibles, comme les huiles grasses, le mucilage, les gommes, sont pris avec dilTiculté; néanmoins l'absorption en est facilitée, dans une certaine mesure, tantôt par des dispositions anatomiques spéciales des membranes, tantôt par des liquides qui les étendent, les délayent. Celle des graisses Test par des liquides qui émulsionnent, par d'autres qui saponifient, par des matières qui, comme labile,les sucs alcalins, favorisent l'adhérence de la graisse aux surfaces, et rendent les membranes plus perméables. 11 en est de nature organique, comme les venins, le curare, qui peuvent être absorbés par certaines membranes seulement et non par d'autres, comme nous le verrons plus tard.

Il est certains liquides visqueux dont l'absorption est très ralentie ou même entravée complètement par suite de la difficulté avec laquelle ils se mêlent au sang ou à la sérosité. Aussi la salive épaisse, la bave du chien enragé peut-elle être souvent portée impunément à l'aide de la lancette dans des scarifications de la peau et des tissus sous-jacents.

La forme liquide est la véritable forme sous laquelle les matières étrangères doivent s'offrir pour pénétrer dans l'organisme et celle aussi que les matières vivantes doivent reprendre pour en sortir. Aussi les élaborations si compliquées de la digestion ont-elles pour but essentiel la liquéfaction ou la dissolution des principes constitutifs de l-'aliment, et ne sont-elles, en définitive, qu'un travail préparatoire de l'absorption. Il y a plus, ces élaborations ont encore pour but de donner à ces fluides un état moléculaire tel qu'ils soient osmotiques, aptes à traverser les parois des cellules, les parois vasculaires et les membranes diverses, état qui n'est pas nécessairement la conséquence de la forme liquide.

Du reste, si l'état liquide donne aux corps une grande aptitude à être absorbés, les propriétés des divers liquides : miscibilité, diffusibilité, créent entre eux des différences énormes. Il y a loin, en effet, entre l'absorption si prompte de l'acide cyanhydrique et l'absorption lente des huiles k la surface de la muqueuse intestinale.

Les substances solubles s'absorbent, pour la plupart, sans grande difficulté, à la condition que les dissolutions puissent mouiller les tissus, adhérer à leur surface et les imbiber comme le font les liquides. Les substances très diffusibles, les salines surtout s'absorbent très vite : le prussiate de potasse, par exemple, plus prompteraent encore que les sels de strychnine ; les solutions faibles plus facilement que les concentrées. Mais ces solutions ne s'absorbent pas toujours intégralement. Si, quand elles passent, les éléments du tissu ou les fluides qui les imprègnent exercent une attraction plus forte sur les molécules du menstrue que sur celles de la substance dissoute, c'est une solution affaiblie qui entre dans les vaisseaux, et la partie restante se trouve plus ou moins concentrée. Il y a, dans certaines limites, indépendance de l'eau par rapport au sel. d'un sel par rapport à un autre; l'eau peut se mouvoir indépendamment du sel, et le sel indépendamment de l'eau.

Les corps offerts à un état insoluble, mais susceptibles de devenir solubles en présence des éléments de l'organisme, s'absorbent aussi. La magnésie introduite

G. COLIN. — Physiûl. comp., 3'^ édit, II. — 2

jg DE L ABSORPTION.

dans les voies digestives s'absorbe après avoir été dissoute par le suc gastrique, les substances résineuses s'absorbent lorsqu'elles ont subi l'action des alcalis de la bile et des fluides intestinaux ; les composés insolubles de plomb et de mercure, transformés en cblorures, passent après cette modification ; l'albumine, la gélatine et d'autres matières que Graham appelle colloïdes, ne s'absorbent qu'après avoir subi des modilications.

Quant aux solides non solubles et non susceptibles de donner des composés solubles, la théorie indique qu'ils ne sont pas absorbables même à l'état d'extrême division; cependant, quelques faits semblent indiquer la possibilité de leur pénétration. Nous devons les examiner rapidement.

OEsterlen, il y a déjà longtemps, ayant fait avaler à des lapins, à des chiens et à des oiseaux du charbon très divisé, en a retrouvé les particules anguleuses à forme variée dans le sang de la veine porte et dans celui de la circulation générale. Il a également retrouvé dans le sang le bleu de Prusse avalé par les mêmes animaux, sans qu'il y eût chez eux de lésions apparentes à la muqueuse intestinale. Après lui, Eberhard a cru également voir passer le charbon et le soufre, non seulement dans le sang, mais encore dans la lymphe. Briicke et Gl. Bernard sont arrivés aux mêmes résultats. Mais d'autres observateurs ne les ont pas confirmés. Donders et Mensonides n'ont retrouvé, d'une manière nette, que quelques granules d'amidon dans le sang des mésaraïques. Funcke n'a pas vu passer dans les cellules épithéliales des villosités les graisses solides réduites en fine émulsion. MM. Mialhe et Bérard n'ont letrouvé dans le sang ni le mercure ni le charbon administrés, le premier en frictions, le second associé aux aliments. Les mêmes résultats contradictoires ont été obtenus en ce qui concerne d'autres corps solides offerts à l'absorption, par exemple, des éléments figurés, tels que les globules du sang. Moleschott et Marfels ayant injecté dans l'estomac des grenouilles du sang de brebis ou de veau, ou du pigment choroïdien, ont retrouvé les globules sphériques des mammifères dans le sang du cœur, où ils se distinguent très aisément des globules elliptiques des batraciens; ils ont également retrouvé le pigment choroïdien dans les chylifères mésentériques. On a dit, tout récemment, que le sang, avec ses globules, pouvait être absorbé même par les séreuses et à cause de cela on a cru pouvoir remplacer la transfusion par les injections sanguines dans le péritoine. Mais ces faits n'ont pas été confirmés. Donders, Bidder n'ont reconnu dans le sang de la grenouille ni un globule de mammifère ni un seul granule de pigment. Il est probable que, dans les cas où l'on a vu diminuer la quantité de sang injectée dans le péritoine, c'était par suite d'une résorption de sa partie aqueuse ou même d'une simple dispersion de ce liquide sur l'immense surface de la séreuse pariétale et viscérale.

Dès l'instant que le fait de l'absorption des particules solides n'est pas établi, il n'y a pas lieu d'en chercher l'explication; mais s'il l'était, on devrait, selon toute apparence, l'expliquer par une pénétration mécanique. Les particules solides peuvent entrer : 1° soit en lésant par leurs pointes ou leurs angles les tissus et les vaisseaux superficiels; soit en profitant d'ouvertures béantes accidentelles; comme le font les particules du cinabre dans le cas de tatouage; 2° ou bien elles pénètrent la substance organique comme le font les substances diverses qui

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