CHAPITRE XLII
Les fluides blancs absorbés par les lymphatiques ont un long trajet à parcourir avant de se jeter dans le' système sanguin qui lui sert de réservoir commun. Ce trajet peut se diviser en quatre étapes ou sections : 1° les réseaux ou les parties radiculaires ; 2° les vaisseaux collecteurs; 3" les ganglions; 4° enfin, le canal thoracique. Il s'agit de voir ici comment sont disposées ces quatre sections des voies lymphatiques.
A leur origine, les vaisseaux blancs sont constitués, comme il a été dit plus haut, soit par des réseaux fins, soit par des capillaires arborisés tout à fait indépendants du système capillaire sanguin.
Ces réseaux, dont il importe de se faire une idée très nette, existent dans la plupart des tissus. Ils sont irréguliers, à mailles de formes et de dimensions variées. Les capillaires lymphatiques qui les constituent ont, les plus petits, un diamètre de 4 centièmes de millimètre, beaucoup moins encore, dit-on, à la cornée et dans quelques autres points ; les plus grands atteignent le double ou le quadruple, soit 1 à 2 dixièmes de millimètre. Conséquemment ils peuvent, dans les parties les plus rétrécies, admettre plusieurs globules de front. Ils ont déjà une forme irrégulière avec des renflements, quoiqu'ils n'aient pas encore de
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valvules. C'est surtouf dans quelques organes, le poumon notamment, que leur aspect variqueux est très prononcé. On les voit présenter, de distance en distance, des prolongements en cul-de-sac, des sortes de ciccunis analogues à ceux qui se trouvent dans l'axe des villosités intestinales.
La figure, la richesse et les dimensions des réseaux varient suivant les organes et les tissus. A la peau et aux muqueuses ils sont très superficiels et étalés à la base des papilles qu'ils ne pénètrent pas. Leurs mailles sont larges en certains points, étroites dans d'autres ; elles forment des anneaux autour des glandes comme autour des prolongements papillaires. Aux séreuses, même les plus minces, ils existent constamment en mailles étroites, arrondies, oblongues ou anguleuses en plus grande quantité dans le feuillet viscéral que dans le pariétal. Dans les muscles, ils sont à mailles larges, allongées, suivant le sens des faisceaux primitifs ; dans les glandes, ils circonscrivent les lobules et les canalicules excréteurs. Au rein, ils entourent les glomérules et les canaux urinifères. Partout ils sont entremêlés avec les capillaires sanguins, infiniment plus fins, qui pénètrent leurs mailles dans les sens les plus divers. Leur richesse est généralement proportionnée, comme le fait remarquer Ch. Robin, à celle des derniers ; car, en effet, ils ont d'autant plus de matériaux à recueillir que les parties où ils naissent reçoivent une plus forte proportion de sang.
La situation des réseaux est manifestement subordonnée aux exigences fonctionnelles. A la peau et dans diverses muqueuses, bien qu'ils se mêlent aux capillaires sanguins sous le corps de Malpighi, ils se tiennent sur un plan tout à fait externe. Leur réseau profond est fréquemment anastomosé avec le superficiel. Dans les séreuses, ils sont, pour la plupart, sous-jacents à l'épithélium, et, par conséquent, peuvent recevoir vite les matières venant de la cavité ; ceux du tissu cellulaire profond rassemblent les matières qui ont échappé aux premiers. La répartition des lymphatiques, sous la forme de plans rapprochés des surfaces, est évidemment la mieux appropriée à la fonction absorbante des membranes. Une dispersion régulière suffit au milieu des tissus où il n'y a que du plasma interstitiel à recueillir.
Lorsque les réseaux sont remplacés par des radicules arborisées, comme cela arrive, d'après les observations de Kôlliker, dans la queue des têtards, ces fins canaux sont également indépendants et fermés à leurs extrémités. Au point de vue physiologique, ils ne diffèrent pas essentiellement des réseaux ordinaires.
Quoiqu'il n'y ait plus de doute sur la disposition anatomique des réseaux et des radicules arborisées au point de départ des vaisseaux blancs, on ne sait pas, d'une manière très certaine, si ces réseaux ou ces radicules sont les premières origines des lymphatiques. Divers observateurs, notamment ceux de l'école allemande, inclinent à admettre que ces réseaux commencent soit dans les prolongements des cellules plasmaliques du tissu conjonctif, soit dans les lacunes de ce tissu et même dans les grandes cavités des séreuses. Mais leur continuité avec les prolongements des cellules plasmatiques n'est pas certaine, et l'existence d'une cavité dans ces prolongements n'est pas même bien prouvée ; leur abouchement dans les lacunes du tissu cellulaire par les fentes que laissent entre elles les cellules, leur communication avec la cavité des séreuses par des stomates capa-
ITINÉRAIRE DL- CHYLE KT DE LA LYMPHE. l8o
bles de donner passage à plusieurs globules, sont des laits très problématiques.
Il est vrai que chez les vertébrés inférieurs, les batraciens par exemple, les origines des lymphatiques sont do nature à faire croire à la possibilité de telles communications. 11 y a chez eux, dit Milne Edwards ', un vaste système de cavités irrégulières communiquant les unes avec les autres, et ressemblant plus à des méats interorganiques qu'à des vaisseaux ordinaires. Autour des veines existent aussi des méats analogues ou des sortes do gaines larges que Muller a trouvées pleines de lymplie. méats qui eomnuiniqueut avec des réservoirs plus vastes et avec les cavités lymphatiques. Mais cet ensemble de lacunes qui ont d'abord simplement pour parois la substance conjonctive et plus tard une couche épithéliale et des membranes contractiles, n'est qu'un état imparfait dont, peut-être, les origines du système ne conservent que des traces chez les mammifères. S'il reste chez eux des aréoles irrégulières sans parois propres, comme paraissent l'être les vacuoles qui, dans la villosito, donnent naissance aux chylifères, elles sont limitées, circonscrites, sans communications ni avec les grandes cavités, ni avec l'extérieur: entin, elles constituent un ensemble clos à forme réticulée ou à forme radiculaire.
Les réseaux, ou les radicules d'origine des lymphatiques, n'ont aucune communication avec les vaisseaux sanguins. Les matières injectées à une pression modérée, par les artères ou par les veines, ne passent pas habituellement dans les lymphatiques. Mais les communications s'établissent aisément par des solutions de continuité, tant les parois vasculaires sont minces ; une pression un peu forte, une secousse les produit, et. sur l'animal vivant, les embarras de la circulation peuvent y donner lieu. Kôlliker a vu, en effet, dans la queue des têtards, les globules sanguins passer sous l'influence de la gêne de la circulation, des vaisseaux sanguins dans les lymphatiques, probablement parle fait de déchirures aux parois vasculaires. R. "NVagner a constaté, en examinant au microscope le mésentère de petits mammifères, que la congestion intestinale donnait lieu à l'apparition d'un grand nombre de globules rouges dans les chylifères. Herbst a aussi fait surgir ces globules en très grande quantité dans la lymphe, en augmentant la pression sanguine par la transfusion. Normalement, ce qui passe des vaisseaux sanguins dans les lymphatiques y passe en traversant leurs parois et par une transsudation régulière, sans qu'aucune communication directe soit nécessaire.
Le système lymphatique est donc, dès son origine, un système indépendant qui ne peut rien recevoir directement du système sanguin, et dans lequel les liquides doivent aussi se mouvoir indépendamment des forces qui donnent l'impulsion au sang.
Cependant comme le système lymphatique a, parmi ses rôles divers, celui de reprendre par endosmose ce que le sanguin a laissé échapper par exosmose, il a, avec ce dernier, des rapports qui méritent la plus grande attention. En effet, ses réseaux sont enlacés avec les capillaires sanguins ; ses mailles en sont traversées dans tous les sens. Il y a plus, chez les poissons et les batraciens notamment,
1. Milne Edwards, Leçons sur laphysiol. et l'anat. comp., t. IV, p. 462.
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comme aussi dans le rein et dans le poumon des mammifères, les capillaires lymphatiques sont adossés aux capillaires sanguins et aux artérioles. Dans les points où ils se trouvent juxtaposés, le lymphatique entoure à demi ou aux trois quarts le vaisseau sanguin. Là il y a plus qu'adhérence intime, car les parois accolées se confondent en une seule, et c'est à l'opposé que ces parois prennent des fibres élastiques et des fibres musculaires. Il en résulte qu'une partie du plasma sanguin peut, en vertu des lois de l'osmose, passer des capillaires et des artérioles dans les lymphatiques sans s'épancher, en passant, dans la trame des tissus.
Dans les centres nerveux de l'homme, comme sur le bœuf, le mouton et les carnivores, les lymphatiques forment, d'après les observations de Ch. Robin \ une gaine complète aux capillaires sanguins les plus petits et aux artérioles, dont le diamètre ne dépasse pas 1/2 millimètre. Le tube sanguin est là inclus dans un large tube lymphatique, et entre la paroi externe du premier et l'interne du second existe un espace plein de lymphe et de noyaux. Le tube lymphatique serait, dans ces conditions, d'abord simplement constitué par une substance homogène légèrement striée longitudinalement; il offrirait, d'après His, une couche épithéliale à partir des points où il arrive à des dimensions considérables.
La constitution des vaisseaux lymphatiques dans les réseaux ou les radicules d'origine n'est pas établie avec une entière certitude. D'après Brucke, ils seraient là sous forme de lacunes, de simples trajets sans parois propres ; suivant KôUiker, ils auraient une paroi amorphe, transparente, semée de noyaux à sa face interne; enfin, pour Ch. Robin, ils seraient simplement formés par une couche de cellules épithéliales exactement appliquées par leurs côtés de manière à ne laisser aucune ouverture. Mais, physiologiquement, cela importe peu ; car, dans tous les cas, la cavité est close soit par une paroi propre, soit par une condensation de la substance dans laquelle la cavité est creusée; les trajets sont définis, délimités, ils servent à la lymphe exclusivement : la lymphe ne peut en sortir pour entrer dans ceux du sang, et le sang ne peut s'échapper des siens pour passer dans les autres.
La lymphe dans les réseaux d'origine ne saurait être observée directement avec autant de facilité que le sang dans les capillaires. Son défaut de coloration, et la délimitation vague, souvent insaisissable des lymphatiques, rend de telles observations un peu confuses. Elle peut, sans aucun doute, se mouvoir dans les réseaux suivant les sens les plus divers, sous des impulsions extérieures changeantes ; elle doit osciller librement jusqu'au moment où elle s'engage dans les petits vaisseaux qui émergent des réseaux, vaisseaux où les valvules commencent à apparaître dès qu'ils ont, disent les micrographes, un diamètre de 5 centièmes de millimètre.
Une fois que des lymphatiques un peu volumineux se sont détachés des réseaux (his et invisibles, leur texture devient plus saisissable et plus complexe : à la paroi amorphe ou épithéliale s'ajoutent des fibres conjonctives, des fibres élastiques et musculaires qui forment bientôt des membranes nouvelles. Dès lors,
1. Ch. Robin, Reclœrdies sur quelques particularlte's de la structure des capillaires de V encéphale {Journal de la physiol., 1859, p. 537).
ITINÉKAIllK DU (.IIIYI.E KT J)E LA LYMPHE. lS7
leur peimoabiliU'' diminue : luut on cuiiservuiil l'aptitude à rabsor[»tiun, ils prennent le caractère de tubes collecteurs chargés d'imprimer une impulsion énergique à la lymphe et de lui f;iire suivre une marche régulière vers les centres.
C'est à compter des points où les canaux collecteurs deviennent visibles à l'œil nu que la marche des fluides blancs peut être observée avec une certaine facilité jusqu'aux ganglions, et de ceux-ci au canal thoracique ou au tronc lymphatique droit. Nous allons suivre ces lluides chez les solipèdes et les ruminants pris pour types.
Commençons parles vaisseaux des extrémités.
Dans les membres postérieurs, les lymphatiques commencent à devenir apparents sur les côtés des articulations phalangiennes. En dehors, il existe habituellement deux vaisseaux qui s'élèvent du niveau de la première phalange, en suivant la direction de l'artère et de la veine plantaire. L'un d'eux, plus grand que l'autre, reçoit à diverses hauteurs plusieurs branches collatérales, dérivées pour la plupart, de la peau, des synoviales tendineuses et articulaires, puis il croise en avant du tarse, le tendon de l'extenseur antérieur des phalanges, la bride de renforcement de l'aponévrose tibiale, et arrive enfin se réunir aux nombreux lymphatiques du plexus de la saphène. L'autre vaisseau externe, qui devient bien visible vers la partie moyenne du métatarse, se dirige en avant de la tubérosité externe et inférieure du tibia pour longer un instant la bride de renforcement de l'extenseur antérieur des phalanges, et devenir satellite plus ou moins éloigné de la veine saphène. En dedans de la même région, on voit s'élever aussi deux lymphatiques de 2 à 3 millimètres de diamètre. Le premier, déjà visible vers les grands sésamoïdes, s'accole à la veine plantaire interne, arrive avec elle en avant du tarse, passe sous les brides aponévrotiques et gagne la face interne de la jambe et de la cuisse. Le second, assez grand et très superficiel, demeure éloigné de la veine, bien qu'il vienne concourir à la formation du remarquable plexus qui suit le trajet de cette dernière. Ces vaisseaux, parvenus à la face interne de la jambe, sont accompagnés d'autres lymphatiques plus petits et très nombreux, qui s'élèvent de diverses hauteurs parallèlement les uns aux autres, soit immédiatement au dessous de la peau, soit entre les aponévroses et les muscles les plus superficiels. Us forment là, par leur ensemble, le plus beau plexus lymphatique sous-cutané qui existe dans l'économie. A mesure qu'ils montent à la face interne de la cuisse, on les voit augmenter de diamètre, devenir moins nombreux et se rapprocher de la saphène. Lorsque cette veine s'enfonce dans l'interstice compris entre le long et le court adducteur, ils se trouvent réduits à six ou huit branches du diamètre de plumes de corbeau, qui se glissent avec elle entre les muscles, et se ramifient bientôt dans les ganglions inguinaux profonds. Parfois il en est quelques-uns qui s'élèvent un peu plus que la veine et gagnent seuls le groupe ganglionnaire, ou accolés avec un filet détaché du nerf.
Tous les lymphatiques superficiels nés sur les côtés du jarret et de la jambe ne restent pas étalés au-dessous de la peau et des aponévroses : il en est un certain nombre qui s'engagent dans les interstices musculaires pour suivre le trajet des veines tibiales, antérieure et postérieure. Ceux-ci se réunissent aux lymphatiques profonds, satellites de ces veines, et ne fardent pas à traverser, au-dessus
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des condyles du fémur et en arrière de l'origine de l'extenseur du métatarse, un groupe de quatre à cinq ganglions arrondis, brunâtres et fermes, connus sous le nom de ganglions poplùés. kuàe\h de ce premier amas ganglionnaire, les vaisseaux, nés pour la plupart dans les muscles tibiaox postérieurs, le long vaste et ses congénères, se rassemblent en avant de l'artère fémorale, entre elle et la veine, de même que sur ses côtés ; ils s'élèvent, au nombre de six à buit, vers l'extrémité supérieure du fémur, et abordent les ganglions inguinaux profonds dans lesquels passent tous les satellites de la veine saphène.
Les ganglions inguinaux profonds, au nombre^ de quinze à vingt sur les solipèdes, forment un groupe allongé sous l'aponévrose crurale, entre les deux adducteurs de la jambe,, immédiatement en avant de la veine et de l'artère fémorales. Les lymphatiques qui les traversent ne se distribuent point individuellement dans tous : les premiers qui s'y rendent se ramifient dans les ganglions inférieurs, et ceux qui viennent ensuite en font autant dans les ganglions de plus en plus élevés sur le trajet de la veine fémorale. Les ramifications des vaisseaux blancs y sont très larges et facilement perméables aux injections, car les petits lobes ganglionnaires sont mous, jaunâtres, plexiformes à la surface et ceiluleux à l'intérieur; disposition qui contraste avec celle des ganglions poplités dont la consistance, la densité et la teinte cendrée semblent indiquer une perméabilité peu prononcée, telle qu'elle existe du reste dans les ganglions placés les premiers sur le trajet des vaisseaux lymphatiques. Ils manquent chez les grands ruminants.
Les vaisseaux des parois inférieures de l'abdomen, en dehors de la tunique abdominale, ceux du fourreau, du pénis et des enveloppes testiculaires chez le mâle, des mamelles chez la femelle, se portent en décrivant des flexuosités nombreuses, vers les ganglions inguinaux superiiciels rassemblés en avant du pubis et près de l'orifice inférieur du trajet inguinal. Ils les traversent, puis se rassemblent au delà du groupe en six ou huit troncs accolés les uns aux autres, et répartis inégalement en avant et en arrière des vaisseaux sanguins. Les plus petits, situés généralement en avant de ceux-ci, sont les plus nombreux. Les plus grands, du diamètre d'une plume à écrire, sont énormément développés sur les mâles entiers et les femelles qui allaitent; ils s'engagent tous ensemble dans le trajet inguinal et, parvenus à une certaine hauteur dans ce canal, ils s'unissent aux lymphatiques qui sortent des ganglions inguinaux profonds, se ramifient en partie dans ces derniers, pour se porter ensuite dans la cavité abdominale, en suivant la direction des troncs iliaques externes.
Les lymphatiques d'une partie de la face antérieure de la cuisse, de la face externe et d'une certaine étendue de la croupe, se dirigent vers un petit amas ganglionnaire noyé dans le tissu fibro-graisseux de la partie antérieure de la cuisse, et k la surface du fascia-lata. Ce groupe, peu important chez les solipèdes, est remplacé chez le bœuf par un gros ganglion brunâtre, allongé, très dense, comme la plupart des ganglions de ce ruminant. Il correspond évidemment aux ganglions iliaques externes de l'homme, des singes et des carnassiers. Les lymphatiques qui l'ont traversé deviennent assez larges en s'accolant à une branche de la circonflexe iliaque et à sa veine satellite : ils remontent avec ces
ITINÉRAIRE DU CUVLIi: ET DE LA LYMPHE.
llf ,
vaisseaux à la face interne du fascia, pénètrent dans la cavité abdominale, et
abordent avec la circonllexo les ganglions
sous-lombaires.
Ainsi, la lymphe des extrémités posté- -^ ^.«5.^^.^^
rieures, rassemblée par des vaisseaux profonds, satellites des artères et des veines et par une inlinité d'autres vaisseaux superficiels répandus surtout à la face interne des membres , traverse donc plusieurs groupes de ganglions avant de parvenir dans l'abdomen. Celle des vaisseaux profonds de la partie inférieure des membres passe dans les ganglions poplités, puis de là dans les ganglions inguinaux de l'arcade crurale; celle des vaisseaux superficiels, du pied , de la jambe , d'une partie de la cuisse, se rend directement dans ces derniers ganglions; celle des organes génitaux externes, des mamelles, d'une partie des parois de l'abdomen, aborde les ganglions inguinaux superficiels ; enfin la lymphe de la face antérieure de la cuisse et d'une partie de la croupe vient traverser les ganglions précruraux, pour passer de là dans l'abdomen par les ouvertures que franchissent la circonflexe iliaque et quelques autres branches du tronc pelvien. Il faut maintenant suivre cette lymphe au delà des premiers ganglions, jusque vers le point de départ du canal thoracique, et en même temps voir le trajet de celle qui émane des parties profondes de la croupe, du bassin et des parois abdominales.
Chez l'homme, les lymphatiques des membres abdominaux offrent dans leur ensemble une disposition analogue à celle qui existe chez nos grands herbivores domestiques. Le plexus superficiel de la face interne aboutit aux ganglions inguinaux qui sont multiples, comme le montre la figure 137, réduction de celle de Mas- Ife^^^^s^^^
cagni.
Les vaisseaux blancs, qui naissent dans pi'^as?. -Lymphatiques superficiels du les muscles profonds de la croupe, autour membre inférieur, d'après Mascagni(*).
(*) 1, 1, Ganglions inguinaux.
■^cii
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de la queue, à l'extérieur du bassin, dans la cavité pelvienne, s'accolent aux artères et aux veines fessières, ischiatiques, iliaco -musculaires, ischio-sacrées, et parviennent, en suivant le même trajet que ces veines, dans les ganglions souslombaires; mais ils sont fort difficiles à suivre à travers les parties qu'ils traversent; d'autant que, n'ayant, jusqu'alors rencontré aucun ganglion, ils n'atteignent pas un diamètre bien considérable.
Les lymphatiques sortant des ganglions inguinaux superficiels et profonds, après s'être rassemblés vers le haut de l'arcade crurale en deux ou trois troncs volumineux, suivent le trajet de l'artère iliaque externe et de sa veine satellite jusqu'au point oii elle se jette dans le tronc de la veine cave. Là ils se divisent dans les ganglions sous-lombaires avec les lymphatiques venus directement du bassin, ceux du cordon testiculaire, de l'utérus, des ovaires, et avec les vaisseaux émanés des ganglions cruraux.
Ces ganglions sous-lombaires, très nombreux et d'un volume considérable, sont groupés sur les côtés de l'aorte et de la veine cave, et en dessous de ces vaisseaux, depuis l'extrémité antérieure du sacrum jusqu'au niveau de la grande mésentérique ; ils sont traversés par tous les lymphatiques qui viennent se terminer à la naissance du canal thoracique.
Chez les solipèdes, le premier, en commençant d'arrière en avant, c'est-à-dire en suivant le cours [de la lymphe, est impair et placé sur la ligne médiane dans le sinus de l'angle formé par la séparation des deux iliaques internes : il reçoit principalement les lymphatiques qui accompagnent les artères sous-sacrées, et quelques divisions musculaires de la croupe. Le second ganglion, pair, comme la plupart des autres, situé immédiatement sur le côté de l'aorte, entre le tronc crural et le tronc pelvien, reçoit les lymphatiques dérivés des ganglions inguinaux superficiels et profonds, et ceux des ganglions cruraux. Ces derniers vaisseaux se divisent avant de l'aborder, puis le pénètrent à son extrémité postérieure, et en sortent pour passer de là dans les ganglions plus rapprochés du réservoir sous-lombaire. Le troisième ganglion volumineux de la région accolé à l'aorte, en avant de l'iliaque externe et à l'origine de la circonflexe, reçoit les branches qui sortent du précédent et les trois ou quatre lymphatiques qui rampent autour de l'artère et de la veine circonflexe, vaisseaux dérivés des ganglions précruraux et des parois latérales de l'abdomen. Enfin, un nombre assez considérable d'autres sont disséminés sur les côtés de l'aorte, à sa face supérieure et en dessous de la veine cave. Leur volume, leur forme, leur situation respective et leur nombre n'ont rien de bien déterminé, et jamais ceux d'un côté n'affectent la même disposition que ceux du côtéopposé.
Tous les ganglions, les uns jaunâtres, les autres plus ou moins rosés, sont, chez les solipèdes, excessivement mous et susceptibles de se gonfler à divers degrés. Les plus grands montrent à leur surface et dans leur épaisseur les ramifications des lymphatiques qui y arrivent et qui en sortent. Les moins grands, et surtout les plus rapprochés de la citerne, sont rosés, très mous, plexiformes au plus haut degré, et formés, à proprement parler, par des lymphatiques sinueux accolés ou pelotonnés ensemble. Aussi, quand ils sont distendus par lymphe ou par les matières à injection, ils doublent et même triplent de volume, en montrant nettement leur texture réelle.
IThNÉRAIRE DU CHYLE ET DE LA LYMPUE. 191
Il est à remarquer, du reste, et ceci a une importance capitale sous le rapport de la progression de la lymphe, que les vaisseaux qui se rendent aux ganglions sous-lombaires ne s'y résolvent pas complètement en divisions ténues, desquelles naissent ensuite des branches de plus en plus grandes , comme on le voit dans la plupart des ganglions, et notamment dans ceux que les vaisseaux traversent pour la première fois. Les lymphatiques, en arrivant à ces ganglions, leur donnent des branches qui s'y divisent jusqu'à une extn' me ténuité, et d'autres qui les traversent en rameaux énormes, de telle sorte qu'une partie de la lymphe charriée par ces vaisseaux passe directement des afférents dans les efférents, sans traverser le parenchyme ganglionnaire. Aussi, les matières à injections, même les plus grossières, passent-elles avec facilité des vaisseaux de l'arcade crurale, par exemple, dans le canal thoracique. De même, l'air que l'on insuffle dans ces derniers ne tarde pas à distendre les ganglions, puis à passer dans la citerne et à parvenir dans le système veineux par l'intermédiaire du canal thoracique. On conçoit, d'après cela, la possibilité de tuer les animaux en poussant de l'air par les vaisseaux qui offrent une telle disposition.
Chez les ruminants, les animaux carnassiers et les singes, les ganglions souslombaires ne présentent plus les mêmes caractères. Ceux du bœuf sont compacts brunâtres, bien circonscrits. Le premier, et le plus grand de tous, est aplati, discoïde, échancré en avant, au point d'où se détachent les efférents. Il occupe l'espace triangulaire laissé entre la circonflexe iliaque et le tronc crural. Les autres, situés en avant de celui-ci, autour de l'aorte et de la veine cave, reproduisent, sous de moindres proportions, les particularités distinctives du premier.
Des ganglions sous-lombaires, de chaque côté, s'échappent deux ou trois grosses branches, qui se réunissent souvent en une seule, longue d'environ 10 à 12 centimètres, depuis son point de départ jusqu'à sa jonction avec l'origine du canal thoracique.
Le vaisseau des ganglions droits passe au-dessous de la veine cave, entre elle et l'aorte, vient s'anastomoser assez souvent avec les branches du côlon flottant. et s'ouvre dans le canal thoracique au niveau de la deuxième vertèbre des lombes, immédiatement en arrière de la veine et de l'artère rénales droites. Le vaisseau des ganglions gauches, accolé à l'aorte, passe tantôt au-dessus d'elle, tantôt au-dessous, pour se terminer au même point que le précédent, avec lequel il se met en rapport dans une étendue de 2 à 3 centimètres. Parfois, les branches émanées des ganglions lombaires, au lieu de se rassembler en deux vaisseaux principaux, un de chaque côté, restent distinctes et marchent accolées en formant deux faisceaux, qui s'ouvrent dans la citerne au lieu ordinaire. Enfin, dans quelques cas, ces vaisseaux viennent s'aboucher dans une grosse branche, en arrière de la grande mésentérique, et apportent à la citerne la lymphe du côlon replié avec une partie du chyle de l'intestin grêle.
Après avoir amené à la naissance du canal thoracique la lymphe des diverses parties des membres postérieurs, du bassin, des organes génitaux et des parois abdominales, il faut aller chercher celle des viscères digestifs, puis la conduire de même à ce qu'on appelle depuis longtemps le réservoir sous-lombaire.
La lymphe des dernières parties du gros intestin, c'est-à-dire du rectum et du
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côlon llotlant, est rassemblée par plusieurs vaisseaux qui sillonnent le mésentère de ces deux sections du tube digestif. Ceux du pourtour de l'anus passent déjà à travers deux ganglions placés à la base de la queue, de chaque côté du sphincter. Ceux de la partie antérieure du rectum se glissent, en décrivant des flexuosités, au-dessus de la branche horizontale de la petite mésentérique et viennent, au nombre de cinq ou six, traverser un petit amas ganglionnaire placé tout près du tronc de cette artère. Les lymphatiques nés des divers points du côlon flottant traversent, en sortant dos tuniques intestinales, les nombreux ganglions qui se trouvent à l'insertion du mésentère, entre les arcades artérielles et veineuses et la bande charnue du bord concave de cet intestin. Ils remontent ensuite entre les deux lames du mésentère, soit en suivant les vaisseaux sanguins, soit en serpentant dans leurs intervalles. Chemin faisant, quelques-uns de ces lymphatiques se jettent encore dans des ganglions arrondis, inégalement espacés sur le trajet des divisions de la petite mésentérique. La plupart se rassemblent vers l'origine de celte artère pour se réunir en plusieurs branches anastomotiques avec les divisions des ganglions sous-lombaires. Quelques-uns, notamment les plus antérieurs, s'unissent aux vaisseaux lymphatiques du côlon replié, et concourent ainsi à la formation de l'une des grosses branches intestinales qui s'ouvrent dans la citerne du chyle.
Les lymphatiques du côlon replié et du caecum affectent une disposition fort remarquable. Ceux du côlon replié, nés pour la plupart dans le tissu de la membrane muqueuse, se dirigent tous vers les artères et les veines coliques près desquelles ils traversent quelques petits ganglions disséminés à l'origine des branches collatérales des artères coliques droite et gauche, puis se rendent à d'autres ganglions très nombreux, rangés en une double chaîne sur le trajet des grands vaisseaux, et à l'attache du frein péritonéal qui unit l'une à l'autre les deux parties de cet intestin. Les petits lymphatiques, à mesure qu'ils sortent des ganglions, se rassemblent pour former d'abord deux ou trois troncs qui longent les artères, leurs veines satellites et leurs nerfs. Ils reçoivent, sous des angles très aigus, les branches qui émanent successivement des diverses granulations de l'une des deux chaînes. Les branches qui naissent dans des points plus rapprochés de l'origine des artères coliques augmentent graduellement de diamètre et de longueur, elles ne viennent se terminer aux grands vaisseaux lymphatiques qu'après avoir rampé près d'eux sur un trajet assez étendu. Bientôt, quelques-unes d'entre elles marchent parallèlement à ces derniers, et forment des troncs nouveaux qui, à leur tour, grossissent comme les autres par l'adjonction de ramifications collatérales. Enfin, vers la naissance des deux artères du côlon replié, les dix à douze lymphatiques qui les suivent parallèlement se plongent dans de nouveaux ganglions, et en sortent sous forme de grosses branches très courtes, dont la réunion à celles des vaisseaux de l'intestin grêle donne naissance aux deux troncs par lesquels la lymphe et le chyle sont versés dans le réservoir sous-lombaire.
Les lymphatiques du cœcum se rassemblent, comme ceux du côlon replié, sur le trajet des deux artères caecales et de leurs veines satellites. Ils se plongent aussi dans deux chaînes ganglionnaires, et donnent naissance à de longs vaisseaux qui aboutissent au même tronc que ceux de l'intestin grêle.
Les vaisseauv blancs qui puisent dans l'intestin gnHo le chyle et la lymphe sont plus multipliés que dans aucune des autres parties de Téconomie. Après s'être dégagés du tissu des villosités dans lesquelles naissent, comme nous l'avons vu, leurs principales racines, ils traversent la muqueuse et la membrane charnue pour se rendre entre les deux lames du mésentère. Là, d'abord nombreux, et très petits, ils s'anastomosent les uns avec les autres, en diminuant de nombre et en prenant un diamètre plus considérable, sans jamais arriver à de grandes proportions. Parvenus à 1 ou 2 décimètres au-dessous des ganglions, ils sont réduits au nombre de quatre à cinq cents canaux rapprochés, pour la plupart parallèles entre eux et avec les vaisseaux sanguins. Dès qu'ils abordent les vingt-cinq à trente ganglions groupés vers la naissance des artères de l'intestin grêle et les quinze à vingt petits ganglions de l'iléon, ils s'y divisent, puis en sortent à l'état de grosses branches, dont l'ensemble concourt à la formation des deux troncs intestinaux dont nous avons déjà parlé. Ces chylifères ne traversent pas d'autres ganglions, car ceux que certains anatomistes décrivent au bord concave du petit intestin sont imaginaires.
Les lymphatiques de l'eslomac se rassemblent vers les courbures du viscère. H en est un grand nombre qui vont se plonger dans les gros ganglions de la petite courbure, entre le cardia et le pylore, entre l'extrémité de l'œsophage et la tubérosité gauche.- Les autres se dirigent vers les petits ganglions disséminés sur la grande courbure, à l'attache de l'épiploon spléno-gastrique. Tous se rassemblent sur le trajet des artères et des veines gastriques , remontent au niveau de la grosse tubérosité , vers le tronc de la cœliaque. Là ils s'anastomosent avec ceux qui dérivent de la rate et du foie', et se réunissent en plusieurs branches flexueuses, qui s'ouvrent directement, les unes dans le canal thoracique, les autres après s'être confondues avec le tronc antérieur des lymphatiques intestinaux.
Ceux de la rate, nés les uns dans la profondeur du viscère, les autres à sa surface, se dirigent vers l'artère et la veine spléniques ; ils traversent plusieurs groupes de ganglions disposés sur le trajet de ces vaisseaux, à partir du milieu de la longueur de la scissure ; remontent au nombre de cinq ou six vers l'origine de l'artère en formant un peloton sinueux dont les divisions, anastomosées avec celles de l'estomac et du foie, s'abouchent, d'une part, dans le tronc antérieur des lymphatiques de l'intestin, et, d'autre part, dans un magnitique plexus communiquant directement avec le canal thoracique.
Enfin, les lymphatiques du foie, observés pour la première fois par Yeslingius, forment un réseau très serré à la surface et un lacis dans l'intérieur du parenchyme. Ils se rassemblent vers la scissure postérieure, se plongent d'abord dans un premier groupe ganglionnaire fort petit, puis dans un second groupe de ganglions volumineux, arrondis, cachés entre le tronc de la veine porte et le pancréas. Ruysch en a donné, pour le cheval, une ligure que Blasius et d'autres auteurs ont reproduite. Leur abouchement est commun à celui des vaisseaux de l'estomac et de la rate.
Ces nombreux lymphatiques, dérivés des viscères abdominaux, concourent avec ceux des extrémités postérieures à la formation du canal thoracique qui
G. cotiN. — Physiol. conip., 3^ édit. JI. — 13
194 DE l'absorption.
conduit le chyle el la plus grande partie de la lymphe dans le système veineux. Considérons donc d'abord ce canal à son point de départ, avant de le suivre jusqu'à sa terminaison.
Au-dessus de l'aorte, au niveau du corps de la deuxième vertèbre des lombes, entreles deux piliers du diaphragme, les lymphatiques des extrémités postérieures et des viscères de l'abdomen, viennent s'ouvrir dans une ampoule très large, dite citerne du chyle, aplatie, irrégulière, qui prend une forme cylindrique et se dévie à droite en pénétrant dans la cavité thoracique. Cette ampoule, à parois fort minces, presque transparentes, adhère intimement en haut avec le ligament vertébral commun inférieur, en bas avec l'aorte, et sur les côtés avec les tendons d'origine des piliers diaphragmatiques. Elle reçoit en arrière les vaisseaux lymphatiques des ganglions lombaires, à gauche, les deux troncs terminaux des chylifères et des lymphatiques, tant du gros intestin que de l'estomac, du foie et de la rate, enfin, à droite, quelques petites branches provenant de ces trois derniers organes.
Les vaisseaux lombaires, multiples à leur départ des ganglions qu'ils ont traversés en dernier lieu, finissent par se réunir de chaque côté, le plus souvent en une ou deux branches, dont la jonction avec la citerne a lieu tantôt directement, tantôt par l'intermédiaire du tronc lymphatique intestinal postérieur, ou même, dans certains cas, par ces deux modes réunis, car il est fréquent de voir le vaisseau lombaire droit s'ouvrir dans la citerne, tandis que le gauche s'abouche dans le tronc dont je viens de parler.
Ce tronc lymphatique intestinal postérieur, qui résulte de la fusion d'une partie des vaisseaux du côlon et de l'intestin grêle, naît à gauche des divisions de la grande mésentérique, se porte en arrière de l'origine de cette artère, croise la direction de l'aorte, s'engage entre elle et la veine cave, en arrière de l'angle droit du pancréas, de l'artère et de la veine rénales droites, puis se recourbe de manière à décrire un arc à concavité antérieure, enfin s'insère au confluent de la citerne. Il arrive souvent que ce vaisseau, dont le diamètre moyen est de 1 centimètre à 1 centimètre et demi, se dilate un peu avant sa terminaison, de manière à former une ampoule ovoïde innominée, que l'on trouve fréquemment pleine de chyle ou de lymphe après la mort.
Le tronc intestinal antérieur, habituellement plus considérable que le précédent, amène une partie du chyle de l'intestin grêle, et une certaine proportion de la lymphe du gros intestin, de l'estomac, du foie et de la rate. A partir de sa naissance, qui a lieu à gauche du faisceau de la grande mésentérique, il se dirige en avant de celle-ci, passe entre elle et la cœliaque, puis se recourbe brusquement en arrière, s'applique en dehors sur le pilier droit du diaphragme qui le sépare de l'aorte, croise, presque à angle droit, la direction du cordon splanchnique du grand sympathique, passe au-dessus de la veine et de l'artère rénales droites, en arrière desquelles il s'abouche dans la citerne. Cette branche, longue de plus de 1 décimètre, depuis le point où elle reçoit les satellites de la cœliaque jusqu'à son insertion à droite de l'aorte et de la citerne, se trouve habituellement renflée en avant de l'origine de la grande mésentérique. L'ampoule qu'elle offre en ce point, étant le confluent des vaisseaux de l'estomac, du foie et de la late avec ceux d'une partie de l'intestin, peut être considérée comme
ITINÉRAIRE DU CIIYLE ET DE LA LYMPHE. 1 9o
une citerne accessoire dont le volinne égale à peu près celui d'un œuf de perdrix.
Enfin les petites branches sinueuses qui dérivent du voisinage de la cœliaquc s'ouvrent à gauche de la citerne par plusieurs orifices, et à 7 ou 8 centimètres en avant du conlluent des branches lombaires et intestinales.
Le réservoir sous-lombaire, ou le réceptacle du chyle ainsi constitué est très grand, et d'une complication remarquable chez les animaux solipèdes. C'est une vaste cellule allongée, aplatie, accolée à l'aorte et au corps des deux premières vertèbres des lombes. Sa cavité , anfractueuse , diverticulée et divisée par des brides, se dilate à droite au niveau du confluent et en avant de ce point pour donner naissance au canal thoracique; elle se dilate, de la même manière à gauche, quand il y a là un second canal plus ou moins exactement semblable au premier. Les variétés de configuration qu'elle peut offrir sont fort nombreuses, ainsi que l'indiquent les figures des pages suivantes, qui représentent les principales. La ligure élégante que Ruysch a donnée du réservoir sous-lombaire du cheval ne reproduit ni l'état normal, ni aucune de ses variétés, car l'illustre anatomiste, peu familiarisé sans doute avec l'organisation des solipèdes, a pris une des grosses branches qui aboutissent au réceptacle du chyle pour ce réceptacle luimême ^
Chez le bœuf, les afférents du canal thoracique n'ont pas la même disposition que chez les solipèdes. Les chylifères et les lymphatiques du gros intestin, dès qu'ils arrivent au mésentère, traversent des ganglions compacts , brunâtres, dont quelques-uns ont une longueur de 20 à 30 centimètres, puis en sortent peu nombreux, avec un diamètre considérable, se réunissent progressivement en un tronc volumineux, qui s'accole à l'artère et à la veine grande mésentérique, la seule qui existe. Ce canal, qui, à mesure qu'il s'élève, grossit par l'adjonction de nouvelles branches, passe avec la mésentérique à gauche de la partie antérieure du cœcum, de la première partie du côlon et de plusieurs anses d'intestin grêle, sous le pancréas. Arrivé en arrière du foie, il reçoit une branche considérable pourvue de plusieurs ampoules ovalaires, résultant de la fusion des lymphatiques de l'estomac, du foie et de la rate. Cependant quelquefois cette branche parvient directement à la citerne sans se réunir au canal dont nous parlons. Celui-ci, parvenu à 1 décimètre ou seulement à quelques centimètres de l'aorte, se divise en deux branches, l'une qui se dirige en arrière et reçoit, au bord supérieur de l'aorte, le tronc commun des vaisseaux lombaires ; l'autre, qui se glisse en avant, gagne le niveau du corps de la première vertèbre lombaire et vient, en se réunissant à la première, former une arcade ou une couronne autour de l'artère et de la veine rénales droites. De la partie antérieure de cette couronne, se détache, par un renflement plus ou moins prononcé, l'origine du canal thoracique Mais assez souvent il n'en est pas ainsi : la branche dérivée des estomacs, du foie et de la rate, se porte directement à la citerne ; la branche intestinale s'y porte aussi, en arrière de la précédente, après avoir donné un rameau rétrograde qui s'anastomose avec le tronc des vaisseaux lombaires, lequel suit le bord supérieur
1. Voyez cette planche dans Gerardi Blasii, Anatome animalhimi 1681, p. S18.
196 DR l'absorption.
de l'aorte pour se joindre au conlluent des deux bi'anclics susdites. Ici encore, il y a une arcade autour de l'artère rénale droite.
Chez les petits ruminants, la chèvre et le bélier, par exemple (fig. 138), la disposition d'ensemble des afférents de la citerne de Pecquet est à peu près semblable à celle qui existe dans le bœuf. Les vaisseaux sous-lombaires qui, à l'entrée du bassin, forment deux branches, ne tardent pas à se réunir en un tronc très valvuleux, long de 1 décimètre, passant au-dessus de l'aorte pour se rendre à la citerne. Le canal chylifère, satellite de la mésentérique, arrivé à trois travers de doigt de l'origine de cette artère, se divise en six à huit branches parallèles accolées ensemble, qui se séparent en deux faisceaux, venant finalement s'ouvrir dans le réservoir sous-lombaire après avoir décrit une arcade autour de la veine et de l'artère rénales droites. Je ne sais si cette remarquable disposition est constante chez ces animaux.
Fig. 138. — Canal thoracique simple des petits l'uminants.
Chez les carnassiers, la réunion des vaisseaux sous-lombaires avec les chylifères et les autres lymphatiques des viscères abdominaux est peu compliquée. Tous ces vaisseaux s'abouchent isolément dans une ampoule ovoïde qui commence en haut de l'aorte dans la cavité abdominale, et se prolonge dans le thorax en avant du pilier droit du diaphragme. Le réceptacle du chyle y est même proportionnellement beaucoup plus développé que dans beaucoup d'autres animaux. Aussi peut-il y être facilement reconnu sans le secours des injections, en ouvrant tout simplement le thorax et l'abdomen d'un chien en pleine digestion. Il est si peu dilaté dans quelques espèces, que plusieurs anatomistes en ont nié l'existence, mais il ne s'y trouve pas moins. Déjà, du temps de Haller, on l'avait reconnu dans le chien, le loup, le lion, l'ours, le phoque, le hérisson, le cheval, le bœuf, lé cerf, la chèvre et le porc.
Voilà le chyle amené à l'origine du canal thoracique, mêlé à la lymphe des parties postérieures du corps et des viscères abdominaux ; il faut conduire ces deux fluides dans le système veineux, c'est-à-dire étudier leur trajet dans toute la longueur de la veine blanche du thorax,
A partir du point de jonction des divers affluents de la citerne de Pecquet, le canal thoracique reste encore dilaté sur une certaine étendue, entre les deux piliers du diaphragme et en avant. Son renflement oblong, ovoïde, large de plus
de 2 centimètres, se dégage de l'espace compris entre l'aorte et le corps des vertèbres, se dévie à droite et vient se placer sur le côté de cette artère à son bord supérieur. Là, depuis la dernière vortèlire dorsale jusqu'à la sixième, c'est-à-dire jusqu'à l'origine du muscle sous-dorso-atloïdien, le canal tlioraciquedes solipèdes longe le bord inférieur de l'azygos et le bord supérieur de l'aorte, en dehors des artères intercostales droites, et complètement à découvert ; il reçoit, au niveau de chaque vertèbre de petites branches qui proviennent des ganglions disposés en une double chaîne dans le tissu adipeux interposé à la colonne dorsale et à l'aorte. Au niveau delà sixième vertèbre du dos, il s'éloigne un peu du rachis, se dirige vers la ligne médiane, passe au-dessous et à droite de l'azygos, dont il croise la direction, reçoit inférieurement des branches des ganglions œsophagiens et bronchiques, se place entre le sous-dorso-atlo'idien et l'œsophage, puis passe à gauche de ce conduit et de la trachée, se glisse entre les lames fibreuses qui s'élèvent du péricarde, à la base des gros vaisseaux, sous le milieu du long du cou. Là il devient tout à fait apparent du côté gauche, à travers les lames du médiaslin antérieur, y décrit un S, puis, vers la première côte, s'engage entre les ganglions lymphatiques, à la face interne des artères dorso-musculaire, cervico-musculaire, des veines correspondantes et du ganglion cervical inférieur du nerf grand sympathique. Il sort du thorax en dessous de l'œsophage, séparé de la première côte gauche par la veine vertébrale, puis se dirige en bas et vient s'ouvrir au sommet de la veine cave antérieure, en haut du point de réunion des deux veines jugulaires. Dans sa partie préthoracique, il est compris dans un espace triangulaire à base supérieure, circonscrit par deux lames fdjreuses qui, s'élevant de l'appendice trachélien du sternum, passent entre les deux veines jugulaires, pour se fixer aux apophyses trachéliennes des deux dernières vertèbres cervicales, à la face interne des muscles scalènes.
Le canal thoracique, qui reçoit toujours vers son insertion jiliisieur-; lnanches
FiG. 189. — Canal thoracique simple du cheval.
des ganglions voisins, particulièrement de ceux du côté gauche, n'a pas un diamètre uniforme, ni des parois également épaisses sur toute la longueur. Sa cavité se rétrécit graduellement, depuis le diaphragme jusque vers le milieu de la région dorsale, s'agrandit un peu à l'endroit oij s'abouchent les vaisseaux des gan-
198 DE l'absorption.
glions bronchiques, se resserre de nouveau entre les lames du médiastin antérieur, enfin se dilate \ers le golfe des jugulaires, de manière à donner à la portion terminale du conduit la forme d'une ampoule ovoïde, tantôt à peine prononcée, tantôt, au contraire, assez considéral)le pour atteindre le volume d'un œuf de perdrix. Les parois du canal, partout assez minces pour être presque transparentes, sont renforcées à partir de la base du cœur par les lames fibreuses émanées du péricarde, et par un tissu de même nature. Aussi sa distension, à sa partie antérieure, est-elle très restreinte par ce revêtement protecteur.
Le canal thoracique est loin de se montrer toujours tel chez les solipèdes que je viens de le décrire ; il y présente, sur son trajet et à son insertion, un grand nombre de variétés que nous devons passer en revue.
Le canal simple se sépare quelquefois, sur un point de sa longueur, en deux branches qui, après avoir marché parallèlement, se réunissent bientôt pour re constituer le canal unique. Cette division s'opère habituellement au niveau de la base du cœur, c'est-à-dire à l'endroit où s'abouchent les vaisseaux des ganglion^ bronchiques et œsophagiens; elle forme un anneau dont l'ouverture n'a souvent pas plus de 1 centimètre de diamètre, ou une ellipse dont le giand axe a de 1 à 2 décimètres d'étendue. On la voit se produire une, deux et même trois foi? sur la moitié antérieure du canal, qui redevient simple à son insertion comme il l'était à son origine. Les espaces circonscrits par les bifurcations constituent ee qu'on appelait autrefois les insula.
Le canal, au lieu de demeurer simple, devient fort souvent double dès son point de départ (fig. 140). Alors les deux canaux sont sensiblement égaux, ou
FiG. 140. — Canal thoracique double des solipèdes (*).
l'un est plus grand que l'autre. S'ils sont inégaux, c'est ordinairement le droit qui l'emporte sur l'autre ; cependant le contraire a lieu quelquefois. Dans tous les cas, les deux canaux sont isolés, l'un à droite, l'autre à gauche de l'aorte. En s'avançant vers l'entrée du thorax, ils restent complètement séparés, oii ils communiquent entre eux par une ou deux branches anastomotiques transversales plus
(*) A. Le réservoir du chyle. — B. Les brauches souslombaiies. — C. La braaclie iiiéseutériqup auléeuie. — D. La branche mésentérique postérieure.
OU moins volumineuses, Parvenus à 2o, "iU et même quelquetois à 3 ou 4 centimètres de leur abouchement au golfe des jugulaires, les deux canaux se rapproclient et se confondent [en un seul. C'estgénéralement au niveau de la base du cœur que leur fusion s'opère. Jamais je n'ai vu sur le cheval les deux canaux rester distincts dans toute leur étendue et venir s'insérer isolément dans la veine cave. Ouelquefois lig. 141) il émane des ganglions de l'entrée du thorax un long canal qui marclie parallèlement au premier avec lequel il va se joindre par un cours rétrograde vers les piliers du diaphragme.
FiG. 141. — Canal thoracique avec affluent rétrograde.
Le canal thoracique. double dans la plus grande partie de son étendue et à partir du réservoir sous-lombaire, Unit parfois par devenir triple. Dans ce cas, le plus grand des deux canaux se divise en deux branches ; puis les trois canaux, après avoir parcouru un certain trajet, sie joignent ensemble au même endroit ou bien deux d'entre eux se réunissent d'abord en un seul, auquel le troisième \a s'aboucher à une dislance variable du confluent des premiers.
Les variétés d'insertion sont peu communes chez les solipèdes. Généralement le canal est simple lorsqu'il s'ouvre dans la veine cave. Quelquefois, mais fort rarement, il est divisé en deux branches, longues tout au plus de 2 à 3 centimètres, qui s'insèrent isolément soit l'une au-devant de l'autre, soit sur la même ligne transversale, laissant entre elles un léger écartement, espèce d'arcade rappelant une disposition fréquente dans le chien, et déjà figurée par Blasius il y Q près de deux siècles.
Le lieu où se fait l'insertion des deux canaux est invariable : c'est toujours en haut de la veine cave, précisément au point de jonction des deux jugulaires, ce qu'aucun anatomisie n'a indiqué avant moi. Jamais le canal ne se termine ni à l'axillaire gauche, ni à la réunion de cette veine avec la jugulaire correspondante, comme le dit Bourgelat. On ne le voit pas non plus s'ouvrir tantôt dans le tronc brachial gauche, et tantôt dans le tronc brachial droit comme l'avance Girard, ni enfin, soit dans l'un, soit dans l'autre de ces deux troncs, ainsi que l'indique M. Lavocat. Ces prétendues insertions sont purement imaginaires.
Le canal thoracique des grands ruminants, une fois parvenu dans le thorax
DE l'absorption.
par une ouverture spéciale du diaphragme presque distincte de l'arcade aortique, se place au-dessus et à droite de Taorte, entre elle et la colonne vertébrale. Là, quoique en dehors des artères intercostales correspondantes, il est complètement caché par une couche épaisse de tissu graisseux, dans laquelle sont enveloppés les nombreux ganglions sous-dorsaux. Vers la cinquième vertèbre dorsale, il reçoit un gros vaisseau lymphatique provenant des ganglions énormes qui existent sur le trajet de l'œsophage dans le médiastin postérieur, puis croise la direction de l'aorte et de l'œsophage, passe à gauche, gagne l'entrée du thorax s'ouvre en avant de la première côte, au-dessus du point de jonction de la jugulaire gauche avec la veine cave antérieure.
Les variétés qu'il présente chez le bœuf sont nombreuses et fort communes. La disposition la plus rare est celle du canal simple dans toute sa longueur, telle que je viens de l'indiquer. Ce canal (figure 142), simple à son origine et dans la
ÏIG. 1-L2.
plus grande partie de son étendue, se bifurque souvent vers la base du cœur, ou seulement à 1 ou 2 décimètres de son insertion. De ses deux branches, l'une passe à droite de l'œsophage et de la trachée, l'autre se porte à gauche de ces parties, en suivant la direction ordinaire. A l'entrée du thorax, elles se terminent séparément, soit dans l'angle de réunion de la jugulaire et de l'axillaire correspondante, soit ensemble au confluent des deux veines jugulaires.
Il arrive que l'une des branches du canal bifurqué se subdivise à son tour en deux plus petites, et que l'autre éprouve en même temps une semblable subdivision, de telle sorte que le tronc du canal, d'abord unique, devient double, puis quadruple, et s'abouche conséquemment par quatre orifices distincts dans le système veineux. Si les branches du canal, au lieu de rester isolées, s'envoient des anastomoses transversales, il en résulte une complication (fig. 143) dont les solipèdes n'offrent pas d'exemples.
Le canal thoracique est souvent double dans toute son étendue. Les deux
Fig. 14.3.
canaux se détachent alors isolément de la citerne, suivent, l'un le côté droit, l'autre le côté gauche de l'aorte, décrivent une arcade à convexité inférieure, au niveau de la base du cœur, sur les parties latérales de la trachée, et viennent se terminer, soit très près l'un de l'autre, sur la même ligne transversale à la jonction des deux jugulaires, soit l'un adroite, l'autre à gauche, sur chacune de ces deux veines, et non loin de leur jouetion avec les axillaires (lig. 144).
Fiù. lU. — Canal thoracique double et à deux insertions du bœuf.
Lorsqu'il nait deux canaux au réservoir sous-lombaire, ils s'anastomosent quelquefois entre eux à plusieurs reprises par des branches sinueuses, contournées en diflërents sens, comme le montre la ligure 145. Puis, toutes ces branches se
FJii. 145. — Canal thoracique double à branches anastomosées et ù insertions multiples.
rassemblent dans le médiastin antérieur, et reconstituent un canal simple qui, vers son insertion, se subdivise de nouveau en quatre branches venant s'ouvrir isolément deux à droite et deux à gauche, au lieu ordinaire. Cette xariété est la plus remarquable et la plus compliquée de toutes celles qui s'observent chez les animaux domestiques.
Le canal thoracique du porc, habituellement simple dans toute son étendue, se divise quelquefois à 3 ou 4 centimètres de son insertion en deux branches. qui ne tardent pas à se réunir en une ampoule ovoïde ; celle-ci, après avoir reçu
202 DE l'absorption' .
les vaisseaux de la tête, de l'encolure et des membres, s'ouvre vers l'extrémité de la jugulaire gauche.
Celui du cliien ressemble généralement beaucoup à ce qu'il (!st chez le porc. Cependant il offre parfois dans son trajet ou à son insertion de très nombreuses variétés. Rudbeck y a signalé une bifurcation au-dessus du cœur, une autre dont les branches s'anastomosent plusieurs fois entre elles. Swammerdamm et Sténon ont figuré des divisions anastomotiques nombreuses et irrégulières vers le milieu d'un canal simple à son point de départ. Ces anciens auteurs ont indiqué et représenté des insertions doubles et triples de différentes formes. Enfin Bilsius a fait voir une arcade, ou plutôt un anneau très remarquable à l'insertion du conduit et à sa jonction avec les vaisseaux lymphatiques du cou et des membres antérieurs, anneau plus ou moins analogue à celui que j'ai observé plusieurs fois sur le cheval, le porc et le chat. Nous reviendrons sur ce point à propos des modilications que peuvent apporter au cours du chyle et de la lymphe les différentes formes du canal thoracique.
Le canal thoracique de l'homme, qu'il soit simple ou plexiforme, se termine à la veine axillaire gauche, tantôt par une seule branche légèrement dilatée, ou par plusieurs. On peut aussi quelquefois le voir double. Alors l'un des canaux se termine dans l'axillaire gauche, l'autre dans la droite. Ses variétés ont été pour la plupart indiquées et figurées parles anciens anatomistes.
Le canal thoracique a donc amené dans le système veineux le chyle mêlé à la lymphe des membres pelviens, de la partie postérieure du tronc, des viscères abdominaux, des parois abdominales et thoraciques, d'une partie du diaphragme, des poumons, etc. Il faut rechercher maintenant par quelle voie la lymphe des parties antérieures du tronc et des membres thoraciques vient se jeter dans les veines. Or, procédons toujours des parties périphériques vers les plus rapprochées du confluent du système lymphatique.
Les vaisseaux blancs des membres antérieurs s'élèvent des diverses régions du pied, à peu près de la même manière que ceux qui leur correspondent dans les membres abdominaux. Les plus inférieurs d'entre eux deviennent satellites des veines plantaires, et acquièrent un diamètre assez considérable à partir du genou. Ceux qui naissent en des points de plus en plus élevés prennent bientôt les proportions habituelles à la généralité des lymphatiques des membres.
En avant du genou, on voit s'élever un ou deux vaisseaux qui suivent une division veineuse sous-cutanée, longent les muscles antibrachiaux, passent entre le mastoïdo-huméral et le sterno-huméral, puis deviennent profonds vers l'angle de l'épaule. De la partie interne du carpe il part deux ou trois beaux lymphatiques, qui suivent la direction de la sous-cutanée interne de l'avant-bras, et se glissent avec elle au-dessous des aponévroses les plus superticielles. Dès qu'ils arrivent vers la partie supérieure du radius, ils s'engagent entre le sterno-aponévrotique et le coraco-radial avec l'une des deux branches de la veine sous-cutanée interne, et vont se rendre aux ganglions du coude, placés en dedans de l'extrémité inférieure de l'humérus.
Les lymphatiques profonds se rendent aussi aux mêmes ganglions, tout en suivant des routes différentes. Les antérieurs accompagnent, pour la plupart, l'artère
ITINÉRAIRE DU CHYLP ET DE U UMPUE,
FiG. 146. — Canal thoracique de 1" homme d'après Ch. Robin (*).
(*) Réservoir de Pecquet ou citerne du chvie et canal thoracique distendus par le mercure, avec les veines dans lesquelles se jettent les lymphatiques (celles-ci ont été représentées sans avoir reçu d'injection). MM, trait indiquant la ligue médiane du corps, GG, ganglions lymphatiques lombaires envoyant leur» efl'érenls dans le réservoir; P, \e réservoir, plein de mercure, il resie un peu déprimé, d'une largeur qui peut varier de 5 à 17 millimètres d'un sujet à l'autre, s'il n'est pas représenté par un plexus ou un simple confluent de quatre à sis conduits; C, tronc venant des glandes lymphatiques chylifères qui se jettent dans la citerne; LL, troncs lymphatiques se jetant dans le canal; ÏT, le canal thoracique, toruleux, placé à droite, passant à gauche, et renflé ici à son origine; BT, dilatation assez fréquente près de son abouchement; A, abouchement du canal dans la veine sous-clavière gauche (S), après avoir décrit une courbe anguleuse ; J, veine jugulaire interne coupée, près de l'abouchement de laquelle a lieu celui du canal ; 0, lymphatiques efférents venant des glandes axillaires ; QQ, autres venant de celles du cou; DD, deux des petits ganglions intercostaux dont les etï'érents vont dans le canal ; U, N, lymphatiques efférents des glandes lymphatiques de l'épaule droite formant la gravée veine lymphatique ; V, abouchement do celle-ci dans la veine sous-clavière droite (F) ; lymphatique efférent des ganglions du cou se jetant isolément (K) près de la jugulaire interne droite (I) ; Z, abouchement de la grande veine azygos derrière la veine cave supérieure ; XY, origines lombaires de l'azygos; RR, la petite azygos passant de gauche à droite, derrière le canal, pour se jeter dans la grande azygos.
DE L ABSORPTION
FiG. 147. — Lymphatiques du membre supérieur, d'après Mascagni (*).
radiale antérieure et la veine correspondante, et parviennent à la masse ganglionnaire du coude en passant entre le long fléchisseur de l'avant-bras et l'humérus. L^ postérieurs deviennent satellites de la veine et de l'artère radiales postérieures, rejoignent les autres vers le niveau de l'articulation huméro-radiale, se rapprochent de quelques vaisseaux groupés sur le trajet des divisions de l'artère épicondylienne. En ce point les lymphatiques sous-cutanés s'anastomosent avec les profonds, prennent un assez fort diamètre et se rendent, au nombre de six ou sept principaux, dans les ganglions du coude. De ceux-ci sortent une dizaine de vaisseaux parallèles entre eux, croisant la direction de la veine humérale pour parvenir à un second groupe ganglionnaire situé à la face interne de l'épaule et près de l'insertion du grand dorsal.
Chez l'homme les lymphatiques du membre supérieur commencent aux extrémités des doigts. Ceux de la face postérieure de la main, de la tace interne de l'avant-bras et du bras, se portent vers l'aisselle . après avoir traversé un ganglion au pli du coude. Ils aboutissent aux ganglions axillairc-s, puis aux sous-claviculaires , sous - scapulaires cl thoraciques correspondant aux divers groupes qui existent chez les animaux. La (igure 147 de Mascagni en donne une idée exacte.
Les lymphatiques de la région inférieure du thorax, de l'ars et de l'angle de l'épaule, forment un magnifique plexus à la surface du sterno-huméral et du sternoaponévrotique. Là ils se dirigent d'arrière en avant, parallèlement à l'axe du sternum, et s'engagent au nombre de vingtcinq à trente, entre le premier de ces deux muscles et lemastoïdo-huméralpour
(*) 1, ganglions axillaires; 2, ganglions épitrochléens.
se rendre aux ganglions axillaires. Les plus antérieurs, disséminés vers l'angle de l'épaule, sur le dernier muscle que je viens de citer, sont asssez volumineux ; ils décrivent quelques sinuosités avant de s'engager dans les interstices musculaires.
Les vaisseaux des membres antérieurs traversent donc d'abord les ganglions du coude qui correspondent aux ganglions poplités des membres abdominaux; ils se portent de là aux sous-scapulaires qui se groupent autour de l'origine de l'artère humérale et à l'insertion du grand dorsal. Aussi ces trois amas ganglionnaires s'indurent et deviennent énormes à la suite des afTections graves du pied, notamment de celles qui s'accompagnent d'engorgements douloureux et de suppurations abondantes. Enfin les lymphatiques des membres antérieurs se réunissent à ceux de la tète et de l'encolure, dans les ganglions prépectoraux , avant de s'ouvrir, soit dans le tronc lymphatique droit, soit dans le canal thoracique, plus ou moins près de son insertion.
Les vaisseaux de la tête deviennent déjà fort nombreux et assez apparents audessus des lèvres, au pourtour des ailes du nez et à la surface externe de la joue. Ceux des lèvres, qui forment un très beau plexus vers les commissures, s'élèvent sur la joue en se rapprochant, les uns du canal de Sténon et de ses vaisseaux satellites, les autres du bord inférieur du maxillaire. Ceux des cavités nasales, de la pituitaire, des naseaux se portent en dehors de la joue, forment immédiatement au-dessous de la peau, ainsi qu'entre le sous-cutané et le muscle alvéololabial, un réseau très remarquable, dont les branches se dirigent toutes vers les ganglions sous-glossiens, soit en s'accolant au canal de Sténon et à la veine glossofaciale, soit en demeurant disséminées à la surface de la branche du maxillaire, où l'on en compte de douze à quinze depuis la symphyse jusqu'au niveau du muscle masséter.
Les ganglions sous-glossiens, auxquels ils vont se rendre avec ceux de la partie antérieure de la langue et de la bouche, constituent deux groupes immédiatement au-dessous de la peau dans l'espace intra-maxillaire, au niveau des scissures oi!i passent le canal de la parotide, la veine et l'artère glosso-faciales. Leurs granulations nombreuses, fermes, jaunes ou brunâtres, reçoivent chacune un certain nombre de petits lymphatiques qui, après les avoir traversées, se réunissent en plusieurs troncs plus volumineux, se dirigeant vers les ganglions pharyngiens. On en voit un, deux, trois, qui s'accolent à la branche glosso-faciale de la jugulaire et passent àla face interne du sphéno-maxillaire, puis trois ou quatre qui deviennent satellites du digastrique, en avant et en arrière de ce muscle.
Les vaisseaux de la partie supérieure de la tête, de l'oreille et des régions voisines sont très ténus et difficiles à suivre. Ils se portent versun ganglion fort petit chez les solipèdes, enveloppé dans le tissu de la glande parotide, volumineux, allongé et ovalaire chez les ruminants. Ce ganglion très remarquable a été vu depuis longtemps, chez le bœuf, par Sténon ^qui l'avait appelé parotide conglobée, pour le distinguer de la glande salivaire, désignée alors sous le nom de parotide conglomérée. Ses efférents, très peu nombreux, se rendent aux ganglions pharyngiens.
Ceux-ci, placés en haut, sur les côtés du pharynx et en dehors des poches
206 DE l'absorption.
gutturales, chez les animaux solipèdes, forment un grand nombre de granulations molles, jaunâtres, divisées en deux groupes, l'un au-dessus du pharynx, l'autre en arrière du larynx et sur les côtés des corps thyroïdes. Les vaisseaux qui y arrivent ou en émanent, et ceux qui relient entre elles les diverses granulations, forment en dehors des poches gutturales un très beau plexus, qui se distend à un haut degré, consécutivement à l'application d'une ligature sur le trajet des vaisseaux lymphatiques du cou, satellites de l'artère carotide.
La lymphe de la tête, après avoir traversé les ganglions pharyngiens, est portée vers les ganglions de l'entrée du thorax, par un ou plusieurs vaisseaux qui longent la trachée et l'artère carotide, Ces vaisseaux, qui existent à droite et à gauche, sont souvent doubles, même triples à la partie supérieure de la trachée; ils se réunissent généralement, après un trajet de 1 à 2 décimètres, en un ou en deux canaux larges comme un tuyau de plume, appliqués sur le côté de la trachée, immédiatement en avant de l'artère carotide. Ils reçoivent sur leur trajet plusieurs branches collatérales, souvent très longues, qui émanent des petits ganglions échelonnés sur les côtés de l'artère, et qui les relient entre eux. Lorsqu'ils parviennent à l'entrée du thorax, il se ramifient dans des ganglions allongés, couchés au-dessus et en avant du golfe des jugulaires. Quelquefois ceux du côté opposé s'ouvrent directement dans le canal thoracique, sans s'être ramifiés préalablement dans les ganglions; mais jamais les vaisseaux droits ne paraissent se terminer ainsi dans le tronc lymphatique correspondant.
Les autres vaisseaux de l'encolure sont moins volumineux que les précédents, mais ils sont en nombre très considérable dans les parties profondes, surtout à la surface du mastoïdo-huméral, du splénius et du trapèze cervical.
Les premiers, disséminés entre les muscles, se rassemblent en grande partie sur le trajet des divisions de l'artère cervicale supérieure et de sa veine satellite, pour se rendre aux ganglions qui existent à la face interne du mastoïdo-huméral , autour de la préscapulaire et de la branche ascendante de la cervicale inférieure. Les seconds, ou les plus superficiels, se dirigent de haut en bas, en croisant obliquement l'axe de l'encolure. On les voit former, immédiatement au-dessous de la peau, un plexus remarquable à branches presque toutes parallèles et extrêmement déliées. Deux ou trois d'entre elles seulement, qui descendent du bord supérieur de l'encolure vers la gouttière des jugulaires, se distinguent par un calibre considérable et deviennent le siège de ces cordes farcineuses dont la direction est à peu près invariable.
Les lymphatiques cervicaux superficiels et profonds ne pénètrent, pour la plupart, dans le thorax qu'après avoir traversé deux ou trois groupes de ganglions placés en avant de l'épaule, sur le trajet de la préscapulaire et de la cervicale inférieure. Ces ganglions, assez volumineux dans le cheval, sont, dans le bœuf, plus nombreux et groupés en un chapelet qui suit tout le bord antérieur de l'épaule, depuis son angle articulaire jusqu'à son cartilage de prolongement.
Une fois que les lymphatiques du cou ont traversé les ganglions dont noug venons de parler, ils se rassemblent avec ceux des membres antérieurs et d'une partie du thorax, qui ont eux-mêmes franchi les divers ganglions axillaires pour se jeter dans la dernière série constituée par les ganglions prépectoraux. Parmi
ceux-ci, les uns sont en dehors du thorax, les autres se trouvent renfermés dans cette cavité. Les plus antérieurs forment : 1° une masse arrondie située au dessous de l'insertion du scalène, dans le sinus de l'angle formé par la jugulaire et la veine brachiale ; 2° un amas allongé au dessus de l'extrémité inférieure de la jugulaire, immédiatement en avant du golfe, et recevant de très gros vaisseaux qui émanent des ganglions axillaires, préscapulaires et les grands lymphatiques du cou. Les internes sont rassemblés en plusieurs masses à la naissance des artères cervico et dorso-musculaires, et en un amas allongé qui suit la face interne de la première côte. Ils reçoivent plusieurs vaisseaux satellites des veines dorsale, cervicale supérieure, divers lymphatiques du cœur et du médiastin, de gros vaisseaux provenant de la partie périphérique du diaphragme et satellites des artères thoraciques internes; enfin, à droite, un vaisseau considérable, qui accompagne le nerf phrénique de ce côté. C'est de ces ganglions, éminemment aréolaires et celluleux , que s'échappent des branches courtes et énormes, dont les unes forment, par leur réunion, le tronc lymphatique droit, tandis que les autres se joignent au canal thoracique, très près de son insertion, ou se terminent isolément au pourtour des deux grandes branches qui versent la lymphe et le chyle dans le système veineux.
Les lymphatiques provenant de la moitié droite du diaphragme, de la plus grande partie des parois latérales de la poitrine, de la moitié droite de la tête, de l'encolure et du membre antérieur correspondant, après avoir traversé les ganglions prépectoraux externes ou internes, se rassemblent en trois ou quatre branches qui, à leur tour, se confondent pour former le tronc lymphatique droit. Celui-ci , long de 2 à 5 centimètres seulement , se trouve diamétralement opposé au canal thoracique, dont il égale souvent le calibre, tout en conservant des parois minces et parfaitement transparentes. Il s'ouvre habituellement à la jonction des jugulaires, à côté du canal, par un oritice muni d'une double valvule semi-lunaire. Quelquefois une ou deux des branches qui concourent à le former décrivent des circonvolutions autour du tronc brachial correspondant ou de quelques-unes de ses divisions, avant de rejoindre les autres. Enfin il n'est pas rare de le voir s'anastomoser avec le canal thoracique par des collatérales volumineuses, puis se réunir avec lui de manière à s'insérer ensemble par un orifice simple au dessus du golfe des jugulaires.
Les lymphatiques de la moitié gauche du diaphragme, la plupart de ceux des parois latérales gauchesMu thorax, ceux de la moitié gauche de la tête, de l'encolure et du membre antérieur du même côté, traversent également les ganglions prépectoraux correspondants, et se rassemblent en plusieurs branches qui se terminent souvent en totalité dans le canal thoracique, très près de son insertion, et quelquefois les unes dans le canal précité, les autres dans le tronc lymphatique droit, et quelques-unes enfin sur l'un des points de la circonférence des deux orifices principaux. Les variétés qui existent à cet égard sont nombreuses, mais d'une importance physiologique assez minime.
Telle est l'indication des voies que parcourent la lymphe et le chyle pour venir* se mêler au sang veineux. Les figures 148 et 149 sont destinées à rappeler l'ensemble du système lymphatique des solipèdes et des animaux ruminants.
DE L*ABSORPTION
T'ic. I iN. — Ensemble du système lympluilique des solipèdes.
Fjg. 119. — Ensemble du système lymphatique des ruminants. a. COLIN. — Physiol, comp., 3* édit. II. — 11
210 DE l'absorption.
Il suflit de jeter un coup d'ceil sur ces figures [)our voir comment les vaisseauxblancs des diverses parties du corps se rassemblent pour amener leur contenu dans le canal thoracique et dans le tronc lymphatique droit, qui le versent dans le système veineux.
Ainsi, pour les solipèdes (lig. 148), les lymphatiques des cavités nasales réunis à ceux des lèvres, des ailes du nez, forment sur la joue le plexus A, dont les branches se portent aux ganglions sous-glossiens B. Ces branches, avec celles des autres parties de la tête, se rendent aux ganglions pharyngiens D, qui ont déjà reçu de petits vaisseaux provenant du ganglion parotidien G. Les mômes se rassemblent sur le côté de la trachée en un ou deux gros vaisseaux E qui vont jusqu'à l'entrée du thorax. Les lymphatiques superficiels de l'encolure, ceux d'une partie des membres et des parois pectorales se rendent aux ganglions F, G, H. — Les lymphatiques superficiels 71 des membres postérieurs arrivent aux ganglions inguinaux profonds Z. D'autres vont aux ganglions inguinaux superficiels X avec les vaisseaux des mamelles, des organes génitaux externes, etc. Ceux du même membre qui se sont portés dans les ganglions précruraux W parviennent isolément dans la cavité abdominale. Les vaisseaux des parois de l'abdomen arrivent, pour la plupart, aux ganglions iliaques internes V et se dirigent, comme tous les précédents, vers les ganglions sous-lombaires U. Les vaisseaux du côlon flottant S, les chylifères de l'intestin grêle R, les lymphatiques du caecum 0, du côlon replié 0', ceux de l'estomac N et de la rate M, se joignent pour former les deux troncs P Q, lesquels aboutissent directement à la citerne. Le canal thoracique L, qui continue celle-ci, vient s'ouvrir au point de réunion 1 des deux jugulaires, c'est-à-dire au sommet de la veine cave antérieure K, et non loin de la veine brachiale I.
Les mêmes particularités essentielles se retrouvent dans le bœuf (fig. 149). A sont les ganglions parotidiens ; B, les ganglions pharyngiens; C, le vaisseau principal satellite de la carotide et de la trachée ; D, les ganglions prépectoraux ; E, les ganglions préscapulaires ; F, l'insej'tion du canal thoracique; G, la veine brachiale ou axillaire ; 1, la veine cave antérieure; J, l'azygos; K, les ganglions du médiastin ; L, l'aorte postérieure ; M, la citerne ; N, le tronc chylifère accolé à la mésentérique; 0, les chylifères et les ganglions qu'ils traversent; P, les branches sous-lombaires qui se rendent à la citerne ; Q, les ganglions sous-lombaires ; R, le gros ganglion précrural; S, les ganglions inguinaux; ï, les vaisseaux satellites de la saphène.
Dans l'homme, les lymphatiques et les ganglions de la tête, du cou et de la partie supérieure du thorax offrent, comme le montre la belle planche de Mascagni (fig. 150), une disposition compliquée, qui reproduit en partie celle que nous venons de trouver chez les grandes espèces.
L'itinéraire des fluides blancs, considéré dans son ensemble, ofl're quelques particularités d'un très grand intérêt physiologique chez les vertébrés ovipares; Dans la classe des oiseaux on voit encore des ganglions, comme chez les mammifères, notamment au cou et au thorax, mais en plus petit nombre. On commence à y trouver quelques dilatations à parois contractiles, aptes à imprime!' une certaine impulsion à la lymphe. Un sinus situé dans le bassin, près de la queue, a des parois contractiles, des valvules et des cordages tendineux, il charrie
ITJNERAIRE DU CHYLE F.T DE LA LVMl'UE.
FiG. 150. - Lymphatiques delà tète, du cou, de la partie supérieure du tronc et du cœur.
d'après Ma5cagiu(*).
;-, 1, partie supérieure du canal thoracique : 2, son insertion ; 3, ly^P^^^'^f «^^ ^"nf n^rSV- 8 Sphatiques cardiaques; 3. sanglions aiillaires; 6, ganglions cer^icaus; ,, ganglions sous-occipitaux , 8, ganglions sous-masillaires ; 9, lymphatiques des parois custale=.
212 DE l'absorption.
son contenu dans les veines du bassin et la queue. Au lieu d'un seul canal, les oiseaux ont deux canaux thoraciques qui naissent par un plexus autour de l'aorte abdominale, et se terminent chacun dans la sous-clavière de son côté.
Chez les reptiles, la disposition du système lymphatique offre de nombreuses singularités. En plusieurs points de l'économie, disent les auteurs d'anatomie comparée, la lymphe, comme on le voit dans les batraciens, se trouve dispersée dans des lacunes ou des vacuoles du tissu conjonctif. Généralement les canaux lymphatiques entourent de toutes parts les vaisseaux sanguins et leur envoient des fibres nombreuses. Ces canaux dans lesquels les vaisseaux sanguins sont enfermés et comme baignés communiquent avec les citernes et les cœurs lymphatiques. L'une des citernes entoure l'œsophage et les gros vaisseaux du thorax, l'autre s'étend dans les intervalles des viscères abdominaux et y reçoit le chyle avec la lymphe de quelques autres organes. Quant aux cœurs, 'dont on doit la découverte à MûUer, ils sont, le plus souvent, au nombre de quatre, deux à l'épaule, deux à la cuisse, et remplissent le rôle d'agents d'impulsion, car leurs parois sont contractiles, à fibres musculaires striées. Ils reçoivent la lymphe par un certain nombre de canaux et la versent, les supérieurs dans la jugulaire, les inférieurs dans les veines delà région crurale et ischialique. Leurs contractions sont énergiques, mais non isochrones à celles du cœur ou aux mouvements du thorax.
Chez les poissons, les lymphatiques forment de grands canaux superficiels ou des canaux profonds sans valvules dans les cavités viscérales. Ces lymphatiques engainent le plus souvent, comme l'a découvert Piusconi, les petits vaisseaux sanguins. Ils communiquent avec des dilatations ou des sinus contractiles à mouvements rythmiques, comme celui qu'on voit à la nageoire caudale de l'anguille. Leur abouchement a lieu en plusieurs points dans les veines de la tête et notamment de la région caudale. Ils ne présentent sur leur trajet, de même que chez les reptiles, aucune trace de ganglions^.
En somme, ce qui dans les poissons et les reptiles distingue, essentiellement les lymphatiques, ce sont les renflements plus ou moins nombreux qu'ils présentent, particulièrement sur les grenouilles, les lézards, les serpents, appelés cœurs lymphatiques pourvus de valvules, cœurs dont les pulsations activent la progression de la lymphe. M. Sappey ^ a décrit et figuré récemment ceux qu'on voit dans différentes espèces telles que la raie où leur rapprochement en certains points donne aux lymphatiques des viscères l'aspect moniliforme. Ils me paraissent représenter, sous une forme amplifiée, les nodosités valvulaires des lymphatiques des vertébrés supérieurs, lesquelles remplissent, d'ailleurs, comme au mésentère des ruminants, le rôle de véritables cœurs à contractions rythmiques.
C'est dans ces deux classes surtout que les lymphatiques, à leur origine, sont accolés aux capillaires sanguins, aux artérioles, qu'ils les embrassent dans la moitié, les deux tiers de leur circonférence, et même les engainent complète-
1. Voy., pour un exposé détaillé de ces curieuses dispositions du système lymphatique des vertébrés ovipares : MiJne Edwards, ouv. cité, t. IV, p. 462; Ch. Robin, art. Lympha- TiyuEj Diciionn. encyclopédique des sciences médicales, 2" série, t. III, Paris, 1870.