‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 67 sur 310 · Magendie. oiw. cit., t. II, p. 223, 4^ édition · texte numérisé non relu

Magendie. oiw. cit., t. II, p. 223, 4^ édition

divers vaisseaux comparés entre eux, tiennent à ce que les uns comprimés parles muscles, les plans aponévrotiques, se dilatent peu, tandis que d'autres, plus libres, peuvent se gorger davantage; elles résultent tiussi, en partie, de l'inégale facilité avec laquelle ces vaisseaux se dégorgent dans le canal tlioracique ou dans ses principaux affluents; d'ailleurs les diverses parties du système sont assez indépendantes les unes. des autres pour que certaines d'entre elles puissent être très distendues pendant que d'autres, plus ou moins rapprochées de celles-là, restent presque affaissées ou se maintiennent à un degré moyen de plénitude.

La principale cause de l'inégale réplétion des lymphatiques tient à l'inégale abondance des matériaux ofi'erts à l'action absorbante de ces vaisseaux. Dans les points où les éléments de la lymphe se trouvent en grande quantité, les vaisseaux sont pleins, même turgides ; là où ces éléments existent en proportion moindre, ils sont modérément remplis; ailleurs, dans les tissus peu vasculaires et secs, ils demeurent affaissés, presque vides. Sous ce rapport, le système lymphatique contraste avec le sanguin où la répartition tend à s'opérer uniformément sous l'inlluence d'un moteur central. Chaque groupe de lymphatiques absorbe plus ou moins, se gorge dans certaines limites, demeure dilaté ou affaissé pendant des périodes plus ou moins longues sans que la tension dans les districts voisins en soit influencée.

On peut affirmer, en thèse générale, que les divers degrés de réplétion des lymphatiques traduisent soit le degré d'irrigation sanguine d'un organe, soit la quantité des produits liquides qui se trouvent sur les surfaces absorbantes, Aussi est-ce, d'une part, des organes très vasculaires ou d'une grande activité fonctionnelle, et, d'autre part, des parties baignées de liquides sécrétés ou venus du dehors que partent les lymphatiques les mieux remplis. La réplétion des vaisseaux blancs exprime, tout à la fois, l'activité nutritive, l'activité sécrétoire et l'activité absorbante.

Cependant la réplétion, même outrée, des lymphatiques, peut ne pas être le fait de l'une de ces trois causes. Elle résulte quelquefois de la tuméfaction d'un groupe ganglionnaire, turnéfaction qui rend difficile le passage ou la filtration de la lymphe à travers les ganglions.

En somme, les vaisseaux blancs ne contiennent pas seulement de la lymphe « dans des cas particuliers, » comme on l'a dit; ils en renferment constamment. Si l'observation ne le prouve pas assez nettement, il suffit, pour dissiper tous les doutes, d'insérer des tubes métalliques aux vaisseaux dont l'état est d'une constatation difficile. On voit, par ce dernier moyen, que la lymphe coule sans aucune interruption, pourvu qu'elle ne se coagule pas dans le tube et que celui-ci reste dans la direction du vaisseau ouvert. L'écoulement continu implique nécessairement la présence permanente de la lymphe dans les vaisseaux blancs.

Quoique le système lymphatique contienne constamment des liquides dans toutes ses parties, il se montre sous deux états différents : l'affaissement et la turgescence ; l'afl'aissement qui résulte de la diminution de la masse du sang et de la restriction apportée aux exhalations séreuses, cellulaires, etc.; la turgescence, qui dépend de l'abondance des matériaux plasmatiques épanchés, des infiltrations cellulaires, des exhalations séreuses.

216 DE l'absorption.

C'est surtout dans les glandes prises à itait qu'on constate ces deux états alternatifs : d'un côté, l'affaissement, la constriction par les temps chauds; de l'autre, la turgescence par les ten:!ps froids. Dans les maladies scrofuleuses de l'homme, dans celles oi!i il y a hypergenèse de globules, dans la morve, le farcin, et toutes les fois qu'il y a introduction de matières septiques, la turgescence est, suivant les cas, étendue à tout le système ou limitée à un certain nombre de ganglions. Elle coïncide ordinairement avec une exagération de leur sensibilité.

Le degré de tension de la lymphe ou la pression qu'elle supporte et qu'elle exerce, tant sur les parois vasculaires que sur la substance des ganglions, varie suivant les points du système et les conditions physiologiques ou pathologiques dans lesquelles se trouve l'organisme.

Dans les réseaux, la tension doit être très faible, mais elle se montre déjàassez prononcée dans le.s premiers vaisseaux visibles à l'œil, pendant que l'absorption est active, car les liquides s'échappent avec une certaine rapidité des petits vaisseaux blessés nettement dans les parois intestinales. Elle l'est davantage dans ceux des plexus superficiels : on sait qu'il n'est pas rare, en faisant une saignée blanche à la région de la saphène, de voir couler en jet la lymphe des vaisseaux satellites de cette veine. Mais, à l'état normal et tant que le cours des liquides est libre, la tension de la lymphe dans l'ensemble de ses vaisseaux est faible.

J'ai cherché depuis longtemps à la mesurer à l'aide de petits manomètres adaptés aux gros lymphatiques ; mais, comme il est fort difficile d'amener le tube manométrique dans un vaisseau par une voie collatérale, de telle sorte qu'une fois placé il n'apporte aucune gêne au cours du liquide et n'en accroisse pas la pression, je n'ai pas encore obtenu de résultats qu'il soit possible de considérer comme à peu près exacts. Les auteurs donnent, d'après Ludwig et Noll, cette pression comme oscillant entre 14 à 26 millimètres de mercure ; mais les résultats obtenus par ces observateurs s'appliquent au tronc lymphatique droit, vers son abouchement dans la veine cave, où la pression est beaucoup plus forte que dans les lymphatiques de moyen calibre. Encore indiquent-ils une pression exagérée, puisque le manomètre était placé, non latéralement, pour laisser le courant libre, mais de façon à le barrer.

Dans les parties centrales du système, la tension des liquides, essentiellement mobile et variable, arrive à son maximum par suite de la réduction croissante de l'aire vasculaire. Là, elle peut être mesurée exactement à l'aide d'un tube vertical coudé à l'extrémité, qui doit s'insérer au canal. Gomme ce tube peut atteindre le diamètre de 1/2 centimètre et plus, l'ascension due à la capillarité est négligeable. Voici quelques-uns des résultats obtenus, que j'ai relatés dans mon Mémoire de 1858 :

Sur un premier taureau, le liquide du canal thoracique s'est élevé, dans le tube, aux hauteurs suivantes :

A la fin de la 1" minute 0 "1^34

— 2« 0ni,60

— .3e 0in,85

— .5^ i<nm

A compter t\c co moment, le liquide cesse de s'élever. Seulement, son niveau éprouve des oscillations sui)or(l(innéos auv mouvements respiratoires.

Dix heures plus tard, rexpérienco manoinétrique, renouvelée sur le même animal, dont l'absorption intestinale était probablement plus active que lors de la première, les hauteurs furent :

A la fin de la !■•'' minute 0"',55

le lin^07

5' l»',li

Les oscillations dépendantes des mouvements respiratoires se répétèrent comme plus haut. Celles des efforts élevaient la colonne liquide à 15 et 20 centimètres au-dessus de son niveau pendant les moments de calme.

On voit, d'après cela, que la pression des liquides dans le canal thoracique peut faire équilibre à une colonne d'eau de plus de 1 mètre de hauteur, et que, par conséquent, elle est à peu près égale à la moitié de la pression du sang dans les artères.

Il est clair que dans les parties centrales du système, dans le tronc lymphatique droit et le canal thoracique, la pression doit être considérable et supérieure à celle du sang veineux, car ce n'est qu'en raison de cette intensité supérieure que le chyle et la lymphe peuvent entrer dans le système veineux. Si leur tension était inférieure à celle du sang veineux, non seulement le mélange ne serait pas déversé, mais encore le sang refluerait dans le système lymphatique, ce qui arrive aussi quelquefois à un certain degré.

A l'autre extrémité du système, dans les réseaux et les petits vaisseaux, la tension est à son minimum, mais elle croît rapidement avec l'activité de l'absorption. C'est elle qui rend les villosités turgides, les tissus sous-cutanés fermes, et qui, souvent, contribue à rendre la peau luisante aux points où le système lymphatique est malade.

Entre les réseaux et les ganglions, elle croît progressivement en raison directe de la turgescence des ganglions et en raison inverse de leur perméabilité. Des que l'apport aux ganglions est trop considérable, la turgescence du tissu ganglionnaire rend difficile l'entrée de nouvelles quantités. Aussi, dans l'ensemble des afférents, la tension peut arriver à un degré égal à celui de la tension du canal thoracique. C'est ce qu'on voit aux vaisseaux du mésentère pendant la période de grande activité digestive; aux membres, dans les cas d'infiltration; autour des séreuses, dans celui d'épanchement.

S'il y a tuméfaction outrée, état morbide des ganglions jusqu'au point où ils deviennent presque imperméables, les vaisseaux se dilatent énormément, comme dans les affections farcineuses du cheval, avec cordes sous-cutanées.

La tuméfaction des ganglions et l'obstruction de leurs vaisseaux n'ont pas des effets uniformes dans tous les cas. Parfois, il se constitue autour des ganglions dont la perméabilité a diminué une zone d'œdèrae, comme cela se voit dans ceux où se développent successivement des foyers charbon-

->18 DE l'absorption.

lieux ^ Mais souvent , à la périphérie du ganglion hypertrophié, induré, devenu caséeux ou crétacé, nulle infiltration ne se montre, comme si, dans ce dernier cas, le passage de la lymphe n'éprouvait aucune gène.

Il est à noter que la tension peut devenir énorme dans les vaisseaux collecteurs sans que, pour cela, l'absorption s'arrête. Lorsque la lymphe est arrivée avec peine près d'un ganglion turgide ou malade, la pression outrée qu'elle supporte agit comme le reflux et tend les valvules, la colonne se fractionne en une série de segments très courts qui s'appuient sur les rangs de valvules par lesquels ils sont limités. Il en résulte que les pressions ne s'additionnent point, et que les radicules, au lieu d'être chargées de la pression totale de la colonne, n'en supportent qu'une faible partie. Aussi peuvent-elles continuer à absorber et à se remplir, lors même que plus haut la progression des fluides est fortement entravée.

Lorsque la marche des liquides est suspendue, par suite de l'oblitération accidentelle du canal thoracique ou de sa ligature, s'il est simple, ou sans anastomoses avec le tronc lymphatique droit, on voit survenir promptement une tension extrême de tout le système, surtout dans les chylifères. Au bout de quelques heures, pourtant, la turgescence semble arriver à des limites où elle se maintient pendant douze à vingt-quatre heures. Si l'état se prolonge, les ganglions se tuméfient, s'infiltrent, surtout chez les solipèdes et les carnivores, oîi ils sont assez spongieux, puis l'absorption se ralentit et se suspend à peu près complètement.

La tension des chylifères et celle de quelques autres parties du système, si grande qu'elle soit dans ces conditions, ne parait pas aller toujours jusqu'à produire des ruptures. La ligature que j'ai pratiquée souvent et laissée en place pendant six à vingt-quatre heures n'a déterminé, sur la plupart des sujets, aucune déchirure appréciable, tant la résistance des vaisseaux lymphatiques est grande et étonnante. Une fois, elle a déterminé une rupture dans le mésentère, suivie d'une vaste infiltration chyleuse.

D'ailleurs, il est à noter que la tension, dans le cas d'obstacle opposé au déversement, ne croit pas d'une manière indéfinie. Les expériences manométriques m'ont prouvé que, au bout de plusieurs heures, elle n'est pas beaucoup plus considérable qu'après cinq ou six minutes. Et, en effet, sur un taureau dont le canal était lié depuis sept heures, le liquide ne dépassa pas la hauteur acquise dans les autres expériences au bout de cinq minutes.

En somme, les liquides dans le système lymphatique sont soumis à des pressions inégales qui ne s'équilibrent point d'une section latérale à une autre. Elles vont croissant des extrémités radiculaires vers les centres, mais il ne manque à la tension d'une tranche quelconque, pour atteindre celle de la tranche placée plus près du centre, que ce qui peut y être ajouté par l'élasticité et la contractilité des parois vasculaires. C'est parce que cet appoint peut être donné successivement que les sections à moindre pression parviennent à chasser devant elles les sections à pression plus forte.

1. Voir sur ces points mes deux lectures. 1° Sur le développement successif de foyers virulents pendant la période d'incubation des maladies chai^bonneuses {Btcll. de VAcad. de Médec, t. VII, 2' série, 1878, p. 199, et t. YIII, 1879, p. 843).

Page 1