‹ Traité de physiologie comparée des animaux considérée dans ses rapports avec les sciences naturelles, la médecine, la zootechnie et l'économie ruraleChapitre 85 sur 310 · THORACIQUE · texte numérisé non relu

THORACIQUE

Connaissant la rapidité avec laquelle les fluides se meuvent dans les vaisseaux lymphatiques, les masses énormes de chyle et de lymphe que le système apporte dans le torrent de la circulation, les effets remarquables que leur déperdition, même partielle, produit sur la nutrition, nous devons naturellement rechercher ce qui résultera Âe l'interruption du cours du chyle et de la lymphe par un obstacle quelconque apporté à leur afflux dans les veines.

Il est des cas pathologiques dans lesquels la compression, l'obstruction ou l'oblitération du canal semblent devoir apporter quelque lumière sur la question. On en a cité de nombreux exemples depuis longtemps. Cheston et Mascagni ont vu l'oblitération produite par de la matière calcaire ou par des végétations osséiformes ; Nasse, Krimer, A. Gooper, par de la matière tuberculeuse ; Rust, par de la matière cancéreuse. L'inflammation, qui peut se développer, comme la lymphangite, par suite de l'apport de matériaux altérés, paraît avoir oblitéré le canal dans une observation -de Gooper et dans une d'Andral. L'oblitération peut se lier à une maladie du cœur. Dans d'autres cas. la cavité du conduit a été trouvée pleine, soit de matière blanche par Rokitansky, soit simplement par un caillot adhérent, comme dans le cas de dégénérescence graisseuse du cœur dont nous avons publié la relation M. Bouley et moi.

Mais ce qui rend la signiflcalion de ces faits équivoque, c'est que l'état des \oies collatérales n'a pas toujours été bien constaté. Dans deux cas de Gooper, la partie supérieure du canal restée libre recevait des liquides, même des lymphatiques de l'abdomen. Dans une des observations d'Andral, une branche collatérale reliait les deux parties libres que séparait celle transformée en cordon libreux. Dans les autres cas, si l'oblitération était complète, on n'a connu ni sa date, ni déterminé jusqu'à quel point elle a contribué à la mort.

Il n'est pas douteux que, dans le cas observé par nous, la mort n'ait été hâtée par cet état ; l'oblitération était déjà ancienne. Le caillot adhérent résultait sans doute du reflux sanguin du cœur, l'oblitération a été complète ; son ancienneté était évidente vers l'insertion, mais elle paraissait plus récente dans le reste du

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conduit. Elle avait donné lieu ù une tuméfaction énorme des ganglions mésenlériques, à une infillration lymphatique au bassin et à la région des reins, aux scissures du l'oie, à l'entrée du thorax, enfin à une dilatation extrême et à un état variqueux des lactés commençant déjà sur les parois intestinales, lactés dont le contenu était épais et caséeux par places. L'oblitération avait provoqué même une tuméfaction considérable des ganglions prépecloraux et préscapulaires du côté gauche ; nul doute que cette oblitération avait contribué à hâter la mort de l'animal et qu'elle aurait pu seule la produire au bout d'un certain temps.

Les faits de simple réduction dans le diamètre du canal thoracique ne peuvent résoudre la question, car il arrive toujours alors une certaine quantité de chyle et de lymphe dans le sang. Le ralentissement du cours des fluides produit seument une dilatation du système chylifère et une tuméfaction des glandes mésentériques, comme Virchow l'a vu sur un individu où le canal était comprimé par une tumeur cancéreuse. Il peut, comme je l'ai observé sur une vache à névromes au voisinage de la citerne, entraîner une dilatation qui amène les chylifères au diamètre de plumes de corbeau et même de plumes d'oie, et donner à leurs parois une épaisseur considérable; alors la force de résistance accrue prévient la déchirure et l'infiltration. En outre, l'impulsion communiquée aux liquides est tellement forte qu'elle continue à les pousser à travers des tumeurs énormes, ainsi que je l'ai observé récemment encore sur un cheval qui avait, en haut du mésentère, sous la citerne et les piliers du diaphragme, une masse encéphaloïde du volume de l'estomac modérément plein.

Les faits pathologiques ne dissipent donc pas tous les doutes sur la question de savoir si l'oblitération des voies lymphatiques centrales est mortelle par ellemême ou longtemps compatible avec la vie. En présence des incertitudes qu'ils laissent, il est plus simple et plus sûr de recourir à l'expérimentation que d'attendre des observations nouvelles.

Depuis longtemps les physiologistes ont cherché à suspendre l'abord des fluides blancs dans le système sanguin. Lower, Duverney, Flandrin, Dupuytren l'ont tenté avec plus ou moins d'habileté.

Lower ^, pour reproduire une blessure analogue à celle du canal thoracique observée sur l'homme et citée par Bartholin, coupa en travers le canal sur deux chiens. Ces deux animaux moururent des suites d'un épanchement de chyle dans les plèvres. L'expérience imaginée par ce physiologiste habile était mal instituée : elle n'apprit rien.

Duverney^ fit mieux, sans cependant bien faire. Il eut l'idée de lier la veine sous-clavière près de l'insertion du canal, et les chiens ne moururent qu'au bout d'une quinzaine de jours. Son expérience ne pouvait avoir aucune signification précise, car, de quelque manière qu'elle fût faite, la ligature n'était pas susceptible d'empêcher la lymphe et le chyle de se mêler à la masse du sang. Appliquée entre le canal et la partie périphérique de la veine, cette ligature n'apportait aucun changement au cours du liquide ; placée entre l'insertion du canal et le

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