‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiques (volume 2)Chapitre 121 sur 152 · DKS SENSATIONS QOI PROVOQUENT LE RAPPROCHEMENT DES SEXES · texte numérisé non relu

DKS SENSATIONS QOI PROVOQUENT LE RAPPROCHEMENT DES SEXES

les habitudes des animaux; la plupart des traits de ressemblance, .qui dans le jeune âge existaient entre les mâles et les femelles, s'eiïaceut plus ou moins complètement.

Mais lorsque les animaux sont privés des organes essentiels à la reproduction, ib n'éprouvent plus, à l'âge auquel apparaît la fécondité, les changements qu'amène arec elle la puberté. Les formes, les proportions, la vigueur, le caractère et les habitudes des animaux se modiûent d'une manière sensible. Privés jeu nés de leurs testicules, le cheval et le bceuf, tout en arrivant au degré de développement propre A kur espèce, prennent des formes dont l'ensemble dilîère notablement de la coa» formation générale de l'étalon et du taureau ; ces animaux deviennent moins lourds, moins massifs. Leur tête est moins forte, leur encolure plus droite, plus longue, plos mince; leur garrot, leur poitrine plus étroits; leurs épaules moins massives, leur croupe plus légère, leurs articulations moins épaisses, leurs membres plus dfliés. La peau paraît plus mince, la crinière moins touiïue, l'ossature plus légère, k système musculaire moins développé, d'où résulte une diminution d énergie. La moindre ampleur des voies aériennes, du larynx , du thorax, fait perdre à la voix de sa gravité. L'animal, n'étant plus dominé par les instincts de la reproduction, devient plus doux , plus facile à instruire et à gouverner. Mais si la castration csl opérée vers l'âge adulte, elle ne fait qu'éteindre les instincts génésiques. L'animal ayant alors pris son dévelop|>cment à peu près complet, conserve la plupart de ses caractères. Les proportions du corps, le volume des masses musculaires, l'ampleur de b poitrine ne peuvent plus éprouver de modiûcaiions considérables.

Les animaux privés des attributs de leur sexe acquièrent une grande aptitude à Tengraissement ; leur chair est plus molle, d'une saveur plus agréable; elle a perdu /'odeur souvent repoussante ({ue possède celle des mâles arrivés à l'âge adulte.

La castration produit du reste des eiïets variables, suivant les animaux. Sous aon influence, les cornes des ruminants deviennent plus saillantes, plus eifilées; les bois de plusieurs ne tombent plus, ou, s'ils étaient tombés lors de la mutilation, ne se renouvellent point. Le coq ne prend plus d'ergots robustes; sa crête n'arrive pas à son développement ordinaire ; sa queue, son plumage, ne prennent pas leur aspect habituel; sa voix ne vibre plus comme celle du maître de la basse-cour. Sans courage , sans énergie , il essuie les mauvais traitemunts du mâle qui jouit de la plénitude de ses facultés.

Les animaux qui sont iiarvenus à l'âge de la fécondité éprouvent périodiquement» et même quelquefois d'une manière continue, une excitation particulière qui les porte à perpétuer Jeur espèce.

Cet ^tat, que l'on appelle le rut chez les animaux sauvages, et les chaleurs dans les espèces soumises à la domesticité, est caractérisé par une excitation générale qui reflète celle des organes génitaux , excitation coïncidant, comme nous le verrons chez les femelles, avec le travail de l'ovuluiiou. Les phénomènes et les signes qui rannonceul sont les uns communs aux deux sexes, les autres propres au mâle fM ï la femelle.

Dans les deux sexes, l'appareil génital éprouve une turgescence plus ou moins vive qoi en augmente la sensibilité, et qui y détermine des sécrétions abondantes. Cette stimulation de l'appareil reproducteur réagit sur toute l'économie; une sorte

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de Gèvre s'empare de l'animal ; sa sensibilité s*exaUc, il perd rappétît, éprooTc une soif très vive ; il est en proie à une vague inquiétude ; ses iostiocts géDésiqna, jusqu'alors assoupis, poussent les sexes à se recherciicr et à se rapprocher. Le carnassier solitaire revient momentanément en société ; l'animal sauvage trttï travers les forêts, parcourt des déserts immenses à la rencontre d'an animal d'« autre sexe. Les troupes d'animaux sauvages se désunissent: l'amoar, comme le à Aristotc, sépare les herbivores qui paissaient ensemble Ceux qui Tiennent ï c rencontrer, s'ils sont rivaux, se livrent souvent des combats terribles; ils DMHilrat un courage et une persévérance inusités à vaincre les obstacles qui s'opposent i h satisfaction de leurs désirs. Certains animaux domestiques, emportés parla foogM de leurs désirs, méconnaissent la voix de leur maître et deviennent intraitables. J

Les mâles, dans la généralité des espèces, entrent périodiquement en rui, qooi* qu'ils soient toujours disposés à couvrir leurs femelles, dès que cellcs-d sont a chaleur. Pour ceux qui vivent à l'état sauvage, ce rut coïncide avec celui ds femelles, et il est même déterminé par ce dernier, car la seule présence d'M femelle en chaleur suffit pour exciter au plus haut degré l'ardeur génésiqoe à mâle. Néanmoins, en l'absence de la femelle, le rut du mâle se montre avec m certaine intensité, même chez les animaux qui ne se reproduisent pas en captirilé, comme on le voit chez les éléphants et les rhinocéros de nos ménageries. Som l'influence de cette excitation, le cheval hennit fréquemment, s'agite presque coi* tinuellement, trépigne, porte les oreilles dans toutes les directions; il entre soivent en érection, éprouve quelques pertes séminales ; la contraction des créma»iai ^' maintient les testicules rapprochés de la région inguinale, et leur imprime pariiÉ des mouvements très marqué.s. Le taureau a la l)Ouclie pleine d*écume ; il niogjl l à des intervalles très rapprochés, parcourt les prairies, flaire toutes les foroeQa f qu'il rencontre, livre des combats terribles à ses rivaux. L*âne devient mécluo(« [ intraitable; les béliers se battent entre eux avec fureur; le dromadaire le pitf [ doux est alors dangereux pour son conducteur. Parmi les espèces sauvages, le no* i ment du rut est celui des combats, car c'est par la force et la violence que levais- î queur satisfait ses désirs, usurpant pour lui seul un droit que la nature a doooéi [ tous. L'odeur de la transpiration et des sécrétions sébacées devient plusfurtfd .' prend des caractères particuliers, comme le bouc nous en oiïre un exempii ■ remarquable, et cette odeur, chez les espèces sauvages, donne à la chair, au nny | ment d'un rut, un goût désagréable. Chez certaines espèces, il s'établit des >éat' ' tiens sébacées abondantes, comme celles des glandes temporales de réiéphaoïtf ' du dronuidaire. Ce dernier animal éprouve des sueurs ^u commencement H i h ■ fm du rut ; un appendice de son voile du palais sort .souvent de la bouche vci9 ! la commissure des lèvres, et une fois le rut passé la mue commence à s'effectofr. ' Les bois des cerfs, des chevreuils, des daims, qui servaient de parure nu|>tiaiei ces ruminants, ne tardent pas à tomber aussitôt que le moment des aniotf est passé.

Les femelles, à l'époque du rut, éprouvent une excitation générale coa iiw^ vive que celle des mâles. Elles ressentent une ardeur fébrile qui leur fait perin l'appétit et les jette dans une agitation presque continuelle. Elles recherclieot ^ mâles, les suivent à distance, les provoquent souvent par des caresses, qu'riki

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sont, suivant Texpression de Dugès, habituées à recevoir ; elles montent sur eux, tor Jes mâles privés d*organcs sexuels, de même que sur d'autres femelles ou sur des animaux d'espèces différentes. Elles font de fréquents efforts pour uriner, mais elles urinent peu à la fois; il y a dans quelques-unes, notamment chez les solipèdes, des mouvements très répétés du clitoris et des lèvres de la vulve; les mamelles se gonflent ; la sécrétion du lait, si elle est active, diminue sensibienient; la muqueuse vaginale est injectée; il s*écoule par la vulve tuméfiée BD fluide visqueux, parfois sanguinolent, analogue li celui de la menstruation chez ta femme. Cet écoulement sanguinolent n'est pas, i beaucoup près, général parmi les mammifères ; néanmoins il a lieu dans un assez grand nombre d'espèces. Buflbn, G. Cuvîer, F. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire l'ont observé sur divers quadrumanes, notamment sur les femelles des macaques, des guenons, des cynocéphales. Plusieurs loteors l'ont vu chez certains carnassiers, tels que les chauves -souris, les genettes, ts chattes, les chiennes ; sur des ruminants, et entre autres les femelles du buffle Pt les biches. Ce fluide , qui s'écoule eu quantité plus ou moins appréciable au. BMMDent du rut, est très odorant; son odeur attire les mâles souvent â de grandes iistances, et donne à ceux-ci les moyens de distinguer les femelles en chaleur de Délies qui ne le sont pas. Qu*il soit simplement muqueux , ou roussâtre, ou sanguinolent, il devient pour le mâle qui flaire la femelle un excitant très énergique. L'époque du rut n'est pas la même pour toutes les espèces animales; mais elle en fixée assez exactement pour la plupart d'entre elles. Les animaux domestiques El ceux qui, sans être réduits à un état de servitude, trouvent un abri et une subsisttBce asNuréc dans nos habitations, jouissent presque constamment, suivant l'ob- •erration de Fr. Cuvier, de la faculté reproductive. Les animaux sauvages, au DDOlraire, n'ont de la tendance à la reproduction que dans certaines saisons de 'année et â des époques semblables pour tous les individus de la même espèce.

D'après les observations de Fr. Cuvier (1), les époques du rut sont assez bieu léterniinées pour les carnassiers, les rongeurs et les ruminants. Les premiers, nmroe on le savait déjà pour un grand nombre d'entre eux, sont en chaleur penlant rhiver : les loups, de décembre à février ; les renards, l'isatis, la chienne, â lea près au même monuMit; le hérisson, â la fin de l'hiver, en sortant de son eniniinlisscmcnt. Les ours font exception à la règle, très probablement à cause de la orpciir dans laquelle ils sont plongés pendant la saison froide; ils n'entrent en rut n'en été. Toutefois, les carnassiers en captivité ne sont pas tous soumis à la loi; 5 lion, le tigre et 1rs autres chats n'entrent en chaleur qu'à des époques variables lidrs intervalles très éloignés; le loup ne devient en rut qu'au mois de mars, B«5 l'influence de la miMue cause.

Parmi les rongeurs, le lièvre est en rut surtout on février et en mars; le hamster,

la fin d'avril ; l'ondatra et l'écureuil au printemps. Plusieurs d'entre eux faisant losîeurs portées par an, comme les rats et les campagnols, ont aussi nécessaireacnt d'autres saisons que la fin de l'hiver pour se livrer à la reproduction.

Qoelques pachydermes, comme les sangliers et plusieurs ruminants, le droma- •ire entre autres, sont en rut pendant l'hiver, du mois de janvier au mois de

(I) Du rul [Ànnakt du Mwéum, 1807, t. IX, p. 1 18).

i!|98 . DB LA GÉNÉRATION.

mars au plus tard ; mais la plupart sont en chaleur en automne; les brebbetks chèvres en septembre, les rennes à la fîn du même mois, les cerfs, les daims, ki chevreuils en octobre et en novembre.

On sait que pour les oiseaux la saison dos amours est la fin de Thiver et le co» mencement du printemps. Alors la mue les a revêtus de leur plumage de doos; ils se rassemblent en troupes, font entendre leurs chants les plus barmonieox;k mâle ne quitte plus la femelle dans les espèces monogames, comme les pigeoM, qui préludent, comme le dit Pline, i>ar des baisers à des caresses plus intimes.

La plupart des espèces domestiques entrent en rut toute l'année i des iotervalles très rapprochés, de même que les animaux qui supportent, sans trop ci souffrir, les ennuis de la captivité. I^s singes, Téléphant, le rhinocéros, le buffle, k zèbre, sont dans ce cas. Les mâles sont du reste toujours disposés à couvrir les femelles dès que celles-ci entreht en chaleur, comme on le voit poor le cheval, le taureau, le dromadaire, le bélier, le porc, le chien.

La durée du rut est plus ou moins longue, suivant les âges, les espèces et qod* ques autres circonstances. Elle ne dépasse pas un i deux jours chez la vache eC h brebis, trois jours chez la chèvre, dix à douze jours chez la chienne ; souvent ch n*est que de douze à vingt-quatre heures chez les femelles non fécondées dont la chaleurs se sont déjli renouvelées plusieurs fois.

Le rut reparaît chez les mâles isolés et chez les femelles qui ne portent point, ï des époques assez variables. I^ vache revient en chaleur toutes les trois semaiia ou tous les mois, quelquefois à des intervalles beaucoup plus rapprochés; la femele du buffle et celle du zèbre, à peu près tous les mois, d*après F. Cluvier ; les siogeik du vingtième an trentième jour; les truies et les brebis, du quinzième au trentiène, i mais le plus généralement tous les mois. Le rut cesse après la fécondation, et ilie | leparatt point pendant toute la durée de la gestation. Néanmoins il u*est |>ns raredf r voir des truies et des juments pleines redemander et recevoir le mâle. Un assa l ' grand nombre de femelles n'entrent pas encore en rut avant que h f>ériorle deii i lactation soit passée ; mais beaucoup d'autres, telles que la vache et Tànesse, rede- j mandent le mâle peu de jours après Taccouchement : c'est même alors que l'àndÊt f conçoit le plus aisément, suivant la remarque d'Aristote reproduite p.ir fiuiïofi. i

Le rut peut, chez les animaux, se renouveler à pou près pendant tout iecoifl] de la vie. Aristote en avait déjà fait Tobservation pour la jument. Tànosse, la yèck, la chienne et les mâles de ces espèces ; il cite même un étalon qui pouvait eucoil effectuer la monte à l'âge de quarante ans. S'il est vrai que les animaux doan^ tiques peuvent se reproduire jusqu'à un âge très avancé, il est certain qnekv fécondité finit par s'épuiser au déclin de la vie, surtout chez les sujets afliiki par le travail, quelquefois par les privations et les maladies.

L'excitation qui caractérise le rut et les phénomènes qui raccompagnent ootletf })oint de départ, non dans les centres nerveux, comme Gall l'avait pensé, niaisdi' les organes génitaux. Nous verrons bientôt que chez les femelles le travail erff tiel qui s'opère au moment des chaleurs est le détachement spontané d'uno*^ qui était arrivé à sa maturité, (^hez le mâle, l'excitation part d*abord, ^^^ système nerveux, soit des organes génitaux: du système nerveux, pour réaîir?* ces organes lorsque le \mW est impressionné par la présence et les éniauaii'M^

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anelle; et, au contraire, des organes génitaux pour réagir sur les centrer îtifs, lorsque les fluides élaborés dans les prcniiers, n*étant point éliminés, y rinlnent une irritation plus ou moins vivo. Quant à la périodicité de cette tation, elle est réglée par la nature en vue de la conservation des espèces. note, si profond observateur, avait bien remarqué que Tépoque du rut et de »aplement est celle qui permet aux jeunes animaux de naître dans les saisons Is trouvent une nourriture assurée (1).

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