‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiquesChapitre 110 sur 155 · IL DE LA PRÉHENSION DES LIQUIDES · texte numérisé non relu

IL DE LA PRÉHENSION DES LIQUIDES

La préhension des liquides se fait chez les mammifères d'après plusieurs modes distincts. Je crois qu'on peut en reconnaître quatre, savoir : 1° la succion ou l'action de sucer, telle qu'elle s'opère chez les animaux à la mamelle ; 2° le pompement ou l'action de boire, les lèvres étant immergées dans le liquide, et le vide se faisant jdans la bouche par les mouvements de la langue; 3° l'aspiration ou l'action de humer, dans laquelle le vide se fait non pas seulement dans la bouche, mais encore jdans les voies respiratoires ; h° enfin le lapjpement ou l'action de lapper, propre à pertains animaux , les chais par exemple.

La succion est l'action par laquelle les jeunes animaux font parvenir dans leur Jbouche le lait de leur mère. Pour cela ils saisissent le mamelon entre leurs lèvres, exactement rapprochées, et souvent entre leurs dents : la bouche étant alors exactement fermée par les lèvres et remplie par la langue, l'animal fait mouvoir celte dernière en la raccourcissant et la retirant, à peu près comme le fait un piston dans une pompe aspirante. Par suite de ce mouvement, de cette rétraction de la langue, un certain vide tend à s'opérer dans la cavité buccale, et le lait y est attiré, étant poussé du reste par la pression atmosphérique qui s'exerce sur les mamelles. Dans celte opération, le vide se fait donc dans la bouche et non dans les voies aériennes, qui alors n'ont pas de communication avec cette dernière cavilé à cause du voile flu palais abaissé et appliqué par son bord libre à la base de l'épiglolte. I Lorsqu'une certaine quantité de liquide est arrivée daos la bouche, la succion

s'aiTôle inomenlaiiémeiu, la rospiraiion se suspend, selon M. BC-rard (1), le liquide! est dcghili, puis la succion recommence.

Dans ce premier mode de préhension , c'est donc dans la bouche et par lai bouche seulement que se fait le vide; la respiration, comme le dit Dugès (2), n'a rien à faire à ce mécanisme, et l'on comprend sans peine que les jeunes célacési puissent teter leur mère dans l'eau comme ils le feraient dans les circonstances' ordinaires.

Le pompemcnt est l'action de boire, les lèvres étant plongées dans le liquide ; c'esti le mode ordinaire de préhension des boissons chez les solipèdes, les ruminants et; la plupart des herbivores. Lorsqu'il s'opère, les animaux plongent plus ou moins: l'extrémité de la tête dans l'eau , mais jamais assez pour que les naseaux baignenU dans le liquide. Alors il se fait, comme lors de la succion, un vide dans l'intérieur de la bouche, et l'eau, pressée par l'air, monte pour remplir ce vide qui tendi à se former, sans cependant se produire en réalité. 11 est indispensable, dans cette< circonstance, que les lèvres soient exactement rapprochées (3) au-dessus de leur partie inférieure qui est plongée dans l'eau. Si elles ne peuvent se mettre parfaitement en contact l'une avec l'autre, comme on le voit chez quelques chevaux dont la lèvre inférieure a été échancrée par la pression du mors, l'air s'engoulTre avec le liquide et rend l'action de boire plus ou moins bruyante. Ce dernier effet se produit aussi lorsqu'on engage entre les lèvres un tube dont l'extrémité libre est en dehorsdu liquide. Le mécanisme du pomperaent, tel que je l'indique, rapproche beaucoup: ce mode de celui de la succion. Pourtant quelques physiologistes ne l'envisagent pas^ ainsi. Dugès {h) prétend, par exemple, que les ruminants et les solipèdes boivent eu, humant, c'est-à-dire qu'ils ne forment le vide dans la bouche que par le moyen du thorax. Mais la preuve que ce vide n'est nullement le résultat, même partiel, d'une action aspiratricedu thorax se trouve donnée par une expérience de M. Poucet, laquelle consiste à ouvrir la trachée au milieu du cou, et à fermer avec de l'étoupe, d'une part les narines, d'autre part l'extrémité supérieure du conduit trachéal. Évidemment alors, l'intervention de la poitrine n'est pas possible; néanmoins l'animal 1 boit comme auparavant. On savait cela, du reste, par le fait des chevaux auxquels on a pratiqué la trachéotomie.

Vaspiration, ou l'action de humer, s'opère par suite du vide qui tend à se produire dans les voies aériennes. La bouche n'est pas alors exactement fermée ni plongée entièrement dans le liquide ; elle est même assez ouverte pour que l'air soit aspiré en même temps que le liquide. Ces deux fluides pénètrent en même temps dans la cavité buccale; tous les deux passent dans le pharynx facilement, puisque le voile du palais est soulevé ; mais arrivés là ils se séparent pour changer de roule et pénétrer l'un dans le larynx, l'autre dans l'œsophage. Cette action est bruyante et saccadée ; bruyante par suite des vibrations de l'air qui s'engouffre dans la bouche avec le liquide, et saccadée , attendu que l'aspiration ne peut être pro-

(1) Phys., t. II, p. 509.

(2) Dugès, Trailé de physiologie, t. II, p. 316.

(3) Mais il n'est pas nécessaire qu'elles soient eulièrcment lubmergées arec les commissures, comme le disent quelques physiologistes.

(4) T. Il, p. 314 et 315.

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