VI. DU lUlïTHME DE LA MASTICATION
Les caractères généraux de la mastication résultent de la configuration des mâchoires, du jeu de leurs muscles et de la forme des dents ^ ils sont loin d'être les mêmes chez tous les animaux.
Chez les carnivores, les mâchoires ne peuvent exécuter que deux mouvements : l'écartement et le rapprochement; les dents supérieures ne peuvent point glisser sur les inférieures. Aussi, la mastication s'y réduit à couper, à déchirer et à écra.ser
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les substances alimeiilaircs. De ces trois opérations bien distinctes, la première a i pour agonis les incisives, la seconde les canines, et enfin, la troisième, les dents $ molaires. (A'ile-ci, quelles que soient les formes des niolaires, est ordinairement fort l incomplète, caria chair s'écrase, se tasse, s'assouplit, se perce au niveau des points » sur lesquels portent les saillies aiguës des dents ; elle ne se divise ni en parcelles i ténues, ni même en petits lambeaux; elle reste en masses assez volumineuses, qui i passent aisément dans un œsophage très large et se réduisent vite en une pulpe ; homogène par l'action du suc gastrique. Les os, seuls, sont susceptibles d'être brisés t et très divisés. Pour cela, l'animal les fait parvenir instinctivement sous les der- • nières dénis qui sont les plus fortes et dont la surface est souvent tuberculeuse au i lieu d'êlre hérissée de pointes. Ces os ne sont écrasés que d'un seul côté à la fois; ; ils le sont sans grande dilTiculté chez les espèces qui, comme l'hyène, possèdent i plusieurs tuberculeuses; au contraire, on les voit divisées avec lenteur et une pré-caution f-ingulière chez le lion, la panthère, dont les dernières dents ont des poinles? qui, malgré leur volume, se briseraient encore sans grande peine. Il est fort remarquable qu'alors le lion et toutes les espèces de son genre ferment plu» ou moins les. yeux à chaque effort des muscles préposés au rapprochement des mâchoires.
Chez les herbivores, la mastication s'eiïectue suivant un mode bien différent de • celui qui est propre aux carnassiers; elle s'opère par des mouvements de prépulsioii, de réiropulsion et dediduction qui s'ajoulcnt à ceux d'écarteinent et de rapprochemenl. Los deux derniers eussent été insuiïisants pour produire une divisiom complète des substances herbacées. En effet, si les mâchoires du cheval et du bœuf, , munies de leurs dents à couronne plate, n'eussent exécuté que les deux mouvements propres aux carnassiers, les herbes sèches et même les fourrages verts se seraient simplement assouplis, froissés ; mais ils n'auraient pu se réduire en petites ' parcelles; ils se seraient froissés, comme sous une meule dont la pression la plus forte n'opère jamais qu'un écrasement sans division. Le frottement des dents, soit dans le sens anléro-poslérieur, soit dans le sens latéral, est donc d'une indispensable nécessité pour les herbivores; aussi y exisle-l-il toujours.
Ce n'est pas tout. Les mâchoires des herbivores ont une disposition telle que le broiement des matières alimentaires ne peut s'effectuer en même temps des deux côtés. Camper avait déjà noté que la mâchoire inférieure de ces animaux est plus étroite dans toutes les espèces que la supérieure ; mais il n'avait pas trou\é la signification de ce fait analomique. Or, par suite de l'étroitesse de la mâchoire inférieure, les molaires ne peuvent se correspondre sinmllanément des deux côtés à la fois. Lorsque les droites s'affrontent, les gauches ne s'affrontent plus, et réciproquement. 11 en résulleque, chez ces mammifères, la mastication doit être unilatérale.
Ainsi, pendant que les solipèdes et les ruminants mangent, on voit, à de cortains moments, la mâchoire inférieure se porter, h chaque coup de dent, à droite de la supérieure; puis, à d'autres moments, se porter à gauche de cette dernière. Si la déviation a lieu à droite, par exemple, elle peut conserver cette direction durant une période d'un quart d'heure, d'une demi-heure, et même d'une heure : la mâchoire inférieure se porte à droite de la supérieure et revient à sa situation normalesansla dépassera gauche; les molaires droites frottent, celles d'en haut sur
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celles d'en bas, et écrasent les nliuients qui sont entre elles. Alors, les molaires gauches ne se correspondent point, et il n'y a point d'aliment entre elles. Le contraire a lien lorsque la déviation s'opère à gauche.
Lorsque l'animal mâche à droite, on voit : 1" que la mâchoire inférieure se porte à droite bien en dehors de la supérieure ; 2° que le coudyle maxillaire gauche éprouve un déplacement plus étendu que l'autre, et qu'enfin, la salière gauche se bnursoulle chez lessolipèdes beaucoup plus fortement (]uc celle du côté sur lequel la mastication s'opère. L'inverse a lieu également lorsque l'animal mâche à gauche. Il esta noter que cette particularité, qu'on n'avait même pas soupçonnée, coïncide avec l'un des phénomènes les plus remarquables de la sécrétion des glandes salivaires, c'est-àdire, avec une sécrétion parotidienne beaucoup plus abondante du côté sur lequel se fait la maslicalion (jue du côté opposé.
L'nnilatéralité de la mastication n'est point exceptionnelle ou propre à quelques herbivores. Elle est évidente chez le cheval, l'âne, le mulet, le daim, l'hémione, le zèbre, le rhinocéros, le bœuf, le buffle, le bison, le cerf, l'antilope, le mouton, la chèvre et tous les autres ruminants. Je ne sais si elle existe chez les rongeurs herbivores, le lièvre et le lapin, par exemple.
La durée de la mastication et son degré de perfection varient à l'inlini, suivant les animaux, leur âge, l'état et la nature des aliments.
Les carnassiers mâchent très peu leur proie ; ils avalent des morceaux de chair très volumineux, après les avoir aplatis, dilacérés et pénétres de quelques coups de I dents. Une division très grande de ces substances est rendue impossible par le mode I d'action des dents et des mâchoires ; elle serait, du reste, peu utile, puisque les matières animales, en masses volumineuses, se dissolvent très bien dans le suc gas- ' tri(|ue.
Les herbivores, au contraire, ont besoin de diviser et de réduire en petites par- I celles leurs aliments, d'abord pour que ceux-ci puissent être facilement déglutis et I ensuite aisément digérés; mais ils n'arrivent j)as à opérer cette division, quelque I bien disposées que soient les dents, sans les faire agir très longtemps sur la même ! substance.
Les herbivores qui ne ruminent pas, et qui, par conséquent, mâchent une seule I fois leurs aliments, mangent avec lenteur. 11 faut, en moyenne, à un cheval de taille 1 ordinaire, une heure et quart pour manger 2 kilogrammes de foin sec, dont il fait I de 60 à 65 bols. Un gros cheval mit une heure à prendre cette quantité et en fit I 60 bols; un second, une heure douze minutes et en fit 95; un troisième, une heure I et demie pour la même quantité, dont il fit 120 bols; enfin, un quatrième, très I petit, employa une heure quarante-quatre minutes et fit 150 bols. En moyenne, on peut dire que le cheval met quarante-cinq secondes pour broyer une trentaine de grammes de foin, en donnant de soixante-dix à quatre-vingts coups de dents par I minute.
Le nombre des coups de dents est doublé, et quelquefois triplé lorsque, par suite : de la perte de la salive, les alimens ne sont pas convenablement humectés, comme le prouve, du reste, le tableau suivant :
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