‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiquesChapitre 141 sur 155 · I. DE LA. SÉCRÉTION BILIAIRE · texte numérisé non relu

I. DE LA. SÉCRÉTION BILIAIRE

Le premier des fluides versés sur les aliments parvenus dans l'estomac est la bile, dont les usages, cherchés depuis si longtemps, sont encore peu connus.

L'organe sécréteur de ce fluide paraît représenté chez les animaux inférieurs par de petites cellules diversement colorées et disséminées à la face interne du tube digestif; puis, à un degré plus élevé, par des cellules semblables, mais groupées à l'intérieur de petits tubes ou de petits cœcums, tantôt simples, tantôt ramifiés et ouverts sur le trajet de l'intestin. Il n'apparaît sous la forme de glande conglomérée que chez la plupart des mollusques, et il conserve cette forme dans toutes les classes de vertébrés.

Le foie de ces derniers, toujours très volumineux, est situé en avant de la cavité abdominale, il reçoit le sang d'une artère et celui du système de la veine-porte. La bile qu'il sécrète est ver.sée directement dans l'intestin on n'y est amenée qu'après avoir séjourné dans un petit réservoir connu .sous le nom de vé.siculc biliaire.

Cette vésicule existe chez tous les carnassiers, la plupart des oiseaux, des poissons et tous les reptiles. Elle manque chez les diverses espèces de solipèdes, chez l)lusieurs pachydermes, l'éléphant, |e rhinocéros, le daman, le tajur, le pécari, le

cerf, le chevreuil, le chameau, le lama, le rat et divers oiseaux, tels que l'autruche, le pigeou, le coucou, le jierroquet.

Le canal qui apporte la bile dans l'inlestin est ordinairement simple chez les mammifères et mnliiple chez les oiseaux et un grand nombre de reptiles. Son inserlion est, d'après les observa lions de Cuvier et de iM. Duvernoy (l),|très rapprochée du pylore dans les carnassiers, la plupart des rongeurs, notamment le lièvre et le liipin , plusieurs pachydermes, le porc entre autres et tous les solipèdes. Elle l'est beaucoup moins chez le bœuf, le mouton, la chèvre, le dromadaire, etc. Le canal hihaire s'ouvre dans le duodénum tantôt isolément, tantôt accolé ou confondu avec les conduits pancréatiques. S'il se termine seul, c'est toujours chez les mammifères, au niveau ou eu avant des canaux du pancréas, et c'est quelquefois un peu eu arrière de ces derniers chez les oiseaux.

La structure intime du foie, que les micrographes nous montrent si compliquée et si difficile à débrouiller, ne doit point nous occuper ici, non plus que la question de savoir si les matériaux nécessaires à la formationde la bile viennent du sang de l'artère hépatique, de celui de la veine-porte ou des deux à la fois. Ces différents points, qu'il faudra examiner plus tard, seront mieux placés dans un autre chapitre. Contentons-nous de déterminer les caractères de la sécrétion biliaire, les propriétés et la composition de son produit, et de rechercher enfin l'action qu'il peut exercer sur les matières alimentaires.

Les caractères de la sécrétion biliaire sont loin d'être déterminés avec précision, soit d'une manière générale, soit en ce qui concerne les divers animaux supérieurs. l,eur étude, qu'on aurait pu tenter aisément, a été négligée pour des discussions stériles et des calculs sans base. On est arrivé jusqu'ici sans savoir seulement si la sécrétion biliaire est continue ou intermittente, si elle est plus active pendant la digestion que dans les intervalles de celte fonction, si son produit a constamment les mêmes propriétés et quelle est la quantité de ce dernier chez telle ou telle espèce animale. On ne sait pas même, d'une manière approximative, quelle est la proportion de bile versée dans l'intestin chez un seul animal domestique.

A la vérité, quelques expériences ont été faites dans le but d'arriver à ce résultat ; mais elles sont toutes relatives à l'espèce du chien : il n'en est aucune qui ait été tentée sur un autre animal. La plupart de ces expériences, déjà fort anciennes, sont rapportées par Hallcr, et citées dans presque tous les traités de physiologie. D'abord c'est celle de de Graaf, qui obtint sur le chien 6 drachmes, ou environ 23 grammes, de bile dans l'espace de huit heures; puis celle de Keil, qui recueillit 2 drachmes de ce fluide en une heure sur un animal de la même espèce. Enlin d'autres expérinientaleurs en obtinrent jusqu'à 6 onces en vingt-quatre heures. Mais M. Blondlot croit que ce dernier chiffre est trop élevé pour une moyenne, en se basant à ce qu'il n'a obtenu que de U{) à 50 grammes de bile dans la même période. MM. Leuret et Lassaigne (2) assurent <- qu'on peut évaluer à 2 onces celle que fournit le canal biliaire du cheval dans l'espace d'un quart d'heure, » mais ils ne disent par sur quoi ils fondent leur évaluation.

(1) Voyez les Leçons d'anatomie comparée, t. IV, 2» partie, p, 548,

(2) Ouv. cUé, p. 83.

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Ces lésullals diiïùreiil, coinino on le voit, beaucoup les uns des aulics, et cela i devait être, à cause des dilTérences dans la taille des animaux qui ont servi aux . expérimentateurs. On conçoit que si ces derniers avaient tenu à s'entendre ils i auraient choisi pour sujet de recherches un animal qui fût, comme le chat, le i lapin, toujours à peu près de la même taille. On conçoit également qu'il est fort . difficile, à l'aide de données si variables, d'évaluer la quantité de bile sécrétée ' chez l'homme. Ilaller, qui avait voulu le faire, en comparant le poids du chien à celui du corps humain, était arrivé à porter le chiffre de la sécrétion à 2lx onces ; en vingt-quatre heures, chiffre qu'on trouve généralement exagéré.

L'expérimentation n'ayant rien appris sur la quantité de bile sécrétée chez les . autres animaux, il est entré dans l'idée de certains auteurs de la déterminer par des moyens indirects plus ou moins singuliers, Borelli (1), comparant le diamètre d'une des divisions du canal biliaire avec celui d'une des branches de la veine-porte, évalue à 3i livres la quantité de bile que le foie de l'homme sécrète en vingt-quatre heures M. Schuitz (2), déterminant la quantité de ce fluide qui est nécessaire pour neutraliser l'acidité d'une masse donnée de chyme, porte au chiffre énorme de 37 livres et demie le produit qu'un bœuf fournit dans le même temps. Il serait bien superflu d'insister sur l'exagération outrée de ces calculs dont le premier est sans fondement réel , et dont le second repose sur des bases fausses ou incertaines.

En effet, pour trouver, d'après le dernier procédé, quelle est la proportion de fluide biliaire nécessaire à la saturation du chyme qui passe dans l'intestin, durant une période de vingt-quatre heures, il faudrait d'abord connaître le poids de ce chyme, puis il faudrait tenir compte de l'intervention du fluide pancréatique et du suc intestinal qui contribuent, pour une grande part, à neutraliser l'acidité des matières qui sortent de l'estomac. On a lieu de s'étonner que des savants fassent encore aujourd'hui de la physiologie comme on en faisait il y a un siècle.

Il est indispensable, pour apprécier le mode suivant lequel s'opère la sécrétion de la bile, les causes qui modifient cette sécrétion, la proportion et les propriétés du fluide qu'elle verse dans l'intestin , de recourir à la voie expérimentale. Les résultats que cette méthode permet d'obtenir établissent nettement les caractères essentiels de la fonction. Voici ceux de mes recherches sur le cheval, l'âne, le bœuf, le moulon, le porc et le chien.

Le procédé opératoire que j'ai mis en usage pour les solipèdes est fort simple, mais il est assez douloureux à cause de l'étendue considérable qu'on est obligé de donner à l'incision des parois abdominales. Lorsque le cheval est couché sur le dos et que les quatre membres sont solidement fixés en l'air, on fait sur la ligne blanche une incision qui part de l'appendice xiphoïde du sternum et se prolonge jusqu'à 30 ou 35 centimètres en avant du pubis. Cette incision étant achevée, un aide repousse en arrière et en dehors de la cavité abdominale la partie antérieure du côlon replié, et il la maintient dans cette situation. Gela fait, l'opérateur pénètre jusqu'à la scissure postérieure du foie, isole le canal hépatique, le plus souvent très gonflé, l'incise légèrement, aussi près que possible de riiiteslin, y engage une

(1) Cité par M. BérariJ. l, II, p. 324.

(2) Burduch, i. Vit, p. .1.39.

snntlc cl l'y fixe an moyen d'nne ligature. Celle sonde, munie d'un léger bourrelet il .son extrémilé qui pénètre dans le canal , doit avoir un dianièlie de 8 à 10 millimétrés et une longueur de 50 centimètres : elle doit ôlre assez résistante pour ne pas s'affaisser par la pression des viscères et celle de la ligature, et assez flexible jiour suivre le foie et la concavité du diaphragme. Une fois fixée, on remet le !i;ros intestin en place, et l'on ferme la plaie du ventre par une forte suture à points très rapprochés, au moyen du ruban de fil; puis on relève l'animal.

Dès que celui-ci est debout, on voit la bile s'échapper par l'extrémité libre de la sonde, et beaucoup mieux qu'au moment du décubitus dorsal. Pour la recueillir sans perte on adapte à la sonde une vessie de caoutchouc munie d'un petit robinet, comme celle dont j'ai donné la figure pour les expériences sur les glandes salivaires. Mais comme cette vessie, dont on retire le contenu toutes les fois qu'on le juge nécessaire, exerce une traction notable sur la sonde, et par conséquent sur le canal biliaire, on a le soin de la souleiiir h l'aide d'une ceinture fixée autour de la poitrine en guise de sangle ou de surfaix.

On peut aussi obtenir ce fluide par un autre procédé; celui-ci consiste à lier le pylore et les canaux pancréatiques, puis à pousser dans la portion flottante de l'intestin grêle, au moyen d'une légère pression de la main , le contenu du duo« déiium à l'extrémité duquel on appli(jue aussitôt une ligature. La bile s'accumule dans celte première partie de l'intestin, mais elle se trouve mêlée au suc des glandes de Brunner. En moins d'une heure et demie elle a distendu le duodénum depuis le pylore jusqu'à la naissance de la grande mésentérique. Voici les résultats obtenus par le premier procédé sur deux chevaux qui se trouvaient en pleine digestion au moment de l'expérience. (Voir le tableau, page suivante.)

En suivant altcnlivement cette expérience, dont les résultats sont les mêmes, à part quelques variations légères qui tiennent à la taille, l'âge, la vigueur des animaux, l'état de la digestion, etc., on constate :

Premièrement, que la sécrétion biliaire est continue, soit que les animaux se trouvent en pleine digestion au moment de l'opération, soit qu'on lésait préalablement fait jeûner.

Deuxièmement, que cette sécrétion n'éprouve pas d'oscillations bien sensibles, comme nous en avons vu pour la sécrétion des glandes salivaires et comme nous en observerons pour la sécrétion pancréatique.

Troisièmement, que cette fonction se ralentit à mesure que la digestion est plus troublée et que les animaux souffrent et s'an"aiblissent davantage.

Quatrièmement, que son produit moyen, pour chacune des trois ou quatre heures qui suivent l'établissement de la fistule, est de 250 à 300 grammes; d'où l'on peut conclure que sa quantité totale s'élève, en une période de vingt-quatre heures, à au moins 6000 grammes pour un cheval de taille ordinaire.

Cinquièmement enfin, que la bile paraît toujours avoir les mêmes caractères, le même degré de consi.stance, de fluidité, la même couleur et la même réaction légèrement alcaline.

La sécrétion biliaire présente les mêmes caractères dans tous les autres ani/naux domestiques.

Chez l'âne et le mulet son produit est, proportionnellement à la taille de ces

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solipèdes, aussi considérable que chez le cheval. Il s'esl trouvé de 60 à 80 grammes par heure sur ua très pelil âne, dont les fondions digeslives paraissaient encore assez actives.

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