‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiquesChapitre 142 sur 155 · PREMIER CHEVAL · texte numérisé non relu

PREMIER CHEVAL

EUXIÈME CHEVAL.

TEJIPS

QUANTITÉS

TEMPS

QUANTITÉS

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OBSERVATIONS

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cz le bœuf il est fort difficile, sans une grande incision, de fixer un appareil

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nal cholédoque pour recueillir la totalité de la bile. Mais on peut aisément,

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ablissant une fistule au fond de la vésicule biliaire, étudier diverses pariicu-

laiités relatives à la sécrétion de la bile et au rôle du réservoir dans lequel elle rclkic en plus ou moins grande quantité, suivant l'état de la digestion. A cet effet, on pratique en arrière de la dernière côte droite, et à partir d'un décimètre en dessous des apopliyses transverses des vertèbres lombaires, utie incision longue comme le doigt. Par cette ouverture on attire le fond de la vésicule, on l'ouvre et on y fixe un tube à l'aide d'une ligature très serrée; puis on réunit les lèvres de la plaie abdominale par quelques points de suture. L'animal souffre peu de cette opération; il mange dès le jour même, ne larde pas à ruminer; au bout de six, huit, dix jours, le tube se détache, la plaie se resserre, et en quelques semaines la fistule s'oblitère et l'animal guérit. J'ai constaté, en suivant cette expérience faite sur un taureau d'un an, qu'il s'écoule par l'ouverture de la vésicule jusqu'à 100 et 1 20 grammes de bile épaisse et visqueuse en une heure ; mais il m'a été impossible de découvrir, d'une manière précise, dans quelles circonstances la vésicule se vide ou se remplit. L'écoulement du liquide éprouvait de nombreuses oscillations pendant lé repas, la rumination et l'abstinence ; il variait dans des limites considérables, suivant que l'animal était debout ou couché, en repos ou en mouvement; tantôt il se montrait fort abondant, d'autres fois il était très faible, et souvent pendant de^ lieures entières il était complètement suspendu. La pression exercée sur la vésicule par suite du décubitus latéral, les expirations brusques, les efforts, lasecoussd qui accompagne le départ de la pelote lors de la rumination, activaient notablement l'excrétion du liquide qui, alors, s'échappait par petites ondées à l'orifice du tube.

On conçoit que cette expérience peut servir à déterminer la quantité de bile qui est détournée dans la vésicule, suivant les diverses circonstances relatives à la digestion, et qu'elle donne un moyen fort simple d'étudier les effets des substances diverses introduites dans les voies digestives, des purgatifs par exemple, l'influence des nerfs vagues sur la sécrétion, l'élimination de certains principes introduits dans l'économie, etc.

Chez le mouton, il est facile d'établir uile fistule h la vésicule ou au canal cholédoque. Celle que je fis au conduit biliaire, tout près de son insertion, sur un petit bélier, donna 18 grammes dans la première heure, 15 grammes dans la seconde, 14 grammes dans la troisième, 10 dans la quatrième, 9 dans la cinquième, 10 dans la sixième, 16 dans la septième, et 12 dans la huitième. Pour avoir de la bile pure sur ce petit ruminant, il faut placer le tube au-dessus de l'insertion du conduit pancréatique ou bien lier ce dernier, si on fait la fistule tout près de l'intestin. Sans cette précaution, on recueillerait le mélange des deux liquides, et de plus, on observerait une intermittence qui tient à la sécrétion du fluide pancréatique.

Chez le porc, la sécrétion biliaire, fort abondante, revêt encore le même caractère que chez les solipèdes. Un appareil fixé au canal cholédoque d'un animal de cette espèce a donné 160 grammes dans la première heure, 110 dans la seconde, 106 dans la troisième, 96 dans la quatrième, et llx dans la cinquième, et elle continua ainsi à diminuer progressivement pendant toute la journée et le lendemain jusqu'au moment où le pachyderme fut sacrifié.

Le chien ne donne en moyeime que de 8 à 15 grammes par heure, et, bien que l'application d'un appareil se fasse avec le secours d'une toute petite incision à l'abdomen, on voit la sécrétion diminuer très rapidement et descendre à un chiffre

nE LA DIGESTION.

excessivement faible. Ce ralemisscnienl graduel delà sécrétion qui osl constant dans toutes les expériences et sur tous les animaux, tient sans doute à plusieurs causes, niais surtout au trouble de plus en plus profond apporté à la digestion gastrique, intestinale, h la fièvre et au développement d'une péritonite. Du reste, il est fort remarquable que la sécrétion biliaire se ralentisse insensiblement, tandis que la sécrétion pancréatique augmente dans des proportions considérables, particularité qui devient frappante lorsque, sur le même animal, on a fait à la fois une fistule biliaire et une fistule pancréatique dont les produits sont recueillis simultanément.

Ainsi, la sécrétion biliaire n'est donc point intermittente comme quelques auteurs l'ont avancé sans preuves. Son produit est versé dans l'intestin, d'une manière continue, et non pas seulement lors du passage du chyme dans le duodénum, comme le croyait Bichat. Il suffit de lier le pylore à nn animal eu pleine digestion ou bien de débarrasser le duodénum de son contenu et de le circonscrire ensuite entre deux ligatures pour s'assurer que la sécrétion n'est pas subordonnée au passage des aliments de l'estomac dans l'intestin grêle. Celte sécrétion est, dit-on, surexcitée par les purgatifs résineux, les matières grasses, les efforts du vomissement ; elle serait plus active dans les climats chauds et pendant l'été que dans les pays froids et pendant l'iiiver, mais tout cela n'est pas suffisamment démontré.

L'excrétion de la bile résulte du fait même de la continuité de la sécrétion, car les nouvelles quantités de fluide formées poussent les premières vers l'intestin, et ainsi de suite. Elle tient, en outre, à la contraction descanaux, laquelle devient possible dès que ceux-ci dégagés du parenchyme du foie ne sont plus fixés au tissu glandulaire par leur périphérie. Cette contracliou que M. Magendie n'a pu voir ni provoquer par l'action de divers stimulants, est très faible ; elle ne peut, sur l'animal vivant, amener l'effacement de la lumière du canal et elle ne le détermine pas davantage sur le cadavre. Pourtant, les piqûres et l'application des acides à la surface extérieure du conduit biliaire provoquent parfois un resserrement manifeste. L'excrétion est favorisée par les mouvements respiratoires, comme Haller l'avait pensé et comme MM. Leuret et Lassaigne l'ont remarqué sur le cheval. Elle m'a paru sensiblement activée chez le taureau , lors des efforts un peu considérables, et à l'instant de la secousse du flanc qui coïncide avec l'entrée de la pelote dans l'œsophage pendant la rumination.

Le reflux de la bile dans la vésicule a lieu pendant l'abstinence, et même, en petite quantité, pendant la digestion, lorsque ce réservoir est flasque et peu rempli. M. Magendie (1) l'attribue à la difficulté que la bile éprouve à passer dans l'intestin, par suite du rétrécissement du canal cholédoque au point où il pénètre les tuniques du duodénum. Mais s'il en était ainsi, comme ce rétrécissement est permanent, le reflux s'opérerait aussi bien pendant la digestion que dans toutes les autres circonstances. Je ne puis admettre cette explication, car le canal cholédoque, dans sa partie la plus étroite, a encore un diamètre supérieur au canal cystique. 11 me semble que le reflux n'est possible qu'à deux conditions, savoir: une contraction du duodénum et une contraction à l'extrémité inférieure du canal

(I) Ouu. cité, t. II, |j. 'ITG,

cholédoque ; la première exerçant une pression suiia partie du canal comprise entre la tunique cliarnuc et la membrane muqueuse; la seconde achevant d'en fermer l)lus ou moins complètement la Unnière ou de la réduire à un faible diamètre. Sans cela, il est dillicile de concevoir comment la bile reflue avec force dans la véhicule au point de donner à celle-ci une tension considérable. Néanmoins, il est ccrlain que le resserrement qui résulte de ces deux causes n'est ni permanent ni complet, puisque toute la bile sécrétée, lors de l'abstinence, ne pouvant s'accumuler dans la vésicule, il faut qu'elle continue à couler en partie dans l'intestin. Ce i i'flux, (juelsque soient son mécanisme et ses causes, n'est favorisé, du moins chez les ruminants, par aucune disposition spéciale des canaux : on ne voit dans ' ceux-ci ni replis, ni valvules propres à aider le cours rétrograde du liquide.

La totalité de la bile accumulée dans la vésicule ne vient pas seulement par la voie du canal cystique. Une faible partie de ce liquide est amenée directement dans ce réservoir, chez un certain nombre d'animaux, par les canaux hépalo-cystiques dont l'existence est admise depuis fort longtemps. L'un des canaux, que Perrault a décrit sur le bœuf, se termine dans la vésicule, soit au col même, soit à 1 ou 2 centimètres au delà de ce point. On en voit souvent, chez le même ruminant, un second, et quelquefois un troisième qui s'ouvrent dans la vésicule à quelques centimètres du col, mais leur existence n'est pas constante.

Quant à savoir suivant quelle proportion la bile reflue dans la vésicule relativement à celle qui est dirigée vers l'intestin, c'est là un point fort difficile à déterminer : il ne faut pas chercher les choses introuvables, surtout quand elles sont sans importance.

Pendant la digestion, la bile qui vient du foie et celle qui s'était accumulée dans la vésicule, sont poussées vers l'intestin. Il règne quelques dissidences entre les physiologistes en ce qui concerne l'instant précis de l'évacuation de la bile cystique et les causes qui la provoquent. Les uns disent que la vésicule se vide à mesure que l'estomac se remplit; les autres prétendent que son contenu s'échappe seulement lorsque le chyme commence à passer dans l'intestin. 11 est très probable que cet écoulement s'opère dans ces deux circonstances. Quoi qu'il en soit, la vésicule, pendant la digestion, contient peu de bile, et ses parois sont flasques, mais alors elle ne se vide jamais complètement.

Les causes de l'écoulement de la bile cystique sont la contraction des parois du réservoir, la pression qui est exercée à sa surface et peut-être la dilatation du duodénum. La contraction des parois de la vésicule que Haller (1) a provoquée sur le chien, le chat et la chèvre, n'est, de l'aveu même de l'illustre physiologiste » ni forte ni vive : » aussi beaucoup d'expérimentateurs n'ont pu la constater. La compression exercée sur le réservoir par l'estomac qui se remplit contribue à l'élimination de la bile, surtout chez les ruminants dont les réservoirs gastriques acquièrent une distension considérable lors des repas. Enfin il me semble qu'à chaque instant de relâchement du duodénum, la portion légèrement dilatée, dans laquelle va pénétrer une ondée de chyme, exerce une sorte d'aspiration favoral)lc à l'alllux de la bile.

(I) Mémoires sur la nalufe sensible, etc., t, I, p. ilSO.

l>a bile arrive dans l'iiileslin seule ou mêlée au suc pancréatique. Elle y arrive : seule chez le bœuf, dont le canal cholédoque s'insère à une grande dislance du i canal pancréatique; elle y arrive mêlée avec l'autre liquide chez le bélier, la chèvre, le dromadaire, dont le conduit pancréatique et le conduit biliaire se réunissent en i un tronc commun : enfin les deux fluides se mêlent à leur arrivée à l'intestin chez . les solipèdes, dont les pores biliaire et pancréatique se louchent.

Dès que la bile est parvenue à l'intestin, elle ne peut plus refluer dans le canal qui l'y a amenée. Celui-ci décrit entre les deux tuniques un trajet oblique qui, chez le bœuf, a une étendue de plus de U centimètres. Son orifice est entouré, chez les solipèdes, d'une petite valvule circulaire flasque; et, chez les ruminants, la muqueuse qui le circonscrit ferme constamment l'ouverture, laquelle se dilate à chaque petite ondée de bile. Cette disposition a aussi pour usage de prévenir lai pénétration des liquides et des aliments dans les voies biliaires.

La bile que nous venons d'amener à l'intestin ades caraclères physiques quelque peu variables suivant les animaux. Elle a une couleur vert-brun chez les solipèdes, vert jaunâtre chez le porc, vert d'émeraude chez la chèvre et le mouton. Son odeur est peu prononcée ; sa saveur faiblement amère, et sa réaction légèrement alcaline. Elle est très fluide, à peine visqueuse, chez les animaux dépourvus de vésicule bihaire ; elle a aussi ce caractère chez les autres ; mais elle devient épaisse et filante dans la vésicule, surtout à la suite d'un séjour très prolongé.

La composition chimique de la bile est fort compliquée, si l'on en juge parle nombre dessubstances qu'on a trouvées dans ce liquide, et elleest encore mal connue, si l'on tient compte des différences dans les résultats analytiques. Pourtant les chi- ' misles habiles n'ontpas manqué aux physiologistes. Berzelius, MM. ïhenard.Gmelin, Chevreul, Demarçay, Liebig, etc. , ont successivement étudié ce produit de sécrétion.

D'après Berzelius, celle du bœuf est ainsi composée : — Eau, 90, ^i^; malièi e biliaire et graisse, 8,00, — mucus de la vésicule, 0,30, — osmazôme, chlorure et. laclaie de .soude, 0,74, — soude, 0,41, — phosphate de soude et de chaux, 0,11. M. Thenard a trouvé dans la bile du même animal sur 800 parties : Eau, 700,. matière résineuse verte, 15, — picromel, 69, — une matière jaune en pro-portion variable, soude, Zi, — phosphate de soude, 2, — chlorhydrate de potasse eti de soude, 3,5, — sulfate de soude, 0,8, — ])hosphate de chaux, 1,2, et des tracesd'oxyde de fer.

Tiedeniann et Gmelin (1) ont reconnu dans le même liquide : 1" un principe odorant qui passe à la distillation ; 2" de la choleslérine ; 3° de la résine biliaire;: U" del'asparagine biliaire ; 5" du picromel; 6" une matière colorante ; 7° une matière azotée; 8° de la gliadine ; 9" de l'osmazôme ; 10" une matière à odeur urinaire;; ir de la matière salivairc ; 12" du mucus: 13° du bicarbonate d'ammoniaque; 14-20" des margarate, oléale, acétate, cholate, bicarbonale, phosphate et sulfate de soude, avec un peu de potasse; 21° du chlorure de sodium; 220 du phosphate de chaux ; 23» et de l'eau dans la proportion de 91,51 pour 100 parties de bile.

D'après d'autres chimistes, la bile aurait une composition beaucoup moins compliquée. M. Demarçay la regarde comme formée essentiellement d'acide choléique

(i) Recherches expérimentales sur la digestion, première partie, p. 83.

et de soude, c'csl-à-dirc d'un choléale de soude en dissolulion. M. Liebig (1) donne une formule peu dillérente de celle dernière, et il pense que le plus grand nombre des matières admises dans la bile ne sonf que les produits de la décomposition exercée sur elle par les agents employés aux recherches analytiques.

On ne sait pas encore si la bile oiïre, chez les divers carnivores, quelques variétés de composiiion. Presque toutes les analyses tentées jusqu'ici portent sur celle du bœuf et de l'homme. Gmelin a analysé aussi la bile du chien, et M. Lassaigne (2) celle du cheval, dans laquelle il s'est trouvé de 95 à 96 parties d'eau, une grande quantité de résine verle, une matière jaune, beaucoup de mucus, iine matière amère ayant quelque analogie avec le picromel, de la soude, du sulfate de soude, du chlorure de sodium et du phosphate de chaux. Malheureusement cette analyse a été faite d'après le produit qui s'était accumulé dans le canal hépatique dix-neuf heures après la ligature de ce cond uit. W. Lassaigne a également, depuis peu, examiné la bile de cet herbivore, que j'avais recueillie immédiatement après l'établissement d'une fistule. Sa densité était de 1,005 ; elle contenait 98,3 d'eau et 1,7 de résidu sec.

Il serait bien à désirer que les chimistes nous lissent connaître, d'une manière comparative, la composition de la bile qui a séjourne dans la vésicule, et celle de la bile qui passe directement du foie dans l'intestin ; car, à en juger par les propriétés physiques, ces deux variétés ne peuvent être identiques. Il ne serait pas moins intéressant de comparer la bile du carnassier à celle de l'herbivore, la bile du fœtus à celle de l'adulte, la bile formée pendant la digestion avec celle qui est sécrétée à la suite d'une longue abstinence, la bile de l'animal sain avec celle de l'animal malade, etc. Mais on cherchera plutôt le poids atomique d'un corps ou la formule d'un principe insignifiant que la solution de ces importants problèmes.

Quel est le rôle de la bile dans les phénomènes de la digestion ? Boerhaave regardait ce fluide comme étant destiné à modifier l'acidité des liquides de l'estomac ; Ilaller le considérait comme l'agent de la dissolution des graisses ; Erodic croyait qu'elle concourt à la formation du chyle. D'antres ont prétendu qu'elle n'a aucun usage et qu'elle constitue un simple produit excrémeniiliel. Cette dernière opinion, qui remonte à Galien, a été pendant longtemps soutenue sans preuves, et elle l'est encore aujourd'hui par beaucoup de physiologistes qui s'appuient sur des données expérimentales.

M. Blondlot ayant, à l'exemple de M. Schwann, deLouvain, établi sur des chiens une fistule à la vésicule biliaire après avoir lié le canal cholédoque, afin d'erapôcher la bile découler dans l'intestin, a observé que ces carnivores guérissent parfaitement des suites de l'opération, et que les fonctions digestives continuent à s'effectuer régulièrement, bien que le produit de la sécrétion hépatique soit versé à l'extérieur : aussi a-t-il conclu de ce fait que la bile est inutile à la digestion.

Il semble, au premier aperçu, que la conclusion de M. Blondlot est bien fondée et que si la bile n'est pas tout à fait inutile aux fonctions digestives, elle ne prend, du moins, à ces dernières qu'une part très peu importante. Cependant, il y a dans l'expérience môme une cause d'erreur qu'il fallait éviter avant d'affirmer que toute

(1) Chimie organique appliquée à la physiologie animale iilà la palhologie. Puris, 1841; p. 338.

(2) Anatomie vélér inaire, de M. Girard, ■i" édition, t. II, p. 72.

fi28 DE LA DIGESTION.

la bile sécrétée s'écoule au dehors après la ligature du canal cholédoque. Lorsque le conduit biliaire a été lié, sans qu'on ait fait une fistule h la vésicule, sa continuité se rétablit et la bile reprend son cour.s normal, comme ïiedcmann et Gmeiin l'ont plusieurs fois observé. Quand il a été lié après l'établissement d'une fistule à la vésicule, il se rétablit encore, bien que la fistule persiste, et alors une partie de la bile reprend son cours vers l'intestin, tandis que l'autre s'échappe à l'extérieur: c'est ce que M. Schvvann a constaté, et c'est aussi ce que j'ai vu sur un veau de six à sept semaines, dont j'avais lié le canal cholédoque tout près de l'intestin, après avoir fixé un lube à la vésicule. La ligature de soie dont les bouts avaient été laissés hors de la plaie, tomba le huitième jour avec son anse intacte qui indiquait évidemment la section du conduit. A partir de ce moment, l'écoulement de la bile fut moins abondant, et il diminua graduellement par la suite. Le jeune ruminant ayant été tué cinq semaines après l'opération, le canal cholédoque fut trouvé rétabli et entouré d'adhérences avec les parties voisines. La pression exercée sur la vésicule faisait couler dans le duodénum par un petit jet, la bile que le réservoir contenait. Or, n'est-il pas probable que le chien de M. Blondlol est dans le même cas que ceu.v de M. Schwann et que le veau dont je viens de parler? Je dirais volontiers que cette probabilité équivaut à une certitude, si n'était l'approbation académique donnée au travail de cet expérimentateur.

Il n'est donc pas démontré que la bile soit un produit excrémentitiel inutile à la digestion. Si elle avait ce caractère, on s'expliquerait difTicilemeut pourquoi elle est versée à l'entrée de l'intestin grêle, et mêlée à d'autres liquides qui jouent un rôle incontestable dans les phénomènes digestifs. Certains de ses principes, tels que les matières colorantes, résinoïdes, les sels, sont de véritables excréments, puisque l'analyse chimique les retrouve dans les matières fécales. 3Iais rien ne prouve qu'il en soit de même des autres, et l iea ne fait supposer que les premiers ne puissent avoir des usages spéciaux avant d'être éliminés.

Divers expérimentateurs ont attribué à la bile un rôle important-, en ce qui concerne la formation du chyme. Brodie ayant observé qu'après la ligature du canal cholédoque, le contenu des chylifères n'était plus qu'un fluide transparent, a prétendu que ce fluide n'était pas du chyle, et que celui-ci cesse de se produire dès que la bile ne coule plus dans l'intestin. Brodie se fait illusion. Le liquide que charrient les chylifères après la ligature du canal cholédoque peut être encore du chyle, bien qu'il n'ait pas la teinte lactescente qu'il lient de la présence dos matières grasses. Du reste, i\J. Magendie et d'autres expérimentateurs lui ont reconnu alors les caractères ordinaires, (juant à ses propriétés physiques. Enfin, MM. Tiedemann et Gmelin, Leuret et Lassaigne ont constaté que le chyle continue à se former après l'interception du cours de la bile.

MM. Leuret et Lassaigne (1) ayant lié le canal cholédoque à un lévrier qui mangea plusieurs fois après l'opération, trouvèrent dans le canal thoracique « un liquide d'un rose jaunâtre, presque transparent. » Ce fluide donna à l'analyse de l'albumine, de la fibrine, de la soude, du chlorure de sodium, du phosphate de chaux, une matière colorante jaune soluble dans l'alcool, et une autre matière colorante

(1) Oku, cild, p. 1-48,

rouge. Wais était-ce là du chyle ou de la lymphe ? La teinte rose jaunâtre, la presque transparence du liquide semblent indiquer que c'était de la lymphe. Néanmoins les auteurs de l'expérience le regardent comme du chyle.

MM. Tiedemann et Gmelin(l) ont pratiqué la ligaturedu canal sur une dizaine de chiens. A la suite de l'opération, ils ont vu survenir l'ictère, la péritonite, l'engorgement du foie. Chez les animaux qui ont survécu un certain temps, l'ictère s'est dissipé, la continuité du canal s'est rétablie, et la bile a repris son cours dans l'intestin. Chez ceux qui furent tués, alors que la bile n'arrivait plus dans l'intestin, on trouva dans les chylifères un fluide « transparent et non blanc », et dans le canal ihoracique, un liquide coloré en jaune par les principes de la bile qui avait été résorbée. Mais ici encore, le contenu des chylifères n'a pas été examiné sous le rapport chimique, et il reste à savoir si le contenu du canal thoracique était autre chose que la lymphe qui s'y trouve constamment, en quantité variable, suivant les circonstances. Les analyses comparatives des expérimentateurs allemands répondraient la question si elles étaient plus complètes.

Enfin, M. Blondlot et d'autres ont vu du chyle blanc dans les vaisseaux lactés du mésentère de l'intestin grêle. Cette fois, il y a de fortes raisons de croire que ce produit a les caractères ordinaires. Mais pourquoi n'a-t-on pas analysé le fluide opaque et lactescent qui, sans aucun doute, devait se trouver dans le canal thoracique? Jl est étonnant que M. Blondlot à qui les manipulations chimiques sont familières, ait négligé de fixer sur ce point l'opinion incertaine des physiologistes.

Ainsi il semble résulter de la plupart des expériences, que le chyle se forme sans le concours de la bile; mais il reste encore beaucoup à faire pour démontrer que ce fluide n'a pas d'influence sur la formation du chyle. On arrivera aisément à des résultats positifs en modifiant les méthodes employées jusqu'ici. D'abord, il faudra laisser de côté la simple ligature du canal cholédoque, car, en s'opposant à l'élimination de la bile, elle donne lieu à l'engorgement du foie, 5 l'ictère, qui compliquent d'une manière très fâcheuse les phénomènes consécutifs de l'opération. Ces troubles seront évités, soit en établissant une fistule à la vésicule après l'application de la ligature, soit, ce qui est encore bien préférable, en adaptant au canal biliaire un tube qui fasse couler la bile à l'extérieur. En second lieu, il conviendra de recueillir et d'analyser le liquide des chylifères de l'intestin grêle pour le comparer à celui que CCS vaisseaux contiennent, à l'état normal, sur des animaux de même espèce que ceux employés aux expériences et entretenus avec des aliments de même nature. Cette dernière opération n'étant possible, ni sur le chien, ni même sur le cheval, il sera indispensable de la tenter sur un grand ruminant. Je dirai plus tard comment on établit aux chylifères énormes de ces ruminants des fistules à l'aide desquelles on recueille du chyle pendant des journées entières sans troubler beaucoup les fonctions digcsiives. Le petit veau dont il a été question tout à l'heure était dans d'excellentes conditions pour de pareilles recherches; et on ne saurait guère douter que pendant les huit jours que sa bile fut totalement évacuée à l'extérieur, il ait continué à manger et à ruminer, sans qu'il se fût formé de chyle dans les vaisseaux lactés de l'intestin.

(1) Ouv. cit., deuxième partie, p. 47.

I,es divers usages attribués à la bile sont encore moins bien déterminés quecelui qui est relalif à la formation du chyle.

On a prétendu, depuis fort longtemps, que ce fluide jouissait de la propriété de dissoudre les matières grasses, et, par conséquent, de rendre leur absorption plus facile. Cette opinion, de même qu'une foule d'aulres, a trouvé des défenseurs ev des adversaires. Sa valeur est incertaine faute de bonnes raisons, soit pour l'élayer, soit pour la renverser.

La bile paraît exercer sur l'intestin une stimulation favorable aux sécrétions in-testinales et aux mouvements péristalliques, ainsi que Galien "avait prétendu. Pourtant, le fait n'est pas bien établi. La rareté des déjections chez les chiens dont le canal cholédoque est lié, et chez les iclériques, tient bien plus au]ralentisseinent du travail digestif qu'à un défaut d'énergie dans les contractions du plan musculaire de l'intestin.

Elle empêche, dit-on, la décomposition putride du contenu de l'intestin. Plusieurs observateurs disent avoir, reconnu aux aliments, aux liquides et aux gaz de l'appareil digestif une odeur très fétide lorsque la cours de la bile avait été interrompu. Mais s'est-on bien assuré que ce n'était point là un phénomène cadavérique ?

On a pensé qu'elle déterminait la précipitation du chyle, parce qu'on a observé que son contact avec les matières sorties de l'estomac donne lieu à la formation de flocons blancs et opaques. C'est là une hypothèse peu soutenable qu'il faut laisser de côlé tant qu'on ne saura pas, d'une manière précise, quelle est la nature de ces masses floconneuses.

Enfin, on a dit que la bile servait à la dépuration du sang auquel elle enlève des malériaux nuisibles Ou superflus. Ce dernier usage, fort important, nous occupera par la suite. Disons seulement ici qu'une grande partie des principes constituants de la bile sont évacués avec les déjections, comme les analyses chimiques l'ont prouvé depuis longtemps. Ces principes paraissent, par suite de leur contact avec le chyme, éprouver des modifications spéciales, d'oij résulte leur inaptitude à être résorbés,

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