FONCTIONS DU CUAND SYMPATHIQUE
milles les i^aii cs dorsales, lombaires et sacrées, d'oCi résulte un rapport intime entre lui et le système nerveux de la vie animale. Enfin, il se distribue par une infinité de filets aux parois des vaisseaux, aux glandes, au cœur, au poumon, au foie, à la rate, à l'estomac et h tous les autres viscères , surtout à ceux de l'abdomen qui ont leurs artères enlacées par des réseaux plexiformes très serrés (fig. 6).
Quelques uns de ces organes, tels que le foie, l'intestin, ne reçoivent que des divisions ganglionnaires; d'autres, comme le poumon, l'estomac, reçoivent en même temps des nerfs encéphaliques; enfin, quelques uns, la vessie, le testicule, le sphincter, le rectum, possèdent des ramifications du grand sympathique associées à des nerfs rachidiens. Ces diverses particularités sont essentielles à noter pour comprendre le rôle du système ganglionnaire.
Propriétés. — Les propriétés des nerfs ganglionnaires sont assez difficiles à déterminer. Ces nerfs et leurs ganglions ont paru insensibles à quelques observateurs. Bichal a irrité le ganglion semi-lunaire du chien sans provoquer de douleur appréciable; Vutzer, Lobstein, disent avoir obtenu le même résultat; mais Haller avait déjà vu l'irritation du plexus hépatique développer de la douleur à laquelle les filets du nerf vague n'étaient peut-être pas étrangers; M. Flourens a constamment observé que le pincement du ganglion semilunaire du lapin excite de vives douleurs et que celui des ganglions cervicaux donne lieu , de loin en loin, à des manifestations d'une sensibilité obscure, i^luller et M. Longetont fait des remarques semblables; ils ont toujours trouvé le ganglion semi-lunaire sensible. En pinçant ou en piquant pjg g Prière splénique du cheval celui du bélier, j'ai vu l'animal exécuter des mou- à son origine, entourée des filels vements brusques ; et en coupant le ganglion gut- gangliomatres. turaldu cheval, que Dupuy a dit insensible, j'ai vu également se manifester une douleur non équivoque. Ainsi il n'est pas permis de douter de la sensibilité des ganglions du grand sympathique, sensibilité qui paraît assez vive dans le semi-lunaire et beaucoup plus faible dans les cervicaux. Celle des filets est peut-être moins évidente : Rliiller a vu cependant la ligature des nerfs rénaux, très douloureuse ; j'ai remarqué aussi que la ligature de l'artère cœliaque, de l'artère splénique et des mésentériques entourées, comme on le sait, de nombreuses ramifications ganglionnaires, produit toujours de la douleur chez le cheva!. (k't elTet a été surtout très marqué à la cœliaque et à l'artère .splénique dont les plexus avaient paru insensibles à Haller (1),
(I) Mdm. sur la nalurc sninblp, Qic, t. 1. p. '218.
Il/j DES FONCTIONS DU SYSTÈME NfillVKUX.
Dans d'auliGs points, la sensibilité n'csl pas aussi manifeste : le filel cervical, par exemple, a été souvent pincé, plipié et coupé sans que le cheval fît aucun mouvement ; son irritation ne devenait douloureuse que lorsqu'en le tiraillanl on exécutait en môme temps une traction sur le pneumo-gastrique. Quoi qu'il en soit, on ne peut nier la sensibilité du grand sympatiiique, si exaltée dans certaines circonstances, comme le prouvent les douleurs atroces des solipèdes tourmentés de coliques. Mais cette sensibilité n'étant pas assez exquise pour être mise en jeu par des irritations faibles, on i)cut regarder comme vraisemblable cette ingénieuse hypothèse de Reil, d'après laquelle les nei fs et les ganglions seraient des demi-conducteurs qui arrêtent les impressions faibles et ne laissent passer que les plus vi\es.
Les nerfs ganglionnaires ne sont pas seulement sensibles, il sont encore excitables, c'est-à-dire qu'ils jouissent de la faculté de déterminer des contractions nmsculaires involontaires. A. de Humboldt, en mettant les nerfs cardiaques en rapport avec un courant galvanique, a vu, après la mort, les mouvements du cœur reparaître. Burdach a accéléré la vitesse des contractions de cet organe, sur un lapin qu'on venait de tuer, en arrosant ses nerfs avec de la potasse ou de l'ammoniaque ; enfin, Sluller et M. Longet ont vu les mouvements de l'intestin, après qu'ils s'étaient ralentis ou à peu près éteints, reprendre une grande vivacité dès qu'on touchait le ganglion semi-lunaire avec de la potasse caustique, .l'ai observé aussi que le côlon replié du cheval, dont les mouvements sont peu apparents dans les circonstances ordinaires, se contracte énergiquement quand on vient à pincer ou à irriter avec de l'acide azotique les gros cordons nerveux qui longent ses artères. Dans tous les cas, on remarque que l'effet de l'irritation n'est point instantané, comme celui qui résulte de l'irritation des nerfs rachidiens; ce n'est qu'après quelques secondes que la contraction en est la conséquence, et cette contraction persiste encore un certain temps, après que la cause a cessé d'agir. Du reste, on ne sait si le principe incilateur des mouvements développés dans ces circonstances, sous l'influence des nerfs ganglionnaires, vient de la moelle, des ganglions du sympathique ou de ses filets : le fait de la pei sistauce des mouvements du cœur et de l'intestin avec leur rhythme normal, après que ces organes sont séparés du corps ainsi que des ganglions et des plexus nerveux, semble indiquer qu'il vient des filets eux-mêmes.
Le grand sympathique est donc doué d'une sensibilité spéciale et de la faculté d'exciter des mouvements, deux propriétés dont l'existence s'explique dans ce nerf par les fibres sensilives et les fibres motrices qu'il reçoit du système cérébrospinal, à la tête, au cou, dans le thorax et l'abdomen, fibres que l'on a pu suivre jusque dans l'intérieur des ganglions où elles se mêlent avec celles qui sont propres à ces derniers; là, leur mélange est si intime qu'il n'est plus possible de disiinguur les premières des secondes, car elles sont toutes tubuleuses, seulement parmi celles des filets du sympathique il se trouve des fibres particulières décrites par Uelzius et Remak, et plongées dans une gangue granuleuse plus ou moins analogue à la substance grise de la moelle épinière. Du reste, ces fibres grises, plus déliées, plus pâles que les fibres seiisitivcs et motrices, se trouvent aussi, mais en moindre proportion dans les nerfs cérébro-spinaux. Certains auteurs, Waller (1) entre autres, (1) Comptes rendus de l'Académie dex sciences, 18.">2, t. \.\X1V, p. 817.
FONCTIONS DU lilUiM) SYMPATHIQUE. 115
les regardent comme des fibres ( mbryoïmaires arrêtées dans leur déveIoi)|)emcnt.
Fonctions. — Les i'onclioiis du grand sym|)alhif|ue résultent de ses pro()riélés. Elles paraissent pouvoir être rattachées : la sensibilité, 2° au mouvement, 3" aux actions orgaiiiiiues des parties dans lesquelles il se distribue. Avant de les envisager sous ce li iple point de vue, il laul voir si elles tiennent à l'activité propre du nerf ou à celle du système cérébro-spinal, ou enfin, à la fitis, à l'une et à rautre.
Hiclial pensait que le système ganglionnaire jouissait d'une aclivitéspéciale, indépendante, qu'il tenait de soi et pouvait exercer seul: cette activité n'aurait point, suivant lui, un ce:ilre unique, mais procéderait d'autant de centres qu'il y a de renflements ou de ganglions f.iisant chacun l'office d'un petit cerveau indépendant de l'encéphale et de tous les autres ganglions semblables, lit non seulement, dans son opinion, ces cer\eau\ seraient par eux-mêmes les instruments de l'arlivité de ce système, mais ils seraient encore les agents chargés de l'isoler de celle du système cérébro-spinal, en arrêtant les impressions qui tendent à se propager à la moelle et à l'encéphale, et en empêchant les volitions d'arriver aux muscles dont les mouvements doivent être indépendants delà volonté; ils recevraient eux-mêmes ces impressions sans qu'elles fussent senties et réagiraient ensuite pour provoiiuer les mouvements involontaires: par là iisdevieudraient chacun la cause d'uneaction réflexe, comparable à celle de la moelle, d'autant mieux que les ganglions reçoivent des impressions qui n'ont pas besoin d'être senlies de l'encéphale pour provoquer des mouvements plus ou moins involontaires. IJans certaines circonstances, néanmoins, les ganglions cesseraient d'être isolants, les impressions les Iraverseraientpour an iver aux centres cérébro-spinaux dont la réaction traverserait également ces petits organes et influencerait ainsi directement les mouvements de la vie organique. La sphère d'activité du sjstème ganglionnaire serait donc, comme le disait Ueil, une sphère distincte à laquelle aboutiraient les impressions, et de laquelle partiraient des incitations motrices, sans que ni les unes ni les autres puissent en sortir, du moins à l'état normal. Évidemment, il y a dans celle manière d'envisager les cho.ses beaucoup d'exagi'i aiion et d'inexactitude ; mais comme on ne conçoit pas la possibilité d'isoler expéiimenlaleineiil, d'une manièi e complète, le sjslèini! ganglionnaire, c'f:st-à dire de détruire toutes les communications qui existent entre lui et le cérébro-spinal, il est bien diflicile de la réfuter directement.
Cependant les recherches récentes de ALM. liudge ctWaller (1) tendent à démontrer que le grand sympathique tire le principe de son action de la moelle épinière. Ces expérimentateurs ayant noté, d'une part, que la section du filet cervical de ce nerf détermine un resserrement de la pupille, ainsi que Pourfour du Petit en avait déjà fait la remarque, et d'autre part que la galvanisation du même filet produit, au contraire, une dilatation considérable de cette ouverture, ont voulu trouver le point de départ de l'influence motrice exercée sur l'iris par le sympathique. Ils ont constaté que ce point existe dans un segment de la moelle épinière comi)ris entre la dernière vertèbre cervicale et la deuxième dorsale. V.n ellct, si l'on galvanise celte partie, les pupilles se dilatent des deux côtés comme dans le cas où l'irritation est appliquée
(1) Comptes rmdus des séances de L'Académie des sciences, 1851 , t. XXXUI, p. 370 ; 1852, t. XXXV, p. 255.
116 nE5 FONCTIONS DU SYSTÈMIi: NERVEUX,
aux filets cervicaux ; la dilalalioii ne. s'opère plus que d'un seul côté si l'un des nerfs est coupé, et elle n'a lieu ni do l'un ni dei'aulre dès (jue les deux nerfs sont divisés. La galvanisation des autres parties de la moelle reste sans aucune action sur les mouvements de l'iris. M. Budge prouve par des expériences fort simples que l'innuence motrice exercée par les filets du sympathique sur l'œil provient directement de la moelle et non des ganglions spinaux. Après avoir mis à découvert la première et la deuxième paire des nerfs dorsaux, il irrite la racine postérieure de la première paire, et bientôt la pupille se dilate du côté de la paire irritée ; mais dès que la racine est coupée en travers, l'irritation appliquée sur elle reste sans effet, puisque le pouvoir réflexe de la moelle ne peut plus se transmettre. Il est évident, que si dans celte circonstance le ganglion était l'organe réflecteur, l'irritation de la racine postérieure contribuerait à produire la dilatation delà pupille comme avant la section.
D'après ces résultats, peut être un peu trop spéciaux, il semble que l'activité du sympathique soit empruntée à celle du système cérébro-spinal. Cependant il ne faudrait pas croire que cette dernière passe tout simplement dans les nerfs ganglionnaires, bien qu'une telle manière d'envisager les phénomènes convienne parfaitement à l'idée de l'unité fonctionnelle du système nerveux. En effet, si l'activité du sympathique n'était autre que celle des nerfs de la vie animale, il devrait se comporter de la même manièie que ces derniers; ses ganglions seraient comme ceux qu'on trouve sur le trajet ou à l'origine des nerfs rachidiens, ils n'auraient aucune propriété isolante ; ses lilets agiraient de la même manière que tous les autres nerfs ; ils transmettraient aux centres les impressions venues de tous les points d'où ils partent, et ces impressions seraient senties ; ils porteraient des centres h la circonférence le principe incitateur des mouvements qui alors deviendraient volontaires, lui un mot, tout se jiasserail dans la vie organique comme dans la vie animale; partout les impressions seraient senties, partout les mouvements seraient volontaires. Le but serait manqué, car c'est précisément cette uniformité qui doit être détruite pour mettre toute une série de fonctions en dehors des influences qui régissent les autres.
Si donc l'activité que déploie le sympathique ne paraît pas lui appartenir en propre, et si elle ne paraît pas non plus être celle du système cérébro-spinal, il faut qu'elle soit une activité mixte, combinée, résultant de l'association des deux : c'est aussi ce qu'une analyse rigoureuse tend à démontrer; et c'est par cette dépendance, cette liaison de deux activités que se trouve fondée l'unité fonctionnelle du système nerveux, comme c'est par leur séparation, jusqu'à un certain degré, que se trouve établie la dualité dont Bichat s'était exagéré l'importance. Il n'est pas difficile d'en donner des preuves, autant du moins que le permet le vague et l'obscurité qui régnent sur ce sujet. lil d'abord, à quoi serviraient toutes ces communications , ces anastomoses au niveau de l'origine de chaque paire raclndienne et avec tant de nerfs, si ces deux systèmes avaient une activité indépendante, et s'ils ne devaient pas s'influencer réciproquement: Itur existence, leur nombre ne sont-ils pas déjà des preuves de celte sidionlinalion de l'un par rapport à l'autre ? Ensuite n'y a-t-il pas des organes sur Icstpiels les nerfs do l'encé|ihaio ne peuvent agii- que par l'intermédiaire des nerfs ganglionnaires? I.e cœur, que Legallois plaçait sous rinilucoce
FOiNCTlONS DU GRAND SYMFATHlglE. 117
(le In moelle, bal encore longtemps après la deslriiclion de celle partie cl celle de l'cncépliale lui-même, parce qu'il tire une partie de son aciivité du s\ mpatlii(|uc ; mais alors ses mouvements s'aiïaiblissent, parce qu'il la tire aussi en partie de la moelle, et surlonl de la moelle allongée par l'intermédiaire dos pneumo-gastriques.
Pour beaucoiri) d'organes on voit aussi clairement que l'influence exercée par le nerf sympathique est le résultat de l'association de son action propre avec celle de l'autre système. La frayeur, une émotion vive, accélèrent les battements du cœur, les contractions et les sécrétions intestinales ; la paralysie de la moelle entraîne bientôt une diminution dans la conlraclilité des luniquesde l'intestin; la destruction de cette partie amène un aiïaiblissement dans les mouvements du cœur, etc ; mais dans ces diverses circonstances on voit se manifester la double influence nerveuse. La preuve que les mouvements du cœur ne tiennent pas seulement à l'action cérébrospinale, c'est qu'ils ne cessent point quand celle action vient à s'éteindre ; c'est qu'après la section des pneumo-gastriques et la destruction de la moelle, ils continuent; c'est qu'enfui ils persistent même, alors que ce cœur et cet intestin sont complètement détruits et isolés des plexus d'où ils tirent leurs ramifications nerveuses.
Ainsi l'action exercée sur ces organes est double , c'est à la fois celle des nerfs cérébro-spinaux et des nerfs ganglionnaires. La première ne s'exerce que par l'intermédiaire de la seconde ; ces deux actions se combinent, se complètent par leur association; mais elles peuvent être en quelque sorte dissociées et analysées, soit par la maladie, soit par les artifices de l'expérimentation, de telle sorte que l'une étant distincte, l'autre subsiste affaiblie, tronquée, insuffisante, (^eci posé, il reste à rechercher comment et suivant quelles lois cette action s'exerce, et quels effets elle produit. Tout ce qui précède ne fût-il qu'une fiction, que la démonstration qui reste à faire n'y perdrait rien; car on peut très bien étudier les lois, les phénomènes d'une force dont on ne connaît ni l'origine, ni la nature.
Action sensitive. — Le sympathique ne donne aux parties dans lesquelles il se distribue qu'une sensibilité assez obscure et cela se conçoit, puisque celle qu'il possède lui-même est assez faible, vu le petit nombre de fibres sensilives qui entrent dans sa composition. Celte sensibilité, qui est, du reste, assez variable suivant les organes, n'est jamais très prononcée, même dans ceux qui reçoivent avec des nerfs ganglionnaires d'autres nerfs cérébraux ou rachidiens. Ainsi j'ai pu piquer le cœur par une petite ouverture faite h la poitrine, sans produire une douleur bleu manifeste; j'ai pu également faire parvenir dans son intérieur de petites sphères de plomb et l'extrémité d'une sonde d'osier sans causer une forte douleur; néanmoins il y avait dans ces deux cas des marques non équivoques de sensibilité. J'ui vu aussi des dissolutions d'émélique, de sublimé corrosif, de sulfate de zinc et d'autres substances injectées dans la jugulaire, déterminer, dès qu'elles arrivaient dans les cavités cardiaques, une sensation traduite par des mouvemenis brusques de l'animal. Toutes les fois que j'ai fait de petites taillades au foie, des piqûres au rein, à la rate, des incisions à l'oslomac, des ligatures sur l'inlestin , il ne s'est pas produit dans le moment de douleur bien évidente, comme Haller et d'autres l'avaient consialé ; mais on sait qu'h la suite de semblables mutilations les parties qui les ont éprouvées deviennent très douloureuses. Les impressions produites sur ces parlies à l'état
118 DUS FONCTIONS DU SYSTÈMl!: NlillVEUX.
noniial ac sont point non plus ordinairement senlies : les alimenls àcrcs, irritants, les ég;igropiics, les calculs même très \ohimii!enx, n'éveillent pas habitucllemenl la scnsibililé (lu lubc inieslinal; l'estomac se vide, le chyme circule dans l'inteslin, le travail digcsiif s'accomplit sans (pie l'aninial en ait conscience. Ceux d'entre ces organes qui reçoivent des nei fs crâniens ou racliidiens, en même temps que des nerfs ganglionnaires, sont plus sensibles; le conlacl des teneltes avec la muqueuse de la vessie est vivement senti; celui des substances tiès irritantes mises en contact avec la tunique interne de l'estomac paraît l'être aussi, si l'on en juge par les vou)issemcnts qu'il provoque chez certains animaux. Ces diverses impressions paraissent, môme quand elles ne sont pas senties, sortir delà sphère du sympatliifjue et arriver jusqu'à la moelle où elles provoquent des mouvements réflexes. Ainsi SJùller, en irritant avec la pointe d'une aiguille le nerf splanclinique, a observé des contractions convulsives dans les muscles abdominaux. Volkmann, en piquant l'intestin d'une grenouille décapitée, a vu survenir des mouvements dans le tronc. De pareils eiïets ne peuvent se produire que par une action réflexe de la moelle, consécutive à une impression qui lui est communiquée, et l'impression ne peut être transmise qu'autant qu'elle a pu tiaverscr les ganglions et arriver aux filets par lesquels le sympathique se met en relation avec les nerfs racliidiens, d'où résulte cette conséquence que les ganglions ne sont point des organes isolateurs parfaits. Il reste à savoir comment il se fait que ces impressions arrivant à la moelle ne soient pas toujours senlies ou converties en sensations. Aluller(l) et I.onget (2) disent que c'est parce qu'elles s'évanouissent dans la moelle. Dans les cas où elles sont senties, il est évident qu'elles viemieni jusqu'à rencé[)hale et elles y arrivent toutes les fois qu'elles sont très vives, surtout dans les maladies. Alors la singulière hypothèse de Millier n'est point acceptable, elle implique contradiction, car celte fois les impressions ne s'évanouissent pins dans le cordon médullaire.
L'action réflexe que Prochaska avait attribuée aux ganglions du sympathique ne parait pas démontrée. 11 avait admis que les impressions arrivées aux ganglions par les filets seiisitifs étaient réfléchies sur les filets moteurs et excitaient des contractions dans les parties où ces filets viennent se rendre. Quelques expériences tendent cependant à confirmer cette manière de voir; mais elles ne sont ni assez nombreuses ni assez concluantes pour trancher la question.
Action motrice. — Le rôle du grand sympathique, relativement à la motricité des parties dans lesquelles il se distribue, offre un très grand nombre de particularités remarquables.
Les mouvements que ce nerf détermine sont involontaires, non seulement dans les organes qu'il anime seul, mais encore dans ceux qui reçoivent en même temps comme le cœur, l'œsophage, l'estomac, la vessie des nerfs cérébraux on racliidiens. Ils sont ordinairement faibles, lents, comme dans les intestins, les estomacs membraneux ; d'autres fois plus énergiques, comme ceux du col de l'utérus des canaux excréteurs des glandes salivaires. du gésier des oiseaux granivores; enfin, par exception, très rapides, comme ceux du cœur nous en donnent un exemple.
H) Manuel de phijsiologie, 2" 6diU, Paris, iS'„l,l l p ee») (2) Anatomw et physiologie du système nerveux, l. il,' p. 582.
FONCTIONS DU (ÎUANI) S V MPATHIOlîE. W.)
î'resque tous s'efTecluciU suivant un ordre régulier, rliyiiimique, plus ou moins bien caractérisé : l'iulesliu a ses contractions péristaltiques ou onciiilccs dirigées des parties antérieures vers les postérieures; l'œsophage, l'estomac en ont d'analogues ; le cœur se contracte même aussi dans ce sens, chez le fœtus, d'après ilnller; plus tard, son rliytlime est différent et tout particulier. Le caractère de ce mouvement rliyllimique, quoique subordonné eu partie à la forme des organes et au mode général de la contraction musculaire, a en lui quoique chose de spécial comme l'alternative de la contraction des oreillettes et des ventricules pour le cœur, le sens des ondulations pour l'intestin. Dansée dernier organe, une simple inversion donne lieu aux mouvements anlipérislaltiques.
Les irritations appliquées, soit aux organes, soit à leurs nerfs ou à leurs ganglions, soit à la moelle épiiiière ou à l'encéphale, accélèrent et modifient les mouvements dépendants de riulliience nerveuse ganglionnaire, changent leur énergie, leur rhythme, mais elles n'agissent pas avec la même intensité et la même rapidité sur toutes les parties. Le cœur est peut-être de tous les organes celui qui en est le plus vivement et le plus promplemont afl'eclé ; la moindre irritation des centres précipite sur-le-champ ses battements ; une piqûre légère faite à sa substance produit le même effet ainsi que les liquides irritanis injectés dans sa cavité par l'iulcrmédiaire des veines. L'intestin ne ressent ces impressions qu'au bout d'un temps plus long et sa réaction n'est jamais inslaulanéc ; il se montre, par exemple, toujours un intervalle appréciable entre la stimulaiion du ganglion semi -lunaire ou le pincement des nerfs qui entourent les artères intestinales, et la contraction que ces mouvements provoquent. C'est à cause de cela que Rliiller a dit que le mouvement du principe nerveux dans le sym|)athiqne est susceptible d'être mesuré. Toutefois la vitesse de ce mouvement n'est pas la mémo dans toutes les circonstances. Ainsi ou voit le pincement des nerfs des artères coliques amener un résnllal pres(iue instantané, si l'on expérimente aussitôt après la mort, tandis que la même cause ne produit cette réaction qu'après quelques secondes, si l'on attend un certain laps de icnips. Cas mouvements ont encore cela de très remarquable, (pi'ils survivent plusieurs minutes h la cause qui les a provoqués, tout en conservant leur type normal. Du reste, ce ne sont pas seulement les irritations vives qui accélèrent les mouvements dans les organes soumis à l'influence des nerfs ganglionnaires : les plus légères peuvent produire ce résultat : ainsi le simple contact de l'air suffit, comme on sait, pour faire resserrer les vaisseaux cliyiiféres, à tel point, que bientôt, de pleins qu'ils étaient, ils deviennent si affaissés, (ju'ils sont presque imperceptibles. Cette action de l'air sur l'intestin rend les contractions de cet organe si vives et si énergiques, qu'après les expériences où l'on a ouvert largement l'abdomen, on voh, dès que la plaie est fermée, d'abondantes évacuations alvines souvent renouvelées ; du moins, c'est ce que j'ai eu l'occasion d'observer maintes fois sur le cheval.
La volonté n'a pas d'influence notable sur les organes dont les mouvements dépendent des nerfs ganglionnaires , lors même que ces organes reçoivent aussi des nerfs crâniens ou spinaux ; cela est certain pour l'œsophage, l'estomac et le cœur. Elle paraît cependant en avoir une très faible sur le rectum ei la vessie. L'obstacle il l'intervention de la volonté dans ces mouvements tient-il aux ganglions, ainsi qu'on l'a supposé, et ainsi qu'on le croit généralement? Une telle hypothèse serait
admissible si ces organes isolaient l'inlluence nioliice, mais comme ils la laissent passer, on ne voit pas pourquoi ils arrêteraient celle de la volonlé. On sait, en effet, que les impressions un peu vives, l'énioiion, la frayeur, réagissent presque instantanément sur les mouvements du cœur, de l'intestin, de l'utérus. Dans ce cas, évidemment, les influences n^olrices émanées des centres nerveux passent à travers les ganglions du sympathique.
Où est le point de départ de l'action motrice du grand sympathique ? Est-il dans l'encéphale? Mais l'encéphale peut être enlevé sans que les mouvements du cœur et de l'intestin soient suspendus. Est-il dans la moelle épinière ? Mais la moelle peut aussi être détruite sans que les mouvements cessent. Il ne s'ensuit pas, cependant, que le cerveau et la moelle épinière n'aient aucune action sur l'activité motrice du grand sympalliique, puisque l'irritation du cerveau la modifie, et que la destruction de la moelle l'affaiblit et la rend languissante dans le cœur et les intestins. Cette activité est-elle dans les ganglions? Pas davantage : le cœur séparé bat encore pendant plusieurs instants, ses mouvements continuent même quand on a enlevé les oreillettes avec les plexus qui les entourent, ainsi que l'ont vu Millier et M. Longet. Est-elle, enliii, dans les filets au dehors des organes? Non encore, puisque les contractions péristalli(iues de l'intestin continuent quand on a séparé ce viscère de son mésentère. Elle paraît donc être dans les seuls filets qui entrent dans la trame de l'organe ou qui font partie de sa substance. Mais il serait ridicule de ne la voir que là. La source de l'activité du sympathique est dans son ensemble, dans ses filets, dans ses gangUons et leur communication générale avec le système cérébro-spinal : chaque partie y contribue pour une part qu'il est bien difficile de déterminer.
Une interprétation rigoureuse des faits démontre qu'une grande partie de l'activité motrice du sympathique vient de ce nerf lui-même, puisque quand il est isolé autant que possible par la destruction de la moelle, la section des nerfs vagues, des filets cervicaux, de manière à ne plus pouvoir être influencé sensiblement par le système cérébro spinal, il continue à entretenir les mouvements des organes qu'il anime, et cela pondant longtemps, comme le prouve la persistance des battements du cœur, des contractions périslalliques de l'intestin à la suite de ces graves mutilations. On peut donc le regarder comme ayant en lui tout ce qui est nécessaire au développement et à l'entretien de son activité motrice etsensitive, du moins pendant un certain temps, passé lequel celle-ci s'éteint faute d'être ravivée par celle du système de la vie animale. Mais quant à savoir comment celte activité se développe, comment elle se distribue, c'est chose fort peu accessible auv invesligatioùs expérimentales. 11 a été impossible jusqu'ici de préciser le rôle que jouent à cet égard les ganglions, les uns ayant cru pouvoir leur refuser toute espèce d'action propre, et les autres les ayant au contraire investis de la faculté de produire des incitations motrices, ou de développer le principe des mouvements involontaires en vertu d'une action réfleclive analogue à celle de la moelle épinière.
L'hypothèse d'après laquelle on considère les ganglions comme jouissant d'un pouvoir rélleclif est contredite par plusieurs expériences. MïiUer la repousse en s'appuyant sur l'expérience que voici faite par Yolkmann : le pincement de l'intestin d'une grenouille décapitée provoque des contractions très cleiulues tant (|uc la moelle est intacte; il n'en détermine plus (pie de très circonscrites
rO.NCTlO.NS DU (JKAND SV Ml'AïlIIQUE . 1 '2 1
dès qu'elle est délruile ; d'où celte conclusion n;ilurelie, que si les gang'ions jouissaient d'un pouvoir analogue à celui des cordons médullaire , il y aurait dans le second cas, de niènie que dans le premier, des mouvements étendus à toutes les parties de l'inlestiii. Mah, d'un autre côté, le même physiologiste est embarrassé en présence de ce fait fort remarquable d'une irritation toute locale opérée sur le cœur .ivec la pointe d'une aiguille, irritation déterminant une contraction générale de cet organe. Il faut avouer que les preuves manquent pour admettre ou pour repousser ce pouvoir réflexe attribué aux ganglions du grand sympathique.
liinncncc sur les différentes fonctions. — Indépendamment de l'action générale que nous venons d'examiner très sommairement, le grand sympathique a encore sur la circulation, la nutrition, les sécrétions, les fonctions des poumons, du cœur, de l'estomac, de l'intestin, etc., une inlluence dont il sera traité par la suite. Cette dernière est surtout remarquable en ce qui se rapporte à la circulation capillaire et à la chaleur animale. M. Cl. Bernard a constaté tout récemment (|u'après la section du filet cervical, il se manifeste à la tète, du côté de la section, iuic augmentai ion très sensible de température, accompagnée de sueurs abondantes. Ayant coupé ce filet vers le milieu du cou sur plusieurs chevaux, j'ai vu au bout (le 5, 10, 1.5 miimtes, l'oreille du côté de la section devenir de plus en plus chaude, ei toute la moitié correspondante de la face, ainsi que la partie supérieure de l'encolure, se couvrir d'une sueur abondante, qui était limitée exactement sur la ligne médiane. La différence de température se faisait remarquer non seulement à l'oreille, iiiais encore sur toutes les autres parties de la tète; elle persistait ainsi que les sueurs pendant 12, 2l\, 36 heures et même davantage. Chez le bélier il se manifeste également une augmentation de température à la face du côté de la section, mais elle n'est point accompagnée de sueurs sensibles. L'ablation du ganglion cervical supérieur donne lieu à des effets encore plus marqués et plus persistants. Elle amène très promptement une élévation delà température du côté où elle est effectuée, une forte injection de la pituitaire, et des sueurs qui cessent à peine au bout de deux jours, bien que le cheval soit maintenu dans un milieu très froid. Ces faits prouvent sans réplique que le sympathique a une notable influence sur la circulation et la production de la chaleur animale; mais cette action ne lui est pas exclusive, d'autres nerfs la possèdent à un degré presque aussi élevé. Ainsi toutes les fois que je fis la section du nerf vague en laissant intact le filet du sympathique et en prenant toutes les précautions nécessaires pour que celui-ci ne fût ni touché ni comprimé, il survint, à partir du point où le nerf était coupé, sur la moitié de l'encolure et de la tète, des sueurs accompagnées d'une augmentation très sensible de la chaleur de la peau. Ce résultat est d'autant plus remarquable qu'il est produit par deux nerfs dont l'un procède de la tête vers le tronc, tandis que l'autre procède, au contraire, du tronc vers la tête, nerfs dont le mode de distribution et les fonctions sont d'ailleurs si dissemblables.
DKS l'ONCTKJ.NS nu SYSTÈMI-: M'.nVIîUX.
CllAPITHK VI.
FACULTÉS INSTINCTIVES KT INTELLKCTUIiLLKS,
Le rôle du systôine nerveux ne compreml pas seiilemenl les actions que nous venons d'exaniincr d'une manière générale, il embrasse encore fies opérations d'un ordre (rès élevé, desquelles résultent l'instinct cl l iulellif^ence. 11 faut donc passer en revue les facultés instinctives et intellectuelles dans leur eiisend)le, les Instincts de conser\alion et de reproduction, les diverses manifestations de l'intelligence, les moyens de les a|)précier, et l'influence (pie la domesticité a pu exercer sur ces facultés.