DU CABRER
tant, projette le corps en haut et détachedu sol les extrémités antérieures qui, alors, décrivent une courbe à concavité postérieure. Los fléchisseurs produisent ce résultat en agissant sur un levier du deuxième genre dont l'appui est au sol, la résistance à l'articulation qui doit être étendue, et la puissance appliquée en arrière desgrands sésamoïdes. Celle-ci a donc pour bras de levier toute la longueur de la région digitée, et ce n'était certainement pas trop pour le déploiement d'une force qui devait rejeter toute la masse du tronc sur les membres abdominaux.
L'un des deux fléchisseurs du pied, l'épitrochlo-phalangion , a en outre, pour résultat de sa contraction, de contribuer à étendre l'humérus sur le radius, et de devenir ainsi l'auxiliaire des autres puissances que j'ai indiquées.
Le coraco-radial et le sus-épineux ont un rôle moins essentiel que les précédents. Le premier produit, par sa contraction, le redressement de l'angle scapulo-huméral et l'e.vlension du bras, à la condition que le radius sera fixé par les gros muscles olécràniens. Le second étend le bras sur l'épaule et celle-ci sur l'humérus : l'elTet pi oduit à l'une de ses extrémiiés contribue aussi bien à la détente que celui de son extrémité opposée.
Quant aux autres muscles du membre thoracique, ils ne paraissent pas contribuer pour beaucoup au développement de l'impulsion qui élève le corps. En effet, les muscles radiaux antérieurs agissent sur un rayon qui est à la limite de son extension ou à peu près; les radiaux postérieurs, s'ils se contractaient, ne feraient autre chose que de déterminer une flexion du métacarpe préjudiciable à la détente ; enfin, les muscles olécràniens ne peuvent être ici d'un grand secours, puisque l'avant-bras est déjà fortement étendu sur le bras. L'in)pulsion est donc produite essentiellement par les fléchisseurs des phalanges, et secondairement par le coracoradial et le su.s-épineux. Elle dérive sansdoute de la contraction simultanée de tous ces muscles; mais si celle-ci pouvait s'opérer isolément dans chacune des deux séries, il ne serait pas invraisemblable de croire que l'action du sus-épineux et du coracoradial précède celle des autres muscles, attendu que la première, en redressant l'humérus, tend à pousser on bas l'extrémité inférieure de cet os avec le reste du membre, et ce mouvement opposé à la projection s'effectuerait , jusqu'à un certain point, si l'extrémité n'était plus à l'appui.
Bien que les rayons osseux des membres thoraciques soient moins favorablement disposés que ceux des extrémités postérieures pour opérer une énergique détente, celle qu'ils produisent suffit à soulever le corps, et y suffit lors même qu'elle ne dérive que d'un seul membre, puisque l'animal se cabre encore quand on lui lient en l'air celui du côté opposé. Elle est, du reste, plus que suflisante pour amener ce résultat, car le cheval parvient à se cabrer, même lorsqu'un homme exerce sur la tête de l'animal une forte traction qui acquiert une énorme intensité à l'extrémité du long bras de levier représenté par la tète et l'encolure.
Néanmoins, celte impulsion, si vive et si énergique qu'elle soit, ne saurait, à elle seule, achever le cabrer ; il faut qu'elle soit continuée par divers muscles qui, prenantlour appui sur les membres postérieurs, viennent agir sur le bassin et la colonne vertébrale. Ces muscles sont principalement les ischio-tibiaux, le grand fessier et rilio-spinal.
Mais pour que ces puissances transmettent leur action aux parties antérieures du
corps qui doivent cire élevées, il est indispensable que la région dorso-lombaire acquière, lors de la conlraclion du grand fessier et des iscliio-tibiaux , une rigidité qui lui permette de se mouvoir en totalité. Or, le muscle préposé à cet office est l'ilio-spinal. Étendu depuis le bassin jusqu'à la base de l'encolure, fixé à toutes les vertèbres du dos et des lombes, à leurs apophyses épineuses, à leurs apophyses transverses et autour des arliculalions vertébro-costales, il a évidemment pour premier résultat de sa contraction, d'affermir la tige vertébrale et de prévenir sa flexion et ses déviations latérales. Peut-être a-t-il encore d'autres usages que nous rechercherons tout à l'heure.
Les ischio-tibiaux, c'est-à-dire le long vaste, le demi-tendineux et le demimembraneux, agissent sur un levier du premier genre, représenté par le bassin et la coionne vertébrale. La puissance est à la tubérosité ischiale, le point d'appui à l'articulation coxo fémorale, et la résistance dans toutes les parties antérieures du corps. Le bras de la puissance s'étend donc de la tubérosité de l'ischion au centre de l'articulation coxo-fémorale, sur laquelle le tronc doit s'élever en basculant d'avant en arrière, et celui de la résistance est mesuré par la distance qui sépare cette même articulation du centre de gravité. On conçoit, dès lors, que plus le corps sera long, plus le bras de levier de la résistance sera étendu, et que plus celui-ci sera étendu, plus, par conséquent, le centre de gravité sera difficile à élever et à amener sur la base de sustentation des extrémités postérieures.
Les ischio-tibiaux, le long vaste notamment, agissent encore sur le sacrum par leur prolongement pyramidal , mais cette partie de leur action est accessoire, par suite du peu de fixité de la région sacrée.
Le grand fessier est une autre puissance qui agit en même temps que les muscles précédents, avec cette différence que son action s'exerce sur un levier du troisième genre. Le centre du mouvement est toujours à l'articulation coxo-fémorale , et la résistance dans les parties antérieures du corps à soulever, mais la puissance est appliquée dans un point intermédiaire, c'est-à-dire à la partie antérieure de l'iléon et jusqu'à l'extrémité du prolongement pyramidal du muscle ; son bras de levier est donc plus étendu que celui des muscles ischio-tibiaux.
Quant à la part que l'ilio-spinal peut prendre à l'élévation du corps sur les membres postérieurs, elle n'est pas facile à déterminer, attendu que toutes les attaches du muscle , même les plus reculées, s'effectuent en avant du centre de mouvement, c'est-à-dire sur des parties qui doivent être mues et élevées au-dessus des articulations coxo- fémorales. Par suite de cette disposition, le muscle, en se contractant, tend à rapprocher son extrémité cervicale de son extrémité pelvienne ; la force qu'il déploie se décompose en deux parties, l'une qui tend h élever la partie antérieure du corps, l'autre qui au contraire tend à abaisser le bord antérieur de l'iléon, et par conséquent à faire basculer le coxal, précisément en sens inverse du mouvement qu'il doit éprouver. Or, il semble que si l'ilio-spinal intervient dans l'élévation du corps, il ne le fait qu'autant que la moitié de la force , résultant de sa contraction, est contre-balancée par les ischio-tibiaux et le grand fessier qui s'opposent à ce que la partie antérieure du bassin soit abaissée. De plus, comme cette partie antérieure doit s'élever très sensiblement, il faut qu'à tous les degrés de son élévation les muscles précités maintiennent le bassin au point où il est parvenu, afin que