DE LA RUADE
pour beaucoup, h la détente. Cette extension est opérée, à la jambe par les muscles rolnliens, et à la cuisse par le grand fessier : elle est extrêmement importante, non seulement |)arce qu'elle prend une part active à la projection du train de derrière, mais encore parce qu'elle fixe l'origine des fléchisseurs des phalanges et do l'extenseur du métatarse, qui ne pourraient produire leur eO^et si leurs attaches supérieures cédaient, même dans une faible mesure, à la force de contraction qui tend à rapprocher l'une de l'autre les extrémités opposées de ces muscles.
Ainsi, l'ouverture ou l'efl'acement plus ou moins complet des angles formés par les divers rayons des membres abdominaux résulte donc de l'action combinée d'un grand nombre de muscles, parmi lesquels se trouvent des fléchisseurs et non pas seulement des extenseurs, comme on le dit généralement. Tous agissent pour opérer la détente alors que le pied est encore appuyé sur le sol , et la plupart d'entre eux meuvent des leviers du deuxième genre, qui donnent à la puissance un immense avantage. Mais dès l'instant que le pied quitte le sol , tous ces leviers des extenseurs se transforment en leviers du premier genre à bras inégaux, très avantageux sous le rapport de la vitesse. Par celte admirable substitution, que l'art ne parvient pas à imiter dans la construction de nos machines, les puissances musculaires sont très favorisées au moment de leur action, pendant lequel elles doivent produire un effet considérable, tandis qu'au moment suivant elles le sont beaucoup moins pour permettre à la vitesse d'atteindre ses dernières Umites. Ce double résultat est ici obtenu de la manière la plus complète, puisque les muscles des membres postérieurs agissent sur le levier éminemment favorable à la puissance, alors qu'il faut développer l'impulsion de la détente, et sur un levier d'un autre genre à bras inégaux très avantageux pour la vitesse, dès l'instant qu'il ne reste plus qu'à lancer les pieds en arrière avec une grande rapidité.
Une seconde série de muscles viennent concourir à la ruade, mais à un autre titre que les muscles essentiellement destinés à eflectuer la détente : ce sont les ischio-libiaux et l'ilio-spinal.
Les ischio-tibiaux, que l'on considère, avec raison, comme des agents très essentiels au mouvement dont nous parlons, ne peuvent agir au même instant que les autres, car leur point fixe étant au bassin, ils tendent à déterminer une flexion de la jambe sur la cuisse incompatible avec le redressement de l'angle fémoro-tibial. En cfTel, comme il faut, pour développer l'impulsion, que la jambe soit étendue par les muscles rotuliens, il est de toute évidence que les ischio-libiaux, qui sont des fléchisseurs de cette région, doivent être relâchés alors que les extenseurs sont en coulracliou. Par conséquent, l'action du long vaste, du demi-tendineux et du demi-membraneux, doit succéder à celle des muscles rotuliens, et commencer seu lement quand le pied vient à quitter le sol : l'analyse indique la réalité de cette succession, quelque rapide que puisse être le mouvement de la ruade ; de plus, elle fait voir que ces muscles ischio-tibiaux, en agissant dans de telles circonstances el sur un levier du troisième genre très favorable à la vitesse, restent étrangers à la détente qui projette eu haut le train postérieur, et contribuent seulement à lancer en arrière et à soulever les rayons inférieurs des membres abdominaux.
Enfin , l'ilio-spinal vient prendre une part considérable à l'élévation du train de derrière. La fixité de ses attaches antérieures, augmentée par l'abaissement de la
tête, la flexion de l'encolure et les efforts développés dans les muscles qui attachent i le thorax aux membres antérieurs , lui permet d'agir puissamment sur la croupe pour continuer le mouvement commencé par les muscles précédemment énumérés.
Il ressort donc de l'exposé qui précède, qu'il y a dans la ruade plusieurs actions distinctes et successives, l'une qui projette en haut la partie postérieure du corps, l'autre qui soulève et lance en arrière les parties inférieures des membres abdominaux : la première résultant du redressement des rayons et de l'effacement des angles articulaires par la contraction des extenseurs et celle de certains fléchisseurs, au moment de l'appui du pied sur le sol ; la seconde dérivant à la fois, et de la contraction des ischio-tibiaux, qui a commencé dès que le pied a quitté l'appui, et de celle des extenseurs du métatarse, du fléchisseur des phalanges, qui s'est continuée jusqu'à ses dernières hmites. Ces deux actions, par la rapidité avec laquelle elles se succèdent dans un mouvement aussi instantané que la ruade, ne peuvent s'isoler que rationnellement par les différences essentielles qui existent entre elles, sous le rapport de leurs agents et de leur mécanisme.
La ruade s'effectue plus ou moins facilement suivant les animaux. Elle s'opère avec une aisance remarquable chez les soUpèdes, notamment chez l'âne et le mulet. Elle y est toujours précédée d'un temps de préparation, pendant lequel l'animal abaisse fortement la tête. Sans cet acte préliminaire, la ruade devient tellement difficile, qu'il suffit ordinairement de maintenir la tête relevée pour mettre l'individu 1 e plus vigoureux dans l'impossibilité de ruer.
Les grands ruminants nous offrent une variété de ruade dans laquelle l'un des deux membres est projeté isolément en dehors et en avant, ou en dehors et en arrière. La disposition de la tête du fémur, dont la surface articulaire très étendue se prolonge jusqu'à la base du trochanter, et l'absence du ligament pubio-fémoral , sont les deux conditions qui expliquent la possibilité de cette sorte de ruade unipédale qui tient en grande partie à l'action du long vaste. Ce muscle forme, comme on le sait , chez les ruminants, une vaste expansion qui descend de l'épine sussacrée, recouvre une grande partie de la croupe, et arrive à la face externe de la cuisse et de la jambe jusque sur l'extenseur du métatarse.
La ruade est un moyen de défense que la nature a donné à certains animaux et dont ils se servent instinctivement, soit qu'ils aient à repousser les attaques de leurs ennemis, soit qu'ils aient à résister aux mauvais traitements que l'homme leur fait subir. Les jeunes solipèdes, les poulains par exemple, suivant la remarque de Galien (1), ruent de très bonne heure, alors que la corne de leurs sabots est encore extrêmement molle. Les animaux vifs, et ceux qui sont méchants, le mulet, l'hémione, ruent aussi très souvent, mais les mouvements qu'ils exécutent et la position que prennent leurs oreilles trahissent leurs intentions hostiles.
(1) Œuvres philosophiques cl médicales {De l'utililé des parties, trad.parM. Daremberg, t. I, p. 115).
DES MOUVEMENTS PnOGUESSIFS EN GÉNÉRAL.