I. DU JEU DES MEMBRES
Dans les mouvements de progression, les membres, pour donner l'impulsion au I corps et le soutenir à mesure qu'il se déplace, agissent tour à tour suivant un ordre I déterminé et se trouvent alternativement en l'air et à l'appui. Leur jeu se compose I de deux actions : l'une par laquelle ils quittent le sol, se portent en avant et arri-
• vent à leur maximum d'élévation ; l'autre par laquelle ils s'étendent et reviennent à I l'appui : chacune d'elles s'effectue par un mécanisme uniforme dont l'exposé som- I maire va faire le sujet de ce paragraphe.
l°Le meniltrc antérïciii* «iiiUtc le sol et arrive A mon maximum d'clé-
• vation. — Celte action totale résulte des mouvements partiels opérés dans tous les ! rayons des membres, depuis l'épaule jusqu'à la dernière phalange, mouvements ( d'autant plus étendus qu'ils s'effectuent dans des rayons plus longs et plus infé-
I rieurs. Elle a pour résultat défaire éprouver au membre thoracique tout entier un
II déplacement comparable à celui d'une branche de compas qui s'écarte de l'autre I demeurée immobile.
Par sa projection en avant et par son élévation, le membre thoracique décrit à I son extrémité inférieure un arc decercle dontle centre est à la partie supérieure de ' l'épaule, bien que ce premier rayon ne soit pas immobile. En même temps il se ; courbe : l'avant-bras devient très oblique, le métacarpe et la région digitéc se flé- ■ chissent ; enfin le pied se porte bien en avant de celui qui reste à l'appui.
L'épaule, dans le mouvement dont nous parlons, se déplace très peu; elle bascule ( comme sur un axe qui traverserait sa partie moyenne, à peu près de la même manière que la palette d'un moulin à vent, lorsqu'elle se met en mouvement. Son extrémité inférieure se porte d'arrière en avant et de bas en haut, tandis que son extrémité supérieure se porte dans une direction précisément inverse : ce déplacement est produit par le mastoïdo-huméral qui agit sur l'extrémité articulaire duscapulum. La supérieure ne peut que suivre l'impulsion communiquée h l'autre ; elle ne saurait êlrc abaissée par le trapèze dorsal, qui, chez quelques animaux, paraît de prime abord disposé pour cet usage.
L'angle scapulo-huméral est porté en avant et élevé par le inastoïdo-huméral.qui
estl'une des grandes puissances destinées à imprimer au membre des mouvements de totalité. Ce muscle saisit cet angle et l'extrémité supérieure de l'humérus à la manière d'une large main agissant sur un levier brisé du troisième genre, dont le centre de mouvement est l'extrémité supérieure du membre, et la résistance dans les rayons inférieurs. Sa section, qui ne gêne pas considérablement la marche, prouve que le membre antérieur peut se porter en avant sans que le masloïdohuméral entraîne l'angle de l'épaule dans le même sens.
Pendant que l'épaule éprouve un déplacement fort sensible, le bras des grands quadrupèdes, qui est si intimement lié au thorax, se meut à peine; cependant il est réellement étendu sur le rayon scapulaire par l'action directe du sus-épineux et l'action indirecte du coraco-radial. A mesure que son extension s'opère, l'extrémité inférieure de l'humérus décrit, d'arrière en avant, un arc de cercle qui commence à l'instant où le pied quitte le sol, et s'achève dès que celui-ci revient à l'appui.
Riais il faut une certaine attention pour bien apprécier la direction de ce léger déplacement.
C'est à partir de l'avant-bras que commencent les grands mouvements du membre antérieur. Le troisième rayon quitte sa direction verticale, s'élève, devient de plus en plus oblique et ferme progressivement l'angle obtus qui existe entre lui et l'humérus. Son élévation et sa flexion sont opérées par le coraco-radial et l'hunuro-radial qui agissent sur un levier du troisième genre dans lequel le bras de la puissance est très court, puisqu'il n'est représenté que par la faible distance qui existe entre le centre de leur insertion I) (fjg. 2U) et l'articulation du coude ; disposition qui n'exige de ces muscles qu'une faible étendue de contraction pour faire décrire à l'extrémité inférieure du l ayon un très grand arc de cercle, ftlais la brièveté du bras de levier de la puissance développée par les deux fléchisseurs de l'avant-bras est compensée par leur insertion presque perpendiculaire au radius. Aussi ont-ils une force plus que suffisante pour soulever la partie inférieure du membre, car le fléchisseur oblique peut, à lui seul, après la section du coraco-radial , faire jouer l'avantbras, à très peu de chose près, comme il le faisait auparavant avec le secours de son congénère.
En même temps que le rayon antibrachial se porte en avant, le genou se fléchit et le métacarpe tend à se rapprocher de la verticale , surtout lorsque les allures sont très relevées. La région métacarpienne se fléchit alors légèrement par la contraction des fléchisseurs interne, oblique et externe, qui s'insèrent, soit à l'os sus-carpiefl,
soit aux péronés : le premier agit sur un levier interpuissant; le second, sur un levier inlerfixe ; et le dernier, sur un levier composé du premier et du troisième genre, ainsi qu'il a été dit dans un des chapitres précédents.
Kniin, tandis que celle flexion s'opère, la région digilée se fléchit sur le métacarpe, et la face plantaire du pied se dirige plus ou moins obliquement en arrière, l'ar celle dernière action résultant de la contraction des muscles perforé et perforant, se trouve complété le premier élément du jeu des membres thoraciques.
2" Le nicnibrc antérieur retombe sur le sol. — Lors de Sa projection en
avant, il a embrassé un certain espace, d'autant plus étendu, pour une allure donnée, quel'avant-bras est plus long et que le pied s'est lui-même plus élevé au-dessus du sol; le pied a décrit un arc de cercle à concavité inférieure, dont la corde peut, comme nous le verrons bientôt, donner la mesure exacte de l'espace parcouru dans un pas complet, de l'amble, du trot, etc.
Pour effectuer l'action qui vient d'être examinée , c'.esl- Fig- 25.
;i-dire l'élévation et la projection du membre thoracique eu avant, les puissances musculaires, représentées en majeure partie par les fléchisseurs, n'avaient à vaincre que la pesanteur des rayons h soulever, et celte partie du poids du corps qui doit être rejelée sur l'extrémité resiée à l'appui. lien est bien autrement en ce qui concerne l'action par laquelle le membre revient sur le sol et s'y mainlienl pendant quel- g) ques instants. Les extenseurs, celle fois, entrent généralement en contraction et remplissent un rôle plus pénible que leurs antagonistes, car ils ont : 1" à ramener les rayons dans leur situation primitive; 2° à résister au choc que l'extrémité éprouve en arrivant sur le sol et qui tond à fermer les angles de flexion ; 3° enfin, ils oui à fixer les os dans une direction telle que ceux-ci ne cèdent pas sous le poids que hupporte l'extrémité à l'appui. Celte dernière partie de leur office n'est, certes, pas celle qui exige le moins de dépense de force, car, au moment où un pied est en l'air, le pied qui lui est opposé est chargé, à lui seul, de tout le poids qui pèse sur le bipède lors de la station. Mais nous savons déjà par quelle heureuse combinaison mécanique les extenseurs sont favorisés en agissant sur des leviers inler-résislanls substitués aux leviers du premier genre.
lin analysant sommairement la deuxième action des exli émités, nous voyons d'abord que l'épaule, lorsque le pied 1 evienl à l'appui, est ramenée dans sa position par le trapèze cervical , le releveur propre, et peut-être par l'angulaire, qui agissent sur son extrémité supérieure.
L'angle scapulo-huméral et le bras reviennent en arrière l'ai" la contraction des deux pectoraux et du grand dorsal, qui est l'antagoniste le mieux caractérisé du mastoïdohuméral. L'humérus (lig. 25), qui est transformé en levier du troisième genre, rela-
livement au grand dorsal, l'est aussi de la même manière pour l'adducteur et lesi) abducteurs, qui deviennent fléchisseurs par le fait de la simultanéité de leur rac-; courcissement. Il éprouve à son extrémité une élévation sensible à laquelle les muscles olécrâniens ne restent point étrangers. il
L'avant-bras reprend sa direction verticale, entraîné par les cinq muscles olécrâ-i| niens ABC , qui agissent presque perpendiculairement sur un levier du premien genre, tant que le pied n'a point encore effectué son appui. La force totale que cea extenseurs sont susceptibles de déployer dépasse, certainement, de beaucoup, cellfl| qui est nécessaire à l'extension de l'avant-bras, et tout porte à croire que chacunip d'eux est loin de dépenser la part de puissance qui résulte de sa contraction.
Le métacarpe, en s'étendant sur l'avant-bras, vient se placer dans l'axe de celui-ci: de telle sorte que les deux rayons forment une colonne recliligne qui est oblique lorsque le pied commence et lorsqu'il achève son appui, et verticale seulement dana la période intermédiaire. L'épitrochlo-prémétacarpien produit ce redressement ec agissant sur un levier du troisième genre au lieu d'agir sur un levier interûxe comma la plupart des autres extenseurs. Quand le tendon de ce muscle est coupé, l'anima tombe sur un genou, dès que, dans une allure un peu précipitée, le pied vient H appuyer sur le sol, et il tombe sur les deux si les tendons sont coupés de l'un et ddf l'autre côté.
Enfin, les muscles extenseurs des phalanges se contractent pour rendre à larégion digitée l'obliquité relative qu'elle présente pendant l'appui. lisse contractent auss pour étendre le genou au-devant duquel ils passent; car leur section rend le chevc| sensiblement arqué, tout en permettant aux phalanges de prendre, à très peu chose près, l'inclinaison qu'elles acquièrent dans les circonstances ordinaires. Oi conçoit, du reste, très bien cette particularité en réfléchissant que le poids du corp suffirait à faire descendre le boulet, au point de l'amener sur le sol si l'interventloD du ligament sésamoïdien supérieur n'y mettait obstacle.
Le pied, en retombant sur le sol, produit une chute qui réagit de proche en prochlj sur les articulations supérieures, et s'affaiblit par l'effet de diverses causes dontnoc examinerons l'action après avoir jeté un coup d'oeil sur les mouvements des met bres postérieurs.
3° Le membre postérieur s'élève et scportecn avant. — Lorsque lemembr abdominal s'élève et se porte en avant, la cuisse se fléchit sur le bassin, la jambi se fléchit sur la cuisse, et le pied tout entier sur la jambe. Les divers angles quJ forment entre eux les rayons de cette extrémité se conservent en se fermant à ui( degré plus ou moins prononcé ; l'angle mélatarso-phalangicn seul éprouve une invcE sion : son sinus, qui est antérieur pendant l'appui, devient postérieur tant que le pie^ est élevé au-dessus du sol.
La cuisse, qui, à l'état normal, se trouve, pour me servir des expressions de BouB gelat , à peu près à la moitié de sa flexion en avant, décrit inférieurement, dan l'action qui nous occupe, un arc de cercle assez étendu. Sa flexion, effectuée en seif| inverse de celle du bras, reconnaît pour agents essentiels le psoas des lombes, psoas iliaque, et chez les solipèdcs le moyen fessier AB (fig. 26). En outre, el» paraît avoir pour auxiliaires le fascia lata et l'ilio-rotulien, qui , en se contractanr tendent, d'une part, à étendre le tibia, et d'autre part, à fléciiir le fémur. MalJ
:omnie au lever du membre, il faut que la cuisse et la jambe se fléchissent simultanément, il est difficile de démêler la combinaison qui peut permettre à ces derniers muscles de fléchir la première, sans mettre obstacle à la flexion de la seconde.
1,'angle fémoro-tibial, ou l'angle du grasset, est projeté très sensiblement en haut ei en avant, dès le début de l'action de chaque membre postérieur soulevé. Son mouvement est un des plus évidents et des plus faciles à suivre de tous ceux qui s'opèrent dans les diverses parties de cette extrémité.
La jambe se fléchit sur la cuisse par la contraction des ischio-libiaux CD (fig. 26), qui meuvent un levier du troisième genre sur le- ([iiel leur insertion devient d'autant plus perpendiculaire que la flexion est portée plus près tic ses limites extrêmes. Elle s'étend, au contraire, sur le rayon crural dès que l'extrémité |)arvenue à son maximum d'élévation se porte obliquement en avant pour revenir à l'appui. Ces deux actions successives que la théorie indique sont fort difficiles à saisir dans les allures rapides ; mais elles se distinguent assez nettement l'une de l'autre dans le pas ordinaire.
Le métatarse est fléchi sur la jambe par le libio-prémélalarsien qui agit sur un levier du ii oisième genre. A lui seul, ce muscle suffit pour soulever les diverses sections du pied dont le poids ne constitue pas, du reste, une résistance bien considérable.
Enfln, la région digitée se fléchit sur ce dernier rayon, de telle sorte que le sinus de l'angle métatarso-phalangien devient postérieur au lieu d'être antérieur, comme pendant l'appui du membre sur le sol.
Par suite de ces dilférentes flexions opérées '• à peu près simullanémeni, le membre abdominal est devenu plus court, s'est détaché du sol et porté en avant, suivant une ligne plus ou moins oblique. Il nous reste à l'examinera l'instant où il s'étend et revient à l'appui.
h" Le mcnihrc postérieur s'étend et retombe sur le sol. — Pour que CC
mouvement d'ensemble s'ellcctuc, il est indispensable qu'il y ait : 1° relâchement des muscles qui se sont contractés dans la période précédente; et 2° contraction de leurs antagonistes.
D'abord, la cuisse est étendue sur le bassin par le grand fessier AB (fig. 27) dont la branche trochanlérienne principale agit sur un levier coudé du premier genre. La jamba l'est sur la cuisse par les muscles rotuliens CD qui meuvent un levier dont les extrémités osseusés se trouvent réunies par des ligaments intermédiaires. Le mêla-
Fig. 27.
taise est, à son tour, ramené à l'extension par legasiro-cnémien EF{fig. 27), et U
région digiiée reprend insensiblement son angle d flexion à ouverture antérieure par la conlractio des deux extenseurs des phalanges.
On voit, d'après le rapide aperçu qui précède, qu le jeu de chaque membre se compose de deu» actions essentiellement distinctes: l'une parlaquell il se fléchit, s'élève et se porte en avant ; l'autre pan laquelle il s'étend , se rapproche du sol et vienli effectuer son appui. Leur succession alternative exige que les extenseurs et les fléchisseurs des arti-i culations se contractent tour à tour, suivant un ordre rigoureusement déterminé; elle permet, pa^ conséquent, aux premiers de se relâcher pendant que les autres agissent, et réciproquement, d telle sorte que, pour chaque muscle, il a une période d'action à peu près égale à celle de repos.' Aussi on conçoit qu'une allure lente soit moin pénible, chez la plupart des animaux, que la station, qui exige une contraction permanente des exten seurs, sans nécessiter des efforts proportionnel de la part des muscles fléchisseurs.
Il serait sans doute intéressant de savoir quel es le rapport qui peut exister, dans ces deux actions, entre l'intensité de la force déployée par les extenseurs et l'intensité de celle des fléchisseurs. Mais, pour donner au problème une solution , même approximative, il faudrait connaître exactement les proportions de nombre et de volume qui s'observent entre ces deux ordres de umscles, évaluer l'influence que peut avoir la structure simple ou complexe de ces organes sur l'énergie de leur contraction, apprécier l'action qu'exercent sur les forces la nature et les conditions dynamiques des leviers. . Ur.e telle déicrminaiion échappe à toute espèce de calcul et 5 l'analyse la plus minutieuse. Du l esle, à supposer qu'elle puisse être réalisée dans une région, les résultats qu'elle donnerait ne seraient nullement l'expression d'une loi générale : il faudrait la tenter successivement dans toutes les autres parties de l'appareil locomoteur. Il suffit, pour concevoir l'impossibilité de déduire une formule synthétique, de quelques évaluations particulières, de se rappeler les grandes variations de nombre et de poids qui so remarquent, suivant les régions, entre les muscles qui étendent et ceux i qui fléchissent les leviers o-sseux. Voyez, par exemple, l'avant-brasqui a cinq extenseurs s opposés ù deux fléchisseurs d'un volume peu considérable; puis le métacarpe qui, an contraire, n'a qu'un seul extenseur pour trois fléchisseurs; le pied qui possède les premiers et les seconds en même nombre dans le membre antérieur, et en nombre !
inégal dans le postérieur : il n'en faut pas davantage pour se convaincre que les rapports dont nous parlons ne peuvent servir d'éléments à une évaluation rigoureuse.
31aintenant que nous avons décomposé l'action de chaque extrémité en ses divers éléments, examinons-la dans son ensemble, abstraction faite de l'espèce d'allure que peut présenter l'animal.
Oscillations des extrémités. — Le jeu d'uu membre, dans les mouvements progressifs des quadrupèdes, comprend quatre périodes. Dans une première, qui est le lever, le pied quitte le terrain; dans une seconde, qu'on appelle la soutien, il est en l'air; dans une troisième, ou le poser, il revient sur le sol; et enfin, dans une quatrième, ou l'appui , il supporte sa
Fig. 28.
part du poids du corps. Lorsque les quatre extrémités ont passé par ces quatre phases successives qui peuvent être réduites à deux, l'appui et le lever, il s'est elfcctué ce qu'on nomme un pas complet.
Quelle que soit l'allure de l'animal, chaque membre, pour accomplir l'action dont les phases viennent d'être indiquées, se meut à la manière d'un pendule, qui, par ses oscillations plus ou moins rapides et plusou moinsétendues, donne la mesure de l'espace parcouru par le centre de gravité dans un pas complet.
Lorsque le membre est en l'air, il passe successivement par trois situations fort distinctes (fig. 28). A soulever G, il est obliquement incliné de haut en bas et d'avant en arrière ; au milieu de sa course, le pied et le coude se trouvent à peu près sur une même ligne verticale; enfin, à l'instant où il va effectuer son ap|)ui, il est oblique de haut eu bas et d'arrière en avant.
J'appellerai initiale la première situation, moijenne la seconde, et finale la troisième, (^e membie éteudu dans ses deux situations extrêmes , et fléchi dans l'intermédiaire , décrit, pour passer de la première à la dernière, un arc de cer cle CBA dont la corde donne la mesure exacte de l'amplitude de l'oscillation opérée par l'extrémité inférieure du pendule.
Le membre qui est à l'appui se meut aussi d'arrière en avant , F"g- !i9- jj comme celui qui est ea l'air, et il passe, de même que ce dernier, par les trois situations précédemment énumérées. A sa direction initiale A (fig. 29), c'est-à-dire
au moment où il commence son appui, il est oblique de haut en bas et d'arrière en i; avant; à .sa direction finale C, il est oblique en sens inverse; enfin, à sa direction i intermédiaire B, il est vertical. Pendant que le membre lev6 décrit par son extré- • mité inférieure un arc de cercle d'une étendue détern)inée, le membre à l'appui i en décrit un autre par son extrémité supérieure, égal à la moitié du premier. ;
En comparant le jeu de l'extrémité qui est en l'air avec celui de l'extrémité qui i| est à l'appui, on voit que les situations de même nom sont isochrones, ou, en i. d'autres termes , que l'une et l'autre extrémité sont ensemble à l'initiale , puis à u l'intermédiaire et à la finale; d'où il résulte que les deux membres se trouvent sur une même ligne transversale quand ils arrivent au milieu de leur action, tandis qu'ils forment, l'un par rapport à l'autre, à la fin et au commencement de cette • dernière, un angle plus ou moins ouvert et à sinus inférieur. Seulement, dans la i situation initiale, le côté antérieur de l'angle est constitué par le membre à l'appui, , elle même côté l'est, au contraire, par le membre levé dans la situation finale. C'est i là un point hors de toute contestation.
Les deux membres d'un bipède, soit antérieur, soit postérieur, en jouant en-semble, chacun suivant un mode spécial, représentent assez exactement deux pen-dulesdontl'un, celui du membre levé, oscille par son extrémité inférieure, etdontl l'autre, celui du membre appuyé, oscille par son extrémité supérieure. Leurs oscil-lations, qui commencent et qui finissent ensemble, sont par conséquent isochrones s et de même vitesse, mais elles n'ont point une égale amplitude: nous verrons toutt à l'heure que celles de l'extrémité qui est en l'air ont une étendue double de celles? de l'extrémité qui repose sur le sol.
Ce que les deux membres d'un bipède antérieur ou postérieur font ensemble dans uni même temps plus ou moins fractionné, chacun d'eux le fait en deux temps successifs. .
Puisque, d'une part, l'action d'un membre, dans un pas complet, comprend deuxu grandes périodes, l'une de soutien et l'autre d'appui, et que, d'autre part, chacune de ces périodes se subdivise en trois situations différentes, il est évident que quand , le pas sera achevé, l'extrémité aura passé successivement par les six situations> A', B', C, D', E', F' (fig. 30). Or, partant de ce fait, nous pouvons délerraineri
DES MOUVEMENTS PROGRESSIFS EN (lËNÉUAL. 305
l'étciuUie do l'espace parcouru par le membre, à l'une cL à l'autre de ses extrémités.
Pendant qu'il est au lever, il éprouve, par son extrémité inférieure, une oscillalion dont l'amplitude G H est double de l'oscillation D' F' qui se produit à son extrémité supérieure lorsqu'il est à l'appui. En eiïet, en même temps que le pied levé décrit l'arc GH, le membre opposé, a, b, c, quela figure 30 représente sur un second plan, décrit l'arc A'C par son extrémité supérieure. Ce dernier arc étant le résultat (le la progression en avant du centre de gravité, progression qui dérive de l'impulsion communiquée au corps par les membres abdominaux, il est clair qu'il sera ( gaiement décrit par la partie supérieure du membre levé. D'où il suit que le point A', considéré comme centre du mouvement du membre levé, se meut autant que le point correspondant du membre à l'appui. Il passe en B' lorsque le pied se trouve à sa situation moyenne, et arrive en C quand celui-ci est parvenu à sa situalion finale. Le pendule représenté par ce membre en l'air éprouve donc un double mouvement; il oscille, à la fois, et par son extrémité supérieure et par son extrémité inférieure.
De plus, le membre pendant son lever, ayant parcouru supérieurement le trajet A'B'C', et devant parcourir pendant son appui, c'est-à-dire pendant la seconde des deux grandes périodes de son action, le trajet D'E'F', lesquels mesurent ensemble l'espace parcouru par le centre de gravité, il faut nécessairement que, dans la durée de ces deux périodes, le pied parcoure un trajet égal à celui du centre de gravité, ou, en d'autres termes, que le membre, pendant la durée totale de son action, éprouve un déplacement rectiiigne de même étendue à l'une et à l'autre de ses extrémités. Aussi la corde de l'arc G H décrit par le pied est-elle équivalente à la somme des cordes des deux arcs A'C et D'V décrits par l'extrémité supérieure du membre.
Enfin, comme l'extrémité supérieure du membre emploie toute la durée de la période du lever et de celle de l'appui pour effectuer son trajet, tandis que l'extrémité inférieure ne met, pour effectuer le sien, que la durée d'une seule de ces périodes, il faut que dans l'une d'elles le pied parcoure le même espace que l'extrémité supérieure dans les deux réunies. Et comme ces deux périodes sont de même durée, la vitesse du pied doit être double de la vitesse de la partie supérieure du membre ou du centre de gravité. Voilà pourquoi les oscillations du pied du membre levé sont deux fois aussi rapides que les oscillations de la partie supérieure du membre à l'appui, bien que les premières et les secondes commencent et finissent ensemble, ou, en d'autres termes, qu'elles soient parfaitement isocbrones.
Ces considérations posées, il reste à rechercber quelle est l'étendue de l'espace parcouru par le corps ou le centre de gravité dans un pas complet : dernier point très facile à déterminer, soil rationnellement, soit par la voie expérimentale.
Sachant premièrement que le pas complet est effectué lorsque les quatre exlréniitésont passé, chacune, par les phases précédemment indiquées; et deuxièmement quel est l'espace mesuré par un membre pendant la durée de son action, nous pouvons, sans grandes difficultés, préciser l'étendue de l'espace parcouru pendant un pas con)|)let.
Pour arriver à ce résultat, il n'est nullement nécessaire de s'occuper des extrémités postérieures qui doivent, chacune, franchir autant d'espace que chacune des
extrémités antérieures, et ne peuvent progresser ni plus ni moins vite que ces dernières, aux mouvements desquelles elles se trouvent intimement subordonnées. Il suffit de tenir compte du trajet mesuré par un pied antérieur pendant qu'il est en l'air, trajet égal à celui mesuré par l'extrémité supérieure du même membre pendant la période de l'action et celle de l'appui. Or, comme dans un pas complet, les oscillations supérieures du membre antérieur droit sont isochrones à celles du membre antérieur gauche, le centre de gravité n'a progressé que de l'espace mesuré par les cordes des deux arcs A'C et D'F' dont la somme est équivalente à la corde de l'arc unique GH décrit par l'un des pieds pendant le lever d'un membre.
On conçoit aisément que l'étendue du pas ne puisse pas être égale à celle de deux oscillations du pied levé; car, pendant la durée d'un pas complet, les deux membres d'un bipède antérieur, par exemple, agissent ensemble, de telle sorte que les trois phases du lever A',B',C', du membre droit correspondent aux trois phases a, b, c, de l'appui du membre gauche, et réciproquement pour les trois suivantes.
En comparant le trajet parcouru par les deux pieds d'un même bipède, pendant un pas entier, avec celui que mesure le centre de gravité, on trouve que le premier est constamment supérieur d'un tiers au dernier. L'excédant du trajet franchi par les pieds lient à la situation qu'ils affectent, l'un relativement à l'autre. Cette situation, dont la figure 30 nous donne une idée exacte, est telle, d'une part, que le membre antérieur droit, par exemple, est en retard au début de son lever A' sur le centre de gravité, et en avance sur lui à la fin de la même période, et, d'autre part, que quand l'un des membres est en avance, l'autre est en retard, excepté cependant aux instants de ce que nous avons appelé les situations moyennes ou intermédiaires.
L'espace parcouru par le corps dans un pas complet doit varier beaucoup suivant les allures. Au pas de vitesse moyenne, cet espace est à peu près égal à la distance qui sépare, lorsde la station, la piste du pied de derrière de celle du pied de devant; au trot, il est souvent double; au galop, triple, quadruple, etc. i\lais c'est là un point sur lequel nous reviendrons.
Les considérations précédentes s'appliquent au jeu des extrémités lorsque l'allure est entamée, c'est-à-dire lorsqu'un pas succède à un autre pas. Le début d'une allure comporte quelques combinaisons qui s'opposent à une analyse exacte des diverses particularités qui viennent d'être rapidement exposées.