II. DE l'amble
L'amble est une allure caractérisée par le jeu alternatif des deux bipèdes latéraux, et dans laquelle il y a constamment deux pieds levés et deux pieds à l'appui.
Dans cette allure, plus simple et plus rapide que le pas, les deux membres du même côté, l'antérieur et le postérieur, se lèvent ensemble, parcourent simultanément leur trajet, et retombent à la fois sur le sol, puis les deux autres du côté opposé se lèvent à leur tour, se portent en avant et reviennent à l'appui ; après quoi les premiers recommencent leur action, et ainsi de suite, sans aucune interruption.
Le pas complet de l'amble se compose de deux temps égaux : l'un pendant lequel le bipède latéral droites! en l'air et le gauche à l'appui ; l'autre pendant lequel, au contraire, le bipède latéral gauche est en l'air et le droit à l'appui. Dans chacun de ces temps , les deux membres d'un bipède se lèvent , parcourent leur trajet et reviennent sur le sol ensemble ; leurs oscillations sont de même amplitude et parfaitement isochrones : l'instant de leur poser est celui du lever des deux membres
DE l'amble. 327 de l'autre bipède, de telle sorte qu'il n'y a point, comme dans le trot et le galop, de temps intercalaire pendant lequel le corps se trouve complètement en l'air.
Dans l'amble régulier des solipèdes, les deux membres qui jouent ensemble conservent toujours leur parallélisme. Au commencement de leur action, c'est-à-dire à leur lever, ils sont obliques de haut en bas et d'avant en arrière ; au milieu de leur course, ilssonl verticaux, et à l'instant de leur poser, ils prennent une obliquité inverse àcellcdu début de leur oscillation. Leur appui, qui s'elîcctueau même instant, pour les deux pieds du même côté, ne fait entendre qu'une battue, mais laisse deux foulées distinctes, celle de l'extrémité postérieure dépassant plus ou moins celle de l'extrémité antérieure ; en tout deux battues et quatre foulées pour un pas complet de cette allure.
L'amble présente'suivant les âges et les espèces plusieurs variétés remarquables.
Quelquefois, surtout lorsque l'allure est lente, les deux pieds d'un bipède latéral ne se lèvent pas en même temps et appuient l'un après l'autre, quoique h un très court intervalle ; leurs battues deviennent alors distinctes, bien que celles des extrémités du même côté soient très rapprochées. Cotte variété, qui s'observe assez fréquemment sur les animaux jeunes, sur les sujets affaiblis ou fatigués, et notamment quand leur progression est très lente, lient le milieu entre l'amble régulier et le pas ordinaire; elle offre, dans la succession des extrémités, une combinaison analogue à celle des deux temps du pas pendant lesquels le corps est supporté par un bipède latéral, le pied antérieur s'élant levé après le postérieur du même côté.
Une seconde modification de l'amble s'observe chez la girafe. Les deux membres de chaque bipède latéral de ce ruminant n'ont point une action tout à fait simultanée ; ils ne se lèvent point ensemble et ne reviennent pas à l'appui au même instant. Le pied postérieur entame l'allure, et, à chaque temps, il continue à se lever avant l'antérieur du même côté; aussi y a-t-il quatre temps distincts dans cette allure, dont deux très courts et deux autres beaucoup plus longs. Si l'amble débute par le lever du pied postérieur droit, par exemple, il y a à l'appui, dans le premier temps, le bipède latéral gauche et le pied antérieur droit ; dans le second, le bipède latéral gauche ;dansle troisième, le bipède latéral droit etie membre antérieurgauche; enfin,
dans le quatrième, le bipède latéral droit. La distance qui sépare le lever du pied antérieur de celui du pied postérieur du même côté, devient d'autant plus grande que l'allure est plus ralentie. Dans l'amble très lent, le pied antérieur ne se lève, pour ainsi dire, que lorsque le postérieur vient le chasser, tandis qu'il quitte le sol à peu près en même temps que l'autre, lorsque l'allure est rapide. Enfin, dès que l'amble a acquis une certaine vitesse, il ressemble tout à fait à celui des solipèdes. Du reste, quelles que soient la rapidité ou la lenteur de ce n)ode de progression, la foulée du pied de derrière dépasse de beaucoup celle du pied de devant.
Il est à noter que l'arable est le mode ordinaire de progression de la girafe. Cet animal ne va jamais au pas, quoi qu'en aient dit les auteurs arabes cités par Barthez. Seulement quelquefois, le ruminant change de place en faisant agir ses membres en diagonale, et alors, contrairement à l'assertion de Damir, c'est le pied antérieur qui se porte le premier en avant.
L'amble du dromadaire présente sensiblement les mêmes caractères que celui de la girafe; il se substitue au pas dès que la progression devient un peu rapide. Si l'on examine le dromadaire marchant avec lenteur, on voit très manifestement que les deux pieds du même côté n'agissent point ensemble, le postérieur appuie alors que l'antérieur se lève, et la piste du premier reste en arrière de celle du second. Ce n'est qu'à partir du moment où l'animal est un peu pressé qu'il va l'amble. Sa. marche lente est une allure bâtarde tenant du pas et de l'amble sans être absolument ni l'un ni l'autre.