‹ Traité de physiologie comparée des animaux domestiquesChapitre 81 sur 155 · VII. DK LA UEI'TATION · texte numérisé non relu

VII. DK LA UEI'TATION

Ce nouveau mode de progression est particulier aux animaux privés de membres ou pourvus d'extrémités impropres à soutenir le corps et à l'empêcher de se mettre en contact avec la surface du sol.

11 appartient nécessairement à la généralité des reptiles et à la-plupart des animaux inférieurs qui se meuvent sur des corps solides ; mais nous ne le considérerons ici que d'une manière très générale et spécialement en ce qui concerne les animaux vertébrés chez lesquels il s'offre sous deux formes, savoir : la reptation simple ou apédalc, et la reptation opérée avec le secours des membres.

La reptation qui s'eiïeclue avec la participation des membres établit, en quelque sorte, la transition entre la progression ordinaire et la reptation proprement dite. Elle est bien caractérisée chez les lézards, le caïman, le crocodile, la salamandre, le caméléon, les tortues, mémo chez les phoques et divers cétacés lorsqu'ils se meuvent sur les rivages. Sou mécanisme est fort simple dans la plupart de ces animaux : les extrémités, par suite de leur brièveté, de leur ccartemcut, de leur situation tout à fait oblique et latérale, ne pouvant élever le corps au-dessus de la surface du sol, le laissent plus ou moins ramper : pour donner l'impulsion, elles se déplacent suivant un ordre variable qui est, chez plusieurs, la tortue, par exemple, celui du pas des quadrupèdes, et leur déplacement s'accomplit, tantôt avec lenteur, comme chez le caméléon, d'autres fois avec la rapidité qui caractérise la progression des petits lézards.

C'est par un mode analogue à la progression des reptiles pourvus de pieds que se meut le phoque à la surface du sol. Cet animal après avoir pris un point d'appui avec ses membres antérieurs, alors qu'il lient le cou et la tète relevés, attire en avant la partie postérieure de son corps en faisant ployer sa colonne vertébrale, puis les parties postérieures prennent à leur tour un autre point fixe et projettent en avant, par un redressement brusque, l'extrémité antérieure (1).

La reptation simple, c'est-à-dire celle des serpents, est plus difficile à concevoir que la précédente, car l'impulsioa qui la détermine est développée, exclusivement, par le jeu même des parties qui doivent être mises en mouvement.

Lorsque le serpent se met à ramper, son corps décrit une série d'ondulations horizontales, plus ou moins étendues et rapprochées qui disparaissent et se reproduisent avec une grande rapidité. Formées par l'action des muscles qui longent la colonne vertébrale, et par ceux qui lient les côtes les unes aux autres, elles peuvent être considérées, chacune, comme un point d'appui qui permet à celle qui la précède immédiatement de se redresser et de pousser en avant la partie antérieure du corps. Ainsi, au début du mouvement, l'animal prend un point fixe vers la tète, puis fait agir ses muscles spinaux etintercostaux qui font décrire au corps une série d'ondes en ramenant les parties postérieures vers les antérieures. Cela fait, la première ondu-

(1) Voyez à ce sujet Vyaïlhcz, ]\Iccaniquc des muuvemcuts,ii. 135; Bincmoy, Mémoires (luMuscum, t. IX., p. 181.

un LA REPTATION. ^[^^

latiou se redresse el se projelle en avant, a|)puyée sur la seconde qui arc-boutif sur le sol, puis la seconde, à son tour, s'étend appuyée sur la troisième, et ainsi de suite. Ce redressement, (jui paraît s'opérer successivement, quand la reptation est lente, semble se produire simultanément dans toul(;s les ondes dès que la progrès-sion devient un peu rapide.

Quelquefois il arrive que le reptile, au lieu de ramper en décrivant des sinuosités, se meut très vite, suivant une ligne presque droite ; mais en y regardant attentivement, on voit que le corps décrit encore des ondes alternatives dont les courbes légères appartiennent à des cercles d'un très grand diamètre ; parfois aussi, le serpent progresse sans faire ondoyer son corps : ainsi, lorsqu'il est roulé en spiralo CL qu'il essaie de se déplacer, tous les tours de la spire se meuvent à la fois et circu- 1 lairement, depuis la tête jusqu'à l'extrémité de la queue. Cette variété de mouve- I ment cstsurtout bien sensible chez lesophidiens de grande taille, le boa et le python, I par exemple.

Les inflexions qui font progresser les serpents appartiennent toutes aux variété I précédentes. Ce qu'on a dit des ondulations verticales est une pure fiction des poètes. Les serpents qui se détachent partiellement du sol pour décrire des courbes d'un plan perpendiculaire à la surface de ce dernier, ne le font que dans le but de soulever la tète et les parties antérieures du corps, lesquelles trouvant un appui sur les postérieures, se meuvent souvent seules et se portent dans toutes les directions : les premières suCTisent à faire mouvoir l'animal dans tous les sens et h le faire reculer» même avec une grande vitesse, surtout lorsque, suivant la remarque de Lacépède, il n'a point, ainsi que l'amphisbène nous en offre un exemple, de plaques écailleuses sous le ventre.

Les ondes alternatives que décrit le corps des ophidiens jouent, sans doute, lé principal rôle dans la progression de ces animaux ; mais leur action a pour auxiliaire essentiel le jeu des côtes et des lames transversales que la plupart portent en dessous, depuis la tête jusque vers l'extrémité de la queue. Les côtes qui, à l'état normal, sont plus ou moins inclinées en arrière, se projettent en avant et en dehors, lors de la progression, de manière à prendre un point d'appui à leur extrémité libre, sur la ligne de jonction des lames transversales avec les écailles ; leur mouvement devient très manifeste, à travers la peau, et peut être suivi avec facilité, notamment sur les pythons, pendant qu'ils se déplacent avec lenteur ou lorsqu'ils éprouvent lo mouvement spiroïde dont je parlais tout à l'heure. Les plaques écailleuses imbriquées dont le bord libre regarde en arrière, semblent remplir, par suite d'un léger redressement, l'olFicc d'une série de petits pieds susceptibles de s'appuyer sur les plus faibles inégalités du sol ; leur nombre, qui paraît en rapport direct avec celui des vertèbres et des arcs costaux, ajoute à leur importance : j'en compte 147, de la tête à l'orifice du cloaque d'une vipère quia 150 paires de côtes et une quarantame sur la longueur de la queue, à partir du niveau auquel les côtes disparaissent ; ces dernières, bien plus petites que les autres, sont partagées en deux segments par uno découpure longitudinale.

La reptation, quelles que soient les variétés de son mécanisme, s'opère plus aisément sur un sol rugueux, dans l'herbe, sur les arbres, etc. , que sur les corps dont la surface est dépourvue d'irrégularités. Elle est aussi très facile dans l'eau, soit

que l'animal se trouve complètement plongé dans le liquide, soit qu'il se trouve près de la surface. Le corps décrit dans cet élément les mêmes inflexions que sur le sol et exécute toutes les évolulious possil)les, avec une rapidité et une souplesse remarquables, car les ondes du reptile peuvent, en frappant le liquide, y prendre des points d'appui, et permettre à l'animal de progresser lentement ou avec rapidité, et de se diriger sans peine dans tous les sens.

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