VI. DU KECULER
On donne le nom de reculer à la progression rétrograde de tous les animaux.
Ce mode de locomotion qui appartient b toutes les espèces bipèdes ou quadrupèdes, ne s'effectue que rarement, avec lenteur et une difTiculté plus ou moins grande qui s'oppose à ce qu'il se continue longtemps sans une extrême fatigue des membres, et surtout des postérieurs.
On conçoit aisément que cet acte, qui exige une inversion dans le jeu habituel des extrémités et une transposition du rôle départi à chacune d'elles, soit beaucoup plus pénible que la progression ordinaire. En effet, dans le reculer, l'impulsion principale doit être donnée par les membres thoraciques, comme elle Test par les
(1) Voy. Dugès, P/iysioiof/ie, t. Il, p. 151.
membres abdominaux, dans le pas, le irot, le galop, elc. Or, les premiers sont, ainsi qu'on le sait, très mal disposés pour remplir cet office : d'une part, ils n'ont pas ime obliquité assez prononcée, même lorsque l'action rétrograde est déjà engagée ; d'autre part, les rayons qui les composent ne forment pas assez d'angles, et des angles assez fermés, pour donner lieu à une détente énergique : de plus, leur union avec le tronc, par des parties molles, devient une condition très défavorable à la transmission intégrale de la puissance impulsive. Néanmoins, malgré cet ensemble de dispositions si peu en harmonie avec le rôle exceptionnel que jouent les membres ihoraciques dans le reculer, ils déploient, encore ici, une force considérable sur laquelle nous reviendrons en traitant du tirage et des efforts musculaires.
Le mécanisme de l'impulsion rétrograde n'est point, à beaucoup près, le même pour le reculer simple et pour celui des animaux qui traînent des fardeaux. Dans le premier cas, la force destinée à pousser en arrière la masse du corps, est développée, en grande partie, par les membres antérieurs qui arc-boulent contre le tronc, en vertu de l'obliquité qu'ils prennent ; et ils produisent cette force par le redressement des angles du boulet, du coude et de l'épaule, angles dont pas un n'opère une détente d'une énergie comparable à celle du jarret. Dans le second cas, la puissance de rétropulsion dérive, à la fois, des membres thoraciques et des membres abdominaux, car la résistance appliquée en arrière de ceux-ci se trouve entre le corps et l'espace indéfini dans lequel elle doit se mouvoir. Aussi, cette différence essentielle nous explique pourquoi le reculer, si pénible en soi, permet à un animal attelé d'entraîner, à lui seul, la charge que plusieurs animaux de même force peuvent transporter suivant le sens de la progression ordinaire.
Le mode suivant lequel le reculer s'effectue présente quelques traits communs à la plupart des animaux. Le reculer spontané, tel que celui du taureau et du bélier qui veulent se précipiter sur leurs rivaux, se fait souvent avec rapidité, sans s'accompagner du bercement latéral du corps, des mouvements obliques et de celte élévation de la tête qui sont ordinaires au reculer plus ou moins forcé. Le quadrupède qui recule déplace ses membres suivant l'ordre même de leur succession dans le pas, c'est-à-dire en diagonale, comme on peut s'en assurer chez les ruminants, les solipèdes, chez le rhinocéros, l'hippopotame, l'éléphant, même chez le chameau et la girafe, bien que l'amble soit l'allure ordinaire de ces derniers. Ainsi ce déplacement a Ueu dans l'ordre suivant : après l'antérieur droit, par exemple, c'est le postérieur gauche, puis l'antérieur gauche et le postérieur droit; mais il a ceci de particulier que le pied qui se lève revient à l'appui avant que celui qui se lèvera ensuite ait quitté le sol, de telle sorte, qu'à part les cas où le reculer est très rapide, il y a seulement un pied en l'air, à la fois, comme le voulait Borelli pour le pas ordinaire. Lorsque l'action a acquis une certaine vitesse, les deux pieds de chaque bipèa.e diagonal agissent ensemble, et l'appui n'a plus lieu que sur deux des extrémités.
Ilest à remarquer que le reculer est habituellement entamé par un pied de devant, le droit ou le gauche indifféremment, s'ils se trouvent sur la même ligne, et par le moins engagé sous le corps, s'ils ne sont pas au niveau l'un de l'autre; c'est, au contraire, le membre postérieur le plus engagé sous le centre de gravité ou le plus avancé qui se meut ensuite. Cette particularité, qui rappelle le jeu analogue, mais inverse des extrémités dans la progression directe comparée h la progression rétro-
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grade, s'explique très bien s ii'oii considère que le membre tTHlérieur qui se lève a achevé son impulsion à l'instant où son obliquité de bas en haut et d'avant en arrière est devenue^ aussi prononcée que possible, absolument comme le membre postérieur qui, dans le pas ordinaire, quitte le soi au moment où il est parvenu à la limite extrême de son inclinaison.
L'étendue des espaces franchis successivement par chaque extrémité est moins considérable que dans le pas très lent; les pistes antérieures, au lieu de recouvrir les postérieures du même côté, restent toujours à une distance considérable de ces dernières qu'elles alleignent à peine dans le reculer très rapide, sanstoutefoisjamais les recouvrir, car l'extrémité antérieure d'un bipède latéral revient à l'appui avant que la postérieure du même bipède se soit levée. Les chiffres suivants donneront une idée du rapport qui peut exister entre l'amplitude des oscillations des extrémités dans le reculer de vitesse moyenne et celle des mêmes oscillations dans le pas et les autres allures.
NUMÉROS
DES PAS
ÉTENDUE
DES PAS
NUMÉROS
DES PAS
ÉTENDUE
DES PAS
OBSERVATIONS
Mét.
I\Ièt.
Hauteur du cheval : l'",62.
Distance entre les pieds
de devant et ceux de
derrière lors de la sta-
tion : 1"',18.
O.iO
Les distances sont prises
de la pince d'une em-
preinte à la pince de
l'empreinte suivante
du même pied (comme
précédemment ).
La progression rétrograde, quelle que soit sa vitesse, s'opère rarement suivant une ligne parfaitement droite; elle s'accompagne, presque toujours, d'un bercement particulier de la croupe, et elle fait décrire à la partie postérieure du corps une série de sinuosités plus ou moins prononcées. Celles-ci tiennent d'abord aux tentatives que fait l'animal pour résister à la main qui le dirige et reprendre une autre allure, puis au mode d'action des membres thoraciques qui donnent tour à tour Timpulsion, sans qu'il y ait entre eux cette solidarité établie si intimement par le bassin aux membres abdominaux.
Le reculer présente quelques différences suivant la direction de la surface du sol. Sur un plan incliné, il devient plus facile et acquiert son maximum de vitesse quand l'animal descend : seulement les glissades sur les pieds de derrière et les chutes à la renverse sont plus fréquentes. Au contraire, il est extrêmement pénible si l'animal monte, car les membres antérieurs supportent une charge trop considérable. Ses variétés assez peu nombreuses parmi les animaux, nous montrent qu'il s'effectue
SAS'. DKS MUUVBMENTS.
d'autant plus dillicilcinont que les extrémilés postérieures sont plus faibles, la région dorso- lombaire plus longue et plus flexible, comme dans le bœuf et le porc, par exemple.