II. DU TIRAGE
Avant que, par son génie, l'homme se fût créé des moteurs parmi les puissances physiques et chimiques, avant qu'il eût trouvé le moyen d'utiliser la force de l'air en mouvement, celle de l'eau, de la vapeur, de l'électricité, il n'avait d'autres forces à sa disposition que les siennes propres et celles des animaux domestiques. Aujourd'hui qu'il est parvenu à mettre à son service une foule de moteurs iniissanis, il ne se sert plus de ceux qui sont animés parla vie que dans les circonstances où les autres ne peuvent ^être économiquement employés. Mais si les moteurs \ivants n'approchent point de la puissance de ceux qu'il a imaginés, ils ont, du moins, sur ces derniers, l'immense avantage d'être intelligents, de se gouverner d'eux-mêmes, de se plier aux exigences les plus diverses, et de s'approprier à mille services variés. Si la locomotive sur des voies de fer, les machines hydrauliques, et tant d'autres, ont une supériorité dynamique réelle sur les machines animales, elles ne peuvent fonctionner que dans des conditions rigoureusement déterminées qui ne leur permettent point de s'appliquer aux services ordinaires que rendent les animaux. Lorsque l'homme voudra se transporter aisément à travers tous ks chemins, sur des routes escarpées, sur un sol inégal ou fangeux, couvert de glace ou de neige ; lorsqu'il lui faudra parcourir avec vitesse des distances considérables, traverser des déserts brûlants, découvrir les traces du gibier, etc., où irouvera-t-il une machine qui le porte comme le cheval, le dromadaire, qui traîne la charrue comme le bœuf, qui le serve à la chasse comme le chien? Sans doute il n'en créera jamais une qui soit susceptible de fonctionner comme le font les animaux, quelque simple que puisse être le mécanisme d'après lequel ils appliquent leurs forces motrices, à tant de destinations diverses, dont la plus remarquable est celle du tirage.
Sous le nom de tirage on désigne tantôt l'action de tirer, tantôt le résultat de Celle-ci ; cette expression donne une idée vraie de l'action relativement à son effet, mais une idée très fausse de son mécanisme : car, ainsi que nous le verrons, l'animal attelé, au lieu de tirer, ne fait que pousser une résistance qui, placée en arrière de lui, agit cependant comme si elle était appliquée soit en avant de ses épaules, soit à la partie antérieure de sa tête.
Il y a deux modes principaux de tirage: le tirage au joug, et le tirage au collier, qu'il faut examiner chacun à part.
1° Du tirage au coUicr. — • C'est le mode dans lequel la résistance s'applique en avant des épaules par un bourrelet annulaire plus ou moins large, connu sous le
35^1 DES MOUVKMENTS.
nom de collier, et destiné à rallaclie des traits qui partent du fardeau à traîner,
11 y a à considérer dans celte espèce de tirage trois choses, savoir : 1" la force de i traction, sa nature, son intensité et le mécanisme de son développement; 1" le i mode d'après lequel celte force agit sur la masse du corps et se transmet à la résistance à vaincre; 3" enfin la résistance en elle-même et dans ses rapports avec la puissance motrice.
La force qui, dans l'action de tirer, lutte contre une résistance plus ou moins i considérable, n'est autre chose que celle qui met en mouvement la masse du corps dans les divers genres de progression, mais elle a ceci de particulier : 1° qu'elle dérive à la fois des membres postérieurs et des membres antérieurs; 2° qu'elle s'applique à une double résistance, le centre de gravité et le fardeau à traîner; deux propositions, dont la première seule demande une démonstration, la seconde étant évidente par elle-même. C'est par une erreur palpable, qu'il est inutile de réfuter, que certains auteurs, même parmi les modernes, ont considéré « le poids du corps comme la cause immédiate du tirage (1). »
Il est facile de concevoir tout d'abord que les extrémités antérieures, aussi bien que les postérieures, doivent prendre part à la force impulsive que nous appellerons ici force de traction. Dans les circonstances ordinaires, les membres postérieurs donnent à peu près exclusivement l'impulsion, surtout parce qu'ils se trouvent seuls en arrière du centre de gravité, c'est-à-dire de la résistance qui doit être portée en avant. Mais dans le tirage la résistance étant appliquée aussi bien antérieurement aux membres thoraciques qu'aux membres abdominaux, les premiers prennent part au développement de l'impulsion, et c'est par suite de la coopération de ceux-ci que la puissance de traction devient de beaucoup supérieure à la force qui met en mouvement la masse du corps dans la progression ordinaire.
Les membres postérieurs développent leur part d'impulsion comme ils le font dans toutes les circonstances, c'est-à-dire par l'extension simultanée de leurs rayons fléchis, lesquels agissent, dans leur ensemble, à la manière d'un arc obliquement interposé entre la partie postérieure du tronc ella surface du sol. Lors de leur extension rapide et plus ou moins complète, la force qu'ils produisent se divise en deux parties égales : l'une agissant de haut en bas et détruite par la résistance du terrain ; l'autre s'exerçant de bas en haut contre la masse du corps qu'elle pousse en haut et en avant; celle-ci se transmet par l'arliculalion coxo-fémorale, le bassin, l'articulation ilio-sacrée, la colonne vertébrale, au centre de gravité et aux régions anté'rieures du tronc. A eux seuls ces appendices forment l'arc ou la tige brisée et sinueuse, dont la détente produit une partie de l'impulsion ; la colonne dorso-lom baire ne saurait être regardée comme constituant une moitié de ce qui a été appelé Varc puissant (2) et considéré comme l'agent unique de la force de traction. La colonne dorso-lonibaire n'est qu'une lige de transmission intermédiaire aux parties
(1) Considérations sur le tirage des voitures et sur l'emploi des forces du cheval, traduit l de l'ouvrage anglais Ihe llorse {Journal des haras, t. V, 5' série, XLI de la collcclioa 1846, , p. 342).
(2) Prince, Considérations théoriques sur le principe du tirage {Journal de médecine ■ vétérinaire de l'école de Lyon, 184G, l. IF, p. 599 et 602).
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qui meuvent Cl à celles qui doivent êlrc mues, c'esl-à-dire inlerniédiairc à la puissance et à la résistance.
Celte force impulsive, de I)eaucoup supérieure à celle qui met en mouvement la masse du corps dans la progression simple, dérive donc d'une source unique et d'un mécanisme uniforme. Quelle que soit son intensité, elle n'est produite que par un seul membre à la fois, car les deux ne se trouvent ensemble à l'appui que dans le pas d'une extrême lenteur et à l'instant où l'allure s'engage. Elle est évidemment développée suivant une ligne qui s'étend du pied au rachis, en passant par les articulations coxo fémorale etilio-sacrée, ligne obli(|ue de bas en haut et d'arrière en avant, formant avec la tige vertébrale un angle d'aulant plus obtus que les membres sont plus près de la limite que leur détente est susceptible d'atteindre. Elle se transmet delà partie postérieure à la partie antérieure du ironc, c'est-à-dire delà croupe aux régions correspondant au centre do gravité et à la résistance que le collier applique en avant des épaules, par le rachis, suivant la direction DB (fig. 36) qui est précisément la direction générale de la région dorso-lombaire. Enfin, cette puissance agit suivant une direction qu'il reste à préciser.
La ligne du développement et celle de la transmission de la force impulsive sont donc rigoureusement établies. Mais il n'en est pas de mC-me de la direction suivant laquelle celte puissance agit ; la détermination de cette troisième ligne comporte des combinaisons compliquées qui renferment en elles toutes les difficultés du mécanisme du tirage.
La puissance d'impulsion agit-elle suivant la ligne de son développement, dans les CNtrémités postérieures, ou bien suivant celle de sa transmission par le rachis, ou enfin suivant une troisième, parallèle ou non à l'une desdeux premières?
D'abord, celle puissance ne peut agir suivant une droite qui s'étendrait du pied à l'articulation coxo-fémorale ; car, si elle agissait dans ce sens, elle aurait pour effet principal desoulever la partie postérieure du corps, comme cela arrive dans la ruade. Or, ce soulèvement, cette élévation des régions postérieures est très bornée dans la progression de l'animal qui traîne des fardeaux. En second lieu, elle ne peut agir suivant la ligne de la région dorso-lombaire, bien que celle-ci soit l'agent de la transmission de cette force aux parties antérieures du corps, attendu, d'une part, que l'extrémité antérieure de la tige est située plus bas que son extrémité postérieure, disposition qui, dans cette hypothèse, aurait pour résultat de pousser la résistance à mouvoir vers la surface du sol, et, par conséquent, de restreindre l'étendue du déplacement, à supposer qu'elle n'y mît pas obstacle. D'autre part, l'action impulsive ne peut avoir celle direction, puisque la force destinée à mettre en mouvement le centre de gravité et une résistance plus ou moins considérable, se combinant avec la pesanteur qui agit verticalement, donnerait une résullanle qui pousserait encore davantage vers la surface du sol la double résistance à vaincre.
Si l'action de la puissance impulsive ne s'exerce, ni suivant l'axe des membres abdominaux, ni suivant la direction de la région dorso-lombaire, en quel autre sens peut-elle avoir lieu ?
Si nous consultons 'ace sujet les auteurs qui ont écrit sur le tirage, nous verrons que, pour eux, cette détermination n'a pas oiïert de diiïiciiltés sérieuses. Ils ont tracé sur une figure de cheval un parallélogramme avec la ligne des traits, la tan-
35é DES MOOVEMENTS.
gcnie à la siirface du sol et d'autres lignes, puis ils ont établi une diagonale du point d'appui de l'un des pieds au centre de gravité et à l'insertion des traits. Sans s'inquiéter de donner la raison de cette résultante, ils ont considéré celle-ci comme indiquant la direction même suivant laquelle agit la force de traction. M. Prince (1) seul a nettement caractérisé cette ligne restée énigmati([ue dans un travail précédemment rappelé. Selon lui , les membres et le rachis formeraient un arc « dont les points extrêmes seraient marqués parla puissance et la résistance. » Dans son opinion, « le mouvement imprimé à la résistance parla puissance doit être suivant une ligne droite allant de la seconde à la première, c'est-à-dire suivant la corde de l'arc. » Néanmoins, pour M. Prince, la ligne dont nous parlons n'exprime pas réellement la direction de la force de traction. « Cette direction serait rigoureuse si la contraction agissait seule. Mais la puissance développée par la contraction est composée avec celle de la pesanteur, modifiée par la résistance du plan que représente le sol. La composition de la pesanteur avec la puissance musculaire donnerait une résultante oblique et formerait un angle inférieur à l'horizon. La résistance du sol, pouvant être considérée comme absolue, rend impossible cette résultante audessous de l'horizon, et nécessaire cette direction suivant une parallèle au plan. » Ainsi, d'après cette théorie, la puissance impulsive agirait, si n'était l'intervention de la pesanteur, suivant une ligne étendue du pied au centre de gravité ; mais composée avec la gravitation, cette force tend îi pousser la résistance vers le sol dont la surface donne au mouvement une direction horizontale.
11 nous est bien difficile d'adopter ici les idées de M. Prince, pour plusieurs raisons, dont voici les principales : 1° La ligne tracée du pied au centre de gravité ne réunit nullement les deux extrémités de l'arc, puisque le centre de gravité, étant un peu au-dessus de l'appendice xiphoide, est bien éloigné de la colonne dorsale; 2° cette ligne, qui part du pied, ne correspond point, par l'une de ses extrémités, à la puissance, car celle-ci n'est point produite à l'extrémité inférieure même du membre en contact avec le sol ; 3° l'impulsion, si elle suit celte ligne, peut bien se combiner avec la gravitation sans donner forcément une résultante inférieure à l'horizon et sans même s'éloigner beaucoup de sa première direction, ainsi qu'il doit être d'après les lois de l'action angulaire des forces inégales.
Riais de ce qu'on n'a pas suffisamment et rationnellement expliqué pourquoi la force impulsive doit agir suivant une ligne tirée du point d'appui du pied de derrière au centre de gravité et au collier, il ne faudrait point regarder cette ligne comme une fiction. Eu réfléchissant bien à l'action musculaire qui met l'animal en mouvement, on peut se représenter les membres postérieurs et le rachis comme formant une tige en deux parties articulées l'une avec l'autre au sommet de l'angle qu'elles constituent, tige dont les deux segments sont susceptibles de s'écarter l'un de l'autre, de manière à faire varier l'étendue du sinus qu'ils circonscrivent. En effet, au moment où les membres postérieurs à l'appui commencent à donner l'impulsion, ils forment avec le rachis un angle à peu près droit; mais, à mesure qu'ils s'étendent pour développer la force qui chasse en a\aut la masse du corps, l'angle devient de plus en plus obtus. Or, ne semble-l-il pas que la force qui
(1) Loc, cit., p. 599.
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écarte les deux branches de la tige, et qui éloigne l'une de l'autre ses deux extrémités, agisse suivant une résultante représentée par la ligne AB (fig. 36) étendue de l'une des extrémités de la tige à l'autre, c'est-à-dire du pied à la partie anté-
rieure de la région dorsale, voisine du point correspondant au centre de gravité et au collier.
Soit donc la ligne AB indiquant la direction suivant laquelle s'exerce la puissance d'impulsion. La résistance du fardeau et le centre de gravité qui doivent être mus par cette dernière n'ont pas besoin de se trouver à l'extrémité de la tige vertébrale, puisque le tronc forme un tout dont les diverses parties sont liées ensemble et solidaires les unesdes autres. La force exercée suivant AB, se composant avec la pesanteur, ne peut conserver sa première direction, elle donne une résultante qui se rapproche plus de la direction AB que de la ligne abaissée du centre de gravité k la surface du sol, puisque la puissance de projection est très supérieure à la pesanteur du corps. Mais , comme la première est instantanée et que la seconde est incessante, la résultante n'est pas rigoureusement une droite; elle constitue pour chaque détente des membres abdominaux une courbe parabolique légère : aussi est-ce bien suivant cette courbe et suivant une série de courbes semblables (lorsque la progression est prolongée) que se déplace le centre de gravité dans les divers mouvements, et qu'il doit se déplacer également dans les allures de l'animal qui traîne des fardeaux; mais, pour la facilité de l'explication, nous considérerons cette ligne comme étant sensiblement droite.
Là ne se bornent pas les combinaisons des forces qui agissent dans le tirage. Jusqu'ici nous avons fait abstraction delà puissance impulsive qui dérive des membres antérieurs. Celle-ci, dont l'existence et la participation ne sauraient être niées,
s'exerco suivant mio ligne menée de l'appui des pieds antérieurs au point où le collier s'applique en avant des épaules, ligne dont l'obliquilé augmente à mesure que les membres, en s'inciinant, arrivent plus près de la limite de leur détente. Evidemment cette nouvelle ligne, plus relevée relativement à l'horizon que celle de la puissance des membres postérieurs, donnera, étant prolongée de même que celle-ci, une résultante intermédiaire à la direction des deux forces composantes, mais plus rapprochée de la ligne d'action des membres abdominaux dont la puissance est prédominante, que de celle des membres thoraciques.
En somme, la résultante générale de l'impulsion dérive donc de la combinaison de la ligne d'action AB des extrémités postérieures, et de celle des extrémités antérieures EB avec la ligne de gravitation. C'est celte résultante générale qu'il faudra maintenant considérer dans ses rapports avec la résistance du fardeau h mettre en mouvement.
Dans le cheval attelé, le collier qui ceint la hase de rcticolui'e .s'appuie en avant des épaules, et notamment sur chaque angle scapulo-huméral. l'ar l'intermédiaire des traits qui, parlant du fardeau à traîner, viennent se fixer au tiers inférieur du harnais, la résistance à mouvoir n'est plus en arrière de l'animal, elle est en avant de lui et appliquée contre ses épaules, de telle sorte que l'effort destiné à entraîner le fardeau devient un effort de prépulsion, et non un effort de traction , et que, par conséquent, toute la puissance du quadrupède est employée à pousser au lieu de l'être à tirefi
La résistance, ainsi appliquée en avant des épaules, est transmise à ce point par les traits suivant une ligne qu'on appelle la ligne des traits. Celle-ci, pkisou moins inclinée relativement à l'horizon, peut avoir, par sa direction, une influence notable sur l'effet utile de la force employée au tirage. Habituellement, elle forme avec la surface du sol un angle à sinus antérieur, car les traits passent tantôt au niveau du grasset, tantôt à celui du jarret; il est assez rare qu'ils correspondent à la pointe de la fesse, si ce n'est, pourtant, lorsque le cheval est attelé aux grandes voitures dont les roues de devant ont une élévation considérable ; enfin, il est plus rare encore de les voir descendre du fardeau à traîner vers l'animal, de manière à pi ésenicr une direction précisément inverse à celle qui leur est ordinaire. Outre ces variations que la ligne des traits éprouve suivant la hauteur de leur départ au fardeau, et de leur insertion au collier, il en est d'autres, généralement moins sensibles, qui tiennent à la direction du sol sur lequel la progression s'effectue. Ainsi, lorsque l'animal monte, celle ligne forme un angle plus ouvert avec l'horizon que lorsqu'il descend, etc.
Le point d'application de la résistance à vaincre et la direction des traits étant déterminés, il devient facile de voir comment s'effectue l'action réciproque des deux forces qui luttent l'une contre l'autre. D'une part, la résultante que nous avons obtenue en combinant les lignes d'impulsion des membres postérieurs et des antérieurs avec la ligne de gravitation indique le sens suivant lequel agit la puissance musculaire; d'autre part, la ligne des traits donne la direction propre à l'action de la résistance. Ces deux grandes lignes qui se réunissent nécessairement au point d'application de la résistance, c'est-à-dire à l'insertion des traits sur le collier, mettent la force de traction dans des conditions d'autant plus avantageuses que la pre-
DE L'utilisation des kouces musculaires. 359 inière forme avec la seconde un angle plus aigu, ou eu d'auli cs termes, qu'elles se riipprochent davantage du parallélisme. En ciïet, si lesdeux forces agissaient suivant (les lignes superposées ou confondues l'une avec l'aulrc ; si, on un mot, la ligne des traits était la même que la ligne de la force de traction, il n'y aurait pas de déperditions : la puissance musculaire pousserait en avant la résistance appliquée au collier, suivant une droite qui ferait, je suppose, nu angle de 25 degrés avec l'horizon, et la résistance lutterait contre celle force suivant la même ligue; il y aurait opposition complète, et la puissance ayant une intensité supérieure à la résistance (lu fardeau, celle-ci serait entraînée. Au contraire, si les deux lignes forment un angle, elles n'agissent plus dans une direction commune et, par conséquent, il eu 1 ésulte une perte de puissance effective proportionnelle au degré d'ouverture de r.ingle.
Il est dilïicile de préciser, d'une manière rigoureuse, quelle est la direction la plus convenable à donner à la ligne des traits. On peut bien dire théoriquement que Ici plus avantageuse est celle de la ligne de traction elle-même ou de la résultante in)|)ulsive; mais comme celle dernière n'est établie que vaguement, toute solution exprimée par des chiffres est à peu près impossible. D'abord, la résultante des deux lit^iies d'impulsion des membres antérieurs et des postérieurs n'a point été établie, quoique les deux lignes isolées le soient, et elle ne [teut l'être, parce qu'on ignore le i apport exact qui existe entre l'intensité de la force développée par les membres thoraciques et celle qui l'est par les membres abdominaux. Ensuite, à supposer que cotle première résultante fût trouvée, il resterait à établir le rapport qui existe entre l'iiitensitéde la force totale d'impulsion et celle de la pesanteur, afin d'arriver aune dernière résultante qui serait la ligne de la puissance susceptible d'agir réellement sur le fardeau à traîner. Or, le problème posé en ces termes est insoluble ; il renli rraeà lui seul plus de difficultés que la quadrature du cercle et tant d'autres questions ardues n'en présentent aux mathématiciens. Ici, le tirage nous olfre un exen)ple de ces difficultés que rencontre si souvent le physiologiste : le problème est donné, mais ses termes manquent, ou s'ils existent, ils n'ont pas une valeur qui permette de les soumettre au calcul.
Bien que la direction la plus favorable h donner aux traits ne soit susceptible d'êire indiquéeexactement que d'après la connaissance de la ligne de traction, divers auteurs ont cru pouvoir l'établir avec plus ou moins de précision : M. Prince veut que les traits partent des fardeaux aussi près que possible de la surface du sol, de manière à se rapprocher d'une droite tirée de l'appui des pieds de derrière au centre de gravité, et en cela il se montre conséquent avec ses idées sur le tirage. Youattdit ([ue leur direction doit varier suivant la force de l'animal, les efforts qu'il est obligé de faire, la vitesse de ses allures, l'inclinaison des routes, l'état des véhicules qui portent les fardeaux. Ainsi, d'après lui, ils devraient avoir, pour un cheval musculeux très fort, une inclinaison moyenne de 15 degrés et se trouver, à partir du collier, plus inclinés vers le sol chez le cheval très vigoiu'eux que chez celui de force moyenne ; pour un animal d'une énergie ordinaire, ils exigeraient une inclinaison égale à un sixième ou à un septième de leur longueur ; enfin, pour le cheval faible et pour celui dont la progression est un peu rapide, ils gagneraient à se rapprocher davantage de l'horizontale.
La direclion des Irniis, lorsqu'elle est très inclinée, fait que la résistance, qui habiluellement ne pèse pas sur l'animal, quoi qu'en disent certains auteurs, pèse au point d'application du collier d'un i)oids plus ou moins considérable; circonstance dans laquelle se trouvent des animaux de grande taille attelés à une charrue ou à i une voiture dont les roues de devant ont un très petit diamètre, et aussi tous ceux qui ont à gravir des pentes plus ou moins rapides. Cette direction a, du reste, dans tous les cas, l'inconvénient de s'opposer à ce que le propre poids de l'animal s'ajoute à sa force musculaire pour vaincre la résistance des fardeaux.
L'insertion plus ou moins relevée des traits sur le collier fait ainsi forcément un peu varier leur inclinaison ; ils s'écartent, en général, de l'horizonlale, à mesure que le crochet qui les fixe au colUers'élève plus au-dessus de l'angle scapulo-huméral; ils se rapprochent, au contraire, de cette ligne quand l'animal est allelé à ce qu'on appelle la bricole, sorte de harnais analogue aux courroies jetéesen avantdu poitrail, et en usage chez les anciens, autant qu'on peut en juger par les bas-reliefs des monuments et les descriptions des poêles. Mais ce serait, à n'en pas douter, une' fort mauvaise combinaison que celle qui modifierait le degré d'inclinaison des traitspar la hauteur plus ou moins grande de l'insertion de ceux-ci sur le collier, car leur attache trop relevée permet au harnais de basculer de bas en haut à chaque projection de l'épaule en avant.
La longueur et l'élasticité des traits exercent aussi une influence notable sur le • résultat utile des efforts de l'animal. Leur étendue, dès qu'elle est très considérable, , leur donne toujours une certaine élasticité qui, pour être mise enjeu, occasionne; une certaine déperdition de forces musculaires; il convient donc d'employer des traits aussi courts et aussi inextensibles que possible.
Enfin, diverses particularités du mode d'attelage influent sur la somme de forces ; que les animaux doivent déployer, sur la continuité ou l'intermittence des efforts i qu'ils sont obligés de faire. Ainsi, quelle difl'érence n'y a-t-il pas entre le rôle du li- ■ monier et celui des chevaux attachés au-devant de lui : le limonier à lui seul est; chargé de retenir la voiture dans les descentes, de la faire reculer ou de la faire ; tourner lorsque la courbe décrite est d'un faible diamètre. 11 supporte une partie; du poids de la voiture à deux roues quand le centre de gravité de la charge vient; passer en avant du centre des roues, et alors il a besoin de résister énergique-ment contre l'action des brancards qui tendent à l'écraser. C'est lui encore qui, . dans le cas contraire, c'est-à-dire lorsque le centre de gravité passe en arrière des > roues, soit par le fait d'un chargement défectueux, soit par celui de la situation du i véhicule sur une pente, résiste aux brancards qui tendent à le soulever. Les» autres, attelés au moyen de chaînes, n'ont à tirer qu'en plaine et dans les montées: ; leur office se réduit à rien ou à peu près dans les descentes, à moins que le sol, dé- • pressible comme celui des prairies ou des terres récemment labourées, ne laisse pas > le véhicule se mouvoir en quelque sorte par son propre poids et sa vitesse acquise. Mais l'examen de ces détails nous mènerait trop loin : arrivons à notre seconde ' espèce de tirage.
2° Du tirage au joug. — On appelle ainsi le mode dans lequel la résistance est i appliquée à la partie suj)érieure de la tête par l'intermédiaire du joug.
Les conditions du développement de la force de traction restent ici ce qu'elles s
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sont pour le tirage au collier, mais celles de la transmission de celte force et do l'application de la résistance offrent des caractères particuliers qu'il importe de déterminer.
Je dis d'abord que les conditions du développement de la force impulsive sont les mêmes dans le tirage au joug que dans le tirage au collier ; et, en effet, il suffit delà moindre réflexion sur le mécanisme du jeu des extrémités pour se convaincre que cette identité d'action ne saurait êlre contestée : les membres antérieurs partagent évidemment avec les postérieurs le rôle d'agents impulsifs, car ils sont placés en arrière de la résistance qu'il faut faire progresser; seulement, le jeu des premiers éprouve quelque gêne dans le tirage au collier, tandis qu'il devient tout ii fait libre dans le tirage au joug.
La transmission de la puissance de traction, dans le mode qui nous occupe, a lieu, non pas seulement par la portion dorso- lombaire de la colonne vertébrale, mais par toute la longueur du racliis, depuis l'articulation ilio-sacrée jusqu'à la tète : aussi la lige de transmission, étant considérablement allongée, se trouve, par cela même, sensiblement affaiblie, d'autant qu'elle s'agrandit aux dépens do la région la plus mobile de la colonne épinière.
Cette seule circonstance de l'adjonction de la région cervicale à la région dorsolombaire rend la lige de transmission beaucoup moins apte à remplir un office qui exige une très grande force. La partie de la colonne vertébrale qui s'étend du bassin à la base du cou forme une seule courbure ; elle jouit d'une résistance énorme et d'une mobilité qui est restreinte par de nombreuses dispositions mécaniques ; aussi peut-elle communiquer, sans pertes très sensibles, au centre de gravité et au collier la puissance de prépulsion qui dérive du jeu des membres abdominaux. La partie cervicale du rachis est, au contraire, assez mobile, et elle forme, à sa réunion avec la première, un angle à sinus supérieur ; son annexion à celle-ci est dans une condition très désavantageuse. Cependant, comme le bœuf, ainsi que les autres animaux de son genre, a l'encolure courte, horizontale et fortement musclée, la colonne vertébrale conserve assez de résistance pour transmettre à la partie antérieure de la tête une puissance d'intensité égale à celle déployée par le cheval altclé au collier.
Sans doute, celte puissance éprouve des pertes notables, car elle tend, d'une part, à augmenter la courbure de la région dorso-lombaire, et celle qui existe entre le garrot et les vertèbres cervicales, d'autre part, à produire des inflexions latérales auxquelles doivent s'opposer les masses musculaires ; mais ces pertes seront d'autant moins grandes que la région du dos et des lombes sera plus droite, que le cou sera plus court, et que le sonmiet de la tête se trouvera plus rapproché d'une ligne tangente à la partie supérieure du corps, toutes conditions que le taureau réunit à un plus haut degré que le bœuf employé au labour et au transport des fardeaux. On conçoit sans peine tout le désavantage que donnent à la transmission de la force impulsive la longueur et les courbures de l'encolure, et partant l'étendue dos pertes qu'éprouverait cette force, si des animaux tels que le cheval et le dromadaire étaient attelés comme le bœuf.
La ligne d'action des extrémités est facile à déterminer d'après ce que nous avons dit, à ce sujet, dans le paragraphe précédent ; elle peut être représentée, pour les
membres postérieurs, par une droite ineiiéo de l'appui du pied de derrière ii la partie supérieure du front, et pour les antérieurs par une autre droite tirée de l'appui des pieds de devant au même point que la première.
Etant donnés le sens du développement et celui de la transmission de l'action de la puissance impulsive, on a tous les éléments physiologiques du tirage au joug. La ligne du développement de la force d'impulsion des extrémités postérieures est la droite AD (fig. 37); la ligne de transmission de celle force est la ligne DB ; celle de
son action est la droite Ali; enfin la résultante de l'action des extrémités antérieures peut être représentée par la droite EB, partant de l'appui d'un pied de devant à la partie antérieure du front.
Les conditions du tirage au joug varient nécessairement suivant qu'un seul animal est attelé à un joug simple, ou que deux animaux sont attelés l'un à côlé de l'autre, au moyen d'un double joug.
Lorsque le bœuf est altelé seul, il jouit d'un avantage incontestable. Ses mouvements sont plus libres; toute la force déployée produit un efTet utile; mais alors les trails étant doubles et flexibles, l'animal peut agir sur le fardeau, en plaine et dans les montées, sans pouvoir retenir les véhicules qui se meuvent par leur propre poids et leur vitesse acquise dans les descentes un peu rapides. Sans cette circonstance, il y aurait toujours avantage à atteler les bœufs isolément et à les mettre à la suite les uns des autres, au lieu de les réunir par paires, comme on le fait dès la plus haute antiquité.
Lorsque les bœufs sont attelés deux à deux, l'un à côté de l'autre, à l'aide d'un joug commun, ils perdent une partie des forces qu'ils déploient, et c'est le plus souvent parce qu'ils ne sont ni de force, ni de taille, ni de vitesse égales ; ou s'ils sont, sous ce rapport, dans des conditions identiques, il arrive que l'un est ardent, l'autre paresseux, d'où il résulte que le premier se fatigue plus que le second. En outre, les deux animaux peuvent ne pas liarmoniser leurs elforls, s'avancer l'un plus que l'autre, pousser dans des directions qui ne sont point parai-
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lèlcs, s'appuyer chacun sur le timon de la voiture, toutes circonstances qui fatiguent un animal au détriment de l'auîre et diminuent la somme de l'efTet utile des forces musculaires.
Dans le tirage au joug par deux bœufs attelés de front, les conditions restent, à : quelques modifications près, ce qu'elles doivent être pour le tirage avec le joug simple.
La résistance transmise au joug par le tiiiion, puis au front par l'inlermédiaire du joug, est reportée uniformément sur toute la largeur de la tête, de telle sorte jque l'action exercée sur le joug, ou plutôt sur ses courroies, est une action directe Ide prépulsion. Quelques auteurs ont cependant avancé que le joug constituait un levier du deuxième genre ayant pour ciiaque bœuf la |niissance à une extrémité, le point d'appui sur la têle de l'autre, et la résistanceau milieu; mais c'est une erreur de mécanique qu'il est assez facile de concevoir pour qu'il soit utile de la relever. Lorsque les deux animaux attelés ensemble poussent uniformément, il y a évidemment action directe, et lorsque l'un pousse bien plus que l'autre, l'appui, pour la moitié du joug que porte le plus fort, a lieu sur ce rebord saillant (pie présente le timon à l'endroit de sa jonction avec le joug, et ce qui le prouve, c'est que si l'on dételle l'un des bœufs, le second continue à traîner la voilure, pourvu qu'elle ne soil pas trop chargée.
L'inégalité d'allurô des bœufs allelés ensemble donne lieu h nue modificalion I dans le rôle que cliacim remplit lorsque la force déployée par les deux est égale I de part et d'autre. Si l'un déploie plus de la moitié de la force totale de traction, une partie de l'excédant decette moitié est employée h pousser l'autre bœuf en arrière, c'est-îi-dire à exercer sur lui une pression qui tend à le faire reculer. Le second qui tire moins que le premier, soit parce qu'il est faible, soit parce qu'il ne fait pas assez d'efforts, se fatigue évidemment pour deux raisons: l°pour la part qu'il prend au tirage ; 2° pour la force qu'il doit opposer à l'action rétrograde exercée sur lui par le bœuf le plus puissant. Aussi, d'après cela, est-il facile de pressentir tout le désavantage qu'il y a à atteler un bœuf faible avec un bœuf fort, un animal lent, paresseux, qui tire à peine, avec un bœuf vif, ardent, qui s'épuise par des efforts peu proportionnés avec ses forces.
Le mode de tirage que nous examinons est influencé par diverses causes, dont les principales sont relatives à la direction de la surface du sol. Ainsi, sur un terrain horizontal, le bœuf qui traîne un fardeau un peu lourd baisse toujours la tête de manière que la nuque reste au-dessous du niveau du garrot et de la ligne dorsolombaire. Dans les montées, il la baisse encore davantage, à tel point que le sommet de la lête descend à 20, 30 centimètres au-dessous de la ligne du garrot ; les membres sont fortement inclinés de bas en haut et d'arrière en avant, le pas se raccourcit, elles pistes des pieds de derrière ne viennent pas recouvrir celles des pieds de devant. Dans les descentes, au contraire, la tète se relève, le sommet de la nuque vient dépasser le niveau du garrot, les membres arc-boutent en sens inverse de ce qu'ils faisaient dans le cas précédent. Alors si l'animal est obligé à des efforts considérables pour retenir, ou voit sa croupe éprouver des vacillations latérales très prononcées, son corps, son encolure surtout, se tordre en divers sens, et sa tète exécuter de brusques mouvements d'élévation alternant avec des mouvements d'abais-
sèment plus ou moins marqués. Ici, c'est l'animal le plus vif ou le plus fort qui es' le moins avancé parce qu'il retient plus que l'autre.
Le recul des bœufs attelés au joug est excessivement pénible. Lorsque ce mouve ment s'opère, la résistance qui doit être poussée en arrière reste appliquée au som met de la tête, c'est-à-dire en avant des membres; elle est attirée en quelque sort par un mécanisme que les physiologistes n'ont point encore étudié et qui mérit toute leur attention, car il constitue une exception très remarquable à celui de tous les modes d'impulsion directe ou rétrograde dont nous avons dû exposer rapidemen les principaux caractères.
iMainlenanl, il nous resterait à apprécier en elle-même, sous le rapport de .soi intensité et de son ciïetulile, la force que les animaux déploient dans les différcn modes de tirage : ce serait le complément des considérations purement pbysiologi ques qui viennent d'être exposées; mais cette question qui a fait l'objet de nom breuses recherches de la part des physiciens qui ont voulu comparer les moteui animés aux machines créées par le génie de l'homme, n'est pour nous que d'une utilité très acce.ssoire. Nous ne rechercherons donc pas combien un cheval ou un bœuf peut marcher d'heures à telle ou telle allure, quel est le poids du fardeau qu'il peut transporter sur des routes horizontales ou sur des voies en pente ave telle ou telle espèce de véhicule.
Nous ne nous occuperons pas davantage de l'influence que peuvent avoir sur l'effet utile des forces animales, la forme des véhicules, le diamètre des roues, la largeur des jantes, l'état des routes, la direction de leur surface, la fréquence des obstacles de diverse nature, des ornières, etc., etc. Tous ces détails, d'un haut in térêt au point de vue mécanique, appellent de sérieuses études pour compléter les savants travaux que la science possède à ce sujet depuis quelques années.