II. DES DIVERS MODES d'eXPRESSION
Indépendamment de la voix, les animaux ont encore d'autres moyens d'expression qui, sans être aussi variés que ceux de Thomme, ne laissent pas que d'être iassez nombreux et de rendre avec une grande énergie les impressions diverses et lie» passions que ces êtres éprouvent.
Les expressions, dans notre espèce, sont, les unes volontaires, les autres involontaires, et celles-ci peuvent être exagérées ou même simulées. PJles sont, pour
(1) Histoire des animaux, liv. IV, p. 223, édil. cit. ! (2) Histoire des animaux, t'dit. cittie, liv. X, p. 374 et sulv. I (3) Mémoires de l'Académie des sciences, ITI.'l, p. 3.
386 DES MOUVUMIiNT.S.
ta plupart involonlaires cl iiisliiiclives chez les animaux dont elles li aduiseiit fidèle- j nient les sensations; cependant elles peuvent aussi y devenir factices connue on le ! voit chez le chien, les singes, sous i'inlluence de l'éducation, de l'habitude ou de t l'imitation, et chez quelques animaux qui, exposés aux attaques de leurs ennemis, , semblent exprimer la souffrance et la proslratioji jusqu'au moment où ils peuvent : trouver l'occasion de s'échapper.
Tous les animaux ne jouissent pas au même degré delà faculté de traduire leurs i impressions, leur bien-être, leur accablemeni, leurs souflrances ; il en est qui les i expriment énergiquoment par un grand nombre de signes; d'autres qui ne lesren- i dent que vaguement, sans moyens bien caractérisés. JDu reste, tous n'expriment i pas une sensation déterminée par les mêmes moyens, les mêmes attitudes ou les i mêmes mouvements. ,
Il faut, pour donner une idée des expressions, les envisager sous trois rapports diOérents: premièrement, dans leur ensemble chez les principaux genres d'animaux ; deuxièmement, dans les divers moyens de physionomie, de gestes, d'attitudes et de mouvements dont elles se composent; troisièmement, enfin, relativement à chacune des principales affections qu'elles traduisent, comme la peur, la colère, la joie, la tristesse, la douleur, etc.
En considérant les expressions sous le premier rapport, c'est-à-dire eu égaid 91 l'ensemble des moyens qui ont été donnés aux animaux des principaux groupes, om voit, du premier coup d'œil, d'abord, que ces moyens sont d'autant plus nombreux» et plus variés que les animaux sont plus intelligents, et qu'ils ont, par conséquent, un plus grand nombre de sensations et des sensations plus vives à traduire ; ensuite* on remarque qu'ils ont quelque cliose de commun entre les animaux qui se ressemblent par leurs mœurs, leurs habitudes et leur régime. Ainsi, sans parler des-i singes dont les expressions sont si vives, si variées, et dont la physionomie perd de^ sa mol)ililé à mesure qu'on passe des espèces les plus intelligentes à celles qui le^ sont moins, on peut avancer qu'il existe à cet égard une grande analogie parmi les^ différents carnassiers comparés les uns aux autres, les ruminants, les solipèdes, lesi rongeurs, etc.
Les animaux carnassiers qui sont très intelligents, qui ont des mouvements sou-f pies, des allures rapides, des déterminations promptes, des sensations vives, de» besoins impérieux, ont une expression variée, mobile et franche, comparée à celto des herbivores avec lesquels ils s,ont en guerrfi ; ih doivient, pour nous, être placéss en première ligne.
Voyez le chien l Avecquelle facilité n'exprime-t-il pas ses diverses impressions: son inquiétude quand il est séparé de son maître, sa tristesse quand il l'a perdu, jiiii joie lorsqu'il vient à le retrouver, son exaltation au bruit du cor de chasse, sa peuf/ son indécision, sa colère eu diverses circonstances. Ses cris, le caractèi'e de aboiement, de son hurlement sinistre, ses mouvements, ses sauts, ses évolulioDS» diverses, l'agitation de sa queue et de ses oreilles, la manière dont il flaire, les ca-* resses, les menaces qu'il prodigue, la fixité, le calme ou l'animation de son regard, l'air insolent qu'il prend auprès de certains maîtres, la physionomie sombre, sau-i; vage qu'il acquiert au milieu des troupeaux ou dans la cour d'une ferme, devieiment des signes non équivoques de son caractère et des impressions qu'il éprouve. j
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Kt le chat ! comme il sait bitMi par son altitude, sou regard, ses mouvements, ses ; passades réitérées, demander des caresses aux personnes qui l'entourent ; témoigner par les inllexions de son dos, les ondulations de sa queue et une sorte de ronflement I sourd le plaisir (\ue lui causent les caresses qu'il reçoit; exprin)er son bien-èlre I quand il est couché près du foyer, au soleil, ou sur les genoux de sa maîtresse. Voyez avec quelle sensualité il retourne l'og qu'on lui a jeté pu la proie qu'il est parvenu à voler ; avec quelle allenlion il guette la souris; avec quel contentement il se précipite sur la victime qu'il aitendait depuis longtemps, et avec quelle joie maligne il la laisse toute meurtrie s'échapper de ses grilles pour la ressaisir aussitôt. Combien sa physionomie nedevient-elle pas .expressive lorsqu'ilest vivement irrité : son regard menaçant, sa moustache redressée, son souffle bruyant, ne traduisentils pas énei giquement sa colère ou sa fureur ?
Le lion, parmi les carnassiers sauvages, est un des animaux qui possèdent le plus grand nombre de moyens d'expression. Son port majestueux, sa démarche fière, son regard assuré, révèlent le sentiment de sa force, la conscience de sa supériorité. Sou grondement sourd, sou terrible rugissement, les mouvements de sa queue avec laquelle il se bâties flancs, la faculté qu'il possède de mouvoir le tégument dje 1,1 face, de hérisser sa crinière, d'ouvrir outre mesure une large gueule, lui donnent un ensemble de moyens tout à fait caractéristique et qu'il ne partage avec aucun animal de son ordre. Le tigre, qui rugit plus souvent, qui fait fréquemment I sortir sa langue de sa gueule, et qui porte dans sfl physionomie une expression plus IV i oce que celle du lion, n'est pas, à beaucoup près, aussi heureusement doué que ce dernier.
La panthère, si voisine du tigre, si semblable à ce carnassier par les nxpurs et le L^eiire de vie, n'en a pas entièrement Texpressiou ; il y 3 dans son regard, dans son air féroce, dans le timbre de sa voix, quelque chose qui la dillérencie du tigre. La petite panthère de Java a dans l'éclat des yeux, la perfidie du regard, le caractère (lu cri qu'elle jette à l'approche de l'homme, une nuance de férocité qui frappe à pi emière vue, mais qu'il est impossible de rendre. Parmi les autres espècesdu même ordi e, le caracal se distingue encore par u)ie expression des plus saisissantes : la lixité et le caractère singulier de son regard, la rapidité du mouvement de ses petites oreilles pointues, la vivacité de ses allures, son rugissement, à la fois sourd et aigu, ■ lui donnent un aspect plus terrible que celui des carnassiers de grande taille.
En comparant les animaux précédemment énumérés avec ceux qui sont moins iféFOces, moins forts, moins bien pourvus de moyens d'attaque et moins sûrs de vaincre leurs ennemis, ou est frappé de la différencie ,qui existe entre les premiers let les seconds.
L'hyène, par exemple, a une expression sprabre, triste, inquiète: sa bouche isouvent ouverte; les gémissements particuliers qu'elle pousse à l'approche de i l'homme, et que l'on est embarrassé de rapporter à la peur .ou à la menace, ses mouvements obliques, la roideur de tout son corps, montrent bien qu'elle n'a point la I force, la souplesse, l'audace, le caractère et les moeurs du lion ou du tigre. Le loup, demie regard est sans vivacité, dont les membres sont fléchis commeceux du cliien I qsi ja peur, le loup qui porte la queue entre les jamb.e^, qyi hésite et sem^Jje trem- I bler dans tous ses mouvements, n'a ni la physionomie, ni les allures d'un animal
courageux. L'ours, enfui, qui a l'expression faciale si peu mobile, les mouvenienlssi lenls, qui se balance devant son bassin, s'assied sur la croupe, se couche sur le dos, fait toute espèce de contorsions pour obtenir des friandises, ressemble à un animal sans caractère bien accentué et qui ne s'occupe que du soin de sa subsistance.
Les animaux herbivores contrastent d une manière frappante avec les carnassiers. Ils ont dansia face moins de mobilité que ces derniers, des mâchoires plus longues, des mouvements moins souples; ils ne peuvent plus se servir de leurs membres qii« comme d'organes de progression ; ils ont un caractère en général timide, sociable, sans haine, sans colère, sans ruse, sans férocité, et, par conséquent, leur physionomie doit avoir un cachet nouveau tout particulier.
Le cheval est peut-être celui de tous les quadrupèdes de cette catégorie qui exprime avec le plus de vivacité et d'énergie les impressions qu'il éprouve. Ses diverses attitudes, ses allures, le port de sa tète, la vivacité de son regard, son hennissement avec toutes ses variétés, le mouvement de ses oreilles, de ses lèvres, de ses naseaux, l'agitation de sa crinière, de sa queue, son trépignement d'impatience, ses ruades, servent à traduire ses sensations. Mais il faut envisager le cheval sous le cavalier, le coursier près d« la tente de l'Arabe, le cheval de guerre qui entend lebruit des armes, l'étalon apercevant la jument, pour se faire une idée des mille nuances d'expression qui se peignent dans la physionomie, les attitudes et les mouvements de ce noble animal (1).
L'âne est loin d'avoir l'expression qui appartient au cheval : sa tête lourde, basse, qu'il relève rarement et qu'il fait osciller pendant la marche, ses longues oreilles, la saillie des orbites qui ne laissent plus l'œil à fleur de tête, l'absence de la cri- ' nière, le peu d'attention que l'animal apporte à ce qui se passe autour de lui, som braiement prolongé si désagréable, son aspect généralement si misérable, lui don-nent une physionomie qui contraste avec celle du premier des solipèdes ; mais ceti aspect n'est déjà plus celui de l'hémione et du zèbre.
Les ruminants ont, en général, la physionomie douce, timide, quelquefois sombre, , sauvage et peu intelligente. Leurs moyens d'expression, assez peu variés, se mon-trent bien en harmonie avec le caractère et les mœurs de ces mammifères.
Le bœuf, dont les allures sont si lentes, est remarquable par le calme de soui expression : son œil fixe, proéminent, ses oreilles inclinées en arrière, l'inimobi-lité de ses lèvres, de ses naseaux et du tégument de la face, ne traduisent pointt d'impressions bien vives. Cependant lorsqu'il fait entendre ses longs mugissements,, lorsqu'il flaire les touffes d'herbes qui lui déplaisent; lorsque, poursuivi par les insectes, il prend la fuite, la queue relevée et l'encolure étendue, il montre une animation qui contraste avec son impassibilité ordinaire. Mais le taureau excité à la vue d'une génisse, ou irrité à l'approche d'un rival, montre par son regard sombre, par le mouvement spasmodique de sa lèvre supérieure, par le caractère de son mugissement, de ses allées et venues, que sa passion arrive à un haut degré d'exaltation. Après une victoire remportée, ou après une défaite, il laisse lire encore, dans son faciès et dans sa démarche, les émotions qu'il éprouve. Le buflle, le bison, le dro-
(1) Voy. le livre de Job, chap. XXXIX, v. 22 et suiv. ; Pliiip, liv. VIII, dclit. citée,' p. 188; Virgile, Géorgiques, liv. 111; Buffon. t. IV, p. iH.
DE l'EXI'UESSION.
iDadaii c, le lama et d'autres encore, peuvent être placés à peu près sur la même ligne que le bœuf. La chèvre, au contraire, avec son air indécis, sauvage, ses allures inconstantes, irrcgulières ; la gazelle, avec son regard qui a tant de vivacité et de douceur, se distinguent entre tous les autres ruminants de celte famille.
Les pachydermes sont peut-être encore moins lieureusenient doués que les ruminants sous le rapport qui nous occupe. Le rhinocéros, dont les yeux sont petits, i sans éclat, sans mobilité, dont la voix n'est qu'un grognement sourd sans inflexions I appréciables, n'a, pour ainsi dire, d'autres moyens d'expression que les mouvements h de sa tête et l'agitation de ses oreilles ; l'hippopotame, qui a la démarche si lente, i; si pénible, la tête si difficile à déplacer, la face si peu mobile, remue légèrement les ) paupières et agite lentement les oreilles au cri du petit Nubien qui l'appelle : sans i celaet les mouvemenlsde sesnarines, il conserverait une impassibilité absolue. L'élé- |; phant lui-même, sans les inflexions si variées de sa trompe, sans le cri sourd qu'il |l jette quelquefois et la projection eu avant de ses larges oreilles, dans de rares cir- I constances, n'aurait guère de moyens jîropres à exprimer ses impressions et ses ï. déterminations instinctives ou intellectuelles. Le porc et le sanglier, dont les yeux sont I si petits, les oreilles si peu mobiles, ressemblent bien aux animaux de leur ordre ; I ils n'ont, à proprement parler, que le mouvement du groin dans l'action du flairer et I leur grognement pour peindre leurs sensations. Leur extérieur indique assez que, I pour eux, tout se réduità trouver des glands, à déterrer des truffes, à mangerenfin, |se vautrer dans la boue et dormir. Cependant, l'aspect du sanglier blessé, de la truie I à laquelle on enlève ses petits, du cochon qui entend venir des vivres, a quelque chose de caractéristique.
Enfin, il est des animaux qui, comme la brebis, le lapin, le lièvre, n'ont point id'expression bien tranchée ; ils réagissent à peine quand on les maltraite etnesavent rendre ni la joie, ni la douleur, ni l'inquiétude.
Parmi les oiseaux, il est possible de saisir quelques traits communs à ceux qui ; ont les mêmes mœurs et le même genre de vie. Les oiseaux de proie, par exemple, iqui font la guerre aux animaux vivants, ont un regard, une attitude, des mouveiments brusques qui semblent peindre leur rapacité. L'air de famille qu'ils ont à un ihaut degré tient, il est vrai, beaucoup à leur ressemblance sous le rapport de la forme du bec, de la configuration des serres, de la manière de prendre leur vol, de ( fondre sur leurs victimes, etc. Ceux qui se nourrissent de proie morte sont loin d'avoir la même désinvolture, la même brusquerie dans les mouvements, comme si leur caractère, leur manque de courage imprimaient une trace saisissable sur tout leurextérieur. Les petitsoiseaux tirent surtoutleur expression si vive, si changeante, de leurs mouvements continuels, de leurs cris, de l'éclat de leurs plumes, etc. Les ' gallinacés, presque constamment occupés à remuer le sol de leurs pattes ou de leur bec pour chercher de la nourriture, ne laissent pas que de traduire souvent et énergiquement leurs impressions. Plusieurs d'entre eux sont même fort remarquables jwr la variété des moyens qu'ils ont à leur disposition. Il suffît de s'être arrêté dans la basse-cour, d'avoir observé la démarche, les allures, le chant du coq, ses combats, la tyrannie qu'il exerce à l'égard de ses rivaux; d'avoir considéré le dindon faisant la roue, et agitant ses caroncules dont la leinic est si changeante; le paon étalant, lemuant la queue en poussant des cris si désagréables, etc., pour se faire une idée
IJËS WUIJVUMUNTS.
du nombre el de l'éiicigie des iHiiJressioiis épiciaécs par ces oiseaux. D'autres I genres de pliysionomie nous sont oiïerls |):ir le IiCtou iminobiie au milieu d'un étang, par la grue debout sur une seule patte, par le canard barlioti.ant sur le bord ! d'un ruisseau, par le cygne qui joue dans un bassin, etc.
Si iious elivisageons maintenant l'expression sous le rapport des parties qui en sont chargées et des phénomènes auxquels donne lieu leur action, nous pourrons i aussi remarquer quelques particularités communes à certains groupes d'animaux oa i propres à telle ou telle espèce.
La face des mammifères, moins mobile et moins expressive que celle de l'hommej bien qu'elle ait souvent autant de muscles chez les premiers que chez le second, est certainement la partie du corps qui traduit le plus grand nombre d'impressions di-» verses. Les yeux, par leur situation, leur saillie, leur volume, leur mobilité et leur éclat, et par l'aspect des paupières, contribuent pour une grande part à l'expression faciale qu'ils rendent si énergique et si variée chez le chat, le lion et la plupart des : carnassiers ; à eux seuls il peignent la douceur, la vivacité, l'abattement, la tristesse, la i souffrance, et donnent à l'animal un air féroce, menaçant, un air sauvage, inconslaritj une physionoiliie inielligenteou stupidè; Les oreilles, par leur position et leurs niouvé- ■ ments variés, donneiu à la bête des moyens que nous ne possédons pas : leur jeu,, si i facile à saisirjmarque toiis les degrés de l'attention de l'animal qui écoute ; illraduit^, suivant la remarqué de Pliiie(l), les affections intérieures que les chevaux éprouvenlj ; « car, selon que cfes animaux sont effrayés, fatigués, furieux ou malades, elles sont fias-»queSj tressaillantesi dressées ou pendantes; » On sait que le cheval qui veut rueri , frapper ou mordre, les couche en arrière; que le cheval aveugle les agite conslam-i ment ; quëcclui qui hennit les redressé ; que celui qui boit les meut légèrement. Les> ruminants sauvages qui paissent les tiennent couchées en arrière ; les cerfs ne les agiotent pas en buvant; la girafe les porte en avant lorsqu'on lui présente quelque choseàl manger 5 l'éléphant les étale en dehors au monient où il rencontre un animal de sou 1 espèce; elles demeurent pendantes chez plusieurs races de chiens, chez le porc, ett perdent alors leur expression habituelle.
Le nezj lès lètrest la bouche, prennent une part considérable au jeu de la phy--; sionomie des animaux. Les mouvements des muscles sont caractéristiques chez le» cheval qui hennit, qui flaire la jur)ient, chez le chien ; ceifx de la lèvre supérieure, du mufUe, du groin, ne le sont pas moins suivant les espèces; notamment chez les solipèdesi dans ce qu'on appelle \e spasme cynique Gt\ç rire sardonique-. Les bâillements si étendus chez les carnassiers) où ils s'accompagnent souvent de grincements de dents el de la projection de la langue au dehors, modifient encore très sensiblement les caractères de l'expression faciale.
D'autres parties du corps concourent pour une certaine part à l'expression, etparmi elles, la queue doit être placée en première ligne. Diverses affections du lion» ainsi que l'a noté Pline, se traduisent par les mouvements de cette partie. Le lion, le< loup qui fuient (2), le chien battu ou enragé, la portent entre les jambes ; le premier: de ces carnassiers s'en bat les flancs lorsqu'il est irrité ; le bœuf, le cheval, la tiennenli
(1) Histoire naturelle, édit. citée, liv. XI, p. 477.
(2) Arislote a fait cette observation pour le premier et Virgile pour le sécond dè éëS" animaux.
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relevée dans la course, el la plupart dos animaux l'agilent constammeiu quand ils sont inquiétés par les mouches. Le pied prend part i\ certaines expressions: le cheval frappe du pied le sol dans ses moments d'impatience et lorsqu'il est tourmenté de douleurs intestinales; le bœuf, dans quelques circonstances, et le bélier en rut, en font autant; le petit ourson gratte parfois le sol avec ses pattes quand il s'ennuie ; le chat s'en sert pour caresser les personnes amies, et le singe pour faire ses contorsions.
L'ensemble du corps, soit pendant le repos, soit pendant les divers mouvements (le l'animal, prend une grande part à l'expression. Il y a une attitude particulière ([iii indique l'assurance, le calme ; une autre qui traduit la frayeur, l'elîroi : le taureau qui va se précipiter sur son adversaire, le lion qui va s'élancer sur sa proie, le chat qui guette une souris, le bœuf souffrant, etc., ont chacun une attitude caraciL'risti(|ue. Le tremblement général, le IVissonnemenl, l'agitation du cheval au bruit (les armes, l'étal du chien qui entend sonner du cor, le trémoussement de la peau (les animaux tourmentés par les mouches, le hérissement des poils, les mouvements (le la crinière, la fuiledu ruminant inquiété par les œstres, elc , ajoutent beaucoup il l'effet ou au jeu des moyens précédemment indiqués.
L'expression étudiée sous le troisième aspect que j'ai signalé, c'est-à-dire eu égard aux impressions et aux sensations traduites par un plus ou moins grand nombre de particularités, nousolîre encore quelques considérations intéressantes qui résument la mimique instinctive des passions chez les brutes, [.a peur, la sécurité, la joie, la irislessct l'amour, la colère, la douleur, se traduisent par certains signes communs à la plupart des animaux.
La joie se décèle par une agitation particulière, des cris, des sauts, des mouvements de la queue ; la tristesse, l'inquiétude, par des cris d'un autre caractère, des plaintes, des allures vagues, une expression indicible du regard; la frayeur, par un frissonnement général, par une immobilité absolue, une sorte de paraly.-ie qui empêche les animaux d'obéir ou de se laisser diriger, ou d'autres fois par des mouvements brusques, désordonnés, par une fuite précipitée, elc. La colère, la frayeur, se traduisent par des manifestations d'une énergie elTrayanle chez le chat maltraité, le chien insulté par le passant, le sanglier blessé, l'aigle privée de ses aiglons, la chatte séparée de ses pelils.
Plusieurs in)prcssions combinées donnent lieu aussi à des modes d'expression plus ou moins frappants. Les plus réellement accentués sont ceux des femelles séparées de leurs petits, ceux des animaux en rut, des animaux qui se battent, qui mangent, boivent, ruminent, etc. Voyez la vache privée de son nourrisson : elle demeure debout, s'agite, sclivreà unesortede ticdel'om's, pousse des mugissements plaintifs, regarde de tous côtés ; si elle est libre, elle poursuit sa course vagabonde au milieu des pâturages, ne mange plus que par moments, ne rumine que pendant de courtes périodes ; son flanc se creuse, et elle maigrit jusqu'au moment où elle vient à oublier le sujet de sa peine. Voyez l'étalon auprès de la jument, son altitude, l'agitation de tout son corps, le caractère de son hennissement, le jeu de ses naseaux, de sa crinière, le frémissement de ses lèvres, le battement saccadé de son flanc, son ardeur à flairer la femelle, à la mordre, son impatience de se cabrer, etc. Considérez l'animal r|ui mange: n'y a-t-il pas une expression indélinissable chez le
chat qui relournc laiil de Ibis le morceau qu'on lui a jcl6 avant de hc décider à l'at- I taquer de tel ou tel côté; une antre toute dilTéronle cliez le porc qui, sans faire , attention à ce (jui se passe autour de lui, hume ou dévore avidement tout ce qu'on ! a jeté dans son auge ? Le premier neporte-t-il pas lecaciiet d'un sensualisme raffiné, et le second celui d'une vorace gastronomie. Observez, enfin, le paisible herbivore i qui rumine, et chaque animal dans les principales situations oti il peut se trouver, i et vous serez frappé de ce reflet que la partie sensible de chaque être jette sur ce qui est extérieur.
Enfin, parmi toutes les impressions, celle qui se traduit de la manière la plus i énergique et la moins équivoque est la douleur, dont les degrés et les caractères offrent mille nuances difficiles à apprécier. Tantôt, notamment lorsqu'elle est légère, elle ne se révèle que par des manifestations vagues d'impatience, d'inquiétude, mêlées à des signes d'affaissement ou de prostration. D'autres fois, si elle est plus vive, elle provoque des cris ou des plaintes plus ou moins répétés. Quels que soient ses caractères, elle s'accompagne, dans certaines circonstances, d'une réaction très vive, et dans d'autres, elle laisse l'animal plongé dans un calme absolu.
La douleur chez les animaux qui réagissent, qui luttent contre les causes de leurs souffrances et cherchent à se soustraire aux mauvais traitements, se traduit avec une énergie dont on peut se faire une idée en voyant un cheval'tourmenté de coliques, un animal affecté de vertige, un sujet mutilé par l'opérateur, un chat qu'onétrangle ou qui est jeté à l'eau avec une pierre au cou, un animal pris dans un piège. Celle qui ne donne pas heu à de la réaction de la part de l'animal a un tout autre caractère, comme on le voit chez les chevaux à pneumonie, à maladies graves du pied, ' chez ceux auxquels l'expérimentateur a ouvert l'abdomen. i\Iais chaque douleur a sa physionomie propre, et chaque maladie a sa douleur spéciale. Lucrèce et Virgile (1) ont chanté celle des animaux atteints d'horribles affections contagieuses, et les paihologistes, dans un style moins poétique, mais plus vrai, ont caractérisé celle qui appartient aux diverses maladies.