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CHAPITRE XIX

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR l'aPPAREIL DIGESTIF.

L'appareil digestif, que l'on a longtemps considéré comme le caractère essentiellement distinctif des animaux, n'existe pas dans toutes les espèces des degrés inférieurs du règne animal; mais il apparaît déjà dans celles dont la composition est encore excessivement simple.

Il se montre, en général, sous la forme d'un tube à parois membraneuses et con- • iractiles, étendu d'une extrémité du corps à l'autre, partout continu à lui-même,, renflé, rétréci, replié dans certains points, pourvu d'annexés glanduleuses et percé?

CONSIDKR.VTIONS (iÉNKRALES SUH l'aPPAREIL DIGESTIF. 7,01

lie deux ouvertures, l'une pour l'enlrée dos nlimenls, l'autre pour l'expulsion du résidu des actions digeslivcs.

Lorsqu'il apparaît chez les animaux d'une organisation élémentaire, les polypes, par exemple, il ne constitue qu'un simple sac à une seule ouverture, creusé dans la substance homogène du corps, sans parois propres, sans replis, sans dilatations, ni rétrécissements alternatifs et sans organes glanduleux qui versent des liquides dans sa cavité. Bientôt, il offre deux ouvertures opposées, se renfle dans certains points, se rétrécit dans d'autres, acquiert des parois propres et distinctes, s'annexe des glandes tubuliformcs ou parencliymaleuses. Puis il augmente de longueur, se replie sur luimême, et son ouverture postérieure, qui lui était primitivement commune avec celle des voies génératrices et urinaires, finit par s'isoler complètement de ces dernières, lùifin, parvenu à un certain degré de complication, il se fractionne en plusieurs parties ayant chacune des caractères anatomiques et des fonctions spéciales.

La bouche, privée d'abord de parties résistantes propres à diviser les matières alimentaires, est bientôt pourvue d'un appareil disposé pour saisir, diviser ou broyer ces substances ; celui-ci consiste soit en une série de pièces solides, de forme variable, soit en un bec corné, ou en une paire de mâchoires horizontales ou verticales. Autour de la cavité buccale, plus ou moins spacieuse, viennent se grouper des glandes dont le produit sert à humecter l'aliment et à faciliter les élaboralions ultérieures qu'il devra éprouver dans les autres parties du lube digestif, et ces glandes, primitivement toutes semblables entre elles, finissent par se distinguer les unes des autres, sous le rapport de leur structure, de leur mode d'action et des caractères des fluides qu'elles sécrètent.

L'œsophage, uniquement destiné à conduire les aliments de l'arrière-bouche h l'estomac, forme un simple canal dont les parois, très contractiles, n'ont presque point de glandules dans leur épaisseur. Son diamètre, qui est très considérable chez les animaux dont la proie est avalée tout entière, diminue sensiblement chez ceux dont les aliments sont très divisés ; il est aussi plus faible chez les herbivores que chez les carnassiers, et même, parmi les premiers, on le voit plus petit dans les solipèdes que dans les ruminants, dont la première mastication est très incomplète.

L'estomac, chargé de contenir les aliments accumulés et de leur faire subir une élaboration importante, constitue un réservoir plus ou moins nettement séparé de l'œsophage et de l'intestin. Use présente sous l'aspect d'un renflement, longitudinal chez les animaux inférieurs et les vertébrés ovipares, transversal chez les mammifères et les oiseaux ; renflement tantôt simple, tantôt divisé en plusieurs parties. Généralement simple, uniloculaire et tapissé par une muqueuse partout semblable à elle-même chez les carnassiers, il se divise en plusieurs compartiments chez un grand nombre d'espèces dont le régime est végétal. Mais sa complication marche par degrés insensibles : d'abord, elle n'est indiquée que par une différence de structure et de propriétés entre la muqueuse de la partie cesophagienne et celle de la partie intestinale du viscère, puis elle est marquée par cette dillérence coïncidant avec une légère dépression extérieure, comme on le voit chez les solipèdes; enfin, la complication se prononce de plus en plus par la présence d'étranglements profonds et de cloisons séparant le réservoir en plusieurs sacs qui arrivent à avoir

A02 i)B i\ nir.ESTiON.

cIkiCuii une slrucluic et dos allribulions s|)éciales. Ainsi, on peut la voir graduellement croissant à partir du porc et des solipèdes jusqu'aux animaux ruminants. Klle consiste, dans le premier, en un léger renflement de la partie gauche du viscère; dans la roussette, en une dilatation œsophagienne assez prononcée; dans leporcépic, en trois ou quatre Bosselures ; et dans le kanguroo, en un grand nombre de dilatations séparées par des rétrécissements profonds. Chez d'autres animaux, la complication ne lient plus seulement à la forme, elle dépend encore de la structure : le daman montre un estomac étranglé eu deux sacs ayant chacun une muqueuse, séparés par un étranglement extérieur et une cloison interne perforée ; l'hippopotame, le dauphin, la baleine, le narval, ont un ou plusieurs réservoirs tapissés par des muqueuses dont les caractères sont différents de l'un à l'autre ; enfin, le bradypus tridactylus (1) et tous les ruminants ont quatre poches gastriques dont la structure et le rôle admirables nous occuperont par la suite.

Cette complication n'appartient pas seulement aux mammifères, elle s'observe encore parmi les oiseaux et même parmi les invertébrés; mais quelle qu'elle soit, elle ne change point essentiellement le rôle du viscère : celui-ci se reconnaît toujours à sa fonction, qui est de sécréter le fluide dissolvant connu sous le nom de suc gastrique.

L'intestin qui fait suite au renflement gastrique, laisse au tube digestif sa forme canaliculée. Dans son état le plus simple, il est court, uniforme, tout d'une venue, et semble présenter, d'une extrémité à l'autre, à peu près la même structure et les mêmes propriétés ; c'est ainsi qu'il se présente chez les invertébrés, chez la plupart des reptiles et des poissons, et, parmi les mammifères, chez le hérisson et la chauve-souris. A un degré plus élevé, ce canal se dislingue en deux parties : l'une étroite, l'intestin grêle ; l'autre plus ou moins dilatée, le gros intestin.

L'intestin grêle, essentiellement destiné à l'absorption des produits de la digestion, se caractérise par l'abouchement dans sa cavité des canaux biliaires et pancréatiques, par la présence de villosités en l apport avec des vaisseaux chylifèrcs nombreux, et par celle d'un appareil glandulaire muqneux très remarquable. Il se fractionne en trois parties assez distinctes, lorsqu'il arrive à son maximum de complication.

Le gros intestin, d'abord uniforme dans toute sa longueur, arrive bientôt à offrir deux sections plus ou moins bien délimitées, le cœcum et le côlon. Le cœcum luimême, à peine marqué, simple, sans bosselures, ni étranglements chez les carnassiers, prend des proportions plus considérables, se renfle, se contourne diversement, acquiert des replis, des valvules et des glandes spéciales chez les animaux herbivores. Le côlon, si régulièrement cylindrique chez les carnivores et un certain nombre d'herbivores, se montre chez les solipèdes, certains rongeurs et plusieurs pachydermes, avec des dilatations pins ou moins considérables, des valvules, des replis muqueux, des rubans charnus à sa surface; il finit par se partager en deux sections : l'une repliée, très ample ; l'autre plus étroite, dans laquelle les matières alimentaires prennent une grande consistance.

(I) Voyez à ce sujet, pour de plus amples détails, les Leçons d'analomie comparée el dessins que M. Diivernoy a placés dans In 1'° (édition de cet ouvrage. ,

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Iiiilin, les annexes glanduleuses de l'iippareil digcslif apparaisseuiavec des formes , simples qui se comi)liqiienl graduellement. lUIesneconsislent, primitivement, qu'en appendices flollanls et tnhulcux auxquels succèdent des glandes parenclivmaleuses dislincles les unes des autres par leur silualion, leur structure et les propriétés des fluides qu'elles sécrètent.

L'appareil digestif, arrivé à sou plus haut degré de perfectionnement, présente une structure remarquable, surtout eu ce qui concerne le tube gastro-intestinal, envisagé indépendamment de ses annexes glanduleuses. Les parties qui le con)posent essenliellementsont une enveloppe musculaire et une membrane muqueuse.

L'enveloppe contractile est formée, en partie, par des muscles placés sous la dépendance de la volonté et, en partie, par des muscles dont la contraction est tout à fait involontaire. C'est aux deux cxtrémilésde l'appareil, et surtout à l'antérieure, que se irouvent les premiers, disposés eu faisceaux, ayant chacun leur forme déterminée et leurs usages spéciaux. Dans tout le reste du tube, il n'y a plus que des expansions uiembraniformes composées, en général, de deux plans superposés qui doivent, par leur contraction régulière, produire un raccourcissement dans la longueur desréser- \oirs et une diminution de leur diamètre transversal.

La membrane muqueuse qui tapisse cette couche contractile et qui forme l'élément essentiel du tube, étant sans cesse en contact avec les matières étrangères, doit être protégée contre l'irritation qu'elles peuvent produire à sa surface ; elle doit sentir ces matières et apprécier, au moins d'une manière vague etobscure, leurs diverses piopriétés physiques, car c'est la sensiblilé de celle membrane qui provoque et règle la contraction des plans musculaires disposés à sa périphérie. De plus, elle est chargée de sécréter des liquides destinés à l'élaboration des matières alimentaires I et d'absorber les produits utiles de la digestion : aussi, son organisation est-el|e ad- ; rpirablement appropriée à tant de destinations diverses.

La surface libre de la muqueuse, quoique partout en contact avec les substances ialimenlaires, n'est pas également exposée dans toute son étendue à en être blessée ou lirritée : aussi, son revêtement protecteur n'a-t-il pas des caractères uniformes. C'est à l'entrée de l'appareil, c'est dans la cavité buccale, aux lèvres, aux joues, sur 1I4 langue, à l'œsophage, au sac droit de l'estomac des solipèdes, dans les trois preimjers réservoirs gastriques des ruminants, dans le gésier des gallinacés, que l'épithélium est épais, pavimenteux et qu'il engaine lespajdllesque ces surfaces peuvent 'présenter. Dans la partie de l'estomac réservée à la sécrétion du suc gastrique et dans l'intestin, où les substances alimentaires très ramollies ou dissoutes ne peuvent plus r blesser la mendjrane, celle-ci n'est recouverte que d'un épithélium microscopique , à éléments désagrégés et d'une couche de mucus. Là, elle con.serve une grande vasiicularité, une souplesse exlrème, et acquiert une grande aptitude à la sécrétion et à ll'absorpiion. Cette diiïérence dans la nature et les propriétés de la partie protec- I trice de la muqueuse coïncide avec une différence dans la texture et les propriétés de la membrane qui est analogue à la peau quand elle a un épithélium, un pigment et des papilles et qui, au contraire, n'est plus qu'une expansion glanduleuse dans les parties oii son rôle est de sécréter et d'absorber.

I L'appareil sensitif de la muqueuse n'existe pas sur toute l'étendue de la memfbrane ; il manque dans les points où il ne faut qu'une sensibilité obscure suscep-

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lible d'èlre exercée par la surface même du tissu ; ««ais il apparaît sur la langue des î mammifères, à la face interne des joues et des trois premiers estomacs de la plu- part des ruminants où il faut une sensibilité mieux caractérisée. Là, il est constitué i l)ar des papilles, lanlôl minces, fines, souples comme les filaments du velours; d'autres i fois, longues, épaisses, recouvertes de gaines épilhélialesou cornées. Ces productions li se montrent sous des formes variées et avec des propriétés spéciales, suivant les par- -1 lies où elles se trouvent. On en compte plus d'un mille à la face interne des joues s de nos petits ruminants, près du double au même lieu chez le bœuf, et on les voit» se multiplier tellement dans l'estomac de ce dernier animal, que leur nombre s'yi élève de trois à quatre cent mille à la face interne du rumen, et à plus d'un miliioni sur celle des lames du feuillet.

L'appareil sécréteur de la membrane muqueuse est plus uniformément disséminé: que celui de la sensibilité. Il consiste en une infinité de glandules placées, soit au-dessous de la muqueuse , soit à sa surface libre ou dans l'épaisseur de son tissu, ett en un nombre plus considérable encore de petits tubes serrés les uns contre les! autres. Les premières abondent dans la cavité buccale, au pharynx, quelquefois àJ l'œsophage et à l'origine de l'intestin grêle ; les secondes, sur toute la longueur de« l'intestin, et les dernières, à la fois, sur la muqueuse gastrique et sur la muqueuse< intestinale. Leur dissémination, leur structure et leurs propriétés feront plus tard: l'objet de nos études.

Enfin, l'appareil absorbant, constitué par des saillies effilées, grêles et souvent microscopiques, ne se montre que dans l'intestin grêle où l'absorption jouit d'une extrême activité ; il manque dans tout le restede la muqueuse qui, ce|)endanl, con-' serve à peu près partout, mais à des degrés variables, la faculté de pomper les fluides mis en contact avec sa surface libre.

La membrane muqueuse, dont la structure complexe varie tant suivant les parties qu'elle tapisse, a une étendue qui, assez restreinte chez les espèces carnassières,; augmente chez les omnivores et devient immense chez les animaux dont l'alimentation est exclusivement végétale. La part de surface qui en a été dévolue à cliaque< espèce est calculée d'après le régime de celle-ci et dans des proportions constantes,' de telle sorte que la nature semble avoir mesuré cette membrane comme un tissui précieux, afin que chaque animal n'en ait que l'étendue strictement nécessaire à l'accomplissement de ses fonctions digestives.

Ainsi, le cheval et le bœuf, tous deux herbivores, l'un monogastrique, l'autre ruminant et polygastrique ; le premier digérant peu par son estomac, beaucoup pan son intestin ; le second, au contraire, digérant plus par son estomac vaste et com-t plexe que par son inleslin étroit et sans renflemcnls, possèdent l'un et l'autre,' malgré les différences considérables de leur appareil gastro-intestinal, à peu prèS' la même étendue de surface digestive, et celte étendue, pour les deux, est doubB ou triple de celle de la peau prise pour terme de comparaison.

Le cheval, par exemple, dont la surface cutanée est en moyenne de 5 à 6 mètrcr carrés, a une muqueuse gastro-intestinale qui est d'une étendue d'environ 1 2 mètres superficiels, savoir la trentième partie pour l'estomac et le reste pour l'intestin. Le bœuf, de même taille et à peu près de même volume que le premier mammifère, a nne surface muqueuse de près de 17 mètres carrés, dont 9 pour les réservoirs gas-«

CoNSlUÉU.\riONS (JÉiNÉKALJiS SUR L'APPAKEIL DIGESTIT. /|05

uiijues. Coiiséqueinmeiit, le solipcdc a la muqueuse gastro-iiUeslinale d'une étendue double, et le ruminant, d'une étendue triple de celle de la |)eau. Ce dernier a pour SCS eslomacs seulement une surface qui égale une fois et demie celle de l'enveloppe cutanée (1).

Les carnassiers, le chien elle chat, par exemple, sont loin d'avoir une muqueuse aussi grande, proportionnellement au volume du corps. Le chien et le chat n'ont plus l'un et l'autre qu'une surface digestive égale aux deux tiers de celle de la peau, proportion fort éloignée de celle qui appartient aux animaux herbivores.

Enfin, les omnivores, le porc étant pris pour type, tiennent le milieu entre les csi)èces qui vivent d'herbes et celles qui se nourrissent exclusivement de matières animales.

La longueur du tube digestif est encore, mais d'une manière moins rigoureuse, subordonnée au mode d'alimentation des animaux. Les travaux de Cuvier ont fait voir que les herbivores ont un intestin dont l'étendue peut s'élever de vingt-sept à vingt-huit fois la longueur du corps, tandis que les carnassiers en possèdent un si court, qu'il n'égale souvent que trois à quatre fois la même longueur. Mais, si en général, le maximum appartient aux herbivores et le minimum aux carnassiers, il : s'observe de nombreuses exceptions à cette règle. Ainsi, près du bélier, dont l'in- I teslin a vingt-huit fois la longueur du corps, se trouve le dromadaire, qui n'a plus au I sien que quinze fois cette longueur, puis le cerf commun que douze fois, le chevreuil onze fois, l'hippopotame neuf fois, l'éléphant sept fois, la même mesure prise pour terme de comparaison. En regard de ces herbivores, on voit des carnassiers dont l'intestin est aussi long que celui des premiers : l'hyène, par exemple, l'a huit fois, et le phoque quinze, vingt, vingt-huit fois égal à la longueur du corps. Il est vrai que ces exceptions sont plus apparentes que réelles, car le diamètre du canal, ses renflements, seà valvules, peuvent établir des compensations, comme on le voit en comparant le bœuf avec le cheval : l'intestin du dernier, s'il est moitié moins long que celui du ruminant, est renflé sur plusieurs points, de telle sorte qu'il acquiert une capacité double et quelquefois triple de celle de l'intestin du bœuf.

A part ces irrégularités, on peut, avec les naturalistes, admettre en principe que la longueur de l'intestin est en rapport avec l'alimentation des animaux : toutes les fois que, chez les herbivores, ce canal sera moins étendu que ne le comporte le régime, il se dilatera pour reprendre en capacité et en diamètre ce qu'il aura perdu en longueur ; de même, si dans quelques carnassiers, il est plus allongé qu'il ne devrait l'être, il sera plus étroit, plus resserré que chez les autres espèces du même groupe.

En comparant, sous ce rapport, des espèces très voisines, on peut constater l'influence immense du régime sur les dimensions de l'intestin et concevoir la possibihtéde transformer, en quelque sorte, une espèce carnassière en une espèce omnivore et réciproquement. Ainsi, on sait que le sanglier a l'intestin plus court que le cochon domestique, quoique ces deux pachydermes aient, du reste, exactement la

(1) G, Colin, Éludes sur la membrane muqueuse digestive des animaux, domestiques {Recueil de médecine vétérinaire, 1850, t. VU, p. 909; et 1H.",I, t. VIII, p. 40).

/lOT) dp; la nuîEsnoN.

inêine orgaiiisalion ; ou saitégalemoiit que le cliat, le lapin sauvages, le butlle, ont cet organe beaucoup moins long que le cliat, It; lapin cl le bœuf domestiques. Or, ne semble-l-il pas que le régime, eu allougeanl et en cliialanl le lube inleslinal du cbicu et du cbat, ait pu affaiblir des appétits sanguinaires et finir par rendre supportable à des carnassiers une nourriture exclusivement végétale.

La capacité de l'appareil digestif est soumise, quant à ses variations, à des lois encore plus rigoureuses que celles q-ui délermineul la longueur de l'intestin. Les herbivores, dont les aliments ont toujours un grand volume, doivent nécessairement avoir un estomac et un intestin énormes, tandis que les carnassiers, qui se nourrissetil de substances dont la masse est peu considérable, n'ont besoin que d'une cavité gastro-intestinale d'une tii's faible capacité. Toutefois, celle de l'estomac, ail ■ lieu de se proportionner à celle de l'intestin, se montre avec cette dernière dans un rapport inverse fort remarquable, car on voit dans une série d'espèces, ayantle même régime, l'estomac petit lorsque l'intestin est grand, et réciproquement, particularité surtout frappante chez lessolipèdes comparés aux ruminants.

Ainsi, le cheval, qui est peut-être de tous les mammifères herbivores celui dont l'estomac offre proportionnellement le moins de volume, possède, eu compensalion , un intestin énorme ; le premier viscère de cet animal ne contient , en moyenne, que de 16 à 18 litres, alors que le second en renferme de 125 à 300, c'est-à-dire dix à onze fois autant. Le bœuf, au contraire, a un estomac dont la capacité s'élève à plus de 200 litres, tandis que celle de l'intestin n'arrive pas h la moitié de cette quantité; différence capitale dont on trouvera plus lard la raison dans lés caractères particuliers à la digestion de ces deux quadrupèdes. Chez les carnassiers, la capacité de l'estomac l'emporte sur celle de l'ititestin et lui demeure inférieure chez les omnivores (1).

En considérant dans leur ensemble et d'une manière générale la longueur, la capacité et la surface de l'appareil digestif, ou arrive à voir que, de ces trois choses, la dernière est la plus essentielle et celle qui exprime le mieux l'aptitude des animaux à telle ou telle espèce d'alimentation. En eiïel, chez les herbivores, solipèdes ou ruminants, le lube digestif a une énorme capacité pour contenir la masse de substance nécessaire à la réparation des pertes; elle est, terme moyen, pour le cheval, de 211, et pour le bœuf, de 356 litres. Une dilatation si considérable de l'appareil digestif de ces herbivores implique évidemment Une surface muqueuse très étendue, et cependant cette surface serait, en délinilive, assez minime si la nature n'eût employé divers artifices propres à la multiplier indéfiniment sans modifier en rien le volume des diverses parties du lube gastro-intestinal.

Or, la nature a évité, dans la confection des réservoirs, deux formes qui, toutes proportions gardées, tendent à réduire pour une même capacité l'étendue de la surface muqueuse, c'est-à-dire celles qui se rapprochent du cube ou de la sphère; A l'aide de ce moyen, l'étendue de la membrane interne se trouve nécessairement augmentée: un rumen de bœuf contenant 200 litres, a à peine 2 mètres d'étendue superficielle; tandis qu'un inlestiii grêle du même animal contenant seulement

(1) G. Colin, Comparaison dn l'eslomac et de l'inlestin des animaux {Becucil de médecine vétérinaire, t. VI, \). ilG, 735 et 850).

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70 litres, en n une qui s'élève à plus de 5 mètres etqui arriverait à 15 ou 16 mètres, si cet inteslin, tout en conservant le même diamètre, se fût suffisamment allongé pour égaler la capacité du premier compartiment de l'eslomac. Par une simple auginculalion de la longueur de ces réservoirs cylindriques, chaque espèce peut déjà obtenir l'étendue de muqueuse nécessaire à son mode d'alimentation.

Mais cet artifice de la forme tubulaire n'aurait pas été suffisant, à lui seul, pour multiplier l'étendue des surfaces ; il en fallait un autre qui, sans modifier la forme des viscères, ni faire varier leur capacité, pût, aussi efficacement que le premier, concourir à cette destination : celui-ci consiste dans la formation de plis plus ou moins étendus, ayant à la fois plusieurs usages divers, plis que l'on trouve dans l'intestin des herbivores, qui ont ce canal plus court que ne semble le comporter leur régime, de même que chez les solipèdcs, dont le cylindre intestinal est plus court (jue celui des ruminants, et chez ceux-ci, dans les réservoirs dont la forme ai rondie tend à réduire la surface.

3Jais ce ne sont plus les mêmes vues qui Ont présidé à la disposition de l'appareil digestif des carnassiers. D'abord, chez ces del'uiers, cet appareil a une capacité infiniment moins considérable que chez les herbivores, puisque les aliments qu'il doit recevoir sont moins volumineux; ensuite l'intestin, tout en conservant la forme de tube qu'il revêt invariablement dans toute la série animale, perd beaucoup de sa longueur et de sou diamètre ; enfin. Comme particularité essentielle à ces animaux, les plis muqueux, si multipliés chez les herbivores, n'existent ici nulle part sur le trajet de l'appareil digestif. Les deux dispositions qui servaient à l'extension indéfinie de la surface, étant soigneusement évitées, il en résulte peu de capacité des réservoirs, brièveté des tuyaux et absence des plis muqueux, triple caractère du tube digestif des carnassiers.

A l'aide de ces moyens d'une extrême simplicité, la main intelligente qui a construit les machines animées a donné aux herbivores une membrane muqueuse digestive dont l'étendue est au moins double et quelquefois triple de celle de l'enveloppe cutanée, et aux carnassiers, une muqueuse extrêmement réduite, dont l'étendue ne vient jamais égaler celle de la peau, et s'en approclie d'autant moins que les espèces sont plus carnassières.

Cette admirable organisation de l'appareil digestif est dans un rapport si intime avec le mode d'alimentation des animaux que, par elle, on peut déduire le régime, de même que par le régime il est facile de prévoir les principales modifications de l'appareil. La relation (|ui existe entre ces deux choses a été si bien déiliontrée par Cuvier, qu'il devient superllu d'en multiplier les preuves.

D'une part, lesdiverscs parties de l'appareil de la digestion sont tellement en harmonie les unes avec les autres, que l'une quelconque d'entre elles étant donnée, on peut trouver celles qui restent inconnues : que de la dent, par exemple, on peut déduire la forme de la mâchoire ; de la forme de la mâchoire, celle de l'estomac ét de l'intestin. D'auti e part, les divers appareils de l'économie, préposés aux fonctions de relation, se trouvent dans une dépendance si étroite de celui de la digestion, que leurs dispositions essentielles sont modifiées d'après la structure de ce dernier, car la forme de la dent entraîne celle des griffes, et celle-ci, la configuration du i-cste des membres et le caractère de leurs mouvements. Enfin, toutes ces

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particularités, réunies et couil)inées suivant des lois d'une rigueur malliéaiatiquc, nécessitent des mœurs et des instincts déterminés; car si, avec une incisive tranchante, une canine aiguë, un intestin court et étroit, le carnassier n'eût pas reçu un odorat exquis ou une ouïe délicate pour découvrir sa |)roie, une grande agilité et une force suffisante pour la poursuivre et s'en emparer; si ses màclioires n'eussent pas été mises en jeu par des muscles puissants, ses extrémités divisées et munies de grilles, son oiganisation ne révélerait que contradiction et imprévoyance.

Telles sont les brèves considérations qu'il était indispensable de donner avant d'aborder l'étude de la digestion. Je les termine par les tables qui indiquent, d'après mes recherches, la capacité, la longueur et l'étendue de surface des diverses parties du tube gastro-intestinal des mammifères domestiques.

TABLEAU mdiquant l'étendue métrique de la surface muqueuse gastro-intestinale

comparée à celle de la peau.

ANIMAUX

PARTIES tle l'appareil.

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