BUT DE LA SEXUALITÉ PAR RAPPORT A L’INDIVIDU
$ 221. Le but du sexe, pour l'individu, est d'élever la réalité à l’idéalité dans la sphère morale. Chaque sexe doit, quand sa conscience est éclairée, reconnaître qu'il est incomplet, et trouver dans l’autre ce qui lui manque à lui-même. En cherchant alors, de son libre arbitre, à s'approprier les avantages de l’autre , sans rien perdre de ce qui lui appartient en propre , il se rapproche de l'idéal de l'humanité sans sexe. : Tout idéal tend à réaliser l'infini dans les bornes du fini, avec . conscience et liberté ; celui qui veut s'élever à l'humanité
(4) Physiologie des Menschen, $ 620.
idéale, cherche à se débarrasser de la nécessité et de l'imperfection dont le sexe auquel il appartient lui imprime le cachet, pour réunir en soi ce qu'il y à d’excellent dans les deux sexes, ce qui est contenu dans l'idée de l'humanité. Il résulte de là que l’angatonisme se trouve supprimé dans la nature purement humaine, et l'unité primordiale rétablie, non pas comme produit de la nature, mais en conscience, et par l'effet d'un choix libre. La marche de toute perfection dans la nature consiste en ce que l'existence, qui à commencé par l’mdifférence, le repos et l'équilibre, s'élève à l’activité par l’antagonisme, puis lie ce qui est en apparence séparé, de manière à reproduire l’unité primordiale , et remonte ainsi à sa source. La monogamie et l’hermaphrodisme sont un état d'indifférence et de prédominance du repos ; ils ont pour représentant la plante, c’est-à-dire que ce degré de l'existence prédomine dans la nature végétale et la caractérise. L’anta-
gonisme des sexes est la séparation, la pluralité, l'éveil d’une =
tendance vers quelque chose de plus relevé ; elle a pour représentant l'animal. La réunion idéale, par conscience et libre arbitre, est la représentation de l'infini par l’homme. Aussitôt que, par l'effet de sa conscience de soi-même , la femme donne en elle l'éveil à l’antagonisme, elle s'élève de la nature végétale à la nature purement humaine; et, en ramenant, par son libre arbitre, l’antagonisme dans lequel il vit à l'unité d'une existence supérieure, l'homme sort de la sphère animale pour entrer dans la sphère à proprement parler humaine. Plus la limite finie est marquée, et plus aussi la disposition est grande à s’efforcer d’atteindre l'infini; plus l'homme est homme et plus la femme est femme, plus tôt aussi on voit paraître l'humanité sans sexe. Le plus bas degré est celui de la nécessité, de la contrainte, où l'impulsion aveugle de la nature aeit comme principe déterminant; plante et femme. Puis vient le libre arbitre,
l'hésitation et le choix; animal et homme. Enfin paraît la |
liberté , la pure détermination par soi-même , qui est le carac-
tère propre de l’humanité , et à laquelle on arrivé! en s'élevant
au dessus des bornes ou 6 limites du sexe.
Ces rapports s’annoncent aussi dans la forme extérieure.
BUT D LA SEXUALITÉ. 399 Nulle part, dit Humboldt, la réalité n'offre à l'imagination la forme d'un être pur, élevé au dessus de toutes les particularités qui signalent le sexe, et il est même diflicile de s’en faire seulement une idée. Cependant on ne peut nier qu'il ne perce parfois, même danslaréalité, quelques traits épars d'une forme qui, comme forme pure de l'humanité, tent le milieu entre celle de l'homme et celle de la femme, et que personne ne méconnaît, parce que chacun en porte une image vague dans son âme. De temps en temps on rencontre quelque chose de sur-féminin , s'ilest permis d'employer cette expression, que personne cependant ne serait tenté de dire étranger à la femme ou masculin, et de même aussi on trouve parfois, chez les hommes, des traits qu'on ne peut mettre sur le compte du sexe. Telle est, par exemple, une certaine grandeur calme qui ne naît point de la nature, mais de la force de la volonté, et qui, dans une forme féminine, ne paraîtra point étrangère à la femme, mais que, dans une forme d'homme, on appellera plutôt humaine que masculine (1). La forme d'un sexe n’est belle, à proprement parler, qu'autant que l’autre se trouve visà-vis d'elle , et que chacune représente un accord qui ne cesse complétement de résonner que dans l’autre. Dans chacune d'elles, l'expression générale se trouve à côté de l’expression particulière du sexe (2). L'accord des deux sexes dans la manière de penser et de vouloir ne peut point être une coïncidence parfaite, mais seulement un avoisinement à cette coïncidence, car la limitation est la condition de la réalité. La force et la douceur, ia puissance de la volonté et la délicatesse du sentiment, le besoin impérieux d'agir et le tranquille esprit d’économie , le goût des choses générales et l'amour des choses particulières , ne peuvent se trouver tellement en équilibre, chez aucur homme, que l’un ou l'autre n’emporte la balance de son côté. Mercure et Vénus se tenant par la main sont une image gracieuse du genre humain; confondus en un Hermaphrodite , ils forment un être intermédiaire qui, parce qu'il lui manque les traits particuliers du sexe, ne représente non
(4) Loc. cit., cah. TT, p. 404.
(2) Loc. cit, eah, IV, p. 46.
plus le caractère général ‘de l'humanité que d’une manière incomplète. Car, tendant à ce qu'il y a de plus élevé et de plus général, l'homme doit le faire suivant la direction qui lui est prescrite parla nature, et s’accommoder des bornes de la spécialité. Les mythes nombreux de divinités hermaphrodites , imaginés par les anciens, étaient donc une remarquable aberration d'esprit, car on ne peut pas supposer, comme le pense Heinrich (1), que le hasard seul ait fait qu'il existàt des bustes doubles où la tête de Mercure se trouvait unie à celle de divers autres dieux, de Minerve, d’Hercule, etc., et il faut que cette conception soit née de l’idée que les sexes tirent leur origine d'un seul, qu’on personnifiait par l'effet d’une tendance générale à tout matérialiser. C’est du moins ainsi que Ricklefs (2) explique le mythe phrygien d’Agdiste, androgyne , engendré par Jupiter, et dans lequel il voit l'expression de la force procréatrice primordiale de la nature ; les dieux lui enlevèrent les organes males, et de là naquirent les sexes; ces organes devinrent un arbre, qui engendra le soleil avec la nymphe du fleuve céleste, et l’Agdiste femelle , comme terre mère, aspire depuis lors à produire avec le soleil mâle. De même, la divinité de la lune, chez les Egyptiens, Harpocrate, Astarté, les Cabires (3), et Aphrodite ou Hermaphrodite , étaient à la fois mâles et femelles. Les artistes se plaisaient à créer, par la fusion des formes de l’homme et de la femme, des figures qui étaient plus propres à aiguillonner la sensualité qu’à réaliser l’idée de la beauté, de même que le voluptueux Grec, après avoir considéré un hermaphrodite humain comme une apparition du dieu Aphrodite, ne vit plus ensuite en lui qu’un objet de désirs effrénés.
(4) Comment. qua Rermaphroditorum artis antiquæ operibus illustrium origines et causæ explicantur, p. 45.
(2).Allgemeine Encyclopædie , 1. II, p. 485.
(3) Heinrich, Loc. cit. , p. 49.
Ty
RÉSUMÉ, | 597 Section troisième.