I. Quant au premier mode de transmission
Ao Les Vers intestinaux peuvent fort bien parvenir dans le canal intestinal , lorsque les intestins , qui leur avaient servi jusqu'alors d'habitation, sont avalés crus et immédiatement après la mise à mort de l'animal, comme la chose a lieu chez les oiseaux aquatiques qui vivent de poissons. Mais les Vers intestinaux périssent aussitôt après la mort de l'animal dans le corps duquel ils vivaient (2), comme aussi quand on fait cuire ce dernier. À la vérité, on a pu en trouver de vivans dans les intestins de poissons étuvés , parce qu’en faisant cuire certains poissons, à peine laisse-t-on bouillir l'eau, de manière que la chaleur'ne pénètre pas jusqu’à leur canal intestinal ; mais il n'y a plus de Vers en vie dans les intestins qui ont réellement subi la Cuisson, ou dans ceux qui sont restés quelque temps en place après la mort de l'animal.
2° Si, d'après cela, la transmission d’un Ver intestinal vi-
(4) Entozoorum historia naturalis, Amst., A808', £. I, p. 375, 400. (2) Rudolphi , Entozsoorum Synopsis , Berolini , 1819, in-8°, p. 595,
2 y / ! ? à 8 DE LHETEROGENIE DOMINANTE.
vant n’est possible que dans un petit nombre de cas rares, celle des autres Entozoaires est tout-à-fait impraticable, et c’est pour cela qu'on a imaginé un transport des œufs. Mais ce qui rend déjà cette explication insuflisante, c’est que plusieurs Entozoaires , au lieu de pondre des œufs, font des petits vivans, de sorte que leur propagation n'est limitée que par la durée de la vie de l'individu dans le corps duquel eux-mêmes vivent. En outre, il se trouve des Entozoaires dans des espaces clos de l’organisme, dans le tissu cellulaire, dans l’intérieur des muscles, du cerveau, de l'œil, du foie, etc. Leurs œufs ne pourraient donc être portés au dehors qu'à la faveur du renouvellement des matériaux constituant le parenchyme de ces organes et le liquide contenu dans leur intérieur, c’est-à-dire qu’autant qu’ils seraient amenés dans le sang par l'absorption, et séparés de cette liqueur par la sécrétion, après quoi il leur faudrait, pour arriver chez un autre individu, à l'endroit qui les doit recevoir , s’introduire avec les alimens dans le canal intestinal, puis couler avec le chyle dans le sang, et se détacher du sang pendant le travail intime de la sécrétion et de la nutrition. Mais ces migrations sont complétement fabuleuses , puisqu'il n'existe point ici de voies ouvertes, et que to”s les vaisseaux sanguins ou conduits sécrétoires ont des paPois closes, à travers lesquelles aucune substance ne peut pénétrer qu'à l’état de dissolution et de liquidité. D'ailleurs, quand bien même les œufs des Entozoaires parviendraient dans le sang, 1l leur serait impossible de circuler avec lui, parce qu'ils sont au moins dix fois plus gros que les globules de ce liquide, qui n'ont que juste l’espace nécessaire pour traverser les dernières ramifications des vaisseaux.
3° Mais ils ne sauraient s’introduire avec les alimens , puisque d’un côté les Entozoaires sont aussi communs chez les animaux qui vivent de végétaux que chez ceux qui se nourrissent de substances animales, et que, d'un autre côté, chaque espèce d'animal renferme aussi ses espèces propres d'Entozoaires. À la vérité, Rudolphi(1) présume qu'une Ligule ou un Bothryocéphale peut prendre une autre forme en passant
(4) Loc. cit,, p. 596.
DE L'HÉTÉROGÉNIE DOMINANTE. 29
du corps d'un poisson dans celui d’un oiseau ; mais , outre qu'il ne s'agit là que d’une simple conjecture , une pareille modification de l’organisation par les circonstances extérieures ne peut produire que des variétés, et non des genres ou des espèces.
Il. L'homme donc ayant, comme chaque animal, des Entozoaires qui lui appartiennent en propre, et ne pouvant en recevoir les œufs que de son semblable , on a admis que ceuxci se transmettaient des parens aux enfans dans l'acte de la génération. | |
ho Dans cette hypothèse, plus de douze espèces d’Entozoaires se rencontrant chez l'homme , le premier couple humain devait porter en lui-même une collection complète de ces animaux. Comme certains Entozoaires se développent chez des individus dont les parens ou aïeux n’en ont point offert , il faudrait que leurs œufs eussent traversé plusieurs générations sans se développer. Comme un individu possède les mêmes Entozoaires tantôt que son père et tantôt que sa mère, il faudrait en outre que la transmission pût s'effectuer par les deux sexes. Le fils hérite du père les animalcules spermatiques ; il faudrait donc que les œufs des animalcules parvinssent avec la semence dans l'œuf procréé par la mère, qu'ils passassent dans les testicules de l'embryon qui se développe, et qu'ils y restassent endormis pendant une quinzaine d'années, c'est-à-dire jusqu’à la puberté, époque à laquelle les animalcules spermatiques apparaissent. De plus , il faudrait que la semence contint encore les œufs reçus d’autres organes, et qu'elle les déposât dans les organes de l'embryon appropriés à leur séjour. Si la transmission s’effectuait par la mère , il serait nécessaire encore que les œufs , par exemple, de Vers mtestinaux , pénétrassent d'abord dans le sang à travers les parois de l'intestin et de ses vaisseaux , puis qu’ils passassent du sang à travers les parois des vaisseaux sanguins et des organes génitaux de la mère, enfin qu'ils traversassent les parois des vaisseaux de l'embryon, pour se glisser de là dans Je canal intestinal. C’est là {un tissu d'invraisemblances, qui rend ce mode de propagation madamissible.
5° Mais nous en reconnaissons aussi l'impossibilité absolue
30 DE L'HÉTÉROGÉNIE DOMINANTE.
quand nous éiudions l'acte de la génération , surtout lorsque nous acquérons. la conviction que l'embryon ne procède pas de la réunion des deux substances procréatrices, mais qu'il provient d'une décomposition de ces deux substances , et que plus tard même il ne reçoit jamais en lui aucune substance provenant du corps maternel qui n'ait été préalablement décomposée.
III. Les Entozoaires naissent de la même manière que les Infusoires , par hétérogénie.
6° Ils se forment effectivement dans de l’eau chargée de substance organique (dans de la sérosité ou dans des sucs muqueux ), le plus fréquemment dans l'intestin , où se trouvent de l'air atmosphérique et des gaz sécrétés par l'organe ou exhalés par les alimens, plus rarement dans des espaces clos, où se dégagent également des gaz($ 817, III). Mais nous retrouvons ici et les conditions essentielles (8 9, 10), et même le phénomène principal de la formation des Infusoires, savoir, la décomposition ($9 , 4°). Les Entozoaires apparaissent fréquemment sans que la santé en souffre, et presque généralement dans le canal intestinal, où le concours du chyme à digérer, d'abondantes mucosités destinées à être excrétées et de l'air, fait que la décomposition s'exerce sur une plus grande échelle , et fournit des résultats plus abondans que partout ailleurs. Ils se manifestent, en outre, dans des circonstances où il y a formation abondante de masse organique et affaiblissement de l'activité vitale qui entretient l'unité dans l'organisme. Ainsi on les rencontre plus souvent chez les enfans que chez les adultes , et en général dans les maladies caractérisées par la tendance aux pseudomorphoses, notamment dans la diathèse scrofuleuse. Leeuwenhoek n'a trouvé d’'Entozoaires microscopiques, dans son propre mucus intestinal, que quand il était atteint de la diarrhée (4). Brera à remarqué qu'une longue frayeur, comme celle qu'inspire, par exemple, une opération de taille imminente, leur donne très-fréquemment naissance.
T°Quelque chose d'analogue se passe à l'égard de la for-
(4) Treviranus, Biologie, t. IT!, p. 372.
DE L'HÉTÉROGÉNIE DOMINANTE. 51
mation des Entozoaires chez les animaux. Dans le Cochon domestique , chez lequel les circonstances extérieures activent l'accroissement sous le rapport de la masse, et affaiblissent la vie animale, on voit fort souvent se développer le Cysticercus finna , qui est incomparablement plus rare chez le Sanglier, Les Mollusques, surtout les Acéphales, se distinguent par l’exubérance de la vie plastique , et par l'abondance des Entozoaires. Baer (1) a trouvé, chez. les Moules, dans toutes les parties du corps, mais principalement dans les reins et l'ovaire, un tissu informe de Cercaires, de Paramécies et d’autres animaux microscopiques, sans compter des Entozoaires plus volumineux , par exemple des Distomes , dont une seule Moule contenait jusqu’à dix mille. Les formes des Entozoaires qu’on rencontre ici ne sont pas moins variées , puisque Carus a découvert , dans les ovaires seulement, deux genres nouveaux, appelés par lui Peripheres et Numulella (2). Parmi les animaux vertébrés , les Poissons paraissent être les plus riches en Entozoaires. Nordmann (3) a rencontré des; Trématodes (Diplostomes, Distomes et Holostomes) dans presque tous les yeux de Poissons , dans le corps vitré, dans le cristallin, dans l'humeur vitrée et entre les membranes.
8° On a trouvé des Vers dans les intestins d’embryons. Eschholz a vu des Entozoaires dans des œufs de poule. Il y en a même qui habitent Le corps d’autres Entozoaires. Bojanus a découvert dans le foie d'un Limaçon des vers jaunes (Distomes ?), chez lesquels vivaient des Gercaires (4) , et le fait a été constaté par Baer (5). Carus a découvert , dans le même organe , un ver (Leucochloridium), qui était plein d'œufs de Distomes (6). Nordmann à observé assez fréquemment des Entozoaires microscopiques dans les Trématodes habitant l'œil des Poissons (7). Enfin Siebold a découvert qu’un ver qui
(4) Nova Act, Natur. Curiosor., t. XIIT, P. IX, p, 559.
(2) Jbid., t. XVI, p. 77.
(3) Mikrographische Beitræge Berlin, 4822 , in-A4°, fig. , t.©1, p. 219. (4) Isis, n° 1489 , 4848, p. 729.
(5) Nov. Act. Nat. Cur.,t, XIII, P. IT, p.605.
(6) Zoid. , t. XVII, p. 4.
(7) Loc. cit., p. 41.
32 DE L'HÉTÉROGÉNIE LIMITÉE.
vit dans le corps des Oiseaux échassiers et palmipèdes ( Monostomum mutabile), contenait déjà, à l'état d'embryon et dans l'œuf, un autre Entozoaire, semblable en tout au ver jaune aperçu par Bojanus; l'oiseau nourrit donc un Monostome, dans le corps duquel se trouve un œufoccupé par un jeune Monostome servant lui-même d'habitation à un Distome. Pour expliquer l’origme de ces Entozoaires à l’aide de la propagation, il faut recourir aux suppositions les plus arbitraires et les plus invraisemblables.'