I. Quant à ce qui concerne d’abord la substance organique
1° Tous les corps organisés, après qu'ils ont perdu la vie, ou les parties de ces corps (racines, tiges, feuilles, fleurs, fruits, cerveau, poumons, foie, muscles, excrémens, etc.), donnent lieu, en se décomposant, à une production d’Infu-
(4) John, Chemische T'abellen der Pflanzenanalysen , p. 38. (2) Observationum de animalculis infusortis satura , p. 82.
14 DE L'HÉTÉROGÉNIE DOMINANTE.
soires, qui, généralement ‘parlant, s'opère d'une manière d'autant plus complète, que ces deux corps se décomposent plus facilement dans l'eau et l'air. Ainsi, par exemple, Priestley a reconnu qu'il se développait davantage d'animalcules infusoires dans l’infusion de fraises, et moins dans celle des corps chargés de principes âcres et huileux, comme les opnons et la graine de lin (4). De même aussi les plantes infusoires se produisent en plus grande abondance et avec plus de rapidité lorsqu'un corps organique qui se décompose est plongé dans l’eau. De nouveaux Infusoires peuvent également naître d'Infusoires qui se détruisent, tout aussi bien que d’un autre corps organisé quelconque. De la matière verte qui était restée pendant un an exposée à l’air, et avait pris la forme d'une Tremelle, tomba en dissolution et se putréfia, après quoi il se forma de nouvelle matière verte ; le même phénomène eut lieu quand on exposa cette matière à la lumière solaire, dans de l’eau, après qu'elle eut été desséchée et réduite en poudre (2). Des Oscillatoires, que Mærklin (3) avait réduites en bouillie et détruites, se reproduisirent lorsqu'il eut plongé de nouveau la pulpe dans de l'eau pure.
2 Les principes immédiats qu’on extrait de corps organisés, et qui sont encore susceptibles de décomposition, comme Île mucus, la farine, l’extractif, l'albumine, la gélatine, la fibrine, conviennent parfaitement pour ces sortes d’expériences. Au dire de Spallanzani, le gluten donne davantage d'animalcules infusoires que l’amidon. Ces animalcules se développent quelquefois plus rapidement lorsque les végétaux ont été soumis à la coction et réduits en consistance de bouillie, que quand ils sont frais; et il en est de même pour la viande bouillie ou rôtie. Au contraire , les substances qui sont peu susceptibles de se décomposer à l'humidité, comme celles qui contiennent des huiles essentielles (camphre ) , du tannin (gomme kino, écorce de quinquina), du sucre pur ( le
(4) Treviranus, Biologie , Gottingue , 4822 , in-8o, t. II, p. 300. (2) Lvid., p. 308.
(3) Ueber die Ürformen der niedern Organismen, Heidelberg, 4823.
DE L'HÉTÉROGÉNIE DOMINANTE, 15 sirop, tant qu'il n’a pas fermenté), ou qui ont été charbonnées ( suie ), né fournissent point d’Infusoires (1).
3° Des substances qui, bien que dépouillées de leur composition organique primordiale , sont cependant susceptibles encore de se décomposer, peuvent également contribuer à la formation d’Infusoires. Tel est, par exemple, le terreau, qui résulte d’un mélange de substances morganiques et organiques putréfiées. L’Anguille du vinaigre ( Vibrio anguillula }ne se rencontre même nulle part ailleurs que dans les liquides devenus aigres, la vieille colle des relieurs, la bière blanche aigrie , le mauvais vinaigre.
4° Les Infusoires semblent ne se former, chez les corps vivans, que dans les points où il s'opère une décomposition. Spallanzani à remarqué qu'ils se développaient dans les infusions des graines avant la germination de ces dernières , ou quand elles commençaient à germer, qu'ils disparaissaient quelquefois pendant l’accroissement de la plante, ou vivaient encore après sa mort, qu'ils se montraient plus tôt quand la graine avait été disposée à germer par sonséjour dans de laterre humide, et qu'ils étaient moins abondans’lorsque le froid avait retardé la germination. Suivant Treviranus (2), il ne se produit ni animalcules ni végétaux infusoires tant qu’une plante végète dans l’eau. D’après Schweigger (3), ilne s’en manifeste alors que quand la plante est languissante, et ils deviennent d'autant plus nombreux que celle-ci se décompose davantage. La même chose semble avoir lieu aussi dans le corps animal. Le sang, le chyle, etc., contiennent des globules sans vie animale, tandis qu’on aperçoit des animalcules infusoires dans le mucus, lorsque ce liquide se décompose, soit par l'action prolongée de l'air, soit par l’affaiblissement de l’activité vitale. Ainsi Otton-Frédéric Muller n’en a découvert dans le tartre dentaire qu’après quatre jours d'infusion. Bloch et Goeze en ont vu dans le mucus intestinal des grenouilles. ( Je doute fort cependant que des Infusoires se dé-
(4) Gruithuisen, Beitraoge zur Physiognosieund Eautoynosie, p. 405. (2) Biologie, t, TI, p. 319.
(3) Naturgeschichte der skelettlosen nngegtiedertèn T'hiere, p: 425,
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veloppent spontanément dans le canal alimentaire des animaux vertébrés, pendant l’état de santé. Quant à ce qui concerne les grenouilles, je puis assurer d’une manière positive qu’on ne trouve chez elles que des Vers intestinaux. Ce qui le prouve, c’est qu'on les rencontre constamment dans les mêmes espèces et toujours au même endroit du conduit intestinal. Ainsi l’intestin grêle des crapauds renferme très-souvent, en petit nombre, des vers allongés et filiformes qui, pour la configuration , Ont quelque analogie avec les Vibrions. Toutes les grenOuilles que j'ai examinées avec Purkinje, contenaient, dans leur rectum , de petits vers plats, arrondis ou oblongs, qui exécutaient des mouvemens très-vifs, pendant lesquels ils brillaient , au soleil surtout , des plus magnifiques couleurs; aussi Purkinje a-t-il proposé de les désigner sous le nom d’ Opalina. Le mucus intestinal des autres animaux , notamment d'un grand nombre de vertébrés, que j'ai examinés , surtout parmi les mammifères, ne présentaient absolument aucune trace d’Infusoires, à l’état frais et chez les individus bien portans. Lorsqu'on en rencontre, il y a toujours un état quelconque de maladie, comme une sécrétion morbide de mucus, des ulcérations intestinales, ou autres semblables. Mais je serais tenté de regarder plutôt comme des Entozoaires microscopiques que comme des Infusoires les petits animalcules que l’on rencontre alors.) (1)
IT. Il ne nous est permis non plus de rien décider touchant la possibilité de la production d’Infusoires par des substances inorganiques. Muller (2), qui croit ne pas devoir l’admettre , se fonde sur ce qu'il n’y a que les plantes qui puissent former de [a matière organique avec des substances inorganiques, faculté dont les animaux sont dépourvus, suivant lui. Cette proposition ne devant être examinée que quand il sera question de la digestion, avant d’y souscrire, nous nous en tiendrons ici au résultat des expériences. Or, celles-ci nous apprennent que, sinon toujours , du moins par le concours de circonstances favorables, on voit paraître des Infusoires dans
(4) Addition de Valentin.
(2) Handbuch der Physiologie , t. I, p. 40.
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des infusions de corps tirés du règne minéral. Si les observations de Fray, qui prétend avoir vu des Vers de terre, des Limaçons, etc., naître de substances inorganiques, méritent peu de croyance, il en est autrement de celles qu'on doit à Gruithuisen (1). Suivant ce physicien, l'eau pure, dans laquelle on à fait infuser du granit , de l’anthracite, ou du marbre coquiller, produit des Infusoires, tandis qu’il ne s’en développe point dans celle qui a été mise en contact avec du verre, du fer, du laiton, du cuivre, du plomb, de la potasse, du sel marin. Treviranus à remaraué aussi (2) qu'il ne se formait pas d’Infusoires dans l’eau versée sur du mercure, mais qu'il s’en produisait dans celle qui tenait du sel de cuisine ou du salpêtre en dissolution.
III. Qu’ont de commun ensemble toutes les substances qui déterminent la production d’Infusoires ? Gruithuisen leur assigne la solubilité dans l’eau. Mais, d’un côté , le granit n’est point susceptible de rien abandonner à l’eau, et j'ai vu celle dans laquelle on l'avait fait bouillir pendant long-temps donner autant de matière verte que celle qui n'avait pas subi l'ébullition , de sorte qu’on doit peut-être tout snaplement regarder l'affinité pour l’eau comme caractère général de la substance propre à produire des Infusoires; d’un autre côté, certaines substances solubles dans l’eau, le sirop, le sel marin, les acides, le quinquina, ne donnent point d'Infusoires. Il doit donc y avoir encore quelque autre circonstance, qui, pour les substances organiques, consiste peut-être en un état de neutralité ou d’indifférence , joint à une tension chimique des élémens constituans, d’où résulte l'aptitude à se décomposer.
$ 10. La seconde condition est la présence de l’eau.
1° L'eau dans laquelle il se produit Le plus d’Infusoires est la rosée nouvelle employée pour préparer les infusions (3).
2° La plus féconde ensuite est l'eau de pluie ou l’eau de source fraiche.
3° Cependant, comme il existe déjà parfois quelques Infu-
(4) Loc. cit, , p. 100.
(2) Biologie , t. IL, p. 305.
(3) Gleichen, Dissertation sur la génération des animalcules spermatiques et coux d’infusions , Paris, an vir, in-49, fig.
18 DE L'HÉTÉROGÉNIE DOMINANTE.
soires dans cette dernière, le mieux est d'employer , suivant le conseil de Gruithuisen (1) , de, l’eau qui ait séjourné pendant plusieurs mois dans un vase clos, parce que les Infusoires qu’elle pouvait contenir d’abord y sont alors frappés de mort.
h° Les ‘Infusoires se développent un peu plus tard et en moins grande quantité dans l’eau bouillie et distillée ; cependant , lorsque la substance solide est favorable à leur production , ils ne s'y manifestent pas moins que dans l’eau fraîche , comme l'ont déjà remarqué Gleichen (2) , Spallanzani et autres.
La troisième condition est la présence de l'air.
bo C’est sous l'influence de l'air atmosphérique que la production des Infusoires s'effectue le plus facilement. Lorsque Wrisberg (3) couvrait l’eau d’une couche d'huile d'olive épaisse d’une ligne, il ne s’y développait point d’animalcules ; mais, quand l'huile ne formait que des gouttes éparses à la surface du liquide, des Infusoires apparaissaient dans ce dernier. Spallanzani a remarqué qu'il s’en produisait dans l'air médiocrement raréfié, mais non dans celui qui l'était beaucoup, ou dons ce qu’on appelle le vide (4) : leur développement n'avait lieu, dans des verres hermétiquement fermés, que quand ceux-ci contenaient assez d'air, ou quand il avait pu en péné-. trer à travers des fissures occasionées par l’action de la chaleur. Gruithuisen/a reconnu que des infusions, même trèsfécondes d’ailleurs, celles du foin par exemple , ne donnaient point d'Infusoires dans des flacons de verre dont le bouchon était assez enfoncé pour toucher à la surface de l’eau (5).
6° L'air atmosphérique peut cependant être remplacé par d’autres gaz. C’est ce que démontrent surtout quelques expériences de Fray, qui ont été faites avec circonspection et en présence de témoins dignesde foi (6). Ayant bien lavé un flacon avec de l’eau distillée, Fray y introduisit une décoction de viande
(4) Loc. cit., p. 97.
(2) Loc. cit. , p. 77:
(3) Loc. cit. , p. 83, 86.
(4) Obs. et exp. sur les animalcules, p. 440.
(5) Gehlen, Journal fuer die Chemie und Physik, t. VIII, p. 523.
(6) Essai sur l'origine des corps organisés et inorganisés, Paris, 4821, in-8°, p. 5—$8,
DE L'HÉTÉROGÉNIE DOMINANTE. 19
dans de l’eau distillée , puis du gaz hydrogène, après quoi il boucha et luta Le soulot ; du gaz azote fut également introduit dans d'autres vaisseaux contenant des mfusions de tiges de plantes ; dans l’un et l’autre cas, il se développa un grand nombre d’'animalcules infusoires. J'ai obtenu le même résultat en répétant ces expériences.
$ 411. Le concours d’une substance solide, de l’eau et de l'air étant nécessaire à la formation des Infusoires', et aucun de ces corps ne pouvant manquer sans faire échouer l’expérience , il s'ensuit que tous trois doivent contribuer en commun à la manifestation du phénomène. Cependant il serait possible qu’un seul d’entre eux jouât le rôle d'agent procréateur proprement dit, et que les autres eussent pour seul usage de favoriser l'opération, en fournissant le véhicule ou la sub- Stance., Mais :
I. Nous voyons que la nature des Infusoires est déterminée, non par celle d’un seul des trois corps, mais par celle de tous trois.
1° Avec la même eau et le même air , il se produit des Infusoires différens de forme , de taille et de mouvemens, lorsqu’on emploie des substances solides diverses pour préparer les infusions. Treviranus a vuse développer des animalcules infusoires seulement dans des infusions de végétaux aromatiques, tandis qu'il ne se produisait que des moisissures dans celles de substances végétales ayant de la tendance à subir la fermentation vineuse et acide (1). Quand il ajoutait de l’eau distillée de laurier-cerise à une infusion de pois (2), la formation des Infusoires commençait plus tard, mais marchait ensuite avec plus de rapidité, et ces animalcules étaient plus petits, plus grêles, plus vifs et plus mobiles que dans une simple infusion de pois. Suivant Gruithuisen (3), les Infusoires développés dans le mucus sont diversement configurés, grands, vifs, et exécutent toutes sortes de mouvemens , tandis que ceux qui proviennent du pus sont arrondis, plutôt lenticulaires que globuleux, peu agiles et bornés aux mouvemens de torsion ou de progression lente. Quand il ajoutait
(4) Biologie, t. IX, p. 325.
(2) Zbid., p. 322.
(3) Peitræege zur Physiognosie, p. 419,
20 DE L'HÉTÉROGÉNIE DOMINANTÉ.
une substance d'autre nature à une infusion déjà remplie d'Infusoires, ceux-ci changeaient de forme, ou mouraient, et quelquefois il s'en reproduisait d’autres (1).
2° La cohésion elle-même exerce aussi de l'influence. Spallanzani s’est assuré que quand les graines servant à préparer l'infusion avaient été écrasées , les Infusoires , non seulement étaient plus petits, mais encore disparaissaient plus tôt, et que les graines de trèfle bouillies en donnaient d’autres que celles qui n'avaient point subi l’ébullition.
3° L'eau joue également un rôle essentiel. Terechovsky obtenait des Infusoires différens suivant les diverses sortes d’eau qu'il avait employées pour faire Les infusions (2). :
4° La nature du gaz influe de même sur le résultat. Selon Fray (3), les substances animales donnent des animalcules infusoires dans le gaz azote et non dans le gaz hydrogène ; les substances animales, au contraire, en produisent davantage dans le gaz hydrogène que dans le gaz azote. :
5° Dans la propagation des corps organisés, la qualité essentielle de l'être procréé est déterminée non par les circonstances fortuites du dehors, mais par la qualité même de l'être procréateur. Nous devons donc conclure, par analogie, que, dans l’hétérogénie, la substance solide et l’eau jouent le rôle de corps procréateur, et comme le gaz hydrogène ne met point obstacle au développement des Infusoires en général , mais que la substance animale est la seule avec laquelle il en donne, ce gaz doit également concourir ici à la procréation.
IL. La formation des Infusoires dépend encore de la proportion respective des trois corps.
6o Quand il y à peu d’eau, il ne peut naître que des végétaux infusoires, comme nous en trouvons, par un temps humide, sur les murailles et toitures, ou sur les bords de fossés nouvellement creusés, au fond desquels coule un peu d’eau. Les animalcules infusoires exigent une plus grande quantité d'eau, parce que c’est l'élément dans lequel seul 1ls peuvent se mouvoir en toute liberté; en revanche aussi, ils demandent
(À) Jbid. , p. 124.
(2) Diss. de Chao infusorio Linnæi, p. 53.
(3) Loc, cit., p. 44.
DE L'HÉTÉROGÉNIE DOMINANTE. 21
beaucoup moins de substance solide. Comme la substance solide concourt à leur procréation, et que l’eau distillée seule ne donne point d’Infusoires, il est vraisemblable que quand des animalcules se développent dans de l’eau en apparence pure, une substance étrangère mêlée au liquide ou la paroi solide qui emprisonne ce dernier prend part à leur formation. Ainsi, par exemple, quand Terechovsky trouvait déjà, dans l’eau récemment puisée à la source, quelques Infusoires, dont il voyait le nombre s’accroître au bout de quelque temps, les parois du vase pouvaient fort bien, outre la chaleur, avoir contribué à cette multiplication.
7° La formation des Infusoires est favorisée par le contact de l’air non seulement avec l’eau, mais encore avec le corps mis en infusion. Fray à remarqué que, quand la colonne d’eau surnageant la substance infusée, était trop haute, ilne se développait pas d’animalcules distincts, mais seulement des globules privés de mouvement. Toutes les fois que j'ai plongé du granit dans assez peu d’eau pour qu'il dépassât le niveau de celle-ci, la matière verte se produisait avec plus de prompütude et d'abondance que quand la pierre était couverte d’une couche épaisse de liquide; en effet, on la rencontre principalement dans les lieux à moitié secs, sur la limite de l'air et de l’eau.
$ 12. La plupart des Infusoires, notamment les plus simples, les Monades, apparaissent dans toutes les infusions, quelque diversité qu’il y ait entre les substances solides, les eaux et les gaz dont on s’est servi. Il ne s’agit donc pas tant ici de la matière que de l'état de cohésion , comme le prouvent déjà quelques observations dont j'ai parlé plus haut ($ 11,2). La formation des Infusoires reconnaît donc pour condition le concours de substances solides, liquides et sazeuses. Or ce sont là les trois formes élémentaires de l'existence matérielle, auxquelles, de temps immémorial, on a imposé les noms d’élémens, la terre, l’eau et l'air. Mais il n’y a ni terre générale, niair général, ou plutôt iln’y à point de substance particulière qui fasse le fond de ces états de cohésion. Au contraire, l’eau est un corps particulier, et la forme liquide lui appartient au moins d’une manière spéciale et primordialement. Puisque nul
59 DE L'HÉTÉROGÉNIE DOMINANTE.
autre corps liquide, le vinaigre concentré pur, l'alcool, l'huile, le mercure, etc., ne donne d'Infusoires, nous devons donc considérer l’eau comme celui des membres concourant à l'hétérogénie qui agit non pas seulement par son état de cohésion , Mais encore par sa matière, que d'ailleurs elle soit décomposée seule par les corps solides et gazeux, ou qu’attirant à elle des substances de ces corps, elle subisse une décomposition après s’en être imprégnée.
Nous examinerons plus loin ($ 243, 244) l'influence dela chaleur , de la lumière, de l'électricité et de la saison sur la formation des Infusoires.
$ 13. Ehrenberg (1) pense que les Infusoires eux-mêmes ou leurs germes préexistent déjà dans l’eau où dans la substance organique mise en infusion , et qu'ils ne deviennent visibles que parce que la décomposition de cette dernière leur procure une nourriture plus abondante. Comme on ne les apercevait pas au début de l'expérience, il s’ensuivrait de cette opinion qu'alors ils seraient ou trop petits pour pouvoir être aperçus avec le microscope , ou doués seulement d’une vie latente , et par conséquent à l’état d'œuf ($ 339, II) ou de mort apparente (8626, 4° )}. Examinons si l’une ou l’autre de ces deux hypothèses est admissible.
I. Quant à ce qui concerne la prétendue incubation d'œufs d'Infusoires dans l’infusion,
1° Il faudrait d'abord prouver l'existence de ces œufs. Les dit-on trop petits pour être aperçus, c'est avouer qu'on ne peut rien savoir de leur existence ; mais veut-on qu'ils soient visibles, alors nous devons dire qu'ils n'existent pas, puisque des infusions, qui plus tard fourmillent d'Infusoires, ne montrent d’'abord aucune trace d'œufs. Gœze (2) prétendait déjà avoir vu des Vibrions se propager par œufs ; le phénomène n’a point été observé chez d'autres Infusoires, et ilest tout-à-fait arbitraire de considérer certaines parties de ces animalcules comme des organes génitaux. Mais, en supposant qu'il fût prouvé que les Infusoires peuvent se propager par des œufs, il ne
(4) Loc. cit. P. IIL, p.21.
(2) Der Naturforscher, 1.1, p. 43.
DE L'HÉTÉROGÉNIE DOMINANTE. 23
s'ensuivrait pas, suivant la remarque déjà faite par Treviranus (1), que ces êtres dussent partout provenir d'œufs, car é’est un fait connu que différentes formes de génération sont possibles dans une seule et même espèce d'êtres organisés. Croire que partout où l’on rencontre des Infusoires , ils ont été précédés d'œufs , c'est donc admettre une pure hypothèse, qui n’a d'autre fondement que l’analogie. Mais l’analogie peut induire en erreur, quand de la ressemblance qui existe entre les caractères les plus généraux de deux choses, on conclut qu’il y en à une également entre toutes leurs qualités particulières. Parce que les Infusoires ont une cavité digestive, comme d’autres animaux , il ne faut pas leur attribuer aussi un système vasculaire , et s'ils se propagent, ils peuvent fort bien ne pas le faire par des œufs, à la manière des animaux supérieurs. Si c'est seulement par analogie qu'on suppose des œufs chez eux, il faut accorder à ces œufs des propriétés semblables à celles de tous les œufs connus; car ce serait jouer sur les mots que de supposer qu'ils en ont de particulières à eux seuls.
2° Si l’on ne peut admettre cette dernière supposition, nous devons reconnaître aussi que les œufs n’ont pas échappé à la vue dans la substance solide employée pour faire l’infusion, mais que réellementils n’existent point. Car , qu’on fasse bouillir ou rôtir cette substance aussi long-temps qu’on voudra , qu’on la mette, chaude encore, dans des flacons préalablement échauftés , et que sur-le-champ on bouche ceux-ci d'une manière hermétique, il se produit cependant des Infusoires , quoique tous les œufs connus, animaux ou végétaux , soient tués par la chaleur de l’ébullition. On à vu, en outre, des Infusoires se manifester dans une infusion de parties du corps d’une momie qui remontait probablement à des milliers d'années (2); or, autant que nous le sachions, nul ‘œuf animal ne conserve la faculté de se développer pendant une période décennale seulement, et à plus forte raison pendant des siècles.
(A) Loc. cit. t. IL, p. 354.
(2) Eray , Loc. cit., p. 40.
2/4 DE L'HÉTÉROGÉNIE DOMINANTE.
3e Les œufs ne peuvent point non plus être contenus dans l'eau employée pour préparer l’infusior , puisqu'il se produit des Infusoires dans cette eau , alors même qu’elle a été bouillie ou distillée; or nous ne connaissons pas d'œufs qui soient susceptibles de se laisser distiller ou de résister à l’ébullition. Ehrenberg n’a jamais pu non plus découvrir d'Infusoires dans l'eau dé pluie ni dans la rosée (1), quoique ces deux liquides soient très-favorables à leur production, comme on l'a vu précédemment ($ 10, 4°, 2).
4° Il est également impossible que les œufs existent dans l'air. Notre atmosphère contient sans doute de la substance organique , que la transpiration des corps organisés y répand à l'état de dissolution, qui, par conséquent, y est invisible, el qui se précipite quelquefois avec la pluie ou la neige. Zimmermann (2) a trouvé dans de l’eau météorique une sub- Stance organique particulière, différente du mucus et de l’extractif, et qui dégageait de l'ammoniaque en se décomposant; cette substance, appelée par lui pyrrhine, y était mêlée avec du fer, du manganèse, de la chaux, de la magnésie et de l'acide hydrochlorique. Des Infusoires pourraient fort bien ù ainsi que le présume Nees d'Esenbeck (3), naître d'elle quand elle vient à se précipiter ; mais comme elle ne s'échappe des Corps organisés que sous forme de vapeur et à l'état de dissolution , il est impossible qu'elle contienne des œufs. De trèspetits corps organisés, ou des particules détachées de ces Corps, peuvent bien aussi, après avoir été desséchés et réduits en poussière, être entraînés par les vents, et, quand ils se déposent dans un vase ouvert, renfermant de l’eau , donner lieu à un développement d'Infusoires, phénomène que Schultze, entre autres, à observé (4). Mais ces observations ont appris également que la poussière se décomposait et se réduisait en liquide avant que les Infusoires parussent, que, par conséquent,
(4) Eôe,rcut, PO, p. 79.
(2) Archiv fuer die gesammte Naturlehre , t. I, p. 257.
(3) Dans sa trad, allem des œuvres de Robert Brown, t. I , P. 634.
(4) Microshopische Untersuchungen ueber Brown's Entdechuny lebender T'heilchen in allen Kærpern, p. 29.
DE L'HÉTÉROGÉNIE DOMINANTE. 25
ceux-ci ne provenaient point d'œufs. Nous ne connaissons aucun exemple d'œuf animal qui puisse, sans perdre la faculté de se développer, subir une dessiccation assez complète pour que le vent le soulève du sol et l'entraîne avec lui. Mais, en supposant même que la poussière contint des œufs d'Infusoires, on la voit cependant, et, dans toutes les expériences bien faites où l’on a eu le plus grand soin d'en débarrasser la substance mise en infusion , les Infusoires ont paru, quoiqu'on lui eût interdit tout accès en bouchant les vases. D'ailleurs il se produit aussi des Infusoires sans air atmosphérique, et sous l'influence de gaz préparés par l’art.
5° Enfin, j'ai fait avec Hensche et Baer des expériences décisives sur des matières dont aucune ne pouvait contenir d'œufs susceptibles de se développer. De la terre franche, qui n’exhalait point d’odeur, et dans laquelle on n'apercevait rien d'étranger, fut bouillie pendant long-temps avec une grande quantité d'eau, et la liqueur réduite ensuite, par l’évaporation, à la consistance d’un extrait épais, en partie pulvérulent : cet extrait, renfermé avec de l’eau récemment distllée et du gaz oxygène ou du gaz hydrogène, dans des flacons bouchés à l’émeri, et coiflés d’une vessie, ne donna, sous l'influence de la lumière solaire, que de la matière verte de Priestiey; mais, traité de la même manière ‘avec de l’eau commune et de l'air atmosphérique, il fournit aussi de nombreux animalcules infusoires. Du marbre ayant été également renfermé dans un flacon, avec de l’eau distillée et de l'air atmosphérique , de l'oxygène ou de l'hydrogène , puis exposé à la lumière du soleil ou à la chaleur du bain-marie, il ne se produisit pas de matière verte, mais une substance mucilagineuse, avec des filamens blancs, dont quelques uns étaient raimifiés, Des morceaux de granit qui venaient d’être détachés du milien d’un bloc, et que j'enfermai avec de l’eau distillée et du gaz oxygène ou hydrogène, donnèrent au soleil de la matière verte, avec des filamens confervoïdes, et au banmarie des flocons seulement.
Muller. objecte qu'il aurait fallu débarrasser les instrumens employés pour changer de l’eau, de toutes les particules organiques susceptibles d'y adhérer, mais que chaque nettoyage
26 DE L'HÉTÉROGÉNIE DOMINANTE.
aurait donné lieu à de nouvelles erreurs (1). Je ne vois , dans cette objection, qu’un parti pris de nier la possibilité d’une expérience décisive, plutôt que de renoncer à une hypothèse favorite. Les divers subterfuges auxquels les adversaires de l'hétérogénie se voient forcés d’avoir recours, ont été, il y a long-temps déjà , appréciés à leur juste valeur par Patrin.
II. Les Infusoires peuvent tomber dans un état de mort apparente par la dessiccation , être enlevés alors par le vent sous forme de poussière, et revenir ensuite à la vie par le contact de l'eau, ce qui à été démontré en particulier par Schultze. Mais il saute aux veux que cet effet n’a pas lieu dans des expériences faites avec les précautions convenables , où l’on se tient à l'abri de la poussière , surtout quand on opère sur des substances bouillies et des gaz artificiels. D'ailleurs la revivification d’un animal desséché s'effectue sur-le-champ, dès qu’il s’est gonflé d’eau , tandis que la formation des Infusoires exige du temps et n’a lieu qu'après la décomposition.
IIT. Mais, en général, les phénomènes de cette formation s'opposent formellement à ce qu’on suppose une propagation ou une revivification.\
6° Les diverses espèces d’Infusoires prennent une configuration en harmonie avec les circonstances ($ 2). Gruithuisen (2) dit n'avoir jamais trouvé ces animaux parfaitement semblables de taille, etc., dans plus de mille expériences faites sur des infusions de substances diverses et au milieu de circonstances différentes. Il ajoute même les avoir vus varier suivant le degré de dilution des liqueurs. Si l’infusion ne servait qu’à nourrir des Infusoires déjà existans, ou leurs germes, elle ne saurait produire de pareilles différences d'organisation. Si cette diversité tenait uniquement à ce qu'en vertu de sa constitution particulière la nourriture ne convient qu’à certaines espèces d’Infusoires, il faudrait que toutes les espèces de ces animalcules ou leurs œufs existassent partout, afin que chacune püût se développer là où elle rencontrerait une alimentation convenable. Et si l’on ajoute encore les germes
(1) Handbuch der Physiologie, Coblentz , 4833, in-8°, t. I, p.44. (2) Organozoonomie, Munich , 4841 , in-8°, p. 464.
DE L'HÉTÉROGÉNIE DOMINANTE. 27
de tout ce dont nous expliquons l’origine par l'hétérogénie, les Champignons, les Algues, les Entozoaires, etc., il en résulterait que le nombre de germes d'organismes inférieurs répandus partout s'éleverait au point de dépasser toute croyance.
7° Enfin les faits relatifs au mode de formation des Infusoires ( $ 269 ) témoignent de la manière la plus positive en faveur de l'hétérogénie.
$ 14. Les Entozoaires naissent en grande partie par hétérogénie, comme l'a surtout prouvé Rudolphi (). Il est constant que ces animaux ne se trouvent pas dans l’eau , la terre ou l'air, mais seulement dans l'intérieur du corps animal, et que, quand ils en sont expulsés, ils ne tardent point à périr, de même que les Vers qui vivent dans la terre ou dans l’eau ne peuvent point subsister dans le corps des animaux. D’après cela, si les Entozoaires ne se développaient pas par hétérogénie, il faudrait qu'ils passassent des animaux servant de nourriture dans l'individu qui se nourrit de ces substances , ou des parens dans l'individu engendré par eux.