DU SPERME
au chalumeau en un globule blanc, et se dissolvent dans les acides hydrochlorique et nitrique. À l'air chaud et humide, le sperme se décompose , devient jaune et acide, exhale une odeur de poisson pourri, et se couvre de Byssus septica. Insoluble dans l’eau froide et dans l’eau chaude, il est rendu miscible à ce liquide par les alcalis. Mais, après s'être liquéfié à l'air, !l devient très-soluble dans l’eau, dont l'alcool et le chlore le précipitent en flocons blancs. Si on l'expose à la chaleur , après l'avoir desséché, il se ramollit d'abord, prend une teinte jaune dorée et répand l'odeur de là corne brûlée ; puis il brunit, norrcit, se boursoufle, donne une fumée épaisse, d’odeur ammoniacale, et laisse un charbon volumineux, d’où l’on peut extraire du carbonate de soude par la lixiviation, et du phosphate calcaire par lmcinération. À la distillation, il produit de l’eau, du carbonate d’ammoniaque et une petite quantité d'huile. L’ammoniaque ne se forme que par l'effet de la décomposition; car le sperme n’en dégage point, par l'addition de [a chaux, quand il est frais , et n’en fournit qu'après être resté pendant quelques jours soumis à l'influence d’un air chaud et humide. Sa dissolution dans les acides n'est point décomposée par les alcalis, non plus que celle dans les alcalis par les acides. Vauquelin a trouvé , dans celui de l'homme , 90 parties d’eau, 6 d’une substance mucilagineuse particulière, 1 de soude, et 3 de phosphate calcaire, avec un peu d’'hydrochlorate de chaux. La laitance de Carpe lui a donné , ainsi qu'à Fourcroy, de la gélatine , de l’albumine , une substance grasse et savonneuse, du phosphore, des phosphates de chaux, de magnésie, de soude et de potasse et de l’hydrochlorate d’ammoniaque ; le phosphore y était à l’état de combinaison si intime, qu'il se retrouvait encore dans le charbon (1). L'analyse de John (2) est conforme à la précédente.
A° La combusubilité de la semence se manifeste par l'odeur qu'elle exhale, et par la grande quantité d’alcali et de phosphore qu'elle contient, quantité si considérable quel-
(4) Annales du Muséum, t. X, p. 169.
(2) Chemische T'abellen des T'hierreichs, p, 122.
ANIMALCULES SPERMATIQUES. 193 quefois, qu'on voit même ce liquide répandre des lueurs phosphoriques (1).
$ 84. La longueur considérable des conduits séminaux rend le contact du sperme avec les canaux qui le renferment plus intime et plus prolongé que celui d'aucun autre liquide sécrété. Comme, en général, le contact des humeurs avec la substance animale les désoxide et les dispose davantage à laisser leurs parties constituantes se séparer, ce double effet doit avoir lieu à un degré éminent pour le sperme. Les phénomènes signalés dans le paragraphe précédent ($ 83) ; c'està-dire l'exhalation de principes volatils et odorans, la promptitude avec laquelle le résidu change de nature et se liquéfie, etc., attestent combien cette humeur est encline à se décomposer.
1° De même que la substance végétale se résout en poussière dans le pollen, de même aussi le sperme paraît se résoudre en parties hétérogènes par l'effet de la facilité avec laquelle il se décompose. Dans l'Echinorhynque, suivant J. Cloquet, et chez les Insectes, selon Hegetschweiler , il est grumeleux. Dans l’Ascaride lombricoïde , au dire du premier de ces auteurs , et dans la Lamproie, au rapport de Rathke , il est composé de globules blancs, disséminés au milieu d’une masse épaisse; dans le Distoma', d’après Meblis, il se compose de grumeaux enveloppés d'un liquide lactescent, etc. La spermatine, ou la matière particulière du sperme, n'est point dissoute dans cette humeur ; elle y est seulement renflée , et elle ne s’y dissout que quelque temps après l'évacuation.
2° Le sperme étant d’une part très-enclin à se décomposer, et contenant d'un autre côté une substance solide , qui est mêlée avec un liquide et qui se trouve pendant long-temps en contact avec une paroi animale , nous voyons là réunies toutes les conditions nécessaires à la production d’Infusoires ($S 11). Nous devons donc admettre que les Animalcules spermatiques (Spermatozoaires de Baer ) sont des Infusoires qui se développent lorsque le sperme , ayant acquis son plus haut
(4) Osiander, loc. cût,, {. T, p. 245.
degré de perfection , est devenu très-décomposable et apte à la fécondation ; que par conséquent ils n’y existent point dès le principe, et qu'ils n’ont par eux-mêmes aucune connexion essentielle avec la vie de l'organisme-souche , que ce n’estpoint à eux qu'est due la faculté procréatrice, enfin qu'ils ne sont qu’un effet accessoire et un phénomène concomitant de cette faculté, motif pour lequel ils manquent chez les enfans, les vieillards et les malades. Voici quels sont les arosumens sur lesquels repose cette opinion (*).
3° Les Spermatozoaires ne naissent que pendant le séjour prolongé du sperme dans le corps animal ; car lorsque ce liquide est évacué souvent et ne peut s'accumuler, il ne contient point d’animalcules, qui n'y reparaissent que quand les épanchemens de semence ont lieu à de plus longs intervalles. Gleichen n’en à point trouvé dans le sperme extrait des testicules du Taureau, du Verrat, du Cerf, du Lièvre, du Renard ; il a rencontré , dans les épididymes , de petits globules tournant avec rapidité sur eux-mêmes, et dans les vésicules séminales seulement des Spermatozoaires parfaits (1). Czermak (2), qui a étudié les progrès de la formation du sperme des Oiseaux , à partir du commencement de la saison des amours , a trouvé cette humeur d’abord complétement liquide , puis gvenue, ensuite parsemée (de Spermatozoaires, qui cependant étaient encore immobiles dans le principe ; il a remarqué aussi que les animalcules aptes à se mouvoir ne se rencontraient , chez beaucoup d'animaux, que dans les conduits déférens. |
lo Needham avait déjà observé que le nombre des animalcules augmente lorsque le sperme devient plus liquide et commence par conséquent à se décomposer, d’où il concluait qu'ils Sont produits par ia décomposition de la matière animale. Leeuwenhsek à trouvé aussi qu’ils ne deviennent vi-
(*) Cette opinion vient d’être combattue par M. R. Wagner (Fragmente sur Physiologie der Zeugung. Erlangue, 1837, in-4°, fig. ), dans son Analyse microscopique du sperme.
(4) Abhandlung ueber die Saamen-und Infusionsthierchen ; p. 32.
(2) Beitræge zu der Lehre von der Spermatozoen , p. 20.
ANIMALGULES SPERMATIQUES. 155
vans que par la dilution du sperme , et Gleichen (1) que leurs mouvemenssont lents dans le sperme frais, qu'ilsne font que s’y traîner, et qu’ils acquièrent plus de vivacité lorsqu'on étend d’eau cette humeur. Asch n’a pu voir que des globules (2), mais il à reconnu que ces globules aussi se forment peu à peu. Treviranus (3) a observé, dans la semence de grenouilles fraîche et étendue d’eau, des courans qui entraînaient les #lobules et les filamens contenus dansle liquide ; c'était plus tard seulement que‘ se formaient des animalcules doués d’une faculté locomotive propre. Prevost et Dumas (4) n’ont aperçu d’animalcules dans Ia semence épaisse des conduits’ séminaux des Mammifères, qu'après avoir délayé celle-ci avec de l’eau ; c'était donc , au fond, une infusion qui appelait sur-le-champ des Infusoires à la vie animale , puisque la force plastique la plus énergique et la plus exaltée ne peut point maintenir la cohésion de la masse vivante, et ne l'empêche pas de se résoudre en liquide.
bo D'anciens observateurs disent avoir vu des Spermatozoaires chez des Poissons (5). Si, malgré tous leurs efforts, Prevost et Dumas (6) n’ont pu en apercevoir aucun chez ces animaux, mais seulement des globules, ce n’est point là une preuve qu'il n’y en ait pas dans la laitance fraîche, et peutêtre doit-on s’en prendre à ce que le sperme des Poissons ne parcourt point des canaux si longs et si étroits. Au contraire Bory de ‘Saint Vincent (7) à vu des Infusoires naître au bout de quelqne temps dans la laïtance mise en infusion. Du reste il est arrivé quelquefois à Prevost et Dumas (8) de ne rencontrer aucun Spermatozoaire chez de forts chats.
6° Les Spermatozoaires se comportent comme d’autres animalcules infusoires à l’ésard des manifestations de leur vitalité.
(1) Loc. cit., p. 409.
(2) Diss. de naturä spermatis, p.403.
(3) Vermischte Schriften, t. I, p. 423.
(4) Annales des sc. nat.,t. I, p. 48.
(o) Haller, Ælementa physiologie , t, VIT, p. 521.
(6) Loc. cit., p. 22.
(7) Magendie, Journ. de physiologie, Paris 4822, t. II, p. 231. (8) Loc. cit., p. 167.
Ils semeuventetse reposent par momens, vonttantôt d’un côté, tantôt d’un autre, se fuient les uns les autres, font des efforts pour se remettre en liberté, quandils ont été accrochés par les portions du liquide qui commencent à se dessécher, etc. (1). Cependant leurs mouvemens ne sont pas aussi agiles ni aussi multipliés que ceux de la plupart des autres animalcules infusoires (2). Gruithuisen (3) prétend avoir vu qu'ils se propageaient, comme ces derniers, par scission longitudinale , ou aussi par gemmation.
7° La petitesse des Spermatozoaires , qui ne permet pas de les apercevoir sans le secours du microscope, les range parmi les animalcules infusoires. Comme habitans d'animaux vivans, on doit les compter'au nombre des Entozoaires. Mais ces deux classes n'étant caractérisées que par des qualités non essentelles (le volume et l'habitation}, la place des Spermatozoaires dans un système fondé sur l'organisation n’est point encore déterminée, que nous les rapportions à l’une ou à l'autre de ces deux classes. Sous le rapport de la taille, de l'habitation , et du mode d'origine , ils ressemblent aux Cercaires, par exemple à celles du mucus intestinal , dont ils se rapprochent aussi jusqu'à un certain point, suivant H. Cloquet (4), quand on n’a égard qu'à leur forme extérieure. Mais d’après les recherches plus étendues que Czermak a faites (5), ils se partagent en trois grandes sections ; les Céphaloïdes, qui sont arrondis, en forme de disque, jusqu’à un certain point globuleux , et propres aux Poissons , ainsi qu'à quelques Annélides; les Uroides, ou filiformes, qu’on rencontre chez les Mollusques, la plupart des Reptiles , et plusieurs Oiseaux; enfin les Céphaluroides, qui ont une partie sphérique et une autre filiforme, et qu'on trouve chez les Mammifères , de même que chez la plupart des Insectes. Si l’on voulait les associer aux Infusoires, les Céphaloides pourraient rentrer , d’après Czermak , dans les Monadaires ,
(4) Haller , doc. eit., t. VII, p. 529.
(2) Gleichen, Loc, cit, p. 70.
(3) Beitræge zur Physiognosie, p. 328.
(&) Dict. des sc. médie., t. XXV, p. 37.
les Uroïdes dans les Vibrionides, et les Céphaluroïdes dans les Cercaires. Mais, sous le point de vue de leur origine , ils doivent être considérés , de même que les Entozoaires , comme les produits d’une substance organique qui se décompose dans l’intérieur d’un organisme vivant et sous son influence.
8° Ils ont la même forme chez des animaux différens. Ainsi, par exemple , leur forme est la même dans le chien et dans l'homme. D'un autre côté , on en trouve quelquefois plusieurs de forme différente chez un seul et même individu.
9» Leur grosseur n’est nullement proportionnée à celle de l'animal dans le sperme duquel ils vivent. Ceux de la Baleine ne sont pas plus 2#ros que ceux qu’on rencontre chez certains animaux fort petits (1), et quelques Insectes en ont qui sont plus gros que ceux de l’homme. D'après les mesures prises par Prevost et Dumas, on peut établir à cet égard la série suivante :
Helix pomatia 0,833 millimètre.
Lymneus stagnalis 0,611 . Salamandre aquatique 0,400 Vipera Razumovski 0,100 Putois, Cochon d'Inde etLinot 0,083 Souris 0,080 Hérisson et Orvet 0,066 Cheval 0,050 Chat 0,040 Poule 0,033 Grenouille 0,026 Chien et canard 0,016
Ils sont donc, par exemple, dans le Colimaçon, cinquantequatre fois plus gros que dans le Chien, et dans la Souris moitié plus #ros que dans le Cheval.
10° Ceux des animaux inférieurs sont non seulement plus gros , mais encore plus nombreux que ceux des animaux supérieurs. Ceci s'applique surtout aux Mollusques , animaux chez lesquels une force productive et régénératrice très-ac-
(4) Haller , Loc. cit,, t, VII, p. 522.
tive accompagne un Corps mou, mucilagineux et très-enclin à se décomposer.
41° Gruithuisen (1)', enfin, dit en avoir vu naître aussi dans une infusion de sang. |
. D'après ces faits, la présence des Cercaires dans une humeur inconnue d'ailleurs ne suflirait pas pour démontrer que cette humeur est du sperme.
(Je partage entièrement l'opinion qui vient d’être développée, c'est-à-dire que je ne regarde les Spermatozoaires ni comme la seule partie active ni comme la seule partie essentielle du sperme. Je crois qu'ils vivent dans l’intérieur de la portion mucilagineuse ou plutôt albumineuse de la liqueur, dans celle qui file entre les doigts, et que l’eau les met en liberté, parce qu'elle dissout cette substance. C’est une conclusion à laquelle nous sommes amenés par les anciennes observations et aussi par la comparaison avec les Vers intestinaux. Ceux-ci ne’se montrent que sur les points où il y a eu préalablement accumulation, dans l'intérieur du corps, de mucus et d’albumine , qui paraissent être leur véritable matrice. Mais à peine, parmi les sécrétions du corps, s’en : trouve-t-il une seule qui soit aussi chargée de ces substances que le sperme ; la liqueur séminale possède donc une aptitude toute spéciale à produire des organismes individuels. Ainsi les animalcules spermatiques me paraissent être des Entozoaires du sperme, non pas engendrés immédiatement par la sécrétion , comme le pensent Prevost et Dumas, mais : seulement comme une suite nécessaire de la sécrétion du sperme , qu'en conséquence ils accompagnent toujours , quand il a les qualités requises pour être parfait. C’est l'étude des Moules surtout qui m'a conduit à cette manière de voir. Le mucus et l’albumine prédominent dans le corps entier de ces animaux ; aussi tout leur corps est-il plein d'Infusoires , qui n'attendent que la disgrégation de la masse cohérente pour manifester une vie propre à eux. Ils sont variés à l'infini, quant à la forme, longs , larges, ronds, ou tout-à-fait amorphes ; souvent même on voit des lambeaux qui, à peine déta-
(D) Loc, cit., p. 329.
chés du corps , tournent en rond, avec une apparence de vie. On passe, par une sradation insensible, de ces masses informes à des animaux jouissant manifestement d’une vie qui leur appartient en‘propre. L'organe générateur est celui qui en contient le plus, quand il n’a point développé d'œufs, mais contient un liquide épais et blanc, la semence , que d'ailleurs cet organe soit un testicule ou qu'il se borne à fonctionner quelquefois comme tel. Mais là aussi les animalcules varient beaucoup. Je regarde comme des Spermatozoaires proprement dits ceux qui ont le corps aplati et dont la face ventrale est un peu excavée ; leur nombre l'emporte de beaucoup sur celui des autres. Indépendamment d'eux, on trouve d’autres Infusoires qui se distinguent par une longueur plus considérable et par les mouvemens d’une toute autre espèce qu'ils exécutent ; ceux-là peuvent bien avoir jusqu’à un vingtième de ligne de long. La vitalité de tous ces habitans du sperme dépend de l’état de vie et de la maturité des Moules. Fréquemment, la plupart des Spermatozoaires proprement dits sont immobiles ; quelquefois, au contraire, j'ai trouvé tout en mouvement dans le sperme, de manière que rien n'y était tranquille , si ce n’est le liquide. Il suit de à qu'on ne peut point attribuer le développement des animalcules spermatiques à la seule constitution chimique du sperme, qui ne comporterait pas de si grands changemens dans une même substance , mais qu’il faut encore , et surtout, le faire dépendre de circonstances dynamiques , auxquelles il est possible que la composition chimique se trouve assujettie. Il me paraît donc très-convenable de considérer la formation des Spermatozoaires comme analogue au développement du pollen, comme une réduction en poussière qui s'effectue dans le corps animal.
à Qu'il me soit permis de rapporter encore ce que l’observation des Limaçons m’a appris sur le rapport entreles Spermato : zoaires et les Vers intestinaux. Quand on trouve ici ces animalcules en pleine jouissance de la vie, ils sont formés d’un corps arrondi et d’une très-longue queue, tels que Prevost et Dumas les ont figurés ; ils se meuvent alors avec une extrême vivacité et sans interruption, Dans d’autres Limaçons, on en voit
quelques uns qui sont très-lents, et la plupart qui n'exécutent aucun mouvement; ceux même qui vivent font des pauses très-longues. Dans cet état, le corps et la queue se sont séparés l’un de l’autre chez le plus grand nombre, et une grande partie ne sont que des queues vivantes. C’est dans cet état que Treviranus les à vus et représentés. L’extrémité en forme de crochet, dont il parle, est le bout rétréci par lequel la queue tenait au corps. Il faut que cet observateur les ait aperçus dans les derniers momens de leur vie, puisqu'il compare leur mouvement à celui des Conferves oscillatoires ; celles-ci se meuvent de manière que le filament décrit la surface d’un cône, et l'extrémité libre un cercle plus ou moins régulier‘; mais le mouvement des queues de ces Spermatozoaires est absolument semblable à celui des Serpens, comme chez d’autres Cercaires ; elles ne deviennent plus raides que quand elles sont tout-à-fait sur le point de mourir.
On savait déjà que les phénomènes de la vie sont indépendans dans le corps et la queue , chez les Cercaires proprement dites , telles que Nitzsch les a caractérisées en établissant ce groupe. Mais ces animaux sont, comme je l'ai trouvé, des Vers entozoaires de Limaçons, qui se développent de préférence dans les parties génitales et les reins. Il y a donc, entre les Spermatozoaires des Limacons et les Cercaires (d’après Nitzsch), affinité sous le point de vue des conditions vitales, du lieu de développement et de la forme. Cette dernière a fait désigner les uns et les autres sous le même nom générique. Les véritables Cercaires ont seulement une organisation plus relevée que celle des Spermatozoaires, et sont du reste construites d'après le même type. Les Distomes sont, à leur tour, des Cercaires plus développées , et la transition est rendue plus complète encore par un Distome qui vit dans les Moules , et dont la queue fort longue se détache également du corps. Nous avons donc trois degrés ; les Distomes sont des parasites de certaines parties du corps où il s’accumule soit du mucus, soit de l’albumine ; les Cercaires sont des parasites de Mollusques, car on en trouve aussi dans les Moules ; enfin les Spermatozoaires sont des parasites du sperme. Tous sont bâtis sur le même tvpe, seulement à des degrés di-
‘ vers de développement; tous sont des Infusoires, en tant qu’on désigne par ce mot non pas un degré ou un échelon de l’organisation, mais seulement un mode d'origine.
Les Limacçons renferment aussi des Infusoires dans d’autres parties de leur corps, quoiqu'ils ne soient ni aussi nombreux hi aussi variés que chez les Moules) (4).
$ 85. Il nous reste encore à établir un parallèle entre l'ovaire et le testicule, pour faire connaître ce que ces organes ont de commun et ce qui constitue leur caractère particulier.
Tous deux s'accordent ensemble quant à leur destination générale ; ce sont des organes producteurs, dont le produit est la première et la plus essentielle des conditions de la génération. Ils ont aussi plusieurs traits de ressemblance, eu égard à l'organisation, comme d'être mis en rapport avec l'organisme par des nerfs et par des vaisseaux. Cette analogie, que l’on connaissait déjà dans l'antiquité, et qu’on avait cherchéà rendre sensible en appelant les ovaires testicules femelles, est exprimée d'une manière d'autant plus patente et complète dans les particularités qui ont trait à la conformation, que le degré de la formation organique est moins élevé. L'ovaire tubuleux ($ 52) diffère à peine du testicule tubuleux ($ 71). A mesure que la vie se déploie , l’antagonisme entre la mascu linité et la féminité devient de plus en plus prononcé, de Sorte que nous devons considérer la séparation des sexes comme un caractère de développement d’un ordre plus élevé.
A. Parallèle entre l'ovaire et le testicule sous le rapport de la forme.
$ 86. Examinons d'abord la forme élémentaire.
10 La forme élémentaire des deux organes est tubuleuse aux derniers échelons du règne animal. À des degrés plus élevés et au premier de tous, le testicule demeure tubuleux, non pas, 1lest vrai, dans sa forme totale ou d’ensemb:e, mais dans son tissu ; l'ovaire, au contraire , ne tarde pas à prendre
(4) Addition de Baër.
la forme vésiculeuse , et à se séparer des parties tubuleuses (855), desorte qu'il subit une métamorphose plus considérable dans le règne animal. Parvenu à la forme la plus élevée, le testicule est encore analogue aux premières formes de l'ovaire.
2° La forme globuleuse annonce une action parachevée , et qui revient sur elle-même. Elle s'exprime surtout dans l’ovaire. La forme allongée mdique une progression, un rapport avec quelque chose d’étranger, une tendance vers l'extérieur ; elle prédomine dans le testicule. Au plus haut échelon du règne animal, l'ovaire est un amas de vésicules closes, et letesticule un faisceau de canaux ayant une lonoueurtelle qu'onn’en trouve de pareils nulle part ailleurs dans l'organisme. De même, l'artère spermatique femelle est courte et très-flexueuse, tandis que la mâle est longue et plus étendue.
3° Parvenu à un développement plus complet ($ 55), Tl'organe producteur des œufs représente un tout clos de toutes parts , et séparé de la cavité évacuative; ce sont des vésicules et des cellules fermées, qui n'ont aucune relation immédiate avec l'extérieur, et qui produisent au dedans d’elles-mêmes. À son plus haut degré de développement ($ 60, 64), l'ovaire n’a plus de cavité évacuative. Le testicule, au contraire , se montre un organe producteur dans lequel prédominent et l’éjection et les rapports avec quelque chose du dehors; car l'endroit où le sperme se forme faisant toujours corps ayec les conduits excréteurs , le testicule, même lorsqu'il est arrivé à son développement le plus complet, demeure encore un organe de sécrétion et d’excrétion. Le caractère complet de la membrane muqueuse, qui consiste à former un tube et à être continue avec la peau extérieure , appartient partout au testicule, à une exception très-bornée près (8 79, 40), tandis que l'ovaire ne l’offre que dans sa forme inférieure. 4e La membrane extérieure et vasculeuse (albuginée) est, dans l'ovaire complétement développé , la surface condensée du parenchyme , qui renferme en lui-même les vésicules formées en quelque sorte par les extrémités closes des canaux de membrane muqueuse. Dans le testicule, un développement plus considérable de l'extérieur, de la périphérie , fait
qu'elle a davantage le caractère de membrane tendineuse particulière , attendu que son feuillet interne forme en dedans des saillies filamenteuses ou lamelleuses , ou des plis et des renversemens qui constituent des cloisons plus ou moins complètes , partagent le testicule en cellules grandes et petites, et renferment complétement les vaisseaux , ou seulement les entourent jusqu'à un certain point. Chez les Oiseaux, ces saillies s'enfoncent , sous la forme de filamens , à travers la substance du testicule’, et, à la face postérieure, l'albuginée reçoit l'épididyme en elle-même, dans une fissure partieulière (1). Chez les Mammifères on voit s'ajouter encore plus ou moins manifestement , en cet endroit, mais dans le testicule lui-même, un pli (corps d'Highmore), qui consiste en tissu cellulaire condensé , s'étend sous la forme d’un renflement blane, d’apparence ligamenteuse et semblable à une bandelette, dans toute la longueur du testicule, vis-à-vis de l’épididyme, fournit les cloisons, conduit les vaisseaux, reçoit les conduits spermatiques eflérens , et représente ainsi la base ou le squelette cellulaire du testicule.
5° L’enveloppe péritonéale attache les ovaires aux organes voisins, vers lesquels elle se prolonge, notamment à la colonne vertébrale ; elle embrasse dans son repli, outre les ovaires, les vaisseaux et nerfs qui s'y rendent, et quand les ovaires sont volumineux , quand ils sont un peu éloignés du rachis, elle leur forme une sorte de ligament suspenseur. Il en est de même pour le testicule , excepté dans ses formes supérieures.
$ 57. La forme totale ou d'ensemble nous fournit les considérations suivantes :
1° Les différens degrés de développement , avec toutes leurs transitions , constituent, dans les formes de l'ovaire, une série oatinne: Nous recoinaissons un type bien prononcé dans la progression résulière de cet organe. Le testicule n’est point dans le même cas, et n'offre pas la même continuité de développement. Si nous comparons ensemble d’autres organes qui se correspondent , par exemple le système sensitif avec le système irritable , ou les organes de la digestion avec ceux de
(4) Tannenberg , De partibus genitalibus mascutis avium , p. 17,1
1/44 PARALKÈLE ENTRE L'OVAIRE ET LÉ TESTICUL£.
la respiration , nous voyons que partout où prédomine la direction de dehors en dedans, la tendance à la centralisation, ou l’ingestion, on rencontre aussi plus de simplicité ou de continuité dans la série des développemens de formes ; tandis que partout où règne la direction de dedans en dehors, l’activité périphérique et l’éjection , il y a plus de variété dans ce même développement des formes , qui fait souvent des sauts, et qu’on ne peut point aussi facilement ramener à un type fondamental. Il parait que c’est aussi au caractère de centralisation des ovaires et au caractère inverse des testicules qu'on doit attribuer la différence des deux organes sous ce point de vue.
2° La forme totale des deux organes, surtout lorsqu'ils ont un grand volume, à quelque rapport avec celle du corps. Suivant que la longueur ou la largeur prédomine dans ce dernier , l'ovaire est ou allongé en manière d’utricule, ou élargi, globuleux et sacciforme , comme on peut s’en convaincre par la comparaison des Annélides et des Mollusques , des Urodèles et des Anoures , des Ophidiens et des Chéloniens , etc. |
3° En général, une tendance à prendre la forme de grappe, ou à se couvrir de petites masses globuleuses, distinctes sur une surface plane , prédomine dans l'ovaire. Souvent l'ovaire tubuleux ($ 53 ) est entièrement rempli et distendu , d'espace en espace, par des œufs , entre lesquels on aperçoit des espèces d'étranglemens, de sorte que le tout ressemble à fun collier de perles, et quand plusieurs de ces colliers sont appliqués les uns à côté des autres, leur réunion produit l'apparence d'une grappe. L’ovaire à ramifications courtes ($ 54) revêt aussi cette forme. C’est chez les Oiseaux et les Mammifères inférieurs ($ 61) qu’on la trouve prononcée au plus haut degré , et si elle est plus obscure chez les Mammifères supérieurs et chez la femme , on n’en voit pas moins la forme botrytique se manifester là, vers l’époque du plus grand développement de l'ovaire, par la tuméfaction des vésicules disposées à la périphérie. La forme totale du testicule est la plupart du tempsoblongue chez les animaux inférieurs; cependant l'organe ressemble aussi quelauefois à un peloton
ou à une prappe. Il a ta forme d’une plaque dans l'Idotea entomon (1); dans le Scorpion, où il a pour base une lame cartilagineuse , dont l'enveloppe membraneuse adhère peu à la face interne et concave, sur laquelle elle produit des plis (2); dans la Lamproie , où il se compose de plaques transversales, minces et libres, qui sont attachées au réservoir du sang ; dans l'Anguille , où il forme des feuillets serrés les uns contre les autres, qui offrent, sur leurs deux faces , une couche de substancetesticulaire s#lobuleuse (3). Il est divisé en plusieurs portions chez certains Insectes, par exemple les Lepisma, Phrygana, Melolontha, Scarabœus, Lucanus et Dytiscus.
Dans les Triton niger et igneus, il est divisé en deux à quatre pièces , unies ensemble par de courts canaux (4). Dans Ja Salamandre, ilse compose de deux parties, l’une antérieure, l’autre postérieure , qui sont construites de la même manière, et qui tiennent l’une à l'autre par un long canal. Ici se range encore le cas rare des hommes qui possèdent trois testicules, dont le surnuméraire est presque toujours plus petit que les deux autres, mais muni d’un épididyme et d’un cordon spermatique qui lui appartiennent en propre (5); quelques uns de ces hommes témoignent beaucoup d’ardeur pour les plaisirs de l'amour (6). La surface du testicule est mégale et bosselée, comme celle d'une glande grenue, chez les Crustacés ; dans l’Ecrevisse, par exemple, l'organe se partage en six lobes. Il est également composé de lobes chez certains Oiseaux. Entier et lisse, dans le Protée, il ressemble à un cylindre allongé et grêle. Chez la plupart des Poissons, les Ophidiens et les Cétacés , il représente un sac oblong , qui va en se rétrécissant du côté du cordon déférent. Il est ovale chez le plus grand nombre des Oiseaux et des Mammifères.
L° Eu égard au volume, on remarque plus d'expansion
(4) Rathke, Boitræge zur Geschichte der T'hierwelt, 1, X, p. 124. (2) Treviranus, Ucber den innern Bau der Arachniden , p.12.
(3) Rathke, Loc. cit., p. 128 et 483.
(4) Rathke, loc. cit.,t. I, p. 35.
(5) Voigtel, Handbuch der patholoyischen Anatomie, 4. T, p. 35, (6) Graaf, De virorum organis generationi inservientibus, p. 7.
dans l'organe mâle et plus de contraction dans l'organe femelle. Chez les Mammifères, la masse du testicule surpasse celle de l'ovaire , et chez l’homme elle est à cette dernière, en poids .<1:2(2.Agros); en longueur. : 4° 2,25(8:18 lignes }); en largeur : : 1° 4 (3 . 12 lignes); en épaisseur +°1:4,50 (2.9 lignes).
B. Parallèle entre l'ovaire et le testicule sous le rapport de la situation.
$ 88. L'organe générateur mâle et l'organe générateur femelle expriment, par leur sifuation, la tendance prédomi- nante de l’un à se concentrer en lui-même, et de l’autre à s'épanouir.
4° Dans la fleur , l'organe femelle occupe le centre, et l'organe mâle est à la périphérie. L’ovaire se trouve dans le milieu, et les étamines, rejetées pour ainsi dire en dehors, s'étalent à la circonférence. L'ovaire repose immédiatement sur le pédoncule ; il est concentré en lui-même, se gonfle de dehors en dedans, et demeure absorbé dans la formation de la matrice d'une nouvelle plante, jusqu’à ce que l’action du pollen l'excite à élaborer des formations ultérieures. L’anthère , ordinairement vacillante au bout d'un filet grêle , et plus éloignée de la tige, avec laquelle elle est plus faiblement unie, représente l'autre extrême de la plante, qui tend à se détacher du tout. C’est ce qu'expriment les diverses comparaisons employées par les auteurs qui ont écrit sur la philosophie botanique. Linné considérait le pistil comme une production du corps médullaire , et les étamines comme un produit du corps lisneux. Suivant Dutrochet (1), l'ovaire doit être regardé comme un bourgeon et l’anthère comme une feuille métamorphosée. Meinecke (2) fait provenir l'ovaire du développement de la face supérieure et absorbante des feuilles , l’étamine de celui de leur face inférieure et exhalante ; il dit que quand, dans les roses semi-doubles, un pétale se rapproche
(4) Bulletin de la Soc. philomatique , 4820 , p. 488. (2) Ueber die Zahlenverhæltmisse in den Fructificationsorganèn der
Pflansen, p.38,
de la forme d’une étamine, la face interne est contractée et l'externe étendue , tandis que , quand ce même pétale se rapproche d'un pistil, c’est son côté interne qui devient proéminent et l’externe qui se contracte ; il äjoute que, dans les fleurs monstrueuses de capucine, les pétales qui ressemblent aux étamines ont leur face inférieure , et ceux qui ressemblent au pistil leur face supérieure tournée en dehors. Henschel (1) voit dans le pistil la répétition de latige, dans le filet de l’étamine un pétale contracté, dans l’ovaire un onchidion, dans l’anthère, avec la corolle et le calice, un phyllome. L.-C. Treviranus (2) soutient que l’ovaire est la substance centrale isolée , et l’anthère la substance périphérique isolée.
2° L’ovaire des animaux , envisagé d'une manière générale, demeure toujours un organe intérieur renfermé dans la cavité abdominale ; c'est seulement dans un petit nombre de cas isolés , et lorsqu'il ne dépasse pas son premier degré de développement, qu'on,le voit apparaître au dehors. Dans les Cypris strigata (3) et pubera (4), les ovaires sont deux longs utricules situés à nu, sous l’écaille, vers l'extrémité postérieure du dos, et s’ouvrant dans la cavité abdominale : comme les plus petits œufs sont ceux qu’on rencontre dans la partie libre et en cul-de-sac de ces uiricules, et qu'ils vont toujours en grossissant à mesure qu'ils se rapprochent de l'insertion au ventre, les utricules ne peuvent pointles recevoir de la cavité abdominale, et ils doivent, au contraire, s’y pro duire, puis passer de là dans cette dernière.
(Je doute beaucoup que les œufs soient conduits dans la cavité abdominale , chez les Cypris. Mais ce cas a lieu trèsprobablement chez les Néréides ; les ovaires, dont on compte presque autant de paires qu'il y a d’anneaux au corps, ver sent en très-grand nombre les œufs dans la cavité abdominale, où ils séjournent pendant un long espace de temps , et d'où ils sortent ensuite par de très-petites. ouvertures, dont une
(4) Von der Sexualitæt der Pflansen , p. 526, 531.
(2) F’ermischte Schriften, t. IV, p. 169.
(3) Ramdohr, Peitræge zur Naturgeschichte einiger deutschen Monoculusarten , p.16.
(4) Treviranus , ’ermischte Schriften, t. IE, p: 7.
existe dans l'angle formé par les deux branches de chaque branchie, à peu près. Les œufs semblent être versés aussi dans la cavité abdominale chez le Lombric terrestre ) (4).
Dans les Pleuronectes, les ovaires sont d'abord perpendiculaires, ayant le cul-de-sac tourné vers le haut et l'orifice vers le bas ; mais, en s’accroissant, comme ils ne trouvent pas de place dans la cavité abdominale , qui est étroite et remplie par les organes digestifs, ils s'engagent dans un espace compris entre les apophyses épineuses inférieures des vertèbres caudales , les supports de la longue nageoire anale et les muscles de la queue, de manière que leur cul-de-sac se trouve alors regarder en arrière et leur orifice en devant. Les testicules sont situés dans la cavité abdominale, à l'endroit qu’occupent aussi les ovaires chez tous les animaux inférieurs, et, parmi les Mammifères, chez les Monotrèmes, les Gétacés, les Amphibies , les Edentés , les Paresseux et quelques Pachydermes (Daman et Éléphant). Chez les Mammifères supérieurs, ils manifestent une tendance à se porter au dehors, sortent de la cavité abdominale, et se procurent des enveloppes particulières, qui représentent une répétition de la cavité du tronc. |
3° Chez certains Mammifères , les testicules sont situés hors de l'abdomen ; mais ils y rentrent périodiquement. Rudolphi (2) dit avoir observé déjà, dans l'Echinorhynque, qu'ils se retirent quelquefois dans le petit sac situé à l'extrémité de la queue, et qu’à l'époque de leur plus grand développement, ils en sortent pour opérer lafécondation. Mais il est vraisemblable que cette disposition n'appartient qu'aux conduits déférens. L’alternative périodique de rentrée et de sortie a lieu d'une manière plus prononcée chez quelques Mammifères qui touchent aux Oiseaux (Chauve-souris et Ecureuil), ou qui vivent sous terre (Taupe, Souris, Musaraigne, Rat, Hamster, Cochon-d'Inde ), ou qui portent des épines ( Hérisson et Porc-épic). Ici, où un viscère de l'abdomen abandonne cette cavité , on voit apparaître de nouvelles dispositions organi-
(4) Addition de Rathke.
(2) Entozoorum hist. nat., t. 1, p. 292.
ques. Les muscles du bas-ventre forment une fente, l'anneau inguinal , analogue à la fente des Raies et autres Poissons ($ 124), par laquelle sortent les œufs (1). Le sac péritonéal se divise en deux moitiés, l’une pariétale, c'est-à-dire extérieure etentourante, qui s'applique aux muscles et au tissu cellulaire, l’autre indusiale , c'est-à-dire intérieure, renversée sur ellemême ou plissée, qui revêt les viscères. Or le testicule entraine avec lui sa portion indusiale à travers l'anneau inguinal, où cette partie se trouve, comme dans la cavité abdominale, fixée à l’albuginée par sa face garnie de tissu cellulaire , et forme , par sa face lisse et sécrétoire , la surface extérieure de l’organe. Mais, en sortant de la cavité abdominale, le testicule doit repousser devant lui la portion pariétale du péritone qui est située derrière l'anneau inguinal, ou la renverser de dedans en dehors , de manière à produire une sorte d’appendice en cul-de-sac de la cavité abdominale, une espèce de sac herniaire, dont la face celluleuse externe s'attache aux parties environnantes, tandis que l'interne s'applique contre la portion indusiale du testicule. En passant dans la cavité abdominale, sur la face interne de [a paroi musculeuse de celle-ci, et se renversant sur elle-même, pour s'engager dans l'anneau, cette portion pariétale entraîne aussi avec elle des faisceaux fibreux des muscles transverse et oblique interne, qui, rapprochés les uns des autres à leur sommet, s'écartent par le bas et forment le muscle crémaster. D’après la remarque de Jordan (2), ce muscle, chez l'homme , descend à la face externe et antérieure du testicule et remonte à la face interne, où il s'attache à l'épine du pubis et à la gaine du muscle droit, de sorte qu’il a la forme d’une fronde, et qu'en se contractant il soulève le testicule embrassé par lui, laissant un vide à la partie inférieure du scrotum. C’est là le seul exemple connu d’un viscère qui reçoive une enveloppe spéciale de muscles soumis à l'empire de la volonté , et comme le mouvement en général est une manifestation de la vie intérieure , comme aussi les muscles soumis
(4) Carus, Traité élément. d’anat, compar., t. II, p. 399; (2) Muller, Archiv fuer Anatomie , t. 1, p. 417.
à la volonté représentent partout la périphérie, nous expliquons cette particularité du testicule en disant qu’il a pour caractère principal de se rattacher à l'extérieur, à la périphérie. Peut-être que, pendant le rut, ses vaisseaux sanguins deviennent plus flexueux, et le ramènent dans la cavité abdominale en se raccourcissant ; mais cet effet tient principalement à la tension plus forte qu'éprouvent alors les muscles abdominaux , et au raccourcissement du crémaster, qui en est a conséquence. Le testicule ne devient donc organe de génération, chez ces animaux, que quand il rentre dans la cavité abdominale, qui est à proprement parler son foyer, et que quand il se trouve placé ainsi dans les mêmes conditions que l'ovaire.
A° A l'échelon le plus élevé, quand une fois le testicule a quitté la cavité abdominale, il demeure pendant toute la vie hors de celte excavation , logé tantôt sousla peau, à la région inguinale (Chameau, Loutre), et au périnée (Cochon, Civette), tantôt dans une bourse particulière que revêtent les tégumens communs (Ruminans , Carnassiers , Quadrumanes).
5° Chez l’homme seul, cette situation du testicule hors de , la cavité abdominale est tellement permanente et si parfaitement accomplie, que la portion du péritoine qui appartient à la cavité ventrale se sépare de celle qui appartient au scrotum , l’ouverture placée derrière l’anneau venant à s'oblitérer. Mais, depuis l'anneau jusqu’au testicule, les portions indusiale et pariétale du péritoine se soudent ensemble, de même qu'avec le tissu cellulaire environnant ( qui se continue avec celui dont le péritoine est entouré dans la cavité abdominale), et forment ainsi une enveloppe au cordon spermatique, de sorte qu'on est obligé de recourir à la dissection pour les séparer l’une de l’autre, pour les réduire en tunique vaginale commune ( portion pariétale) et tunique vaginale propre (portion indusiale) da cordon. Mais l’antagonisme des deux moitiés du péritoine persiste sur Le testicule, à la face “postérieure duquel elles se confondent l’une avec l’autre, par reflexion, et forment un pli à travers lequel passent des nerfs et des vaisseaux. C'est ainsi que le testicule acquiert sa membrane séreuse propre, la tunique vaginale, qui le reçoit comme
ferait un sac renversé sur lui-même, et qui l'entoure d’une vapeur séreuse. Par là cet organe s'élève au dessus des viscères abdominaux, qui ne sont revêtus que d’une membrane séreuse commune , et il devient semblable à un organe supérieur , par exemple au cœur, autour duquel règne un sac séreux particulier.
6° Le crémaster, qui s'applique à la portion pariétale de la tunique vaginale, devient plus faible chez l'homme; cependant il peut encore remonter et comprimer un peu le testicule, effets qui sont en partie déterminés immédiatement par l'exercice de la volonté (4), et qui ont lieu pendant la génération, en commémoration pour ainsi dire du retour de l'organe dans là cavité abdominale ( 3° ). | |
7° Une membrane particulière, le dartos, S’applique sur le crémaster , dont un tissu cellulaire lâche la sépare, et elle enveloppe chaque testicule, de manière cependant que les faces des deux moitiés qui regardent [a ligne médiane adhèrent l’une à l’autre et produisent ainsi une cloison commune. Le dartos est une modification spéciale du tissu cellulaire : il a une couleur rougeñtre, reçoit beaucoup de vaisseaux , ne contient pas de graisse, et se compose de fibres extensibles et contractiles qui, d’après Jordan (2), sont entrelacéés en un réseau serré, et adhérent aussi aux plis de la peau. Il rentre dans la classe des organes de transition, c'est-à-dire qu’il n’est point du tissu cellulaire ordinaire , mais ressemble jusqu à un certain point au tissu musculaire. Aussi Wilson, par exemple, a-t-il cru fréquemment y apercevoir des fibres musculaires bien distinctes (3). Mais, suivant Jordan (4), ses fibres demeurent insensibles à l’action du galvanisme , et elles ne se contractent qué peu à peu sous l'influence du froid.
8° La peau extérieure forme le prolongement, ou l'espèce
… de bourse, qu’on nomme scrotum , et dans lequel la duplicrté
n'est indiquée que par un léger épaississement ( raphé ) le
(4) Haller, Elem.physiol.,t. VIL, p. 419.
(2) Jordan, Loc, cit., p. 411. | * (8) Lectures on the Structure and physiology of the male urinary and genital organs , p. 78.
(4) Loc, cit., p. A7.
long de la ligne médiane. Cette peau est plus mince et de couleur plus foncée que le reste des tégumens communs. Elle forme , à la face antérieure du testicule , des plis transversaux , auxquels prennent attache les fibres du dartos, qui se croisent avec eux. Quand le dartos se contracte, par l’action du froid surtout, ou le crémaster par suite de la turgescence aui accompagne la génération, ces plis, rendus plus prononnés, deviennent des rides ou des fronces.
9° Ce qui prouve que la sortie des testicules hors de l’abdomen est un phénomène caractéristique de la force masculine, c’est que, chez les hommes dont ces organes sont restés engagés dans le ventre, la masculinité est généralement développée d’une manière incomplète et passe un peu à l'hermaphrodisme. Le cryptorchidisme accompagne fréquemment l'hermaphrodisme ; mais il n’a pas besoin d'y être joint pour annoncer une imperfection de la faculté procréatrice. Chez des hommes dont un seul testicule était resté dans la cavité abdominale, Hunter a"toujours trouvé cet organe plus petit et moins développé que celui qui était parvenu au dehors. Wilson a également observé un eryptorchide (4) qui, bien que très: sensuel, n'éprouvait aucun désir vénérien. L'homme est plus sujet aussi que la femme aux hernies, surtout inguinales, et la castration diminue cette prédisposition , de sorte que les hernies se voient moins fréquemment chez lessujets qui l'ont subie (2). Cependant il arrive quelquefois que ce n'est point un défaut de force expulsive, mais seulement un obstacle mécanique , notamment l’étroitesse de l'anneau, qui retient le testicule dans l'abdomen ; alors la virilité et la faculté procréatrice n’en reçoivent aucune atteinte (3), et l’on voit même parfois la descente de l'organe s'effectuer plus tard, par l'mpulsion d’une cause mécanique, telle qu’un effort des muscles abdominaux , surtout en sautant. | Au contraire, la procidence de l'ovaire à travers l'anneau inguinal s'accompagne fréquemment du rétrécissement ou de
(4) Loc. cit, p. 408.
(2) Withof , De castratis commentationes , p. 52. (3) Graaf , De virorum organis jenerationt inservientibus, p.S.
l'oblitération du conduit excréteur et de la manifestation d'une habitude générale de corps qui rapproche la femme de l'homme (1), de sorte qu’une teinte d'hermaphrodisme, un mélange de caractère masculin et d'organisation masculine, semble être la cause essentielle de cette apparition de l'ovaire au dehors. Cependant elle peut aussi n'être qu’une simple hernie inguinale, provoquée par des causes mécaniques, et alors coïncider avec la manifestation , complète sous tous les autres rapports , du caractère propre à la femme.
€. Parallèle entre l'ovaire et le testicule sous le rapport du nombre.
& 89. La duplicite, envisagée d’une manière générale, est la forme la plus ordinaire des deux organes générateurs ; mais elle caractérise particulièrement le testicule.
1° Le testicule est impair, chez les Arachnides, dans le Phalangiwm ; chez les Insectes, dans les Sphinx tithymali, Papilio brassicæ, Anthidium, Trombidium , etc; chez les Crustacés, dans l'Écrevisse ; chez les Poissons, dans les Blennius viviparus, Perca fluviatilis, Ammodytes tobianus , Cobits barbatula (2); chez les Oiseaux, dans les Colymbus cristatus et Numida meleager (3). Mais au moins est-il symétrique ; en eflet, il fournit deux conduits déférens , il porte les traces d'une duplicité intérieure, qui seulement se prononce peu dans sa forme générale, et il peut être considéré comme représentant deux testicules soudés ensemble sur la ligne médiane du corps. On ne le trouve impair et non symétrique que dans les Gastéropodes , où en général la symétrie des formes n'existe qu'à un degré fort incomplet.
On rencontre un ovaire impair, placé sur la ligne médiane et symétrique, dans la Scolopendre, le Cobitis barbatula, le Blennius viviparus, les Petromyzon, les Écrevisses et les Sirènes, etc. ; mais On en observe aussi un non symétrique, et situé hors de la ligne médiane , au côté droit, dans l’Ammo- .dytes tobianus et le Cobiris tænia, au côté gauche, dans la
(4) Meckel, dans Reil, 4rchiv fuer die Physiologie, t. XX, p. 295. (2) Rathke, Beitræge zur Geschichte der T'hierwelt, À. T, p. 452. (3) Tannenberg, De partibus genitalibus maseulis avium , p. 22,
Perca fluviatilis. (J'ai trouvé, ce qui est assez remarquable, l'ovaire et le testicule doubles dans quelques espèces de Blennies de la mer Noire) (1). Dans les Salmo eperlanus et eperlano-marinus, l'ovaire gauche est seul développé, celui du côté droit étant plus court, plus étroit et sans oviducte (2). La même chose à lieu chez les Oiseaux, où l'ovaire droit, primitivement plus petit que l’autre, disparaît pendant la croissance de l'individu, et ne persiste que chez plusieurs Rapaces, mais présente un volume fort inférieur à celui du côté gauche, et contient aussi moins de jaune. Cependant on remarque, chez les Oies et les Poules, que l'ovaire impair , situé à gauche, est partagé par une membrane , à l’époque de l’accouplement, en deux moitiés, l’une droite et l'autre gauche (3). La conformation de l'Ornitorhynque ressemble à celle des Oiseaux ; car il n’y à jamais que l'ovaire gauche qui contienne des vésicules (4).
Il arrive quelquefois, dans l'espèce humaine, que, par l'effet d’un état anormal, on ne rencontre qu'un seul testicule, qui presque toujours à un volume extraordinaire (5), ou un seul ovaire (6). |
2° La symétrie n’est pas toujours parfaite, lors même que les organes sont pairs ; mais nous ne connaissons pas bien la loi de cette différence. La moitié droite de l'ovaire impair des Poissons est ordinairement plus volumineuse que la gauche, et chez la plupart des hommes le testicule droit est un peu plus gros et situé un peu plus haut que l’autre, particularité qu’on voit même exprimée dans l’Apollon du Belvédère. Mais, chez les Oiseaux, le testicule gauche est toujours plus volumineux (7). Dans l'espèce humaine, le resserrement du pé-
(4) Addition de Rathke.
(2) Rathke, dans Meckel, Deutsches Archiv fuer die Physiologie, t. VI, p. 94. r +
(3) Spangenberg , Disquisitio circa partes genitales fœmineas avium, p. 64.
(4) Home , Lectures on comparative anatomy, t. TT, p. 363.
(5) Haller, £lem. physiol., t. VIT, p. 442.
(6) Voigtel, Handbuch der pathologischen Anatomie, t. IIX, p. 534.
(7) Tannenberg , loc, e1t., p. 13. — Bulletin de la Soc. philomatique, t, I, pont
ritoine sur la tunique vaginale du cordon s'opère de meilleure heure à gauche qu'à droite, et cependant le testicule gauche ne paraît pas descendre plus tôt que le droit de la cavité abdominale (1); il semble que l’hydrocèle et le cirsocèle se voient plus fréquemment dans celui du côté gauche, et les maladies inflammatoires dans celui du côté droit (2). L'ovaire , chez les Poissons, est plus gros, tantôt à droite et tantôt à gauche. Il a été parlé déjà du développement plus complet de l'ovaire gauche chez tous les Oiseaux, dans quelques Poissons et dans l'Ornithorhynque. À ces divers phénomènes semblerait se rattacher la remarque faite par Heim et Gzihak, qui disent la grossesse ovariennne beaucoup plus fréquente à gauche qu’à droite; mais cette assertion ne s'accorde point avec les observations recueillies par Mehlis (3), et desquelles il résulte que la formation de poils, de dents et d’os se voit plus souvent dans l’ovaire droit.
3° Les ovaires tubuliformes pairs s'unissent souvent ensemble , à leur origine, soit par un filament, soit par un canal anastomotique, qui détruit jusqu'à un certain point la duplicité. Ainsi, dans les Carabiques, ils s’allongent en filamens, qui s'étendent fort loin en devant, et s’y unissent. Dans l’Ascaride lombricoïde et l’Æranez atrox, les ovaires tiennent ensemble à leur origine, et dans le Scorpion ils s’unissent en outre pendant leur trajet, au moyen de deux tubes transversaux, qui s'abouchent, sur la ligne médiane , dans un conduit longitudinal ; ce conduit médian ressemble bien, d’une manière complète , aux deux ovaires latéraux, mais on ne peut cependant le considérer que comme organe d’anastomose , puisqu'il ne dégénère point en un oviducte.
4° La règle générale qui veut que les organes pairs soient situés latéralement, paraît ne souffrir d'exception que dans les ovaires de l’Echinorhynchus gigas, chez lequelon en trouve un à la surface ventrale et un autre plus court à la surface dorsale.
(4) Mehlis, Comment, de morbis hominis dextri et sinistri, p. 79, (2) Jhid., p. 81.
(3) Jüid., p. 85.
D. Parallèle entre l'ovaire et le testicule sous le rapport du produié.
$ 90. Si enfin nous comparons les produits des deux organes nous trouvons :
1° Que, dans l’un et l’autre, la formation du produit a pour condition un contact multiplié du liquide avec une paroi solide , qu’elle commence aux extrémités en cul-de-sac des conduits., et qu'elle se perfectionne par le séjour prolongé de la substance, soit dans des vésicules, soit dans des canaux étroits ‘et longs. | 2° Au plus bas degré de la formation organique, les deux produits ont beaucoup d’aflinité l’un avec l’autre, de telle sorte que, chez les dernières plantes, on ne peut distinguer les spores ou œufs du pollen, si ce n’est par la faculté dont 1ls jouissent de produire de nouvelles plantes quand on les met en terre. Le sperme des animaux inférieurs à également une ressemblance frappante avec des œufs. Ce n’est que dans les. organisations supérieures qu'on voit la différence se développer manifestement.
3° Ici l'ovaire à une texture vésiculeuse ; il produit en luimême , et tout-à-fait séparé du monde extérieur. Le testicule, au contraire , est tubuleux , et ses canaux producteurs se continuent sans interruption avec les conduits excréteurs qui aboutissent au dehors. C’est donc un organe d’excrétion (S 86, 3° ). Il suit de là que le produit de l'ovaire ressemble aux sucs inhérens à l'organisme , à la substance plastique générale dont les différens organes sont formés ; c’est une eau organique, c'est-à-dire un suc végétal général, un sérum animal chargé de graisse ( $ 64 ). Mais , de même que le testicule s'annonce , dans sa structure , pour un organe d’excrétion, de même aussi son produit porte les caractères d’une matière excrémentitielle; il est trop hétérogène pour pouvoir rester toujours dans l’intérieur de l'organisme et servir à son entretien.
4° Le pollen ($ 82) et lesperme ( $ 83, 3°, 4°)sont des substances dans lesquelles prédominent les principes combustibles. L'eau organique (suc végétal général et sérum animal) est pro-
portionnellement plus chargée d'oxygène, mais sans pour cela perdre sa neutralité, et c'est un caractère que nous devons assigner au produit de l'ovaire , comparé avec celui du testicule; car le jaune semble être partout de nature purement séreuse au moment de sa première formation, et n’admettre que peu à peu une quantité plus ou moins considérable de graisse; la vésicule proligère paraît remplie d'une simple sérosité ; la couche proligère se compose de grains albumineux, qu’on distingue fort bien des gouttelettes d'huile ; le liquide des vésicules ovariennes des Mammifères , comme milieu dans lequel nage l'œuf, et qui lui fournit continuellement de la matière plastique, appartient également aux sucs séreux, tels que ceux surtout qui sont sécrétés par les membranes séreuses en forme de sac ou de vésicules.
5° L’eau organique se montre partout la première substance organique , celle de laquelle se développe l’organisation tout entière; les principes combustibles n'apparaissant que plus tard. De même, l'ovaire est l'organe producteur de ce qui existe d'abord, et le testicule de ce qui arrive ensuite à l'existence.
6° La substance organique se combine, dans l’eau de l’ovaire, pour produire des formes nouvelles. Elle se réduit en poussière dans le pollen, se volatilise et se réduit en Infusoires dans le sperme animal; dissolution et décomposition sont le caractère du produit des testicules.
7° L’embryotrophe primaire est transparent et livre passage à la lumière; le sperme réfracte la lumière, etil a une couleur blanche.
8° Nous reconnaissons dans le produit de l'ovaire un commencement de réalisation, une quantité déterminée d’embryotrophe , de laquelle peuvent se développer un nombre déterminé de fruits. Le sperme, au contraire, indique une possibilité vague et indéterminée ; ce liquideest produit en beaucoup plus grande quantité que ne l'exige la génération ; il se forme infiniment plus de pollen qu'il n’en faudrait pour féconder tous les œufs végétaux existans, et tandis que la Grenouille femelle pond plusieurs centaines d'œufs, le mâle a assez de semence pour en féconder plusieurs millions.
158 PARALÈLLE ENTRE L'OVAIRE ET LE TESTICULE. E. Résumé du parallele entre l'ovaire et le testicule.
& 91. Si maintenant nous ramenons les divers parallèles qui précèdent à des propositions générales, nous reconnaissons que l'ovaire est la chose primordiale, celle qui embrasse tout, celle dans laquelle règnent l'indifférence , l'unité et la concentration, tandis que le testicule est la chose qui s'ajoute plus tard, et dans laquelle prédominent la et la pluralité et FEU 22 Eneffét :.
Lo L'ovaire se rencontre déjà dans la monogénie , et on doit le considérer comme l'organe générateur primordial. La forme organique primordiale générale est celle de sphère et de vésicule , d'où procède ensuite la forme fibreuse et tubuleuse. Or l'ovaire ne revêt la forme tubuleuse qu’à son plus bas degré, attendu qu'il est toujours un organe qui se développe iaed, chez l'individu; aux échelons a éievés de la vie, il revient à la forme primitive de vésicule, et la conserve. ‘Ge caractère de primordialité et de fidélité à ses premiers débuts,
à quelque hauteur de développement qu'il s'élève , fait que
l'ovaire s'éloigne: peu de sa forme fondamentale, et que, dans sa forme totale ou d'ensemble , il répète le type de sa texture ($ 87, 5°), de même qu'il ne produit immédiatement qu'une eau organique ($ 90, 5°). Le testicule, au contraire, n'apparait qu'à un échelon plus élevé de la série des êtres organisés, et par cela même il se montre, à peu d’exceptions près, sous la forme tubuleuse , depuis sa première apparition jusqu'à son développement Le plus parfait. Venant plus tard, il peut aussi être considéré comme le produit ; et réellement il ressemble moins, sous certains rapports, à l'ovaire qu'à l'œuf; sa forme la plus complète est ovalaire ; ses membranes ressemblent à celles de l'œuf, la tunique vaginale à l'amnios, le dartos au chorion, le cordon spermatique au cordon ombilical: sa descente hors de la cavité abdominale a déjà été comparée par Carus (1) à la ponte d’un œuf. De même aussi, les grains ($ 78, 1° ) qui constituent la substance du testicule chez les Poissons , sont analogues aux œufs (2).
| (1) Traité élém. d’anat, comp. t. IT, p. 425. (2) Rathke, Beitræge zur Géschichte der Thierwelt, t, TL, p. 43-46.
2° Ce qui est primordial doit porter en soi la pleine force de l'existence, contenir toutes les substances et forces diverses en équilibre les unes avec les autres, être en conséquence à l'état d'indifférence ou de neutralité , tandis que ce qui se développe plus tard doit, par cela même , offrir le caractère de la diversité, et représenter une direction spéciale et isolée. L’ovaire engendre de lui-même et par sa propre force, dans la monogénie ; il est organe de génération, d’une manière absolue , et l'individu qui le porte est un être organique apte à maintenir son espèce par propagation; aussi son produit immédiat est-il de l’eau organique, telle qu’il s’en trouve par tout le corps, et de laquelle naissent tous les tissus organiques. C'est à l'apparition seulement du testicule que la différence sexuelle entre dans la sphère de la vie , et le testicule est à proprement parler l'expression de cette différence, attendu qu'il n'engendre jamais d’une manière absolue et par lui-même, mais seulement dans une seule direction déterminée, et sous la condition d’un certain antagonisme, d’un certain contraste. Mais son produit, le pollen et le sperme, est absolument particulier et différent de tous les autres produits animaux, de sorte qu'il ne peut non plus devenir rien autre chose ($S 90, %°).
3° is qui est Rent ce qui existe par sa force propre, doit avoir une vie intérieure , tandis que ce qui est différent, ce qui résulte d’un développement, se rattache toujours à quelque manifestation extérieure. Voilà pourquoi l'ovaire a pour carac : tère {a concentration, et le testicule l'expansion. Cette diflérence se révèle dans l'antasonisme entre des vésicules closes et des canaux ouverts ($ 86, 2°), une production interne et un mouvement évacuatif ($ 86, 3°), une formation sécrémentitielle et une sécrétion excrémentitielle ($ 90 , 3°), une situation centrale et une situation périphérique (S88, 1°), une position externe et une position interne ( 888, 2°), une contraction plus énergique etune expansion plus forte ($ 87, 4°), une métamorphose plus riche de la structure intime ( $86, 1° }ou de la forme extérieure ($ 87, 3°), un développement plus considérable dans l'intérieur ou dans les alentours (8 86, 4°, 88, 3°, 7°,8°), Visolement ou la connexion avec la périphérie ($ 88, 2°, 6°,8°),
160 PARALLÈLE ENTRE L'OVAIRE ET LE TESTICULE. l'accord avec l'ingestion et Ja sensibilité ou avec l'éjection et l'irritabilité ($ 87, 4° ).
Le La vie intérieure repose sur l'association et l'unité, la vie extérieure sur le déploiement'en une pluralité. Get antasonisme d'unité et de pluralité s'exprime, dans l'ovaire et le testicule, par le plus ou moins de prédominance de la duplicité ($ 89,12), par l'union ou la séparation des or-, ganes pars ($89,3°), par le nombre simple ou multiple de ces mêmes organes (S 87, 3°), par la continuité ou Le défaut de continuité des degrés de développement ($87, 4°), par la fixité ou la promptitude des substances à se décomposer ($ 90, 6°), par par l'état mcolore ou coloré($ 90, 7°), par cette circonstance enfin que la masse est réduite à une réalité déterminée , ou que la formation de substance est capable de suffire à une possibilité mdéterminée (S 90, 8°).
3° Si nous comparons les deux substances élémentaires les plus générales du monde matériel , ou celles dans lesquelles l'antagonisme chimique et la diflérence qui fait la base de toute matière s'expriment de la manière la plus saillante, si nous réfléchissons que comme chaque loi de la nature est modifiée d'une manière spéciale dans chaque circonstance particulière, de même l'acidification et la désacidification produisent des propriétés différentes à raison des proportions et combinaisons diverses dans chaque substance, nous trouvons qu'en général l'oxygène procure plus de contraction, de resserrement, de densité, de fixité, et l'hydrogène, au contraire, davantage d'expansion, de dilatation, de volatilité et d’aptitude à se décomposer. Voilà pourquoi l'ovaire, dans lequel prédominent l'unité et la contraction, doit donner un produit plus chargé d'oxygène, et le testicule ; dans lequel prédominent la pluralité et la disjonction, en fournir un plus riche d'hydrogène ($ 90, 4°). Si maintenant nous venons à comparer ensemble deux corps qui exercent l’un sur l'autre une action galvanique déterminée, nous remarquons que celui dans lequel se développe la polarité appelée positive, s'oxide toujours plus facilement et avec plus d'énergie que l’autre, qu'il a par conséquent plus d’aflinité pour l'oxygène, qu'il est en antagonisme plus prononcé avec ce dernier, en un mot qu'il
PARAIIÈLE ENTRE L'OVAIRE ET LE TESTICUIÉ. 1641
est proportionnellement plus combustible, et que, par cela même , il enlève de l'oxygène à l'eau. Le corps, au contraire, qui représente le pôle appelé négatif, a , proportion gardée, moins d’aflinité pour l'oxygène, dégage plus tôt l'hydrogène de l'eau, contracte aussi en partie une combinaison avec lui, de sorte que comme, d’après les lois de la polarité, les contraires seuls se recherchent et s’attirent mutuellement, il contient plus d'oxygène proportionnellement au corps animé de l'électricité positive , absolument tout comme l'oxygène lui-même ne se comporte jamais que négativement, sous le point de vue électrique, et forme, par conséquent, le plus grand des contrastes avec tous les autres corps. Enfin lorsque l'électricité exerce de l'influence sur la conformation, la forme concentrée ou sphérique est déterminée par la polarité négative, et la forme divergente ou rayonnante par la polarité positive. Si donc nous voulons mettre le rapport mutuel des deux organes sénérateurs en parallèle avec les phénomènes généraux de l'univers, nous devons attribuer la polarité népative à l'ovaire, qui à une forme sphérique, qui est concentré sur lui-même , et dans lequel l'oxygène prédomine , et Ia polarité positive au testicule , qui est tubuleux et rayonné, dans lequel l'expansion prédomine, et qui est riche en principes combustibles.
Nous ferons remarquer au reste :
1° Que cette différence est purement relative; que, comme le cuivre est négatif par rapport au zinc et positif eu égard à l'or, ou l'alcali combustible relativement à l'acide , et oxide par rapport au fer et au charbon, sous l'influence de la chaleur rouge, de mêmel'ovaire et son produit secomportent négativement, ou comme chargés d'oxygène, non point en eux-mêmes, ou eu égard à tous les organes et à tous les produits organiques sans exception, mais seulement par rapport au testicule et au sperme.
2° Que la polarité positive etla polarité négative n’expriment ni une affirmation absolue ni une négation réelle, mais sim : plement un rapport d'antagonisme entre deux êtres qui s’ac . cordent l’un avec l’autre sous Le point de vue deleurs caractères généraux. La malencontreuse application des mathématiques à la science de Ia nature a introduit ce langage, derrière
lequel se glisse quelquefois, sans qu'on s’en apercçoive, l'opinion qu'il n’y a de réel que ce qu'on appelle positif, quoiqu'aucune quantité négative n'existe dans la nature. Nous n'avons donc établi qu'une simple distinction qualitative entre l'ovaire et le testicule, puisque la différence spécifique frappe partout nos yeux comme un fait; mais nous n'avons point reconnu de différence quantitative entre ces deux organes, attendu qu’elle est équivoque, et qu’en général l'estimation des rapports de quantité dépend du coup d'œil de l’observateur et du point de vue dans lequel il se place.