VII. s
la loi de l'électricité déterminent le courant du suc vital partout , et que seules elles agissent conime cause déterminante à cet égard, lorsque le suc Ni n'est point encore contenu dans un Système vasculaire particulier ($ 661; IT s IL).
2° Chez tous les animaux qui ont du sang, à cette activité pure se joint un appareil mécanique , qui sert de moyen au cours du sang, que ce cours d'ailleurs soit une simple fluctuation, ou une véritable circulation: Par la présence de la paroi vasculaire, le sang se trouve ici avoir acquis une carrière permanente, qu'il suit, et en même temps un point central, c'est-à-dire un cœur, utriculaire, vascuhforme ou vésiculeux, qui , doué de force musculaire!, devient l'organe proprement dit de son mouvement. Ainsi la fonction qui, aux derniers degrés de la vie organique (1°), s'accomplissait éxclusivement par une disposition organique générale , à ici un organe spécial ($ 474, 3° ), conjointement avec lequel elle acquiertun caracière plus déterminé , une marche plus régulière , et une éxistence permanente. Dès lors il n'y a plus simplement attraction et répulsion , mais encore action mutuelle de centre et de périphérie ; la périphérie agit sur le sang d’après la loi générale de l'attraction et de la répulsion (4°) ; le centre , au contraire; exerce sur lui une action mécanique par impulsion et aspiralion. |
3° Enfin , dans la forme la plus parfaite, la périphérie Let le centre sont doubles; un système vasculaire particulier des organes respiratoires se trouve en face de celui du corps entier (S 764, 1°, >), de sorte que le sang acquiert deux points tropicaux , et que le cœur lui offre deux passages , sa moitié
droite recevant et lançant le sang veineux , tandis que la gauche reçoit et pousse le sang artériel. La signification de ces,
doubles points tropicaux , qui seuls amènent la duplication du cœur, s'exprime de la manière la plus claire dans l'embryon. Le sang, formé dans le cercle vasculaire, coule dans l’intérieur de l'organisme ; attiré par la souche animale ($774,30), et de là retourne à l'extérieur dans les artères vitellines ou ombilicales. Là, dans l'œuf de l'Oiseau , il subit l'action de l'air, par conséquent du monde extérieur, de la force universelle du monde ($ 774, LL); dans l'œuf des Mammi-
En
RÉSUMÉ DES CONSIDÉRATIONS SUR LÉ SANG. O9 fères ; aù contraire , il y'est soumis à célle de la vie maternelle; mais cette différence n’est que relative, car l'embryon des Mammifères trouve son monde extérieur dans le corps de sa mère et sôn univers dans la vie de cette dernière. Le fait commun est donc que le sang a unetendance à se porter de l’organisme vers le monde extérieur el de celui-ci vers celui-là. G'est donc l’antagonisme d'intérieur et d'extérieur, d'organisme et de monde, d’individualité et de force universelle, qui constitue l'essence de ces points tropicaux. Les différens organes attirent le sang artériel ; en tendant à se l'incorporer, ils lui communiquent leur caractère de spécialité, de sorte qu'il ne peut plus servir de stimulus vivant pour eux, et qu'ils le repoussent comme pôle de même nom. Mais l’atmosphère fait antagonisme à ce sang veineux , l’attire par conséquent,, lui imprime le caractère de l’universalité , en vertu duquel il agit comme vivifiant sur tous les organes , et le repousse ensuite. Ainsi le sang est ée//urisé d'un côté et aéré de l'autre; d’un côté il est épuisé par l'individu, de l’autre il est ranimé par l'influence de la force générale de l'univers ; et comme la portion tellurisée a besoin d'aération, comme aussi la tellurisation est un besoin pour la partie aérée, il résulte de là que le sang se trouve engagé dans une circulation continuelle. Alors seulement le cœur acquiert sa pleine et entière sigmfication comme centre, puisqu'ilrenferme en lui les deux formes du cœur, dans toute leur pureté et à leur plus haut degré de développement. Mais cet état de choses révèle aussi un degré süpérieur de la vie totale , notamment de la vie animale ; car un antagonisme plus positif avec le monde n’est possible qu’à la condition d'un plus grand développement de l'individualité. Voilà pourquoi nous ne rencontrons cet état de choses que dans les deux classes les plus élevées du règne animal, ioù le cerveau est organisé d'une manière plus complète ,‘et'où surtout , comme le fait remarquer Treviranus (1), le cervelet est pourvu d'un arbre de vie (2)
(1) Erscheinungen und Gesetze des organischen Lebens, t. 1, p. 247; (2) Coniparez Buïdach, Pom Baue des Gehirns , t, IL , p, 4441,
III, Comme la vie, partout où elle se déploie d'une manière plus libre, se caractérise par l'unité des parties et par le conflit, la circulation repose aussi, dans cette théorie, sur l'unité organique des diverses parties du système sanguin, de même que sur le conflit organique avec le reste de l'organisme et avec le monde extérieur. Voilà comment, ici également, les divers côtés de la vie, le mécanique (4°), le chimico-dynamique (5°) et l'idéal (6°) , se présentent à l’état d'unité.
4° La circulation se montre à nous d'abord comme une simple opération mécanique, comme l'écoulement d’un liquide poussé dans des canaux. Lorsque , par exemple, on passe un pinceau sur des vaisseaux capillaires artériels, dans la direction de la périphérie vers les troncs, le sang s'arrête quelquefois, comme si le battement du cœur avait cessé, et le frottement inverse rétablit parfois, comme le ferait la reprise des battemens du cœur, la circulation déjà stagnante dans les vaisseaux capillaires (1). Lorsque les globules du sang rencontrent des obstacles dans leur marche , ils tournent sur leur axe , ou se serrent les uns contre les autres , comme feraient d’autres corps nageans (2). Quand ils sont confondus en un caillot , ils obstruent le vaisseau capillaire , et si le battement du cœur augmente , la pression d’arrière en avant les chasse tous à la fois, comme elle ferait d'un bouchon (3). Ainsi, la circulation est déterminée par toutes les circonstances mécaniques que nous avons fait connaître précédemment ($ 720-729), 2t de même que l'organisme agit mécaniquement sur le sang (S 748), de même aussi le sang réagit d’une manière mécanique sur l'organisme ($ 746, IV).
5° Mais le mécanisme est le côté extérieur de la vie et le produit d'une activité chimico-dynamique plus profondément située. Les effets des battemens du cœur sont mécaniques, mais ces battemens eux-mêmes consistent en un acte dynamique ; et la carrière dans laquelie le sang se trouve lancé n'est que le produit du courant déterminé par l’activité vi-
(4) Wedemeyer, Untersuchungen , p. 204.
(2) Zbid., p. 221.
(3) Zbid,, p. 495.
tale, puisque ici également la fonction se crée un organe (S 474, 3°), pour se manifester d’une manière permanente en lui, comme dans son substratum ($ 474, 5°). Le sang agit d'une manière chimico-dynamique sur tous les organes ($ 746,1, Il), et il est à son tour déterminé par eux d'une manière chimico-dynamique ($ 749). Ainsi, sa Constitution est diversement modifiée par la qualité et la quantité des alimens ingérés, de l’air inspiré et des autres puissances extérieures, comme elle l'est aussi par l'énergie ou la faiblesse , la normalité ou l’anormalité de l'assimilation, de la nutrition , de la sécrétion et de toutes les autres fonctions. De même, la circulation change suivant que les diverses activités et directions de la vie se modifient; chaque organe la détermine immédiatement dans les vaisseaux qui appartiennent à sa sphère, mais agit par cela même sur tout son ensemble , et les choses du dehors manifestent leur influence en exaltant ou abaïssant l’activité vitale des organes dans ses rapports avec le sang. Le pouls est autre suivant que l’état du sang , du cœur, des artères et des organes qui reçoivent Je sang varie. Il est fort ou faible, suivant que la force du cœur et la tonicité des artères sont plus ou moins considérables ; fréquent ou rare , suivant que le cœur a plus ou moins d'irritabilité , et que le sang est en plus ou moins grande quantité ; grand ou petit, selon la quantité et l'expansion du sang, la manière dont se vident les ventricules et l'attraction des organes; mou ou dur, suivant que l'artère est flexible ou rigide , relâchée ou tendue spasmodiquement. Or, dans un concours des circonstances extérieures et intérieures , maté rielles et dynamiques, les plus diversifiées et les plus sujettes à varier, il est impossible qu'aucune d'elles entraine toujours les mêmes conséquences , puisque les effets sont tantôt interrompus, limités ou supprimés , tantôt respectés, par les autres, en raison de l'état instantané. Ainsi, par exemple, Haller (4) a observé la circulation dans l'artère mésentérique de vingttrois Grenouilles , auxquelles il avait enlevé le cœur, avec le
(4) Opera minora, t, 1, p. 236.
commencement de l'aorte : dans sept cas, la circulation cessa complétement dans l'artère ; dans huit, le sang reflua vers la plaie de l'aorte, jusqu'à ce que l'artère fûtentièrement vide ; dans quatre , il chemina régulièrement vers l'intestin et ses veines ; dans quatre autres enfin, il devint fluctuant:, s’avançant jusqu'à une certaine distance, puis revenant sur ses pas. En observant les veines mésentériques , sur vingt-deux Grenouilles placées dans les mêmes circonstances que les précédentes, il vit le sang treize fois conserver sa marche régulière vers le cœur, trois fois rétrosrader vers l'intestin, quatre fois suivre les deux directions à la fois dans des branches diflé— rentes, et deux fois devenir fluctuant. Mais quel est l'homme qui possède assez de perspicacité pour pouvoir toujours découvrir pourquoi une même cause produit tel résultat dans un cas, et en détermine un absolument inverse dans l’autre? Qui aurait la hardiesse de nier des faits vus par des observateurs dont on connaît l'exactitude, uniquement parce qu'il ne les aurait pas rencontrés dans quelques expériences ? Qui, enfin , serait plongé assez ayant dans le dogmatisme , pour vouloir, en présence de faits semblables, juger toujours la vie d’après la même échelle, et n’en expliquer les phénomènes que par une seule circonstance ! P
6° C'est l'idée seule de la vie qui renferme la pleine et entière raison de la circulation. Elle peut la réaliser, parce qu’elle dispose des forces de l’univers, qui, sous sa domination, prennent le caractère de forces organiques; elle em: ploie aussi les moyens les plus variés pour arriver à son but. Voilà pourquoi la carrière du sang est organisée de manière précisément à concourir au maintien de la circulation ; ainsi, par exemple, il y a des anastomoses qui facilitent et entre: tiennent cette fonction, lorsqu'elle éprouve de la gêne ‘ou qu’elle rencontre un obstacle momentané , et des valvules qui, interrompant le courant, lui présentent des points d'appui pour assurer la direction normale. Ces dispositions ne sont point des merveilles ni des créations immédiates de l’idée, mais elles résultent de l’organisation elle-même. Doœllinger a vu naître des anastomoses; de petits courans se détachaient pour cela du courant principal, et y rentraient après un Court tra-
jet (1), en sorte qu'ils étaient attirés d’abord par les organes enyironnans, puis par le courant sanguin lui-même. Il est hors de doute aussi que les valvules se produisent uniquement parce que le sang, qui coule d'une manière sacçadée , entraîne la membrane vasculaire commune avec lui jusqu'à une certaine distance et l'allonge. Mais ces dispositions organiques ne sont autre chose que des forces générales de la nature, attraction et répulsion, impulsion et aspiration, etc., réunies et coordonnées de telle sorte que la vie se trouve réalisée dans leur produit général. La force vitale ne se présente point en personne pour venir au secours de la circulation , lorsqu'elle rencontre quelque obstacle; mais l’activité et l'organisation du système sanguin sont telles qu'elles se ploient à toutes les circonstances qui peuvent survenir, afin d'assurer l’uniformité de la circulation. Ainsi, par exemple,
lorsque celle-ci devient génée, les diverses activités se ré nissent, et de leur action combinée il résulte que la paroi acquiert plus de force. Plus la masse du sang est considérable, et plus la résistance qu'il rencontre dans son cours est grande, plus aussi le cœur est non pas seulement stimulé , mails encore nourri, de manière que l'épaisseur de ses parois augmente, et que son action devient plus puissante. Dans l'embryon, les deux ventricules ont un même diamètre, et sont égaux sous le point de vue de la force musculaire ; car le gauche enyoie son sang vers la moitié Supérieure an corps, et le droit vers l'inférieure, qui se ressemblent à peu près, eu égard à l'étendue ; mais, peu de temps après la naissance , au bout même seulement de quelques jours, d'après Legallois (2), il se développe une inégalité , et le ventricule gauche, qui a une bien plus longue colonne de sang à mettre en mouvement, devient beaucoup plus fort que le droit; mais si, dans un âge plus avancé, la circulation pulmonaire éprouve un embarras considérable et prolongé, la paroi du ventricule droit devient plus épaisse. De même aussi , dans les vaisseaux, la force des
arois se règle sur l'effort 1 sans : quand cet effort aus 5 €
(4) Denkschriften der Akademie zu Muennchen, t. VIX, p. 200. (2) Œuvres, t. I, p. 348.
mente, la nutrition s'active dans la paroi , et lui procure ainsi les moyens d'opposer une résistance plus efficace. Voilà pourquoi les artères flexueuses sont plus fortes à la convexité qu’à la concavité ; dans l’anévrysme variqueux, la veine qui reçoit le courant de sang artériel, acquiert la structure fibreuse d’une artère ; la grande saphène devient semblable à une artère, vers la cheville interne , par l'effet de la pression du sang chez les sujets qui se tiennent habituellement debout (4) ; la station droite de l’homme fait que les fibres de sa veine cave inférieure surpassent en force celles de l’inférieure , ce qui n’a pas lieu chez les quadrupèdes (2).
Ainsi, les phénomènes de la circulation ne nous offrent aucune spécialité qui domine partout ; on n’y voit qu'une multitude de forces qui se déterminent réciproquement, qui s'appellent les unes les autres par un conflit continuel, qui se prêtent un appui mutuel, par le fait même de leur antagonisme , et de l'harmonie desquelles résulte la circulation. Le principe de la vie n’est ni dans le sang, ni dans le cœur, ni dans la moelle épinière , ni dans aucun autre organe quelconqué, mais dans le tout. L'étude de la circulation nous procure donc , comme celle du commencement ($ 476) et du cours ($ 644) de la vie, l’intime conviction que la vie est un déploiement de l'unité en un multiple, et une harmonie de ce même multiple.
(4) Meckel, Archiv fuer Anatomie, 1828 , p. 338. :(2) Marx , Diatribe de structurâ atque vità venarum, p. 27.