‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 3)Chapitre 14 sur 108 · INFLUENCE DE L’IRRITABILITÉ · texte numérisé non relu

INFLUENCE DE L’IRRITABILITÉ

$ 773. I. L'activité des muscles soumis à la volonté accroît l'énergie de la circulation.

Les grands mouvenens du corps rendent les battemens du cœur plus forts et plus fréquens. Les hémorrhagies et les inflammations augmentent par l'effet des mouvemens, qui font couler aussi le sang en plus grande abondance par les artères ouvertes. Quand un animal, dont on examine la circulation au microscope , se meut avec violence ou tombe dans les convulsions , on voit le cours du sang s’accélérer dans les vaisseaux capillaires, y devenir quelquefois irrégulier et fluctuant, ou, s'il s'était arrêté déjà, rentrer en activité. C’est ce qu'ont observé , par exemple , Haller (41), Reichel (2), Thomson (3) et Wedemeyer (4). Suivant Nick, la fréquence du pouls aug- ‘mente de six à huit pulsations par minute par la marche sur un terrain plat, de seize par une marche rapide, et de trente environ lorsque celle-ci dure une demi-heure ; elle croît dayantage. encore quand on monte , et moins quand on descend; mais ce qui l'accroît surtout, c’est l’équitation au grand trot, qui porte le nombre des pulsations de soixante et quinze à cent vingt. D’après. Knox , ce nombre s’élève à cent trentedeux par minute sous l'influence d'une marche pendant laquelle on parcourt quatre milles anglais (6,437 mètres) à l'heure (5).

Les efforts musculaires sans mouvement extérieur augmen-

(4) Element. physiolog., t. IT, p. 205.

(2) De sanguine ‘ejusque motu , p. 40.

(3) Meckel, Deutsches Archiv, t. I, p. 439.

.(4) Untersuchungen , p. 204. — Meckel, Archiv fuer Anatomie, 1828, TP. 301.

(5) Meckel , Veutsches Archiv, t, Il, p. 94.

tent aussi la fréquence des battemens du cœur , comme, par exemple, quand on se cramponne avec force.

Les attitudes même dans lesquelles nousn’avonsla conscience d'aucun eflort, entraînent un résultat semblable. Knox aremarqué que la fréquence du pouls augmente un peu lorsqu'onest demeuré quelque temps. couché et qu’ensuite on s’asseoit , mais surtout qu'on se tient sur ses jambes , et qu'elle augmente ainsi de quinze à vingt minutes le matin, treize environ à midi, et Cinq ou six le soir ($ 606, 6°). Dans vingt-sept observations faites sur quatre hommes , Roulin a trouvé que.le nombre des pulsations pendant une minute était de quatorze à peu près plus. considérable dans la station que dans la situation couchée (1). Nick a compté six à huit pulsations-de moins chez l’homme assis que chez l'homme debout, et dix à douze chez celui qui était couché. D'après Graves , la différence entre-la fréquence du pouls pendant la station et le décubitus s'élève, terme moyen, depuis six jusqu'à quinze pulsations.,. et.elle se fait même sentir lorsque la situation droite est le résultat de moyens extérieurs , sans efforts musculaires :.elle est faible, et ne dépasse pas six à huit pulsations, quand le pouls. babituel est de soixante ; mais elle devient plus considérable , et s'élève quelquefois de. vingt à trente, lorsque, le pouls a été porté à quatre-vingt-dix par de forts mouvemens, comme aussi dans les cas de fièvre et de faiblesse (2). Suivant Bland, dans le décubitus sur le côté , où l'on est obligé de maintenir’ équilibre par l’action musculaire , le pouls est plus fréquent que dans celui sur Le dos (3j.

Ces effets paraissent susceptibles d'être expliqués de plusieurs manières diverses. ,

1° La pression des muscles ($ 726, 6°) peut chasser le.sang de certains vaisseaux et le pousser dans d’autres. Ainsi les convulsions rendent la circulation irrégulière uniquement d’une manière méCaniquE ; car lorsqu'on les provoque en irritant la moelle épinière , elles ne peuvent pas, d’après les observa-

(1) Journal de Magendie , t. VI, p. 1-43. !

(2) Medico-chirurgical review, taXXIX , p. 452. (3) Froriep, Notizen, t. XII, p. 20.

tions de Haller , ranimer les battemens éteints du cœur. Spallanzani (1) a vu les convulsions troubler la circulation dans le mésentère d'une Grenouille ; mais, quand il avait assujetti l’a nimal avec des épingles, de manière que les convulsions déterminées par l'irritation du cerveau ne consistaient qu’en un simple tressaillement des muscles , la circulation ne se dérangeait ni dans le mésentère ni dans les poumons.

2° Cependant l'accroissement uniforme de la circulation: par le mouvement musculaire accompagné d’eflorts ne peut nullement dépendre d'une circonstance mécanique ; nous devons adméttre , pour le concevoir , que les muscles, dont l’activité est plus énergique, attirent davantage de sang , qu'ils le poussent avec plus de rapidité dans les vaisseaux, et qu'ainsi ils accélèrent la circulation. Cette opinion, admise déjà par Bell (2), à pour elle que, chez les animaux surmenés, on trouve les muscles gorgés de sang et ramollis , tandis que les troncs vasculaires sont vides. Ainsi, par exemple , Hearne (3) dit qu'on n’obuent souvent que deux livres de sang d'un Elan forcé à la course, le reste de ce liquide s’étant concentré dans les parties éhibries. ILest vraisemblable qu’à cetaccroissement de là circulation dansles muscles obligés à de grands efforts, se joint aussi une Consommation plus considérable de sang rouge, qui rénd une respiration plus forte nécessaire , et qu'ainsi la circulation se trouve également accélérée à RATUE de son autre point tropical.

3° On pourrait admettre, en outre, que le cœur, comme muscle central, est soll: Cité sympathiquement par les muscles sülinis à’ Ia volonté , et que la moëlle épinière, qui met ces derniers en jeu, agit aussi sur le cœur par l'intermédiaire dés fieis dé‘ corimuhication éntre les nerfs rachidiens et le nerf grand sÿmpathique Cependant il faudrait, pour : attacher quelque poids à cette hypothèse, que les expériences rap Pis. + fo 7 771 107] fussent plus décisives encore.

(4) Expér. sur la circulation, 5: 30.

(2) An essay on the forces by which cir culates the blood, Pe 71. (3) Reise in die Hudsonsbai, p. 194.

4 Arnott (1) attribue la plus grande fréquence du pouls pendant la station , à ce que le cœur; pour pouvoir chasser lesang vers la tête, contre la loi de la pesanteur, est obligé de faire des efforts plus considérables que chez l'homme couché. Graves avait remarqué que le pouls perd de sa fréquence , mais acquiert de la force, dans la situation couchée , ce qui se concilie très-bien avec l'explication d’Arnott; mais le fait ne peut point être admis comme prouvé; car il paraît que toutes les hémorrhagies s'arrêtent plus promptement quand le sujet demeure couché.

Il. La volonté a de l'influence sur la circulation, tant parce qu'elle en exerce une sur la respiration ($ 766, 3°), que parce qu’il dépend d'elle de faire naître des efforts musculaires , qui n'ont pas besoin d'être visibles , puisqu'ils peuvent ne consister qu'en une simple tension. Elle a d’ailleurs le pouvoir de rappeler une affection ou une émotion par le moyen de l'imagination ($ 7741 , V). Mais, de même que toute force acquiert par l'exercice , de même aussi certains individus ont pu en:venir au point d’être maîtres de déterminer des changemens considérables dans leur circulation (2).

(4) Elemente der Physik, t. I, p. 499.

(2) Burdach , Vom Baue des Gehirns , 1.1, p. 233.

Section troisième.

$ 774. Si maintenant nous résumons toutes les considérations qui ont été exposées jusqu'ici, nous arrivons aux résultats SUIVANS.

, I. Essence du sang.

I. Le sang est la totalité de la substance de l'organisme sous forme liquide.

1° Comme corps liquide, il est le substratum et l'intermédiaire du changement de substance dans lequel consiste la vie végétative ($ 660), et comme la substance , avec sa fluetuation continuelle , représente le côté extérieur de la vie (8658), le sang est ce qu'il y à d'extérieur dans l'organisme. En effet , il est non seulement la condition relativement extérieure du maintien et de l’action de tous les organes ($ 741-743) , mais encore l'intermédiaire entre ceux-ci et les choses absolument extérieures , puisque d’un côté il amène aux parties organiques ce qui à été reçu du monde extérieur, d’un autre côté reçoit d'elles la‘sabstance mise hors de service et destinée à être déposée au dehors, de manière qu'il opère un rajeunissement continuel ($ 622, 3°).

2° Mais, dans la vie végétative, il est quelque chose d'intérieur. Car les substances admises du dehors ont déjà échangé en lui leur caractère primitif contre un caractère purement organique , et celles qui doivent être déposées au dehors n’y sont point encore revêtues de la forme qu'elles auront au moment de leur élimination, et ne peuvent en sortir que par une nouvelle formation, de sorte que le sang tient le milieu entre le suc nourricier et les liquides excrétoires (S660 , 3°). La vie vépétative tout entière se concentre en Jui ; car tous ses phénomènes se réduisent , en dernière analyse , à la formation et à la destruction du sang au moyen de son couflit avec les organes et avec le monde extérieur.

3° Le sang est donc le suc vital porté à une plus haute : puissance, qu’on ne voit apparaître que quand la vie s’est concentrée en une unité intérieure par le moyen des nerfs. Tous les êtres organiques ont besoin d’un suc vital quitienne le milieu entre les parties vivantes et les substances provenant du monde extérieur ou y retournant ; mais , chez les végétaux ($ 661, III) et les animaux les plus inférieurs (S 664, IL), il n’est point encore arrivé à l'indépendance; il est encore répandu indistnctement dans la substance organique, où ilse mêle tant avec les sucs nourriciers qu'avec les humeurs destinées à être éliminées, de sorte qu'il ne peut point encore être un objet déterminé de recherches : la créature privée de nerfs est en même temps dépourvue de sang , sa substance , comme sa vie , n’est qu’une chose non encore développée , un chaos. Dès qu’on voit paraître un système nerveux central, on aperçoit aussi un centre de la vie végsétative, le sang (S 664, 2°); mais ce n’est que quand le système nerveux acquiert une plus haute puissance d'unité, par le développement des points centraux en cerveau et moelle épinière, qu'on voit aussi le sang se séparer du suc nourricier, de sorte que les vaisseaux lymphatiques, chargés de charrier ce dernier, sont la propriété exclusive des animaux vertébrés (8 661 , 2°).

4° Le sang n’est point une espèce de substance organique, mais la substance organique elle-même dans son universalité, car il réunit les degrés de cohésion de la vapeur, du liquide et du solide, il porte en lui les substances fondamentales du corps entier , toutes les forces particulières de la matière organique se développent de lui et y retournent, enfin il se répand dans l'organisme entier, et prend part à toutes les activités vitales.

5° En sa qualité d'expression totale de la matière organique, il fait antagonisme à toutes les formations spéciales, et, comme membre liquide ou mobile de l'organisme, il est en opposition avec les parties solides. C’est aussi ce caractère d’universalité qui fait qu'il possède la faculté excitatrice générale, qu'il vivifie d’une manière matérielle , et rajeunit en accomplissant partout les mutations de substance. De même, il est la condition matérielle générale de la vie pour le reste de l'or-

ganisme, et il détermine, tant par sa quantité que par ses qualités, l'état de la vie et de ses fonctions.

6° Mais c’est principalement sur la vie animale que son in: fluence vivifiante se manifeste d'une manière puissante et immédiate ( $ 746, 5°). Le sang est le représentant de la wie végétative, comme le nerf est celui de la vie animale ; tous deux se font antagonisme (8768 ), comme la matière et l'activité , l'extérieur et l'intérieur, et c'est en vertu de cet antagonisme qu'ils agissent si énergiquement l’un sur l’autre: L'unité des deux formes de la vie fait que l’animalité a besoin de se trouver continuellement en connexion avec le sol maternel végétatif, et il n'y a que le sang qui, en sa qualité de centre de la vie végétative, convienne à cette destination; mais comme l’animalité consiste en une activité intérieure continuelle, elle ne peut non plus se passer un seul instant du sang, Ce. qui fait que la puissance de celui-ci s’y manifeste d'une manière plus forte et plus immédiate que dans la persistance matérielle de l'organisme.

II. Mais, en raison de son universalité, le sang doit se comporter comme chose spéciale, car autrement il n'aurait que le‘caractère de la communauté , et non celui de la généralité. Gétte spécialité se manifeste tant dans la substance (7° ) que dans les rapports mécaniques ( 8°) et dans l’activité (9° ).

6° Tandis que la fibrine et l'albumine sont très-répandues dans le corps animal, le cruor appartient exclusivement au sang ( $ 680, 5°), et Sa quantité y surpasse aussi celle des autres matériaux immédiats ( $ 684, IT ), plus chez l'homme et les Mammifères carnivores que chez les Oiseaux, chez ceux-ci que chez lés Mammifères herbivores, et chez ces dérniers que chez les Poissons et les Reptiles. Ainsi Berthold (D)

a trouvé, dans 400 parties de sang, les quantités suivantes de CPUOr : L

| Grenouille RAM ART Mouton. : .. . : 9,69 Carpe. 0408329 Veau. Lucie . 14,34 Chèyre.. + 24 8,33 Pigeon : …...:. 44,95

(1) Beitræge zur Anatomie , p. 259.

Poule 12,30 Chat 16,93 Bœuf 7 A3 01 Chien 18,16 Cochon 16,09 Homme 45,00—18,05 tandis que celles de fibrine étaient de | Homme... .... 0,19—0,55 Grenouille 0,60 Cochon. . . . . 0,39 Chien . 0,63 Ghèvyre . . . . . 0.40 Bœuf 0,74 D. 0,47 Carpe 1,16 Mouton. … . * 0,50 Pigeon 1,67 VEML.: 0,57 Poule 1,37— 2,50.

De la substance solide, à l’état de mélange et sous une forme très-divisée, se trouve partout dans le sang , même lorsqu'il est incolore ; d'où il résulte que les globulés du sang rouge n'existent point uniquement comme supports de la couleur, et qu'ils doivent avoir d’autres usages. IIS n'ont point encore de forme régulière chez les animaux sans vertèbres, et n’y sont que de petits grumeaux ou de simples granulations (S 664, 1°), comme on en rencontre dans le lait, le pus, etc. C'est chez les animaux vertébrés seulement , c'est-à-dire quand il y a un système nerveux, avec un cerveau et une moelle épinière , qu'ils affectent une forme spéciale, laquelle a, a , chez les Oiseaux et les Mammifères , une constance et une régulàrité qu'elle ne présente point encore chez les Poissons et les Reptiles ( $ 1664, 3°—5°). Ce sont les globules du sang seuls, qui, en‘vértu de leur antagonisme avec les nerfs et les parties ‘organiques en général , exercent une action stimulänte sur l'organisme entier ( $ 743, I ); quand le cruor est peu abondant, et le sang par cotséduent pâle et aqueux , toutes les manifestations de la vie sont faibles et sans énerpie. Comme les globules exercent une attraction et une répulsion les uns sur les autres ($ 739, 1°, comme ils sont attirés et repoussés par les parties solides ($ 740, 9° ), C'est aussi dans leurs rapports avec l'érgañisme que réside là cause essentielle de la cireulation (8 758-763 Ÿ. C’est en eux Surtout que se manifeste le conflit du sang avec les organes et l'atmosphère , car le mode de révélation le plus général et le plus positif de ce conflit ( $ 752, IL ) ést la différence de cou-

leur du cruor dans le sang artériel et le sang veineux (8751); mais sa couleur n’est que l'expression totale de sa constitu— tion chimique ( $ 687, 3° ). Le cruor paraît être aussi le dernier des produits de l’hématose, car c'est lui qui se reproduit en dernier après une hémorrhagie considérable. -

Ilse pourrait bien, comme le conjecturait Haller (1), que la densité dont le cruor est redevable à la présence du fer, fût la cause pour laquelle il stimule le cœur avec plus d’énergie, reçoit de lui une impulsion plus forte, et pénètre dans les vaisseaux les plus déliés, sans transsuder à travers leurs parois. Il est possible encore, comme le pensait Isenflamm, que le fer contenu dans le cruor prenne part aux propriétés électriques que déploie le sang; la forte proportion d’hydrogène et la faible quantité d'oxygène qu'il renferme (680, 5°) doivent être prises aussi en considération. Mais nous ne pouvons point songer à expliquer par là ses rapports spéciaux avec la vie, ni croire qu’on puisse les dériver d'aucune de ses propriétés; il nous suffit de reconnaître que la constitution entière ou l’ensemble de ses qualités place. spécialement en lui le siége de l'aptitude du sang à stimuler la vie. ,

8° Le sang et sa paroi sont inséparables l’un de l’autre. En effet, le vaisseau est le produit du courant sanguin , sans. le quel il ne saurait non plus subsister ; quandiil a été lié et vidé, : il se ferme, s’oblitère et se réduit, par contraction , en un simple filament, car, à titre d'enveloppe, il a perdu toute signification quand le contenu a disparu , et ce qui ne sert à rien doit périr. Mais si le courant sanguin engendre le vaisseau, c'est comme limite nécessaire du sang, comme production qui seule fait de celui-ci du sang réel, et qui, le séparant des autres liquides et des parties solides, lui permet de maintenir la spécialité de son existence et de son action. Lorsque le sang sort de sa carrière et s’épanche dans le tissu organique , il perd, ayec ses limites , sa signification et sa vie, il étouffe les organes, qu'il inonde, au lieu de les vivifier, il ne sert plus à les nourrir ,.et n’alimente plus l'échange vivant

(4) Element. physiolog., t, IT, p. 449.

des matériaux , mais devient un caillot privé de mouvement, quine peut plus qu’en sa qualité de masse organique être métamorphosé par la puissance de la vie et servir à la formation d’un sang nouveau. D’après cela, il n’y a pas plus de véritable sang sans vaisseaux ($ 701, 702), que de vaisseaux sans sang. Mais, de cette unité même, ressort l'antagonisme des deux membres; le sang, comme membre essentiel, intérieur, animé d’expansion ( $ 690 ), fait effort contre les parois, et les distend, tandis que celles-ci, comme limites , le compriment et le resserrent ( $ 726 ). Lorsque le sang, réuni en une colonne plus forte , se montre revêtu d'un caractère d'indépendance , et se présente en masse considérable, la paroi ( cœur et troncs vasculaires ) est plus puissante, plus développée, et mieux constituée pour exercer une action mécanique ; dans les vaisseaux capillaires, au contraire, où, divisé en innombrables courans déliés, il sillonne de tous côtés la substance organique , la paroi est plus délicate , afin de pouvoir, dans son conflit avec l'organisme et le monde extérieur, accomplir l’échange de matériaux par endosmose et exosmose. Lorsque le sang est resserré dans un espace plus étroit, la paroi à la prédominance et jouit de la force motrice; quand, au contraire, il trouve davantage d'espace, il acquiert la prépondérance sur la paroi et ne peut plus déployer son activité propre : c’est ainsi que la proportion de la capacité ($727) agit dans l’antagonisme de cœur et de vaisseaux capillaires, de cœur droit et de cœur gauche, d’artères et de veines.

9° Enfin le sang diflère de toutes les autres substances organiques par son excessive variabilité; au milieu du cours rapide qui l'emporte à travers les vaisseaux capillaires , il devient , sous nos yeux, ici veineux ( $ 751), là artériel ($764), et sa teinte écarlate ne brille que comme un éclair qui s’éteint en quelques secondes ; pendant qu’il coule d’un vaisseau ouvert, il change plusieurs fois de qualité ( $745 ), et hors du corps il se décompose avec plus de promptitude qu'aucune parte liquide ou solide d’un corps organisé ($666—668). À titre de pleine et entière expression de la vie végétative, il ne trouve sa durée que dans un continuel changement ; mais comme sa vie est continue ($ 473, 9° }, il ne périt pas réel-

lement , pour être créé de nouveau (8 700, 3° # etne fait que subir une véritable métamorphose (S 752, 3° }, la même substance revêtant des formes diflérentes selon qu'alternalivement elle vieillit et se rajeunit.

III. Ce n’est point par la substance des pPEMEUSs mais par l'air renfermé en eux, que le sang veineux s’y transforme en sang artériel; car le sang amené par les artères bronchiques revient de la substance des poumons comme de celle des autres organes , et quand l'air vient à manquer , le sang amené par l'artère pulmonaire demeure veineux. C’est donc l’atmosphère qui, par rapport à la métamorphose du sang, fait antagonisme aux parties de l'organisme. Elle opère cette métamorphose en prenant de l'acide carbonique au sang et lui abandonnant de l'oxygène. Mais cet échange de matériaux à lieu , sinon avec la même intensité, du moins d’une manière manifeste, dans d’autres points où l'air ne pénètre pas, sans que. le ‘caractère artériel. du sang soit, nous ne dirons pas exalté ourétabli, mais même seulement conservé. Serait-ce doncpar l'unique fait d'un degré plus considérable d'intensité qu'il produirait, dans des organes respiratoires, un-eflet tout particulier, et même opposé à celui qu'il déterminé ailleurs? Serait-ce lui seul, qui, par lui-même et sans concours d'aucune autre circonstance, procure au sang son caractère conservateur de la vie (S 743, 2°), et fait de la continuité de la respiration une condition de vie d'autant plus essentielle que l'unité de cette dernière s’est développéedavaitage (:S 626 )? Nous sommes d'autant mieux ‘fondés à en douter que nous n’entrevoyons pas laraison pour laquelle c’est -précisément avec l'atmosphère que le sang effectue cetéchange immédiat de matériaux , tandis qu'il n’admet ainsi en lui d’une manière immédiate ni l'eau ni les substances ‘alimentaires, tandis qu'il ne dépose point non plus ‘ailleurs'ses matériaux immédiatement dans le monde extérieur.

Déjà, en nous occupant dela procréation ( $ 263,22), nous avons conçu l’idée que l'atmosphère qui unit les corps disséminés sur notre:planète en un tout continu , la met elle-même en connexion avec d’autres corps célestes, qu'ainsielle constitue une!sorte d'élément cosmique, tandis que la nature pu-

RÉSUMÉ DES CONSIDÉRATIONS SUR LÉ SANG: 05 rement tellurique se représente plus spécialement dans la terre et l'eau, que, par conséquent, à titre de lien général des choses , elle doit avoir une signification toute spéciale pour « les corps organisés , et les mettre en rapport: plus intime avec l'univers. D'après cette hypothèse, le sang, pendant la respiration ; est placé sous l'influence immédiate de l'univers ; la force du monde entier se reflète en lui, et il devient universalisé; ot, comme c'est le spirituel en génér al qui exprime l'univer sel, nous pouvons.dire, avec les anciens, que l'air est animé par Se ht , Ou qu'il en tire le pneuma qui le met en état d'agir comme stimulant et vivifiant sur toutes les parties organiques. Mais puisqu'ilest ce qu'il y a d’universel dans le corps organique (4°), et que l'atmosphère est, de son côté ; ce qu'il y à d'universel dans notre planète ; le sang a une affinité si prochaine avec l'atmosphère qu'il entre en échange immédiat de matériaux avec elle, mais aussi avec elle seule. Quand nous voyons que le cruor, qui constitue le corps proprement dit du sang (7° ), rougit au contact de l'atmosphère, même après avoir été séparé du corps, que même, comme l'a remarqué Barruel (1), le gaz oxygène lui fait prendre une teinte rouge plustard encore, et quand déjà la fibrine et l’albumine ont subi des changemens considérables , il paraît découler de à, non seulement que léchañge de matériaux qui accompagne ce Changement de couleur, n’est que le côté ex: térieur matériel du conflitavec lathointièrés puisqu'il s'opère jusque dans le sang mort ; mais encore que l’affinité pour l'atmosphère est assez brbfondénient inhérente à la nature du sang pour pouvoir se manifester dans son côté matériel sans même aucun concours de la vie.

IT. Essence de la circulation-

8 775. Le sang est l'élément. mobile de l'organisation. Sa marche est l'expression matérielle de sa vie intérieure, oude

@) Mémoire sur l'existence d’un principe propre à caractériser le sang dé l'homme et celui des diverses espèces d'animaux ( Annales d'hygiène publique, 4829, t. 4; p. 267). — Nouveau système de chimié NL nique, pat E.-V. Raspail ; Paris, 4833, in-89, p, 882,

* son conflit avec les autres parties de l'organisme et avec l'atmosphère. Comme il est en proie , dans ce conflit, à des mutations et à une métamorphose continuelles, il se trouve aussi impliqué dans un mouvement qui ne s'arrête jamais, il coule sans cesse et dans toutes les directions à travers le corps enter, il n’exerce qu'en courant son action vivifiante sur les parties organiques, et, quand il vient à s'arrêter tout-à-fait, il perd non seulement sa force , mais même ses qualités physiques propres. Si, à un degré inférieur de la vie, il ne présente qu'un mouvement de fluctuation et en quelque sorte de balancement, il n’acquiert sa pleine et entière signification que lorsque , ayant reçu une direction fixe et invariable, il parcourt une carrière circulaire partagée en artères et en veines. I. La cause idéale de la circulation est la tendance de la vie à la séparation et à la réunion, à l'analyse et à la synthèse, à la pluralité et à l'unité, tendance qui se manifeste dès le début de la vie ($ 474). Si nous voulons rendre notre pensée d’une manière figurée et attribuer ce qui rentre dans l'idée de la vie au corps dans lequel la vie se manifeste, nous pouvons dire que le sang a, dans les artères, une tendance de dedans en dehors, et qu’il partage son courant vers la périphérie en une quantité innombrable de branches, afin de s'éparpiller en une infinie diversité de substances et de formations, et de développer librement tout ce qui est en lui; mais, une fois disséminé ainsi, le sang est saisi de la tendance inverse vers l'unité, de la tendance du dehors au dedans, et il revient sur lui-même, se réunit, dans les veines, en une masse incessamment croissante, par la fusion successive des différens courans, et, chemin faisant, répare les pertes qu’il a subies vers la périphérie, en admettant le suc nourricier, qui le reproduit de nouveau. Par cette tendance de dedans en dehors et de dehors en dedans, la circulation donne dans l'espace l’image de la périodicité qui règne dans toute vie(S 593 ), tout comme celte périodicité elle-même représente une circulation dans le temps. Mais le cœur est le centre : placé en regard de la périphérie, il réunit la masse entière du sang dans sa partie veineuse, et l'éparpille dans sa partie artérielle. II. Maintenant, çette çause idéale de la circulation se réa

lise par des conditions organiques qui amènent immédiate ment la production du phénomène. ;

A, La condition la plus générale, celle qui détermine la marche du suc vital dans tous les êtres organiques sans disünction , tient à son affinité pour les parties solides. En traitant de la procréation, nous avons appris à connaître des exemples d'attraction mutuelle d'organes , de parties organiques et de liquides ($ 239, 290 , 2°; 293 , 328 , 2°, 5°) ;'nous les avons comparés , d’un côté avec l'attraction adhésive, magnétique, électrique et chimique, de corps inorganiques ($ 261, 3°), de l’autre avec le penchant animal (8 240, 3) et humain ($ 261, 1°) à la réunion avec un autre individu; nous avons trouvé que tous ces phénomènes ont pour condition la différence dans l'identité. Or cette condition est remplie dans le rapport existant entre le sang et les parties solides ; le sang et les solides s'accordentensemble, quant à l’idée générale de substance organique; mais, en leur qualité de liquide et de solide , d’universel et de particulier , ils forment un antagonisme ; ils doivent donc exercer l'un sur l’autre ure attraction mutuelle, mais telle que les parties fixes paraissent attirer. Dans l'électricité, où nous voyons les plus mobiles, les plus variables et les plus diversifiés de tous les phénomènes dynamiques , le plus faible n’est pas seulement attiré par le plus fort, mais encore assimilé, imprégné de la polarité homonyme, et ensuite repoussé comme homogène. Or le sang montre réel lement de l'électricité (S 663, 5°); le sang artériel paraît être électrisé positivement et le veineux négativement (S 751, 3°); quand bien même cette différence ne pourrait être démontrée, nous n’en devrions pas moins l'admettre comme imdubitable , puisque partout deux corps de méme substance, mais de cohésion différente, manifestent une électricité contraire quand ils entrent en contact ensemble : enfin on à quelquefois remarqué, dans les globules du sang sortis du courant de la masse, des mouvemens qui ressemblaient aux mouvemens électriques ($ 758, 3°), attendu qu'ils étaient attirés ou les uns par les autres ($ 739, 4°), ou par les parties solides ($ 740 , 9%). D'après tout cela , nous sommes bieï fondés à admettre qu'une attraction et une répulsion obéissant à

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