À. TISSU CELLULAIRE ATMOSPHÉRIQUE
La première espèce, ou le tissu cellulaire atmosphérique , porte aussi le nom de éissu muqueux ou tissu plastique.
On trouve ce tissu entre les divers organes , dans Les espaces qu'ils laissent vides. De cette manière, l'humidité dont il est imprégné forme une sorte d'atmosphère qui enveloppe chaque partie, mais qui, sous la peau, où il abonde plus que partout ailleurs , entoure la surface entière dù système locomoteur. Il accompagne et entoure surtout les nerfs et les vaisseaux dans leur trajet. Comme il est déposé dans des espaces vastes, par conséquent en quelque sorte libre et fort abandonné à lui-même, le degré inférieur d'organisation du système auquel il appar-
SYSTÈME CELLULAIRE. Fin
tient, fait qu’il n’a point de configuration arrêtée ; il est extrémement mou, et d’une consistance qui se rapproche de celle du mucus, très-extensible et facile à comprimer, de sorte qu'il rend possible et facilite tout déplacement des organes entre lesquels il se trouve déposé. Pendant que sa forme est ainsi déterminée et diversement modifiée par les parties entourantes , il représente , considéré dans son ensemble , un tissu spongieux de lamelles et de fibres qui se croisent en tous sens, laissant entre elles des intervalles irréguliers ou des cellules de forme et de grandeur inégales.
Au lieu d'admettre que ces cellules ont une organisation fixe et régulière, Wolff (1), marchant à cet égard sur les traces de Bordeu, prétendait que le tissu cellulaire est une substance amorphe et demi-liquide, à laquelle {sa consistance visqueuse et gluante permet de prendre toutes sortes de formes , et de filer entre les doigts, ou de se convertir en bulles, comme l’eau de savon, par l'effet de l’insufflation. Dans cette hypothèse, les formes qu’on lui attribue ne seraient que l'effet d'actions mécaniques. Mais si l'on ne distingue pas bien nettement la structure du tissu cellulaire, c’est parce qu’il a trop peu de consistance ; c’est encore, comme le fait remarquer Weber (2), parce que ce tissu et la sérosité qui l'imbibe réfractent la lumière à peu près de la même manière , circonstance qui empêche également de voir la structure celluleuse, d’ailleurs incontestable, du corps vitré. Le tissu cellulaire n’est point une substance liquide; car il ne coule ni ne dégoutte, quand il manque d'appui; on ne voit jamais non plus une substance demi-fluide produire, quand on la fait filer entre les doigts, des lames et des fibrilles entrecroisées , laissant entre elles des interstices, ou, quand on introduit de l’air dans son intérieur , et qu’on la fait sécher ensuite , prendre et conserver la forme de cellules anguleuses, à parois solides. La meilleure manière de constater la texture du tissu cellulaire est d'examiner celui qui se rencontre entre
() Nova Acta Academiæ Petropolitanæ, t. VI, p.259 ; t. VIT, p. 278; t. VIII, p. 269.
(2) Anatomie des Menschen, &, TX, p, 235,
la peau et les muscles, mais surtout celui qui, sans être luimême anormal, se produit par l'effet d'un état anormal, entre les poumons et la paroi de la poitrine. On peut aussi le re— connaître dans les parties frappées d'æœdème, lorsque la sérosité accumulée s’est prise en gelée (1), ou convertie en glaçons par l’action du froid. Enfin on en acquiert une idée nette en ayant égard à la forme correspondante des tissus celluleux ($S 782), dans lesquels elle ne devient plus évidente qu'en vertu de leur isolement et de lopacité de leur contenu.
le Le tissu cellulaire atmosphérique ressemble à une éponge, dans laquelle les liquides peuvent être chassés d'un point vers un autre. Ainsi, dans le cas d'infiltration, on le voit se débarrasser, par une incision, de la sérosité qui s’y était aceumulée à la suite d’un état morbide. On peut, en introduisant de Far par une ouverture pratiquée à la peau , l'insufiler sous la surface entière de cette membrane; dans cet emphysème ar: üficiel, comme dans celui qui est l'effet d’une maladie, l'air cède à la pression et fuit devant elle. Partout où des vaisseaux, des nerfs et des muscles, entourés de tissu cellulaire atmosphérique, pénètrent dans des cavités intérieures ; on peut, en faisant une incision à la peau d'une région voisine | pousser de l’air ou de l'eau dans ces cavités ; ainsi on parvient aisément à en introduire par les cuisses dans le bassin , où par les bras dans la poitrme et même dans les poumons ; phénonomène sur lequel Portal (1) a appelé l'attention des physiologistes. Cette facilité. de propagation tient en partie à ce que les cellules, formées par des lamelles qui s’entrecroisent d'une manière irrégulière, sont pour la plupart ouvertes de plusieurs côtés , en partie à ce que le tissu cellulaire se déchire aisément , surtout dans ses lamelles ; aussi les corps étrangers qui ont pénétré sous les tégumens , notamment les projectiles lancés par la poudre à canon, cèdent-ils peu aux mouvemens qu'on leur imprime, mais changent-ils insensiblement de place, sous l'influence de la pression des muscles ou de leur propre pesanteur , parce qu'ils déchirent le tissu cellu-
(4) Cours d'anatomie médicale , t. IT, p. 4.
laire, qui ne tarde pas ensuite à se cicatriser derrière eux. De même, ce tissu oppose toujours quelque résistance aux liquides, comme le prouvent et l’écoulement incomplet de la sérosité par une plaie faite à une partie œdématiée, et la crépitation qu'on produit en appuyantsur un organe frappé d’emphysème.
5° Les vaisseaux sanguins qui traversent le tissu cellulaire lui donnent desramifications très-déliées, qui, dans l’état normal, ressemblent à des fibres incolores, mais qui prennent une couleur rouge dans les inflammations, et qu’on peut aussi rendre visibles par des injections. D’après la figure qu'en a donnée Bleuland (1), ils affectent, généralement parlant, une direction assez droite, et se partagent, sans diminuer beaucoup de diamètre, en branches divergentes qui, par leurs anastomoses, forment un réseau à mailles plus ou moins rhomboïdales. Berres (2) les représente comme des vaisseaux onduleux, unis, par des ramifications très-déliées, en un réseau qu’ilnomme réseau artériel flexueux, et dont il fait une forme particulière de distribution des vaisseaux. Il a trouvé le diamètre des vaisseaux d’un réseau de ce genre, dans le plexus choroïde d’un enfant, de 0,0024 à 0,0216 ligne, mesure de Vienne.
6° Mais les feuillets ou filamens du tissu cellulaire paraissent Consister uniquement en une masse homogène ; du moins, les élémens mécaniques qu’on prétend y avoir découverts à l’aide du microscope , sont-ils très-problématiques. D’après Heusnpger (3), il se compose en entier de corpuscules arrondis , qui sont beaucoup plus gros que les globules du sang. Weber (4) , au contraire , n’y a trouvé que des globulesisolés, épars , mais plus petits que les globules du sang , et qui appartenaient peut-être à la sérosité dont le tissu cellulaire est
(4) Icones anatomico-physiologicæ partium corporis humani et animalium ,t.I,1. V.
(2) Medicinische Jahrbuecher des æœsterreichischen Staates. t. XIV, p. 425.
(3) System der Histologie, p. 425.
(4) Anatomie des Menschen, 1,1, p. 464.
imbibé: Suivant Krause (1), ce dernier consiste en un assemblage de fibres lisses , transparentes, flexueuses, entrecroisées les unes avec les autres, qui ont depuis 0,00028 jusqu'à 0,00083 ligne de diamètre , et de petites masses irrégulières, tantôt éparses entre les fibres, tantôt rapprochées les unes des autres et presque confluentes , dont le diamètre est de 0,00058 à 0,00384 ligne.
7° Exposé à l'air, il se dessèche rapidement , se resserre sur lui-même, ne jaunit pas comme le tissu scléreux , mais conserve sa transparence, ou, s’il forme plusieurs couches superposées, prend une teinte blanche et acquiert l'apparence d'une membrane séreuse. Desséché à la chaleur , il devient cassant et friable. Il a une affinité adhésive pour l’eau, et attire l'humidité de l'atmosphère. Il est totalement ou en grande partie insoluble dans l'eau froide ; quand il y demeure plongé pendant long-temps, il se gonfle, passe à la fermentation acide , et subit tard la putréfaction, pendant laquelle il dégage moins d'ammoniaque que d'autres matières animales. Dans l'eau chaude , il se condense ; ce n’est qu'après une ébullition prolongée qu'il se dissout , en laissant un petit résidu et donnant de Ja gélatine. Plongé dans l'alcool , il se contracte. Les acides et les alcalis ‘concentrés le dissolvent. Exposé à la flamme , il brûle difficilement, et en répandant une ‘odeur moins désagréable que d’autres substances animales ; il donne aussi moins d'huile , d'ammoniaque et de gaz fétides à la distillation ; du reste, il laisse un charbon léger, et qui ne tarde pas à s'incinérer. Il paraît contenir moins d'azote et d'hydrogène que d’autres matières animales. On ne sait point encore positivement quels sont les matériaux immédiats, autres que la gélatine , qu’il renferme ; suivant John (2), la gélatine y est combinée avec une petite quantité de fibrine et de phosphate calcaire : il paraît contenir très-peu d’albumine.
(4 Handbuch der menschlichen Anatomie, t. I, p. 43. (2) Chemische Tabellen des Thierreichs, p. 29.
SYSTÈME CELLULAIRE: 121 2. TISSU CELLULAIRE PARENCHY MATEUX.
8° La seconde espèce comprend le éissw cellulaire parenchymaleux. |
Par opposition au tissu cellulaire atmosphérique ,'qui occupe de plus grands espaces , entre des organes distincts, et qui par cela même jouit d’une plus grande liberté , le tissu parenchymateux se trouve englobé dans la texture des organes mêmes , entre leurs parties élémentaires , et par conséquent plus enchaîné. Ainsi on le rencontre entre les fibres des muscles, des nerfs et des tissus scléreux ; entre les fibres ou les lamelles du dinloé, où il porte le nom de membrane médullaire ; entre les différentes couches des membranes, par exemple entre la tunique muqueuse et la tunique musculeuse ; entre les ramifications des vaisseaux et des nerfs, dans les glandes vasculaires ; entre les ramifications de la membrane muqueuse, des vaisseaux et des nerfs, dans les glandes proprement dites et les poumons ; enfin, entre les divisions grandes et petites des tissus, notamment les faisceaux de ceux qui sont fibreux , et les lobes de ceux qui sont ramifiés. Mais, tandis qu'il'pénètre de cette manière les tissus pourvus d’une vitalité propre ou les tissus qui viventpar intussusception, il-se réduit à si peu de chose dans ceux d’entre eux où la vitalité arrive à l’un de ses deux extrêmes, qu'à peine l'y reconnaît-on encore , ou que même on n'en aperçoit plus de traces. Ainsi , il s'efface d’un côté dans le cartilage, dont la masse homogène n’a qu’un minimum de vie, de l’autre entre les fibres musculaires du cœur et les fibres médullaires du cerveau, par conséquent dans les organes centraux, où la vie est parvenue’au maximum. Il prend la forme de lames ou de fibres , suivant que l’exigent les parties qui l'entourent, et affecte aussi celle de cellules irrégulières dans les organes rameux. Mais, au milieu de ces modifications, il paraît être partout une’seule et même substance, semblable au tissu cellulaire atmosphérique; car ce qu’on appelle parenchyme particulier et propre est le. résultat du mode spécial de contexture des parties élémentaires dans chaque organe.
B. Organes celluleux.
$ 782. 1° Le second genre du système du tissu cellulaire ($ 781, 2°) comprend les organes celluleux , dans lesquels la substance né représente plus une masse confuse de lamelles et de fibres, mais a acquis une forme mieux déterminée.
Comme , en leur qualité de formations plastiques ($ 780, 2°), la forme de surface prédomine dans ces parties , et qu’elle y est plus développée que dans les masses de tissu cellulaire placées au dessous d’elles, sous le point de vue de l’organisation, elles affectent la forme de membranes; mais les membranes qu'elles représentent sont, comme les masses dont nous avons parlé précédemment , délicates, minces, incolores, transparentes et simples dans leur texture. D'un autre côté, par cela même qu'elles occupent un rang plus élevé dans leur système , elles constituent des cellules closes, qui sont bien encore très-répandues dans l'organisme, mais qui cepen: dant n’ont pas partout des caractères communs et identiques , comme les masses celluleuses, en présentent au contraire quelques uns de spéciaux, et revêtent des formes assez diversifiées.
De même que les masses celluleuses se divisent en tissu cellulaire libre ou atmosphérique et en tissu cellulaire enchaîné ou parenchymateux , de même aussi les parties celluleuses se partägent en deux familles, celle des vésicules et celle des enveloppes.