À, VÉSICULES
2 La première famille est celle des vésicules.
La forme fondamentale propre au système du tissu cellulaire se développe de la manière la plus libre dans les vésis cules. Comme ce système, en général, a pour caractère de constituer: un tout clos et de produire dans son intérieur (8781, 4°), nous avons ici des cellules fermées , qui ne renferment autre chose que leur propre produit , attendu qu’elles
reçoivent le sang des vaisseaux qui se répandent sur leur surface externe et déposent au dedans d’elles-mêmes le Hiquide auquel elles ont donné naissance à ses dépens.
Les cellules constituent aussi une série dont les prémiers chaînons sont libres , et déterminés par eux-mêmes quant à leur forme , tandis que les derniers, appliqués à d’autres parties , dépendent jusqu'à un certain point de celles-ci , eu égard à leur configuration, et font ainsi le passage des vésicules aux enveloppes.
De là deux genres de vésicules , les adipeuses et les séreuses.
a. Vésicules adipeuses.
3° Le premier genre se compose des vésicules adipeuses.
Les vésicules adipeuses sont caractérisées , non seulement par les qualités propres de leur contenu , la graisse , mais encore parce que toutes sans exception ont des dimensions fort exiguëés , se groupent les unes auprès des autres , et Sont réunies par du tissu cellulaire en petites masses, agpglomérées de même en masses plus considérables , qui, principalement sous la peau, forment une couche à laquelle on a donné le nom de pannicule adipeux (panniculus adiposus). On les obtient iso= léés, suivant Raspail (4), en déchirant un morceau de graisse ferme, sans l’écraser, sous un petit filet d’eau, et au dessus d’un tamis à mailles assez larges, ou en laissant séjourner un lambeau de graisse fluide soit dans l'acide nitrique , soit dans la potasse liquide, ou enfin en laissant dessécher spontanément à l'air un flocon de graisse.
° Les vésicules adipeuses n’ont pas toutes la même grosseur. Leur volume est évalué de 0,0150 à 0,0499 ligne. par Monro (2), de 0,0150 à 0,0300 par Heusinger (3), de 0,0285
(1) Nouveau système de chimie organique, p. 484, 486 , 487. (2) Abbildung und Beschreibung der Schleimsæcke , p. 62, (3) System der Histologie, p, 184.
à 0,0420 par Weber (1), de 0,0092 à 0,0454 par Krause (2), de 0,0088 à 0,0211 chez l'enfant, et de 0,0177 à 0,0620 chez l'adulte, par Raspail (3). :
b° Elles sont sphériques ou oblongues; mais quand Raspail avait laissé dessécher un flocon de graisse à l'air, il les trouvait aplaties dans les endroits où elles étaient serrées les unes contre les autres, et offrant , sur la tranche , l'apparence la plus parfaite du tissu cellulaire des végétaux. : 6° Elles ont des parois minces , transparentes , et sont complétement closes. Aussi la graisse n’en découle-t-elle que quand on les écrase, ou qu'on les fait crever par l’action de la chaleur. Dans l’état normal, elle ne peut point se déplacer, comme il arrive à la sérosité qui s’est amassée, ou à l'air quia pénétré dans le tissu cellulaire.
7° Chaque vésicule reçoit des vaisseaux capillaires, auxquels elle tient ‘comme un grain de groseille à son pédicule, et qui se répandent sur sa paroi. C’est ce que Monro, en particulier, a démontré par des injections.
8° Les vésicules les plus rapprochées les unes des autres.et qui tiennent ensemble par leurs vaisseaux capillaires de manière à représenter une sorte de grappe, sont unies, par un entourage celluleux ($ 783, 3°), en un petit grumeau, qui luimême l’est à d’autres, et ainsi de suite, l'entourage celluleux devenant toujours de plus en plus dense et ferme. Dans les interstices que laissent entre eux’ tous ces lobes et lobules, marchent les vaisseaux qui se ramifient sur les vésicules.
9 Les vésicules adipeuses sont toujours situées dans du tissu cellulaire, soit atmosphérique, soit parenchymateux , comme le nerf ou l'os (4). ù
(1) Anatomie des Menschen,t.1T, p. 144.
(2) Handbuch der menschlichen Anatomie, 1.1, p. 45.
(3) Nouv. syst. de chim. organique, p. 488.
(4) Béclard, Additions à l'Anatomie générale de Bichat, p. 164.
SYSTÈME CELLULAIRE. 125 b. Vésicules séreuses,
1° Le second genre comprend les vésicules séreuses.
Les vésicules séreuses diffèrent des vésicules adipeuses, non seulement par la nature de leur contenu , mais encore par leur grandeur, qui est bien plus considérable , quoique d’ailleurs elle varie beaucoup. Elles ne sont point rapprochées les unes des autres et groupées, mais éparses et isolées. Fréquemment aussi elles se renversent en dedans , ou même sont partagées en cellules par des cloisons. Elles maintiennent l’indépendance extérieure des organes; car elles s’établissent entre ceux qui doivent se mouvoir les uns sur les autres, les séparent , les empêchent de contracter adhérence ensemble, et facilitent leurs mouvemens par la sécrétion qu’elles fournissent. Ayant ainsi des usages qui se rapportent au mécanisme , elles sont presque partout en contact avec le tissu scléreux ou avec le tissu musculaire. Leur nombre est fort grand, et par conséquent leur surface considérable, en les prenant collectivement.
Ac Leurs parois sont minces, transparèntes, incolores ou blanchâtres, sans fibres, molles, flexibles, un peu extensibles et contractiles. Vues au microscope , elles ressemblent au tissu cellulaire. Par la macération et l’insufllation , elles seréduisent totalement en tissu cellulaire ; il n’y a donc point de différence essentielle entre leur substance et celle de ce dernier; seulement elle est plus condensée, surtout à la face interne. Aussi donnent-elles une dissolution de gélatine quand On les fait bouillir lentement dans de l’eau, et ont-elles peu de propension à la putréfaction.
12° Leur face externe est raboteuse et unie aux : His voisines par une couche de tissu cellulaire tantôt dense et tantôt lâche. C’est par cette face que les vaisseaux leur arrivent et se répandent en elles ; ce sont pour la plupart des capillaires incolores, mais qu’on peut injecter par les artères, et qui, dans les inflammations , admettent du sang rouge dont la pré-
sence les rend visibles. D'après Berres(1), leur diamètre moyen est de 0,0096 ligne; les plus fins en ont un de 0,0024 à 0,0036. La plupart d’entre eux se ramifient d’une manière dendritique, et se réunissent en un réseau, dont les mailles sont oblongues et larges. On voit fréquemment des vésicules adipeuses se déposer à la face externe des vésicules séreuses ; ce qui arrive surtout quand ces dernières produisent, en se renversant Sur elles-mêmes ou se plissant , deux surfaces situées vis-à-vis l’une de l’autre, car des vaisseaux nombreux parcourent ces sortes de plis. y |
13° La face interne est lisse, dense , sans vaisseaux perceptibles. Les inégalités qu'on prétend y avoir aperçues avec le secours de la loupe , ou après plusieurs jours de macération (2) , ne sont au moins pas générales et essentielles.
14° Les vésicules séreuses se partagent en deux sous-genres , selon qu'elles appartiennent au système animal , ou au système plastique. 1
* Vésicules séreuses des organes de la vie animale.
Le premier sous-genre comprend celles qui sont appliquées à des organes de Ja vie animale , soit périphériques, soit centraux. De là deux espèces. :
+ Vésicules séreuses des organes périphériques de la vie animale,
Les vésicules séreuses de la première espèce appartiennent aux organes périphériques qui servent au mouvement ou aux fonctio ns sensorielles. Elles constituent donc deux variétés.
À. Capsules synowiales.
15° On donne aux vésicules séreuses de la première variété, ou à celles des organes du mouvement , le nom de capsules
(4) Medicinische Jahkrbuecher des œsterreichischen Staates, t. XIV, p. 424.
(2) Gendrin, Hist, anat. des inflammations, t. I, p. 46.
synoviales, Elles sont attribuées au système du mouvement volontaire , mais principalement à la portion scléreuse.et subordonnée de ce système. Ce qui les distingue surtout, c’est qu'elles sécrètent un liquide épais et visqueux , qu’on appelle synovie , au moyen duquel elles forment des espèces de coussins élastiques aux parties qui reposent sur elles et dont elles facilitent ainsi les déplacemens.
Elles diffèrent , suivant que les parties entre lesquelles elles sont situées changent de situation les unes à l'égard des autres, ou dans le sens de leurs surfaces ou dans celui de leur axe. ;
æ« Capsules synoviales latérales.
16° La première sous-variété comprend les capsules synoviales latérales, appelées aussi bourses muqueuses, qu’on rencontre entre des surfaces destinées à se déplacer ou à glisser l'une sur l’autre. Ge sont celles qui se rapprochent le plus dn tissu cellulaire atmosphérique, dont on ne les distingue même que par un examen attentif. On peut les considérer comme des développemens de ce tissu, comme des cellules qui en auraient été pour ainsi dire détachées, et qui se seraient closes de toutes paris; car lui-même est plus abondant et plus lamelleux partout où s’accomplit un mouvement étendu.
17° Ges réflexions s'appliquent surtout aux bourses muqueuses sous-cutanées, dont l’histoire a été perfectionnée principalement par les recherches de Schreger (1). Elles sont situées dans les couches profondes du tissu cellulaire , entre la peau et la gaîne aponévrotique des muscles. On les trouve plus développées que partout ailleurs dans les points où cette gaîne repose non sur une couche musculaire , mais immédiatement sur la saillie d’un os, et de préférence au côté des articulations où la peau se tend le plus pendant la flexion. Leur volume varie beaucoup. Les plus petites ressemblent à des vésicules adipeuses isolées et grossies. Quelques unes sont Sphériques , d’autres oblongues , la plupart aplaties. On en
(1) De bursis mucosis subcutaneis. Erlangue, 4825, in-fol,
trouve, qui soht divisées en plusieurs compartimens par des cloisons.
18° A l'égard des autres capsules synoviales latérales, il n’y en à que fort peu qui soient situées entre deux muscles; car, en général, elles sont en contact, d’un côté au moins, avec le tissu scléreux ; peu d’entre elles s'appliquent des deux côtés au périoste de deux os qui se touchent pendant le mouvement, ou sont placées entre deux tendons; la plupart se rencontrent entre le périoste et des muscles ou des tendons. Celles qui sont simples , et qu’on nomme bourses muqueuses proprement dites, Ou bourses muqueuses vésiculaires, tiennent de près aux bourses muqueuses sous-cutanées, tandis que celles qui se renversent sur elles-mêmes, et qu’on appelle bourses muqueuses vaginales, se rapprochent des vésicules séreuses enveloppantes, puisque leur moitié extérieure tapisse la gouttière dans laquelle passe un tendon, et que leur moitié extérieure ou renyersée revêt ce tendon lui-même.
£ Capsules synoviales articulaires,
49o La seconde sous-variéte comprend les capsules synoviales articulaires , qui sont situées entre des os mobiles les uns sur autres dans le sens de leur axe. La face extérieure et celluleuse de ces capsules adhère aux surfaces cartilagineuses qui occupent le bout de chaque os, et sur les côtés aux ligamens qui retiennent en place les pièces osseuses articulées ensemble. Les vaisseaux sanguins visibles ne se répandent que dans la portion latérale , celle qui tient aux ligamens ; cependant, les inflammations en font apparaître aussi dans celle qui tapisse les cartilages articulaires (1). Il arrive fréquemment aux capsules synoviales de former des plis saillans dans leur intérieur , qui tantôt renferment , indépendamment de nombreux vaisseaux sanguins , des amas de graisse avant l'apparence de franges , tantôt revêtent les parties du système scléreux étendues dans l'articulation (cartilages inter- articulaire ,
(4) Béclard , Additions à l’Anatomie générale de Bichat, p. 249.
tendons , ligamens articulaires internes}, et les placent ainsi en dehors de la cavité articulaire proprement dite.
B. Vésicules séreuses des organes sensoriels,
2° A la seconde variété se rapportent les vésicules qui appar: tiennent aux organes sensoriels, et quitoutes sont extrêmement délicates. Ici serangent : la membrane de l'humeur aqueuse, qui est située entre la face postérieure de la cornée transparente et Ja face antérieure de l'iris, de manière que sa cavité représente la chambre antérieure de l'œil; la membrane, signalée par Arnold (4), sous le nom d’arachnoïde oculaire, dont l’une des moitiés s'attache à l'enveloppe scléreuse de l'œil, et l’autre à la choroïde ; la membrane du corps vitré , qui, placée entre le cristallin et la rétine , se renverse sur elle-même à sa face postérieure , représente ainsi un canal dans lequel chemine une branche de l'artère centrale de la rétine , et envoie de là un grand nombre de feuillets très-minces , qui forment une multitude de cellules. De même que cette vésicule , avec son contenu, constitue l'appareil sur lequel la rétine est tendue, de même aussi les petits sacs du labyrinthe , avec ses canaux demi-circulaires et son limaçon , sont des vésicules séreuses , qui servent à l'expansion du nerf auditif.
Les vésicules de cette catégorie varient beaucoup , ee qui devait être pour qu’elles fussent en harmonie avec les organes sensoriels auxquels elles se rapportent. Weber(2) assure que la membrane de l'humeur aqueuse de l'œil diffère des autres vé sicules séreuses, même sous le point de vue chimique, attendu qu’elle ne se résout point en gélatine par l'ébullition.
tt Wésicules séreuses des organes centraux de la vie animale,
21° La seconde espèce de vésicules séreuses appartenant à des organes de la vie animale , embrasse celles du centre de
(1) Anatomische;und physiologische Untersuchungen , p. 33. (2) Anatomie des Menschen , t.T, p. 74.
150 SYSTÈME GELEULAIRE.
cette vie, ou l'arachnoïde du cerveau et de la moelle épinière. |
L’arachnoïde cérébrale et rachidienne, comme l’arachnoïde oculaire, est située entre une otnine scléreuse et une membrane vasculaire. De même que son homonyme et les membranes séreuses des organes de la vie végétative, elle enveloppe par sa moitié interne , qui est réfléchie; mais elle diffère de ces dernières tant par sa ténuité plus grande, qui la rend plus transparente , et permet fort rarement de voir ou d’injecter ses vaisseaux, que parce que sa moitié interne est unie avec la membrane vasculaire de l'organe qu’elle enveloppe, et non immédiatement, ou par dutissu cellulaire, avec la substance de ce dernier ; elle ne tient même à la pie-mère que très-faiblement, et seulement d’une manière partielle , de sorte qu'elle peut sécréter par ses deux faces; enfin sa moitié externe se continue avec l'interne, non pas sur un point unique et par une large expansion , mais sur plusieurs points séparés les uns des autres, et par des enveloppes tubuleuses qu’elle forme aux vaisseaux et aux nerfs qui sortent de l'organe,
* #* Vésicules séreuses des organes de la vie végétative.
22° Tandis que le cerveau et la moelle épinière, comme organes centraux universels , ont des connexions avec le SYStème vasculaire et les nerfs par un grand nombre de points de leur surface , ces connexions sont limitées à un p'us petit espace dans les organes supérieurs de la vie végétative , et les vésicules viscérales, Où membranes séreuses proprement dites , qui constituent le second sous-genre des vésicules séreuses, ne présentent non plus que sur ce point la transition de leur moitié externe à leur moitié interne; car c'est A: seulement que se déploie en elles le caractère appartenant au ussu cellulaire, atmosphérique, d'accompagner des vaisseaux et des nerfs, Au lieu que les divers. organes appartenant à des catégories inférieures sont entourés de tissu cellulaire atmosphérique , ceux qui possèdent une vitalité plus relevée s'enz veloppeut d'une vésicule séreuse , qui les isole par sa double
paroi, comme par son contenu , dans le même temps qu’elle les consolide et les unit au reste de l'organisme , en leur amenant des nerfs et des vaisseaux. Les membranes séreuses proprement dites diffèrent des autres vésicules séreuses par leur solidité et leur fermeté plus grandes , propriétés qui sont surtout très-prononcées dans la portion pariétale ; elles s’en distinguent aussi par le volume et le nombre plus considérables des vaisseaux disséminés ‘sur leur face adhérente. Du reste, elles se résolvent également en gélatine quand onles fait bouillir avec de l’eau. Les unes sont paires ( plèvre et tuniqué vaginale}, les autres impaires (péricarde , péritome). Leur moitié externe , ou leur portion pariétale, tapisse les cavités
dans lesquelles sont situés les organes , et s'attache à des muscles ou à des tissus scléreux.