‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 3)Chapitre 35 sur 108 · I. Organes immédiats de la vie animale · texte numérisé non relu

I. Organes immédiats de la vie animale

2° Le premier ordre se compose des organes immédiats de la vie animale, de ceux qui servent à cette dernière, non en vertu de leurs qualités physiques, mais en raison de leurs activités vitales propres, et comme ces activités peuvent être ou intérieures ou extérieures, il résulte de là que les organes en question constituent deux genres distincts.

(4) Journal de Magendie ,t. IX, p. 184.

À. Système nerveux.

3° Le premier genre est celui auquel appartient le système nerveux Ou sensitif , organe de la vie animale intérieure, ou de cellesides activités vitales qui ne‘se manifestent point immédiatement par des phénomènes extérieurs, fournissent le noyau proprement dit de l'existence animale , et représentent par conséquent ce qu’il y a d’essentiel et de dominant dans l'organisme.

Le systèmenerveux a cela de commun avec le système vasculkare, qu'il se répand: également dans le corps entier, en formant un tout continu ; mais la différence consiste en ce qu'i ne manifeste aucun mouvement, ne conduit aucun liquide appréciable aux sens d’une partie dans une autre , et par suite ne se divise point en conducteurs d’un courant centrifuge et d’un courant centripète. |

4° La néurine , nom par lequel nous remplaceronsle terme: équivoque de matière nerveuse, apparaît sous deux formes: comme substance blanche ou médullaire, qui est transparente, et constitue la portion continue du système ; et comme substance grise oucorticale, qui est d’un rouge grisâtre, ou d’une couleur de chair sale, bleuâtre ounoirâtre dans certains pomis, d’ailleurs translucide , et disséminée cà et là, soit à la surface, soit dans les interstisces de la substance blanche.

5° De même que le système vasculaire , lesystème nerveux renferme en lui l'antagonisme d’un centre et d'une périphérie. Le centre résulte d'une accumulation des deux formes de là neurine en masse volumineuse, dans laquelle le earactère de concentration de la vie à l’intérieur arrive à son plus haut degré de développement. A la périphérie, au contraire, la neurine est disséminée ; elle se perd dans différens tissus, et entre ainsi en contact et en rapport avec d’autres organes divers. Les nerfs sont les rayons tendus entre le le centre et la périphérie ; composés de substance blanche, et affectant la forme cylindrique , ils offrent de distance en distance des renflemens accompagnés de substance grise, aux-

quels on donne le nom de ganglions. On les partage en nerfs du cerveau et de la moelle épinière et en nerfs du grand sympathique. Les premiers sont symétriques et communiquent directement d’un côté avec les organes centraux, tandis que de l’autre ils se ramifient dans les parties périphériques. Les autres n’ont de connexions avec les centres que par l’mtermédiaire des nerfs cérébraux et rachidiens ; mais ces con nexions , qui toutes résultent de filets grêles, sont très-multipliées ; d’ailleurs ils présentent un grand nombre de ganglions , sont mélés de substance grise dans leur trajet, ont une couleur plus rougeâtre ; et forment plutôt des réseaux non symétriques que des ramifications dendritiques.

6° La neurine, considérée d’une manière généralé, est molle et presque pultacée. Elle ne possède que fort peu ou même point d’extensibilité et de contractilité. La substance grise est plus molle encore que la blanche, et presque gélatineuse. La substance des nerfs du grand sympathique à plus de mollésse que celle des nerfs cérébraux et rachidiens. La pesanteur spécifique de la substance cérébrale est de 1034, selon Muschenbroek, et de 1034 suivant Schubler ; celle de la substance nerveuse ( provenant du nerf sciatique ) est de

7° La substance médullaire se compose de fibres, qu'ondis- /?,

tingue , tant d’après leur couleur, quand elles traversent de la substance grise, qu'en comparant l'aspect de coupes longitudinales et transversales , et en essayant de la déchirer ou de la râcler dans des directions différentes. Là même où sa mollesse ne permet point de la traiter ainsi, et fait qu'elle paraît. sous les dehors d'une masse complétement homogène, sa texture fibreuse devient manifeste, dès qu’elle à acquis plus de consistance par l'effet de la maladie ou par l'influence des réactifs chimiques, La substance grise ne présente que de Join en loin des fibres, qui y sont d’ailleurs moins prononcées. Ces fibres sont également moins sensibles dans le grand sympathique que dans les nerfs cérébraux et spimaux.

Suivant Fontana, les fibres des nerfs seraient trois fois aussi volumineuses qu'un vaisseau capillaire , et quatre fois autant

qu'une fibre musculaire. Raspail (1) dit qu’elles ont , comme les fibres musculaires , un diamètre de 0,0088 ligne. Selon Ehrenberg (2), le diamètre serait de 0,0083. Weber l'a trouvé de 0,0015 au bord de la rétine (3). Muller l'évalue de 0,0049 à 0,00,15, de sorte qu'il n’égalerait même pas celui du vaisseau capillaire le plus grêle. Krause (4) distingue les fibres nerveuses les plus fines, ayant tout au plus 0,0025 lisne de diamètre , et les fibres composées de celles-là, dont le diamètre est de 0,0062 à 0,0092.

8° La neurine a pour élément mécanique des Ib qui, dans la substance médullaire, sont disposés en lignes, tantôt seulement appliqués les uns contre les autres, comme au cerveau, tantôt renfermés en outre dans une enveloppe cylindrique, et formant alors des fibres, comme dans les nerfs. Quant aux globules de la substance médullaire, ils sont accumulés en masses, sans nul ordre déterminé. Si l’on en juge d'après les recherches de Bauer (5) sur la rétine, ils paraissent perdre peu à peu leur disposition linéaire aux extrémités périphériques des nerfs, et se répandre uniformément sur la surface. Comme l'existence de ces globules dans la neurine

“est niée par plusieurs observateurs , tels que Hodgkin et Lis-

ter, tandis que d'autres, Wenzel et Edwards, par exemple, les admettent, non seulement ici, mais encore dans tous les autres tissus, On pourrait croire qu'ils dépendent d’une 1llusion d'optique , puisqu’une surface bosselée, ou une différence de faculté réfringente peut donner lieu à une apparence de globules dans l'intérieur de parties transparentes; mais cette conjecture est renversée par l'observation de Weber (6), qui a reconnu que les globules de la neurine se séparent les uns des autres dans l’eau, et nagent alors isolément, ce qui n'ar-

(4) Nouv. syst. de chimie organique, p. 220.

(2) Poggendortff, Annalen der Physik und Chemie , t, CIV, p. 453. (3) Anatomie des Menschen, t. T, p. 269.

(4) Handbuch der menschlichen Atimie, LI, p.34

(5) Meckel, Deutsches Archiv , t. VIII, p. 291.

(6) Anatomie des Menschen, t. I, p. 443:

rive à aucun autre tissu. Ces globules sont translucides , et ne paraissent blancs que quand il s’en trouve plusieurs accumulés les uns sur les autres. Ils se renflent dans l’eau, mais ne s’y dissolvent pas (1). Ils tiennent les uns aux autres par le moyen d’un liquide transparent, et ils deviennent libres après quelque temps d'immersion dans l’eau, parce que celle-ci s'empare de ce liquide (2). Suivant Bauer (5), ce dernier contient de l’albumine ; la coagulation lui fait perdre sa transparence ; il est moins abondant et plus visqueux dans la substance médullaire du cerveau, plus copieux et plus jaunâtre dans la substance grise de cet organe, et en plus grande quantité dans la moelle épinière que partout ailleurs.

Les globules sont plus petits que ceux du sang. Weber, Prevost et Dumas évaluent leur volume de 0,0014 à 0,0015. Suivant Bauer, la plupart de ceux du nerf optique en auraient un de 0,0050 à 0,0042, mais quelques uns aussi de 0,0060 ; ils seraient de 0,0030 à 0,0037 dans le cerveau et la moelle épinière ; enfin la substance grise contiendrait les plus petits, et la substance médullaire les plus grands et les plus volumineux.

Quelques observateurs ont parfois trouvé, outre les globules, de petites masses irrégulières, qui paraissent cependant tenir à ce que, semblables sous ce rapport aux globules du sang ( S688, 2° }, ceux de la neurine se confondent ensemble au moment où l'activité vitale s'éteint. Lorsque après avoir détaché un nerf d'un animal vivant, je le fendais et l'examinais rapidement au. microscope, je n’apercevais que des globules égaux et réguliers ; mais, au bout d’uné demiheure, ils étaient plus inégaux,, et, de distance en distance, réunis en masses plus volumineuses. Krause (4) a remarqué aussi que les masses irrégulières, d’un diamètre de 0,0038 ligne, qu'il rencontrait fréquemment parmi les globules ayant

(4) Jbid., p. 165.

(2) Lbid., p. 261.

(3) Meckel, Deutsches Archiv , t. VIII, p. 292.

(4) Handbuch der menschlichen Anatomie, t, 1, p, 31,

0,0012 à 0,0015 ligne de diamètre, paraissaient provenir d'une fusion de plusieurs d'entre ces derniers.

Fontana croyait avoir trouvé, dans ses observations mi=

croscopiques , que les nerfs consistent en des tubes renfermant un liquide transparent , mais ayant des parois inégales et noueuses, et que la substance cérébrale est formée de tubes pareils, également remplis d’un liquide transparent, mais lisses à la surface et contournés en manière d'intestin. Tout récemment Ehrenberg (1) a prétendu que les fibres de la substance blanche du cerveau et de la moëlle épinière sont des tubes alternativement renflés et rétrécis, comme variqueux ou articulés, qui renferment, non point de la moelle, mais un tout autre suc transparent et non coulant; que les nerfs des trois sens supérieurs se composent de tubes sembiables; mais que les fibres de tous les autres nerfs, quoique:se continuant d'une manière immédiate avec les tubes du cerveau et-de la moelle épinière, représentent des canaux articulés, eylindriques, dont, la cavité, bien plus spacieuse, contient de petites particules blanches, arrondies, peu régulières, quelquefois disposées en réseau ou en bandelettes ($ 805). /. 29%

9° Dans les nerfs, chaque fibre est à ce qu’il:paraît, (entou-

rée d’uneenveloppe celluleuse très-délicate ; une autré, un peu

plus forte , entoure leurs faisceaux , et une troisième, plus robuste encore, entoure tous les faisceaux constituant un cordon nerveux. Cette dernière. appelée gaine nerveuse, unit le nerf avec les parties voisines par le moyen du tissu cellulaire atmosphérique , dirige les vaisseaux, et contient souvent.de la graisse; lenévrilemme,ou l'enveloppe des fibres et des faisceaux de-fibres, est maintenu par du tissu cellulaire parenchymateux, quiunit ces diverses parties les unes avec les autreset porte les ramifications des vaisseaux introduits dans l'organe: Aucôtéextérieur du nerf, on aperçoit des bandelettes claires , Les unes obliques, les autres transversales, alternant avec d’autres obscures, ce qui parait dépendre de la flexuosité des filamens et faisceaux, qui les place alternativement plus haut et plus bas.

(4) Poggendorff, Annalen der Physik und Chemie, t, GIV, p, 452.

SYSTÈME NERVEUX. 191 Dans les ganglions, la gaîne nerveuse devient plus solide :et

presque scléreuse. Au cerveau, elle est remplacéeparune en-

veloppe complétement scléreuse et: par une membrane vaseulaire ; mais le névrilemme a disparu, de sorte que les fibres s'appliquent immédiatement les unes sur les autres, tandis que l'excavation centrale est tapissée par une membrane séreuse: A Ja moelle épinière le névrilemme est remplacé par un tissu cellulaire , formé par Les nombreux prolongemens de la membrane vasculaire , et dont les canaux flexueux et entrecroisés renferment les fibres et leurs faisceaux. Enfin, aux extrémités périphériques des nerfs, ! il ne reste plus des enve: loppes qu'un tissu cellulaire délicat, servant de soutien à la neurine.

10° Les fibres ont une marche trèscompliquée dans la moelle épinière. Quelques unes se portent en travers; mais la plupart affectent üne direction longitudinale , et se prolongent dans le cerveau, où elles s’étendent jusqu’à la surface de sa substance médullaire ; tandis que d’autres fibres particulières au cerveau vont d'un point à l’autre du pourtour de la substance médullaire. Dans les nerfs , les fibrés paraissent ne pas se diviser et ne point non plus s’unir ensemble: La division tientuniquement à ce que le névrilemme, après avoir enveloppé un certain nombre de fibres pendant une étendue quelconque, n'’entoure plus que quelques faisceaux de ces mêmes fibres , d'où résulte une apparence de ramification lorsque la gaîne nerveuse extérieure participe également à éette disposition ; de même les prétendues anästomoses des nerfs ne sont que Vadmission dans une enveloppe commune de fibres ; de fais- Ceaux ou de nerfs, qui jusqu'alors en'avaient eu une distincte. # CG Y j

"Les plexus ; dans lesqüels des nerfs HER s’anastomosent ensemble, pour ensuite se diviser de nouveau , ne font non plus que changer le mode de répartition, réunir des fibres qui jusqu’ alors avaient été: distinctes , ou en Séparer qui étaient unies ensemble.

Dans les ganglions, les fibres qui avaient été jusqu'alors unies ensemble, se séparent les unes des autres, au milieu d’un entourage de substance grise, Dans ceux du grand sym-

pathique, cette séparation a lieu sans direction déterminée , attendu que le ganglion communique de divers côtés avec des nerfs dont les fibres s’étalent, s'entremélent, se perdent dans la substance grise, et s'y terminent au moins en partie. Dans les ganglions des nerfs cérébraux et spinaux , au contraire, ceux-ci pénètrent par un côté, se partagent en fibres qui traversent la substance grise sans s’écarter beaucoup de la direction longitudinale, et sortent par le côté opposé, où elles se réunissent de nouveau en un cordon nerveux.

Enfin, pour ce qui concerne les extrémités périphériques des nerfs, Rudolphi (1), Prevost et Dumas (2) prétendaient qu'elles Fab dans les muscles, des anses embrassant les faisceaux de fibres. Il est plus certain que les fibres du nerf optique et du nerf auditif se perdent peu à peu en une expansion vésiculeuse, qui consiste en globules uniformément répandus , présente à sa surface interne une. couche mince de tissu cellulaire très-délicat, avec des vaisseaux, et est. maintenue tendue par une vésicule séreuse plus intérieure encore ( corps vitré , sac et canaux du labyrinthe).

Bogros (3) croyait avoir découvert, par des injections mercurielles un canal particulier dans l'axe des nerfs. Raspail (4) n’a pu voir aucun vestige de ce canal, en coupant, par tranches épaisses de 0,05 ligne, des nerfs desséchés ou traités soit par l'alcool, soit par l'acide nitrique , et les observant au microscope, secs ou humectés avec de l’eau ; il les a même travaillés en tous sens, sans jamais pouvoir rendre béante la moindre ouverture. Le prétendu: canal est, suivant Gen-

" drin (5), de la substance grise, et d'après Weber(6), un vide

existant entre les faisceaux fibreux.

A1 Les artères qui vont aux nerfs se répandent d'abord

{dans la gaîne nerveuse, se partagent en branches ascendan-

(4) Grundriss der Physiologie, t. X, p. 95.

(2) Journal de Magendie, t. III, p. 322.

(3) Répertoire général d'anatomie , t. IV.

(4) Nouveau syst. de chim. org., p. 249.

(6) Hist, anat. des inflammations , t. II , p. 407. -: (6) Anatomie des Menschen , t. 1, p. 277.

teset descendantes , et distribuent leurs rameaux au névrilemme ; les dernières ramifications sont plus grêles que dans la

plupart des autres parties (1); elles marchent le long des. . fibres, parallèlement à elles, s’'anastomosent ensemble par des -

branches obliques, et forment ainsi un réseau, dont les mailles. sont assez grandes et surtout de forme allongée. En examinant la tranche du nerf optique injecté , on voit l'artère centrale envoyer de tous côtés des branches qui forment, par leurs anastomoses, un réseau à mailles anguleuses , et finis- . sent par produire un anneau au pourtour du nerf.

Les ganglions reçoivent plus de vaisseaux que les nerfs. Ces

vaisseaux y suivent également une marche en général longi-, tudinale ; cependant ils s’y’répandent plus en travers que : :

dans les nerfs, sont pour la plupart très-flexueux , et présentent de nombreuses anastomoses.

L’organe central du système nerveux diffère de tous Les au-

tres organes par le mode de ses rapports avec le système san-

guin. Les vaisseaux qui s’y portent, au lieu de pénétrer sur-

le-champ dans son intérieur, se répandent à sa surface en une membrane vasculaire particulière, et n’envoient que des capillaires dans la substance même de l’organe. Ainsi les artères du cerveau , remarquables d’ailleurs par le peu d'épaisseur de leurs parois , qui consistent en membrane vasculaire commune, avec une enveloppe celluleuse, décrivent de grandes flexuosités dans la pie-mère, et s’y partagent en plusieurs branches, d’égale force, d’abord parallèles, qui, formant avec d’autres de nombreuses anastomoses , entourent le cerveau en manière de réseau. Les capillaires qui en émanent pénètrent perpendiculairement dans la substance céré-

brale, et s'y partagent en ramifications très-déliées , sans ‘2, 2% affecter de forme à proprement parler dendritique dans leur division, Ces ramifications, et c’est en cela que consiste la -

seconde particularité des vaisseaux appartenant aux organes dont nous parlons , ont un diamètre plus petit que celui des globules du sang ; Weber (2) leur en assigne un de 1,0030

(4) Weber, Anatomie des Menschen , t. I, p. 271. (2) Anatomie des Menschen, t, T, p, 270.

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