A. SÉCRÉTIONS VAPOREUSES
Tous les corps organiques perdent continuellement de leur poids, sans néanmoins éprouver de déchet apparent, lorsqu'ils ne prennent point de nourriture ; il doit donc s'échapper d'eux des substances volatiles, qui passent dans l'atmosphère. Mais le ‘corps organique absorbe autant de gaz qu'il en exhale ; sa diminution de poids ne peut donc dépendre que de l’évaporation de son eau. Cette vaporisation d’eau, qu'on a nommée transpiration insensible , parce qu'ordinairement les vapeurs
- ne frappent point le sens de la vue, a lieu dans tout le règne
organique.
I. Lorsqu'on couvre des plantes d'une cloche de verre , des gouttes d’eau se déposent sur la paroi de cette dernière. Les végétaux perdent aussi de leur poids dès qu'ils commencent à absorber moins d'eau, et, quoique la rosée en général soit due à une précipitation de l'humidité atmosphérique," les
gouttes que l’on remarque, au lever du soleil, sur les feuilles, par exemple des Graminées, paraissent étre en partie de l’eau exhalée, qui n’a pas pu se dissoudre dans l'atmosphère fraicheet chargée de vapeurs. Les réservoirs de liquides aqueux, dont sont pourvues certaines plantes ($ 814), épanchent de temps en temps leur contenu, et Murray (1) confirme ce qui avait été dit de l'existence, dans les contrées tropicales, d'arbres (Cæsalpinia pluviosa) dont les feuilles laissent dégoutter de l’eau, même quand il n'a pas plu aepuss plusieurs mois.
1° En général, la quantité de l’eau qui s’évapore est trèsconsidérable, attendu que les plantes n'ont presque pas d'autre voie pour se débarrasser de leurs matières excrémentitielles. Elle est plus abondante sur les points où existent des stomates, c’est-à-dire surtout aux feuilles, et particulièrement, comme l'a fait voir L.-C. Treviranus @) à leur face inférieure, où ces sortes d'organes sont en plus grand nombre. Si l'on met une feuille sur l’eau, la page inférieure touchant au liquide, elle demeure fraîche plus long-temps, parce que son exhalation se trouve diminuée. Les plantes aquatiques ne présentent de stomatés qu’à la page supérieure de leurs feuilles étalées sur l’eau, et celles de leurs feuilles qui sont submergées n’en ont point du tout. Mais ces ouvertures aboutissent toujours à des espaces contenant de l'air, sur les parois desquels s'opère l’exhalation aqueuse. D’après Hales, un Æelianthus annuus , dont la tige et les feuilles présentaient une surface de cinq mille six cent seize pouces carrés, transpira en douze heures de jour vingt onces ou trente-quatre pouces cubes d’eau. Dans le même laps de temps, et sur une surface de même développement, la transpiration fut de 0,0116 pouce cube pour un Chou pommé, de 0,0052 pour un piedde Vigne, de 0,0048 pour un Pommier, de 0,0041 pour un Citronnier. Un Poirier, pesant soixante et onze livres huit onces, exhala en dix heures quinze livres et huit onces, par conséquent 0,216 de
(4) Froriep, Notisen, t. XXX, p. 209.
(2) Vermischte Schriften, 1.1, p. 474.
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son poids. Burnett (1) prit une feuille de Soleil pesanttrenteetun grains, 'et la plongea dans de l’eau , qu’il avait couverte d’une couche d'huile, pour empécher l’évaporation : en quatre heu-
res, à ce qu'il assure, l'eau diminua de vingt-cinq grains,
mais la feuille n’augmenta que de quatre et demi; de sorte. qu'il s’en était évaporé vingt et demi. D'après Schubler, la quantité de l’exhalation est moins déterminée par celle d'eau contenue dans la plante, que par l’âge de celle-ci, sa force de végétation, sa délicatesse et ses autres particularités ; les plantes à feuilles gréles, molles, pleines de suc, transpirent beaucoup; les feuilles des arbres de nos forêts exhalent en vingt-quaire heures la moitié de leur poids, et une prairie fournit souvent deux fois plus de vapeur qu'une surface d’eau de même étendue qu’elle ; les feuilles coriaces , par exemple celles des Conifères, contiennent autant et parfois même plus d’eau que celles qui sont molles, et cependant elles transpirent moins ; les feuilles épaisses et charnues des plantes grasses le cèdent également aux feuilles minces, sous ce rapport, malgré la grande quantité d'eau qui imprègne leur tissu. Quand il n’y a point de stomates , l'exhalation se fait par toute la surface indistinctement, et même avec beaucoup de rapidité, dans les plantes phanérogames et cryptogames qui vivent sous l’eau , lorsqu'on les tire de leur élément , pour les exposer à l'air; elle s'opère lentement, au contraire , dans les Fucus, les Mousses , les Lichens, ainsi que dans les pétales, les fruits
Charnus et les tubercules.
2° Le liquide transpiré est de l’eau chargée d’un peu de
substance végétale. Il a, surtout quand on l’a conservé pen-
dant quelque temps, la saveur et même l'odeur de la plante, et il est susceptible de subir la putréfaction. Senebier à trouvé , dans le liquide exhalé par un pied de Vigne, 0,00046 d’une substance analogue à la gomme et à la résine, avec du carbonate et du sulfate de chaux.
En outre, certaines plantes, par exemple le Chanvre, le Tabac, le Sumac, l’Upas, exhalent des vapeurs âcres et narcotiques. Le Chenopodium vulvaria dégage de l'ammo-
(4) Froriep ; Notizen, 1, XXIX, p. 291.