TROISIÈME PÉRIODE
Pendant la troisième période, tous Les organes qui s'étaient produits jusqu'alors acquièrent plus de développement , et il s'y joint encore le foie, les branchies et enfin ce qu’on appelle les glandes salivaires ; mais le jaune subit une diminution considérable de volume et de masse à sa partie inférieure , c'est-à-dire sur le côté qui correspond à la paroi ventrale.
A Comme la portion médiane de la membrane proligère augmente toujours de longueur et en général d'étendue, tandis que la portion périphérique de cette membrane se resserre et se rapetisse , comme le jaune éprouve surtout des déperditions dans les points correspondans à la portion médiane , et que par cette raison 1l laisse plus de place dans l'œuf pour le développement de la membrane proligère, l'appendice de cette dernière qui affectait la forme d’une langue vers le milieu de la période précédente , et dans lequel les pieds-mâchoires et les pattes ont pris leur origine, ya toujours en s’agrandissant depuis sa base jusqu'à l'insertion de Ja dernière paire de pattes ambulatoires. Mais, dans le même temps, un segment de la paroi de ce diverticule creux et contenant l'intestin qui semblait être en quelque sorte la continuation de la paroi ventrale du fruit, au dessous de laquelle elle était réfléchie , et avec laquelle elle se continuait en décrivant un petitarc, vient à se placer de manière qu'un
DÉVELOPPEMENT DES CRUSTACÉS. 111 moment arrive où sa portion à laquelle tiennent toutes les pattes ne décrit plus un arc en se continuant avec la partie de la membrane proligère à laquelle les organes manducateurs et les antennes sont unis, mais se trouve placée sur le même plan, et forme avec elle une table droite ; tandis que , considérée à part soi, elle représente la paroi ventrale du thorax. Au contraire, la paroi primordialement inférieure ou plus mince de cet appendice devient la paroi dorsale du thorax , et contribue alors , comme celle de la tête, à envelopper le sac vitellin, dont la partie postérieure entre dans la cavité de l’appendice. Le reste de celui-ci , la queue ou labdomen en train de se développer, acquiert bien davantage de volume, mais ne s'étale cependant pas d’une manière notable, et demeure pour toujours recourbé sous le ventre de l'embryon.
2° Le bulbe de l'œil grossit plus que son pédoncule , et sa moitié qui regarde celui-ci finit par acquérir une couleur verte; ce qu’on peut considérer comme un signe que déjà l'organe à pris aussi beaucoup de développement dans son intérieur. |
3° Les antennes se sesmentent d’une manière plus sensible , et les deux branches en forme de fouet se développent aux antérieures , tandis que le fouet déjà existant des postérieures acquiert une longueur considérable , en même temps qu'il se dirise en arrière, couvre extérieurement les anneaux de la base de toutes les pattes de son côté, et s'étend enfin jusqu'à la queue.
ho La lèvre se reporte en arrière jusqu’entre les mandibules. Des deux côtés de l'ouverture buccale se développent deux petites saillies, presque demi-circulaires , et en forme de languettes , qui sont la langue bifide.
5° Les mandibules, les maxilles et les pieds-mâchoires se développent davantaré, et dès la fin de cette période ils possèdent déjà autant de parties qu’on en trouve chez l'Ecrevisse adulte. La pièce principale des mandibules , qui a la forme d’un bouton, et qui tient à la paroi venirale , devient pyriforme, tandis” que la pertion filiforme et bre. ou le palpe, s'allonge ; les deux muscles adducteurs, destinés à
devenir ensuite fort gros, et dont l'une des extrémités tient à la partie supérieure du céphalothorax , se développent et se logent dans deux replis du sac vitellin qu’apparaissent à cette époque. Les autres organes manducateurs deviennent d'autant plus grands qu'ils sont situés plus en arrière : du reste, leur accroissement marche encore avec rapidité dans les premiers m9mens, mais il reste ensuite presque stationnaire.
6° Les pattes croissent considérablement, celles surtout de la paire antérieure , et elles se segmentent comme elles doivent le faire. Celles des trois paires de devant acquièrent une pince, qui se développe d'abord à la première paire, puis la seconde et à la troisième. Les autres pattes se terminent en pointe à leur extrémité.
7° Les branchies naissent peu après le cœur, ou plutôt en même temps que lui , sous la forme de petites et étroites excroissances aplaties, qui surviennent à la base des pattes et des pieds-mâchoires. Celles qui paraissent les premières , et qui peut-être même se développent simultanément, sont celles des pieds-mâchoires et de la partie antérieure des pattes ambulatoires. L’excroissance qui se produit aux pattes ambulatoires des quatre premières paires , ne tarde pas à acquérir deux échancrures , ce qui fait qu'elle se partage en trois lobes situés dans le même plan, dont l'externe prend bien plus d’accroissement que les deux autres. À mesure que le lobe externe se développe, il s’élargit beaucoup vers son extrémité, se plisse dans le sens de sa longueur, et pousse , tant à son côté antérieur qu'à sa partie moyenne, où l’inflexion s’est opérée , une multitude de petites verrues, qui se développent peu à peu en lamelles branchiales. Les deux autrés lobes, au contraire, prennent la forme de cylindres d’un diamètre médiocre , et il s'élève de toute leur surface de petites verrues, qui deviennent autant de lames branchiales. L'excroissance de l'article radical de la patte ambulatoire postérieure qui ne se divise jamais, se développe en une branchie pareille , mais impaire. Il se développe aussi aux pieds-mâchoires des branchies plus petites, mais conformées comme celles ‘des pattes ambulatoires antérieures. D'abord
toutes les branchies sont’à nu au côté externe des pattes ; mais , au bout de quelque temps , elles s’enfoncent, de chaque côté, dans une cavité étroite et ouverte par le bas (cavité branchiale ), qui doit naissance à ce que la paroi du corps produit, de chaque côté, au thorax et à la tête, un pli perpendiculaire, dans l'endroit où la portion ventrale se continue avec la portion dorsale.
8° La queue s’allonge en avant jusqu’au-delà de la lèvre , mais n’augmente que médiocrement de largeur et d'épaisseur ; sa division en segmens devient plus :prononcée : près des bou satéraux des quatre segmens du milieu croissent les fausses pattes, qui s’allongent, et dont chacune pousse deux pointes ayant peu de longueur. Les lobes latéraux de l'éventail deviennent beaucoup plus grands ; cependant je n'ai pas pu reconnaître si, vers la fin de la période, il y a deux seulement, ou déjà quatre de ces lobes.
9° Les premiers vestiges de la carapace étaient déjà visibles dans la période précédente ; ils se présentent ensuite sous l’aspect d’un faible épaississement, fort étroit et en forme de bandelette, de la membrane proligère, qui entoure, en manière de bride, la partie postérieure et les parties latérales de la portion médiane de cette membrane. Les parties latérales de la bride vont dès lors toujours en augmentant d’épaisseur et plus encore de longueur, et, vers la fin de la troisième période, elles figurent deux plaques, qui se touchent dans une petite étendue sur la racine de la queue, dont ia plus grande largeur correspond à la moitié postérieure du thorax , mais qui vont en se rétrécissant toujours par devant, et se terminent en une pointe mousse, immédiatement derrière les yeux. Un autre épaississement , mais beaucoup plus petit, de la portion périphérique de la membrane proligère , ou de la paroi dorsale du corps, se forme au dessus des yeux, entre eux et dans le milieu ; il devient la partie la plus extérieure de la carapace , qui, chez l'Ecrevisse adulte, se prolonge 2n rostre, et fait déjà une légère saillie en avant vers la fin de cette période. Dans ces trois parties de la carapace il se développe déjà des points et des stries rou-
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ges , qui peu à peu se multiplient et se rapprochent les uns des autres.
10° Le sac vitellin semble ne se clore qu’au commencement de cette période, vis-à-vis de la paroi ventrale. Ses parties latérales droite et gauche forment alors un pli perpendi- Calaire , de profondeur médiocre, qui s'enfonce dans le jaune , et qui reçoit le plus gros muscle des mandibules. Un troisième pli, également vertical, se manifeste au côté antérieur du sac vitellin, pénètre presque jusqu'au milieu du jaune , et sépare le devant du sac de ce dernier en deux lobes symétriques de médiocre grandeur. Mais, simultanément , ilse développe, en face de ce dernier pli, et au côté interne de la paroi dorsale de la cavité du corps, une bandelette, dirigée de bas en haut, qui augmente rapidement de .argeur, et se convertit en une mince plaque logée dans l’intérieur du pli; cette plaque est attachée en partie à la paroi dorsale , en partie à l'estomac et à l'œsophage, en partie aussi à la paroi ventraie, entre l'extrémité antérieure de cette dernière et l'œsophage.
Ale Le tube lui même, avec le côté antérieur duquel le pli qui vient d’être décrit est uni, et qui, par son développement, produit l'œsophage et l'estomac , se recourbe postérieurement en manière de crochet, à mesure qu'il acquiert plus de longueur et d’ampleur, pénètre de plus en plus profondément dans le pli antérieur du sac vitellin, s’aplatit sur son côté droit et son côté gauche, acquiert, à peu près dans son milieu , un étranglement qui le partage en deux moitiés, dont l’antérieure est plus considérable que l’autre, et devient presque tout entier l'estomac. L’intestin acquiert plus de longueur et de la capacité , et il se rapproche de l'estomac, attendu que la paroi inférieure du sac vitellin, qui est située entre ces deux organes, et qui les unit l’un avec l’autre, devient de plus en plus courte.
42° Le cœur, qui représente une vésicule simple , devient plus volumineux ; sa paroi acquiert plus d'épaisseur, et il s’échancre un peu, tant au côté droit qu’au côté gauche, mais n'en continue pas moins d'avoir les connexions les plus in-
times avec la paroi dorsale , ainsi qu'il arrive également à quelques gros troncs vasculaires (l'artère oculaire et l'artère des palpes , qu'on aperçoit déjà du dehors).
13° Les ganglions de la moelle ventrale se rapprochent davantage les uns des autres par paires ; ilen est de même des six paires antérieures , qui augmentent de volume, tandis que la portion de la paroï ventrale à laquelle elles appartiennent ne s'alonge pas dans la même proportion ; mais les paires de ganglions situées derrière celles-ci, s'écartent, au contraire, de plus en plus les unes les autres.
14° Le foie est un nouvel organe qui apparaît pendant le cours de la troisième période. Il naît de la paroi du sac vitellin : dans l'endroit où ce sac tient à l'intestin, à droite et à gauche de ce dernier, sa paroi postérieure se boursonfile un peu, d'où il résulte , dans chaque moitié latérale, un petit appendice oblong et très-plat, arrondi aux deux bouts, un peu rétréci dans le milieu, et &ont le plus grand diamètre est presque vertical. À mesure que cette boursoufilure devient plus profonde, son entrée se resserre et se rétrécit ; en même temps, sa paroi devient beaucoup plus épaisse que celle du sac vitellin, et tandis que chaque petit sac acquiert plus d’ampleur, ce qui a lieu d’une manière très-rapide , on y voit paraître, sur plusieurs pomts, de petites saïllies, com parables à des verrues, qui donnent à sa surface une apparence tuberculée ou moriforme. D'après ces détails, il se produit à proprement parler, chez l'Écrevisse, deux foies, qui cependant sont très-ranprochés l’un de l’autre.
A5o A la fin de cette période on voit paraître aussi les premiers vesuüises des deux glandes vertes qui sont regardées ordinairement comme des glandes salivaires. Chacune d'elles se produit par un dépôt de substance plastique au côté externe d’un des deux lobes postérieurs latéraux du sac vitellin, à la partie supérieure et antérieure de ces lobes, et elle figure une petite saillie blanche, aplatie et oblongue, du sac vitellin,