SECONDE PÉRIODE
1° Pendant la seconde période , la membrane proligère continue de s'étendre Sur le jaune, sans pour cela cesser d’être appliquée immédiatement à sa surface ; elle finit par se clore vis-à-vis de l'endroit où elle avait pris naissance, et dèslors elle enveloppe le jaune en façon de vésieule. La partie moyenne de cette membrane, c’est-à-dire celle dont la moitié postérieure forme le sac précédemment décrit, mais à la moitié antérieure de laquelle se sont développés les palpes et les mandibules , couvre, vers la fin de cette période, à peu près le huitième du jaune ; elle est beaucoup plus épaisse qué le reste, ou que la partie à laquelle je donne le nom dé périphérique, et qui même paraît être alors d’une délicatesse extrême.
2° Les palpes augmentent d'épaisseur et plus encore de longueur, surtout les deux postérieurs, et leur extrémité , dirigée vers la paroi latérale de la pièce médiane, croît librement au delà de la membrane proligère, de manière que leur partié externe n’est qu'appliquée à cette membrané. L'extrémité externe et plus renflée de chaque palpe antérieur acquiert une petite échancrure ; celle du postérieur $’allonge, au contraire, dès ce moment, en deux branches d’inégale longueur. À chacune des deux mâchoires , qui afféctént d'abord la forme de bandelettes , comme les palpes , là moitié dirigée vers la ligne médiane se renfle davantage que l'aûtre, et finit par former une petite tête. La lèvre se retire un peü en arrière, et, immédiatement derrière elle, il se produit ime ouverture buccale, par résorption dé matière.
3° La moitié antérieure de la pièce médiané , sur laquelle se forment toutes les saillies dont il vient d'être question, par conséquent la paroi inférieure du corps, reste fort eñ arrière de la postérieure , c’est-à-dire de celle qui était la plus petite au commencement de cette période.
f° La saillie verruciforme et pourvue d’une petité fossette à son Sommet, qu'on remarquait sur cette dernière , devient
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beaucoup plus longue, s’infléchit en avant (vers la lèvre), s'aplatit ensuite , et acquiert la forme d’une langue assez longue, médiocrement épaisse , et fort large à sa racine. À l'extrémité antérieure de cette partie, il se forme deux petits lobes arrondis , qui désignent une portion de l'éventail ; mais elle cache l'intestin dans son intérieur, et sa fossette , en se perforant , devient l’anus.
5° A l'endroit de la portion de la membrane proligère primordialement creusée en sac, mais maintenant de plus en plus saillante , qui se trouve entre l’appendice dont j’ai donné la description et les mandibules , il se produit huit très-courtes languettes parallèles paires, dont deux se forment également en haut, c'est-à-dire sur le côté de l'appendice tourné vers cette partie ; ces languettes acquièrent d'autant plus de volume qu’elles sont situées plus en arrière et toutes se convertissent en lames dont la moitié extérieure fait saillie audessus de la membrane proligère. Ce sont les maxilles et les pieds-mâchoires en train de se développer. Peu de temps après elles, on voit se développer, de la même manière et sous la même forme que la paire postérieure de pieds-mâchoires, les dix paires de pattes, qui naissent du côté supérieur de l’appendice dont je viens de parler , s'étendent bien au-delà des bords de l’appendice en croissant, et finissent par représenter des tables étroites, épaisses et un peu recourbées, comme la barre d’un traîneau. Celles qui doivent devenir les trois paires antérieures de pattes sont un peu en forme de pelle, à leurs extrémités externes, vers la fin de la seconde période ; mais toutes ont alors leur extrémité externe dirigée en avant, et élargies sur le même plan, au dessous de la pièce médiane de la membrane proligère, en sorte que celles de la paire la plus postérieure , ou les plus petites de toutes, sont les moins éloignées les unes des autres, et que celles de la paire antérieure , ou les plus grandes, sont aussi les plus distantes. |
6° Tout au commencement de cette période , la membrane proligère se divise en deux feuillets, qui ne conservent de connexion intime l’un avec l’autre que dans les deux points où se trouvent la bouche et l'anus, mais partout ailleurs ne
font que se juxtaposer. Au feuillet externe ou séreux appartiennent toutes les parties du fruit qui ont été nommées jusqu'ici, et c’est de ce feuillet que se développent en général les organes de la vie animale , tandis que le feuillet interne ou muqueux produit d'abord le canal intestinal, puis presque tous les autres viscères. De très-bonne heure déjà ce dernier apparaît sous la forme d’une vésicule très-mince , enveloppant immédiatement le jaune, qui, sur deux points médiocrement éloignés l’un de l’autre, se prolonge en un court tube à parois épaisses. Le tube antérieur est le rudiment de l'estomac et de l'œsophage ; le postérieur, qui a un peu plus de longueur, est celui de l'intestin. Mais le reste du feuillet muqueux , qui en est la portion de beaucoup la plus considérable, présente plus tard les caractères d'un sac vitellin spécial, à un depré plus prononcé encore que maintenant. Du reste, ce sac est et demeure constamment renfermé dans le feuillet séreux, qui représente alors par lui-même la paroi de la cavité du corps.
7° Suivant toutes les apparences , le cœur naît du feuillet séreux, qu’un dépôt de substance plastique épaissit sur un point limité, du côté de la cavité abdominale; mais la sub: stance déposée acquiert l'indépendance, devient creuse à l'intérieur, et se détache de l'endroit où elle s’est formée. Elle est située au dessous de la partie postérieure de la portion du feuillet externe qui devient la paroi dorsale, et sa forme primordiale est celle d’une vésicule un peu ovale et médiocrement aplatie de deux côtés,
8° Il est vraisemblable que le cerveau et la moelle ventralé ne se forment guère plus tôt que le cœur au côté supérieur, et par conséquent interne , de la paroi ventrale du corps. Le cerveau et les ganglions de la moelle ventrale apparaissent comme de très-petites excroissances, disposées par paires, dé cette paroi, d’où il suit que les parties centrales du système nerveux de l'Ecrevisse se forment d'une manière tout autre que chez les animaux vertébrés. Quel que soit le nombre des ganglions qu'on commence alors à distinguer le long de la moelle ventrale, il y en a toujours une paire pour chaque paire de mâchoires, de pieds-mâchoires et de
pattes. Il résulte de ce qui précède que la portion abdominale de la paroi du corps se forme Îa première chez l'Écrevisse, comme chez les Arachnides , les Insectes et très-probablement aussi les Mollusques , tandis que la portion dorsale paraît la dernière, ce qui est le contraire de ce qu’on observe chez les animaux vertébrés ; mais, par suite même de cette opposition , les parties centrales du système nerveux se développent à la paroi dorsale chez les Vertébrés, et à la paroi ventrale chez les Invertébrés dont je viens de donner la liste, tandis que le cœur, situé à l’opposite de ces mêmes parties , se montre à la paroi ventrale chez les premiers et à la paroi dorsale chez les autres.