‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 4)Chapitre 20 sur 79 · LIT. Q · texte numérisé non relu

LIT. Q

une très-grande analogie avec les Cyclopes, sous le rapport tant de leur première formation que de leur dévelonpement ultérieur. La différence tient principalement à ce «ue, des trois paires de membres qu'on observe chez l'embryon, à l'époque où il quitte l'œuf, et qui ont le même aspect que les organes locomoteurs des Cyclopes nouvellement nés, l’antérieure seule , à ce qu'on peut conjecturer, se transforme en antennes, tandis que la médiane devient des serres, et que la postérieure disparaît totalement. Il y aurait encore à remarquer qu il ne croit plus ensuite d'organes manducateurs semblables à ceux qu’on rencontre chez les Cyclopes.

G. Lernéades.

$ 388". D'après des observations que j'ai recueillies sur la Lernæopoda stellata, la formation de ces animaux , dans l’intérieur de l'œuf, s'accomplit de la même manière que celle des Cyclopes; mais les recherches faites par Nordmann sur l’Achteres, la Lernæocera et le Tracheliastes, annoncent que les larves de ces animaux ont, avant de quitter l'œuf, une grande analogie avec des Cyclopes nouvellement nés, tant sous le rapport de la forme de leur corps, que sous celui de la configuration, des dimensions et de l'insertion des organes locomoteurs, dont il existe d'ailleurs trois paires dans quelques espèces , tandis que d’autres n’en ont pas plus de deux. Ces animaux se ressemblent aussi en ce que la moitié postérieure de leur corps, qui est plus petite que l’antérieure, augmente bien plus de volume que celle-ci, qu’elle se segmente en plusieurs ceintures placées les unes derrière les autres , et qu’à son côté inférieur ou ventral poussent plusieurs paires de pattes natatoires foliacées et ciliées. Mais les Crustacés en question diffèrent beaucoup des Cyclopes sous d’autres rapports. Si la larve nouvellement née ne possède que deux paires de membres, ces membres se transforment en serres, dont il naît encore une autre paire, indépendamment d'une paire d'antennes ; mais sielle a trois paires de membres, tout porte à croire que l'antérieure se métamorphose en antennes, la seconde et la troisième en serres, pendant qu’il se développe une nouvelle paire de ces dernières, la plus postérieure de

DÉVELOPPEMENT DES CRUSTACES. 191 toutes. Plus tard, les pattes natatoires de l'abdomen disparaissent, généralement parlant; car il est rare qu’on en voie encore des débris chez le sexe masculin, ce qui est le cas par exemple des Crustacés du genre Chondracanthus. Les veux s’effacent également jusqu'à la dernière trace. Mais un des phénomènes les plus singuliers, qui nous est offert par un grand nombre de Lernées, c'est que , chez le sexe féminin, les deux serres de la paire moyenne, ou de la seconde paire, se soudent plus ou moins ensemble.

H. Cirrhipèdes.

$ 388". D'après les belles descriptions et figures que Burmeister a données de ces animaux (1), la membrane prohgère, dans l'œuf des Lepas, après s'être elose, est tendue de toutes parts sur le jaune, et l’utricule représenté par elle à un axe parfaitement droit. Le jeune animal, après avoir percé le chorion, à, pour organes ressemblant à des membres, une paire d'antennes et trois paires de pattes pourvüesde longues soies : il se sert de ses pattes pour nager, et de ses antennes pour saisir et fixer les corps. Peu à pew, derrière les pattes déjà existantes, il en pousse encore trois paires, qui ressemblent beaucoup aux premières. Mais on. n’apérçoit de division em ceintures que dans le court appendiée caudiforme qui termine le tronc en arrière. Les organes manducateurs (maxiiles et mandibules ). se forment au dedans d'un court prolongement infundibuliforme de la paroï ventrale;.et l'on‘n’a point encore pu découvrir jusqu’à présent s'ils paraissent avant ou seulement après les organes locomoteurs,;

Du côté dorsal descendent, dans toute: la longueur de la larve, deux replis cutanés, par lesquels: toutes les autres parties ne tardent point à être complétement enveloppées. Ainsi, sous. le point. de vue du: premier développement de leurs appendices en forme de membres (antennes.et pattes),

(d) Beitræge zur naturgeschichte der Bankenfusser ( Cirrhipedia), Berlin, 4834, in-4o, fig. — Voyez aussi G.-J. Martin 5aint-Ange, Mémoire sur l’organisation des Cirrhipèdes et sur leurs rapports mutuels avec les animaux articulés, Paris, 3835, 1n-4°, fig.

soit qu’on les considère dans leur configuration, soit qu’on ait égard à l'époque de leur apparition, les Lepas ont la plus grande analogie avec les Cyclopides ; mais, pour ce qui concerne le développement de leur enveloppe, ils se rapprochent des Daphnides , principalement de ceux des genres Cypris et Cytherea. Mais ces analogies ne tardent pas à s’effacer, attendu que , dans le cours ultérieur de son développement, la jeune Lepas suit un type dont on ne trouve le semblable nulle part. La partie la plus antérieure des deux valves qui constituent l'enveloppe extérieure du corps, ou le manteau, s’allonge en une saillie; celle-ci s'attache, d'une manière inconnue (peut-être à l’aide d'unsuce visqueux produit de quelque sécrétion), au corps sur lequel la larve a été déposée, et se développe ensuite en un épais pédoncule plus ou moins long, demeurant toujours mou et flexible , pendant que le reste du manteau se calcarifie et devient semblable à une coquille de Mollusque. En même temps, l’animai perd les antennes et les yeux qu'on avait commencé de très-bonne heure à apercevoir. Les anciens organes locomoteurs se dépouillent aussi de leurs soies, comme chez les Lernéides , et ces organes prennent la forme bien connue de cirrhes bifurquées et composées d'un grand nombre d’anneaux. Les branchies paraissent ne se produire que fort tard. La queue s’allonge considérablement, et prend l'aspect d’un appendice conique et multi-articulé. L’anus se développe , comme chez les Daphnides , au côté dorsal de l'animal, tout-à-fait au commencement de la queue. |

Si l’on compare le corps de l’animal parfait avec celui de la jeune larve , on trouve entre eux une différence très-grande, qui consiste en ce que la portion antérieure ou céphalique surpasse le reste chez la larve , tandis qu’elle a un volume bien inférieur chez l'animal parfait. C’est cependant là un phénomène que nous offrent aussi les Lernéides et les Cyclopides, et qu'on retrouve peut-être chez tous les autres Crustacés, à un degré moins prononcé, il est vrai.

I, Résumé des considérations sur les Crustacés.

$ 388**, Nous remarquons en général les particularités suivantes :

4° La substance vitelline a une consistance pultacée dans les œufs de tous les Crustacés, et elle se compose presque entièrementde granu lations. Chez quelques uns de ces animaux , ceux surtout qui augmentent de volume pendant le développement de l'embryon, les granulations se renflent plus ou moins, par absorption des liquides ambians , avant d'être dissoutes et consommées pour servir à accroître le fruit. Si le jaune vient à se loger dans le canal intestinal lui-même, ce qui est peut-être le cas de tous les Crustacés , à l'exception des Décapodes, et si ce canal produit des expansions qui admettent une partie du jaune dans leur intérieur et deviennent ensuite des foies , la substance vitelline reçue dans ces diverticules change souvent de couleur d'une manière frappante. Une graisse liquide se trouve sans doute constamment mêlée au jaune ; mais, dans beaucoup de cas, elle est tellement atténuée, qu'on ne peut point la reconnaître dans l'œuf encore vivant ; parfois néanmoins elle se montre réunie en une ou plusieurs grosses gouttes, qui ne se dissolvent et disparaissent que très-tard , comme par exemple dans les œufs des Daphnides.

2e Il a été positivement reconnu , chez plusieurs Crustacés, que la portion de la membrane proligère formée la première, devient la paroi ventrale , et dès lors on peut présumer, par analogie, que c’est cette paroi qui se produit la première: chez tous les Crustacés.

3° La sesmentation du corps en anneaux ou ceintures © commence toujours à la paroi ventrale, et le premier déve loppement des parties centrales du système nerveux se rat. tache certainement à elle par d'intimes connexions. Ilse produit vraisemblablement , pour chaque anneau , une paire de ganglions, qui, ensuite, de concert avec les nerfs anastomotiques pairs , constituént la chaîne de la moelle ventrale et du cerveau. Chez quelques Crustacés, le nombre de ces ganglions ne subit aucune diminution, et ils restent constamment distincts les uns des autres ; mais, chez certains autres, en particulier chez les Décapodes, quelques uns de ces ganglions disparaissent, d’autres se rapprochent peu à peu, finissent par se confondre , acquièrent même un volume supérieur à

Dr DÉVELOPPEMENT DES CRUSTACÉS.

celui de tous leurs congénères, et représentent alors une très-prosse masse située dans le thorax. Parfois les ganglions s’écartent de plus en plus les uns des autres, suivant la longueur du corps, mais se rapprochent davantage par paires, ainsi que leurs filets de communication , jusqu'à ce qu'enfin, ceux-ci, Venant à se confondre ensemble , une partie de la moelle ventrale ne présente plus qu'un filet simple, avec des renflemens également simples. La moelle ventrale du Dichelesthium suit ProapIemen cette marche dans sa moitié antérieure.

f° Parmi les membres, ce sont en genéral les antérieurs qui se forment les premiers , et les postérieurs qui paraissent en dernier lieu; chez un même individu , tous sont ordinairement UNE die les uns aux autres , sous leur forme primor-

diale.

5° Si nous comparons le fruit avec l'adulte, nous trouvons

7. - qu’à quelques rares exceptions près, par exemple dans les * Phronima, selon Milne Edwards, la tête est beaucoup plus

grosse que chez ce dernier, proportionnellement à la poitrine et à l'abdomen.

6° Des yeux se développent très-probablement chez tous les Crustacés ; s’ils manquent dans les derniers temps de la vie, comme on le voit chez la plupart des parasites , ils n’ont sans doute pu être rejetés que pendant une mue.

7° Tous les 11dividus d'une même espèce ont une ressem-

+. .blance extrême les uns avec les autres à l’époque de l’éclosion; les différences sexuelles, qui sont si tranchées dans

certaines espèces , ne se manifestent que beaucoup plus tard. Peut-être même est-il de règle générale que les organes génitaux se développent seulement après que le fruit a quitté l'œuf.

8° D'un autre côté, la première forme sous laquelle le fruit apparaît, et en général l’évolution entière de ce dernier, varient considérablement dans les divers ordres de Crustacés : il s’en faut de beaucoup qu'elle soit à peu près une et la même. Une grande différence existe donc, sous ce rapport, entre le développement des divers animaux vertébrés et celui des divers animaux testacés ; comme, en général, plus une

DÉVELOPPEMENT DES CRUSTACÉS, 139 classe d'animaux occupe un échelon inférieur, plus le plan qui préside à sa formation offre de variations , non seulement chez les membres déjà développés de la classe, mais même chez ceux qui en sont encore au point de leur formation première. Suivant toutes les apparences , la classe des Vertébrés est la seule dans laquelle tous les membres offrent, pendant leur première formation, eu égard tant à la composition qu’à la forme totale et à celle des différentes parties, cette étonnante analogie dont les physiologistes ont été si frappés. Chez les Crustacés, au contraire, on n’aperçoit point, à proprement parler, de plan dans la forme sous laquelle les diverses espèces apparaissent, et il n’y en a chez eux qu’en ce sens qu’ils sont composés de certaines parties essentielles. Mais ces parties essentielles sont une chaîne ganglionnaire unie avec la paroi ventrale, et plusieurs extrémités qui S'y rattachent. Chez les Insectes, les Arachnides et les Myriapodes , ce sont une chaîne ganglionnaire unie à la paroi ventrale, des extrémités se liant à cette chaîne ; puis , en outre, des organes tubuleux ou utriculeux de respiration, qui existent dans l’intérieur du corps et s'ouvrent à travers sa paroi.

9° D’après les recherches qui ont été faites avec soin, tant par d’autres que par moi, sur le développement des Crustacés , je crois pouvoir affirmer d'une manière positive que les Décapodes, les Amphipodes, les Isopodes (à l'exclusion du .. Bopyre) et les Daphnides, une fois qu’ils sont venus au monde, ne subissent pas de changemens assez considérables, dans leur organisation, pour qu’on puisse se croire autorisé, comme Thompson l’a fait par rapport aux Décapodes, à leur attribuer une métamorphose, dans le sens que ce mot présente chez les Insectes; mais que, d'un autre côté aussi, Westwood est allé trop loin en refusant une métamorphose à tous les Crustacés ; car le Bopyre, les Cyclopides , les Branchiopodes, les Lernéideset les Cirrhipèdes éprouvent, après l’éclosion, des changemens d'organisation non moins grands que ceux qui, chez les Insectes, caractérisent la métamorphose progressive partielle et même là métamorphose progressive générale,

Page 1