CHAPITRE VIIL Du développement de l’embryon de Couleuvre
$ 397“. Le développement de l’embryon commence dans le corps de la mère ; il y fait même assez de progrès pour que le jeune animal ait acquis déjà quatre paires de fentes branchiales à l’époque de la ponte de l'œuf, après quoi son évolution ultérieure est placée sous l'influence immédiate des élémens. Cependant l'embryon n’est pas toujours également développé lorsque l'œuf vient à être pondu. Les plus jeunes que j'aie vus jusqu’à présent avaient près de neuf lignes de long , et les organes les plus essentiels existaient déjà en rudiment chez eux. Ils étaient aussi déjà roulés en spirale, de manière à représenter un cône court et pointu; mais leur corps ne décrivait que quatre tours à quatre tours et demi d’une spirale tournant à droite.
1° La tête et l'extrémité antérieure du reste du corps formaient le plus grand tour , et le plus petit était constitué par l'extrémité postérieure du corps. La tête avait un volume proportionnel très-considérable , et ressemblait d’une manière frappante à celle du Poulet au quatrième jour de l'incubation. La mâchoire inférieure était à peine indiquée, de sorte que
[ (4) Rédigé par H. Rathke,
la bouche se trouvait fort en arrière. Les cavités nasales n’étaient point encore formées. L’œil, oblong et aplati, présentait une choroïde à peine un peu cobi te, et ayant une fente étroite à sa partie inférieure ; l'iris AA encore ; la cap-
‘sule cristalline tenait intimement à la cornée transparente, et
- était fort grande. Il n'existait point encore de paupières. Les * organes auditifs se composaient, de chaque côté, d’une pe- ‘tite saillie (capsule auriculaire, rocher) du crâne futur, qui
‘représentait un ovalé coupé en au suivant sa longueur , of-
frait, du côté du cerveau, une large ouverture traversée par le tierf auditif, et contenait une vésicule membraneuse , close de toutes parts, et pleine d’un liquide aqueux (vestibule membraneux ). Il y avait quatre fentes branchiales de chaque côté. Le cerveau ressemblait beaucoup à celui d’un Poulet au quatrième jour de l’incubation. Les méninges avaient encore, sur la longue et large fente de la moelle allongée, la même constitution que sur d’autres points du cerveau. Quoique le tronc eût déjà une longueur considérable, cependant la queue était à peine indiquée , fortement aplatie d'un côté à l’autre, et arrondie en arrière.
2° Le côté ventral de la cavité du corps était fort court, proportionnellement au côté dorsal, ce qui expliquait l'en-
roulement de l'embryon en spirale. La cavité du corps était
fort ample, eu égard à sa longueur , surtout à la partie antérieure; l'ouverture ombilicale était très-large aussi, mais il n’y avait point encore de cordon ombilical. Au devant de l'ombilic, la paroï du corps présentait une espèce de-hernie considérable , dans laquelle le cœur se trouvait contenu, comme dans un ample et profond sac herniaire.
La corde dorsale était fort mince et s'étendait, en devant, jusqu'à la région des capsules auditives. Sa gaîne était épaisse et molle; mais on n’y apercevait encore aucune trace de corps vertébraux. Les parties latérales des arcs vertébraux s’étendaient vers le haut, jusqu'au-delà du milieu de la moelle épmière. [n'y avait point encore de côtes.
3° Le canal intestinal n'était pas tout-à-fait aussi long que la paroi dorsale de la cavité du corps, et il avait un mésentère
très-délicat et assez large. L’œsophage fort court et l’esto- |
DÉVELOPPEMENT DES COULEUVRES. 183 mac surpassaient à peine en capacité l'intestin, qui était très-
étroit. Le foie était très-petit et en forme de fer à cheval; il #7
était immédiatement appliqué à la veine mésentérique, mais ne l’embrassait cependant pas, et sa concavité regardait en avant. Le paneréas était, fort gros, proportion gardée , et il représentait une vésicule simple, à parois épaisses , qui tenait à l'intestin par un pédicule court et large.
4° Les organes respiratoires étaient loin encore de s’étendre jusqu'au foie; ils consistaient en une trachée-artère de médiocre longueur et de largeur égale partout, et en deux vésicules plus courtes encore , fort petites au total, complétement symétriques, et un peu allongées. Ces vésicules étaient les poumons, avec lesquels la trachée-artère se continuait en arrière.
5° Immédiatement au dessous de la paroi dorsale, la longueur entière de la cavité du corps était occupée par deux organes symétriques, gorgés de sang, terminés en pointe obtuse sur le devant, et de plus en plus minces en arrière, où ils finissaient par une pointe aiguë. Ces organes étaient les corps de Wolff, ou les reins primitifs. Chacun d'eux se composait d’une substance muqueuse abondante ( blastème }, d’un canal délié, parcourant toute sa longueur et aboutissant en arrière à à l'écurie de l'intestin, et, dans sa moitié antérieure, qui était plus volumineuse que l’autre, d’un grand nombre de boursettes membrañeuses, disposées en série le long du canal , d'autant plus petites qu’elles étaient plus postérieures, mais déjà transformées, sur le devant, en de courts tubes cylindriques et fermés en cul-de-sac. On n’apercevait encore ni reins proprement dits, ni organes sexuels.
6° L’embryon tout entier était renfermé dans un amnios, qui l'enveloppait d'une manière très-serrée. Il existait déjà aussi une allantoide, maïs fort petite encore, représentant un sac très-rouge, aplati en forme de gâteau, situé immédiatement au devant de l'ouverture ombilicale, et dont un côté se trouvait déjà en contact avec le chorion. Le sac vitellin n’avait plus de connexions avec l'intestin que par les vaisseaux sanguins, d’où l’on doit conclure que toute communication
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directe entre ce dernier et lui cesse de bonne heure chez la Couleuvre. Dans un enfoncement de ce sac on apercevait l’embryon et l’amnios , logés comme dans une sorte de nid profond ou de fosse , vers le fond duquei l'embryon tournait son côté gauche. Sa face interne était lisse encore, et 1l remplissait presque entièrement l'œuf; car l'embryon était fort petit, eu égard à lui, et le liquide albumineux qui l’entourait si peu abondant , qu’à peine l’apercevait-on.
7° Le cœur se composait d’une oreillette et d'un ventricule , simples tous deux. La ventricule, parfaitement semblable à l'estomac humain , pour la forme, avait son axe en travers, et sa large extrémité tournée à gauche. Les deux cavités étaient unies ensemble par un canal fort étroit et en même temps très-court. Du ventricule sortait, pour se porter en avant ,. un. canal de médiocre longueur, un peu flexueux, simple à l'extérieur et à l’intérieur (fretum Halleri), qui, au dessous du pharynx, se partageait en deux courtes branches embrassant un peu ce dernier de bas en haut, comme des bras, et envoyant quatre paires d’anses vasculaires à la partie supérieure, vers la paroi dorsale. La paire antérieure, plus grêle que toutes les autres, était’située entre la première et la seconde paire de fentes branchiales, c'est-à-dire dans la paire d’arcs branchiaux aux dépens de laquelle se développent ensuite les deux cornes de l’hyoïde. De cet arc antérieur partait une très-pelite artère, qui probablement avait commencé aussi par être en partie une arcade, mais qui s'était déjà séparée des autres, se dirigeait en avant vers la mâchoire inférieure, et représentait, suivant toutes les apparences , l'artère linguale. À une grande distance au dessous d'elle, l'arc antérieur fournissait une seconde artère, un peu plus grosse, qui allait gagner le cerveau et l’œil , et qui était par conséquent la carotide, spécialement la carotide interne. Le quatrième arc vasculaire était situé derrière la dernière ouverture branchiale. Tous ces arcs formaient ensemble, sous la partie antérieure de la colonne vertébrale, comme chez les Poissons, le commencement de la large aorte, qui en naissait pour ainsi dire par deux racines, et qui ensuite marchait au dessous des corps des vertèbres, jusqu’au bout
de la queue. La branche principale de l'aorte était l’artère omphalo-mésentérique, qui se détachait d'elle à quelque distance derrière ses racines, passait au côté gauche de l'intestin, en lui fournissant un petit rameau , et allait se porter au sac vitellin. Après cette branche, les plus considérables étaient les deux artères ombilicales , qui sortaient de l’aorte immédiatement au devant de la queue, et se rendaient à l’allantoïde, en traversant l'ouverture ombilicale. Toutes les veines du corps aboutissaient, comme chez les Poissons osseux, à quatre troncs pairs, mais d’ailleurs parfaitement symétriques, dont deux recevaient le sang de la tête et du cou, et deux autres, beaucoup plus longs, celui de la queue, de la paroi dorsale et des reins primitifs. Ces quatre troncs se réunissaient en deux canaux, de médiocre longueur, situés derrière le cœur et au dessus , qui interceptaient entre eux l’œsophage, au dessous duquel ils s’anastomosaient ensemble, après être devenus de plus en plus larges , ét constituaient alors un vaisseau court et étroit, qui s’abouchait dans l'oreillette du cœur. A chacun de ces canaux, auxquels je donnerai le nom de ductus Cuvieri, était unie une veine ombilicale, à tronc trèscourt, car il y avait deux de ces veines, parfaitement distinctes l'une de l’autre. En outre, la veine omphalo-mésentérique , le plus gros de tous les vaisseaux de l'embryon, était unie aussi au canal gauche; tandis qu’à celui du côté droit se trouvait accollée, non loin de son extrémité, la veine cave postérieure , qui était fort petite encore et naissait des reins primitifs, par deux branches.
$ 397**, L’embryon demeure dans l’œuf jusqu’au moment où tous les organes, à l'exception de ceux qui doivent présider aux fonctions sexuelles, sont complétement développés sous le rapport de la forme et de la structure , où la peau du corps entier présente une coloration semblable à celle de l'adulte , et où le jaune, réduit, ainsi que son sac, à un trèsfaible résidu , a été admis dans la cavité du corps.
lo L’amnios va toujours en diminuant, non seulement d’une manière absolue, mais encore en proportion de l’embryon , de sorte que l’espace compris entre lui et ce dernier devient un peu plus grand. Le liquide qu’il renferme est d’a-
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bord très-coulant, mais il s’épaissit peu à peu, au point de filer entre les doigts, sans cépendant perdre sa limpidité.
2° L’embryon s'enfonce de plus en plus dans le sac vitellin, la fossette qui s’était produite sur un point de ce dernier devenant de plus en plus profonde et en général de plus en plus ample. Lorsqu'il y a pénétré à une certaine profondeur, avec son amnios, le bord se resserre peu à peu sur lui, d'une manière à la fois relative et absolue, de sorte que l'entrée de lexcavation se rétrécit, et que le sac vitellin finit par envelopper l’amnios et l'embryon, à l'exception d'une très-peute étendue de leur surface. Puis, quelque temps avant la fin de la vie embryonnaire, lorsque le jaune est déjà presque entièrement consommé , ce sac, clos de toutes parts, représente une vésicule, analogue à un bonnet de coton renversé, qui est formée de deux feuillets en contact l’un avec l’autre sur presque tous les points, et qui embrasse étroitement l'amnios. Enfin le sac vitellin, pourvu à cette époque d'une grande élasticité, se resserre sur lui-même, de sorte que l’amnios apparaît tout-à-fait à nu; peu de temps après, il n’a plus qu'une médiocre capacité; mais il est pourvu de parois beaucoup plus épaisses que par le passé, et présente une forme irrégulièrement ovale ; un moment arrive enfin où il pénètre dans la cavité du corps, avec Le très-faible résidu du jaune, entraversant le cordon ombilical , qui est court, mais ample.
3° Les branches de la veine omphalo-mésentérique se produisent de préférence au côté externe du sac vitellin, et celles de l'artère au côté interne de ce même sac, c’est-à-dire à celui qui regarde le jaune , et qui, dans l’origine, est parfaitement lisse, ainsi que l’autre. Mais, de très-bonne heure, les branches de l’artère se séparent, jusqu’à leurs extrémités, de la membrane du sac viteilin, pénètrent de pius en plus profondément dans la substance du jaune, en formant des anses dont les deux bouts demeurent fixés à cette membrane , et s'allongent considérablement, de sorte qu'elles sont forcées de décrire une multitude de petites anses. Cependant, tandis qu'une de ces anses se détache et s'enfonce de plus en plus dans la substance du jaune , on voit paraître encore, entre leurs deux extrémités fixées, dont l’une est le commencement
d'une branche veineuse et l’autre fait corps avec une autre branche artérielle, ou même avec le tronc de l'artère, une foule d'anastomoses, allant de l'anse à la branche veineuse qui lui correspond et qui passe au dessus d'elle ; ces anastomoses, en s'allongeant, envoient de leurs parties latérales des -ramifications qui s'unissent ensemble en manière de réseau, à peu près comme font les artères qui rampent entre les deux feuillets du mésentère de l’homme. C'est ainsi que, dès avant -le milieu de la vie embryonnaire, il pénètre dans la substance du jaune une multitude de réseaux vasculaires , les uns plus ‘longs et les autres plus courts, qui tous sont pliés en façon de cravate, et dont il y en a toujours deux qui ne se trouvent qu’à une médiocre distance l'un de l’autre. Peu à peu alors la portion grenue du jaune se sépare de la portion liquide, ét elle se dépose sur les filamens des réseaux vasculaires, de sorte que chacun de ces filamens ou vaisseaux finit par être enfermé dans une couche de grains vitellins d'une médiocre grosseur, qui forment une espèce de gaîne autour de lui : quant à la partie liquide, elle s’amassé surtout dans la profondeur du sac vitellin. Vers la fin de la vie embryonnaire, les réseaux vasculaires qui pendent dans le jaune se dépouillent peu à peu de la substance vitelline , puis se resserrent, et en général deviennent plus petits ; cependant ils n’ont point encore disparu entièrement à l'époque où le sac viteliin pénètre dans la cavité du corps, ni même quand l’embryon se dégage des enveloppes de l'œuf.
4 L’allantoïde, qui augmente rapidement d’étendue, s’étend entre le chorion et le sac vitellin, tapisse complétement le premier, et couvre de même le second en entier, ainsi qu'une petite partie de l’amnios. La portion tournée en dehors, celle par conséquent qui tient au chorion, est beaucoup plus épaisse que celle qui s’applique au sac vitellin. L’allantoide renferme dans son intérieur un liquide limpide, mais un peu épais, et filant entre les doigts. Elle demeure adhérente au chorion lorsque l'embryon quitte l'œuf.
5° La couche interne, mince et purement membraneuse, du chorion, disparaît par résorption long-temps avant le milieu de la vie embryonnaire, de sorte qu’alors l’allantoide entre
en contact avec la couche externe de cette membrane, qui contient du carbonate calcaire en abondance.
6° Peu à peu il se développe un cordon ombilical assez long. Quelque temps avant l'éclosion, ce ce s”don devient beaucoup plus court, mais plus gros, de manière que le sac vitellin le traverse aisément pour entrer dans la cavité du corps ; le passage une fois effectué, il se rétrécit considérablement, mais redevient aussi plus long.
8 397**. Lorsque l'embryon se dégage de l'œuf, il a en- ‘viron neuf pouces de long. Pendant que le corps, et notamment la queue, s’allonge, le nombre des tours de spire que l'animal décrit s'élève jusqu'à huit, et le corps ainsi roulé représente encore un cône terminé en pointe. Mais, à peu près vers le milieu de la vie embryonnaire, la portion du corps qui contient l’anus se place dans les tours formés par la tête, le col et le tronc, entraîne en quelque sorte avec elle les parties voisines du tronc et de la queue, forme une anse avec elles, et sort enfin un peu de la base du cône. Ainsi le corps entier ne représente plus un cône, mais un peloton ovale.
1° A la tête, qui, chez les plus jeunes embryons dont j'ai pu faire l'examen, était composée presque uniquement du crâne, de son contenu et des yeux, la face se développe, et il résulte de là que cette partie du corps, jusqu'alors large, épaisse et informe, acquiert une longueur relative plus considérable.
2° Les organes olfactifs se développent de la même manière que chez les Oiseaux. Ce sont d’abord deux fosses ou fentes oblongues, ayant leur plus grand diamètre de haut en bas, et placées à la région antérieure du corps, immédiatement au devant du cerveau; la partie des tégumens cutanés qui les revêt, et dans laquelle se rendent les nerfs olfactifs (membrane de Schneider), est plus épaisse que les parties voisines de la peau ; mais bientôt les bords latéraux de chaque fossette se rapprochent l’un de l’autre, puis ils viennent à se mettre en contact, et enfin ils contractent adhérence ensemble; en haut et en bas il reste, de la fossette, un petit trou; de ces deux trous, l’un marque l'ouverture extérieure des narines, et l'autre leur ouverture interne. ;
DÉVELOPPEMENT DÉS COULEUVRES. 189 3° L’œil s’arrondit, devient plus bombé à l'extérieur, fait davantage de saillie, et, pendant la première moitié de la vie embryonnaire, il paraît plus petit que chez les Oiseaux, mais plus gros que chez les Mammifères. La fente de la choroïde ne tarde pas à se clore; des petits amas de granulations d’un pigment noir se déposent rapidement, et en quantité toujours croissante, dans cette membrane; l'iris se forme longtemps avant le milieu de la vie embryonnaire. La capsule cristalline conserve encore long-temps des parois épaisses et des connexions avec l'iris, de sorte qu’il me paraît vraisemblable qu'elle se produit par une expansion en dedans de la cornée transparente, ce qui est aussi, d’après Huschke, son mode de formation chez le Poulet. La rétine présente pendant long-temps une épaisseur proportionnelle considérable. Les tégumens cutanés poussent au dévant de l'œil, et forment une paupière circulaire ; à mesure que ce pli s'élargit, l'ouverture dont il était percé se rapetisse, et elle est même totalement effacée peu de temps après le milieu de la vie embryonnaire : l’œil se trouve alors couvert d’une peau distante de la cornée, dans laquelle ne tarde pas non plus à se développer la “apsule bien connue qui ala forme d’un verre de montre.
4° On voit paraître de très-bonne heure, dans le vestiBule membraneux que renferme la capsule auditive (rocher }, les trois canaux demi-circulaires, qui sont d’abord très-courts et amples, mais qui peu à peu deviennent plus longs et relativement plus étroits. Ces canaux sont vraisemblablement produits par des plissemens du sac membraneux, ayant lieu de telle sorte que toujours deux plis situés vis-à-vis l’un de l’autre se soudent ensemble, après quoi fa partie par laquelle ils étaient adhérens vient à être résorbée. Peu de temps après la formation des canaux, la paroi interne du vestibule membraneux s'enfonce de dedans en dehors, et produit ainsi une vésicule arrondie , qui est suspendue à un mince et court pédicule creux, et qui représente le limaçon. Une autre expansion sem i blable se manifeste à la paroi supérieure, près des canaux demi-circulaires, prend la forme d’une massue, se dirige de bas en haut, couvre en dehors la moelle allongée, au dessus
de laquelle elle ne tarde pas à entrer en contact avec celle du côté opposé , et finit par s'envelopper de substance osseuse. Il apparaît bientôt dans les deux boursettes des cristaux calcaires, dont le nombre va toujours en croissant, et qui les remplissent entièrement. Des cristaux du même genre se déposent aussi extérieurement, sur un point de l'étendue du vestibule, et dans le liquide qu'il renferme. La columelle se développe au côté externe de la capsule auditive, dès avant le milieu de la vie embryonnaire ; elle a d’abord la forme d’une petite verrue, mais ne. tarde pas à s'étendre d'un côté en un long pédicule. La fenêtre ovale se produit, dans la capsule auditive, par. résorption de substance, et seulement à l’époque où la columelle est en train de se développer.
5° La langue se forme beaucoup plus tard que les autres organes sensoriels. D'abord, elle ressemble à celle de l’homme, sous le point de vue de la confisuration : seulement elle est plus courte et plus large ; mais ensuite elle s’allonge en deux pointes par devant , et devient bifurquée.
6° La masse antérieure du cerveau, d’abord plus petite que la médiane et la postérieure, acquiert la prépondérance sur ces deux dernières, et se partage de très-bonne heure, par un plissement partiel, en deux hémisphères. [i se produit aussi , à la paroi supérieure de la seconde masse cérébrale, un pli dirigé dans le sens de la longueur, d’où résultent là deux éminences situées l’une à côté. de l’autre , les parties latérales des tubercules quadrijumeaux des Mammifères. L'entonnoir, large et épaissi, reste un peu en arrière dans son, développement : une glande pituitaire se développe de rès-bonne heure à son sommet obius. Le cervelet se forme comme chez les Poissons et le Poulet: il représente , au bont de quelque temps, une lame qui n'acquiert que médiocrement de largeur et d'épaisseur, et qui demeure lisse des deux côtés, sur la large et longue fente de la troisième masse cérébrale (moelle allongée); de la substance nerveuse se dépose à la” surface des méninges , suivant toutes les apparences , et produit un couvercle fermant ceite fente dans lequel pénètrent de nombreux vaisseaux sanguins. Lorsqu'ensuite le redressement dela tête-et de la nuque, qui d'abord étaient forte-
ment fléchies de haut en bas, oblige cette masse à se resserrer sur elle-même, et le cervelet lui-même à s'étendre un peu d'avant en arrière, sur la fente dont il vient d'être parlé , les deux extrémités du couvercle éprouvent un refoulement de plus en plus considérable, et le couvercle lui-même est forcé de se replier dans ses deux moitiés latérales, en sorte que , peu de temps après le milieu de la vie embryonnaire, il présente de l’analogie avec certaines coquilles bivalves côtelées sur leur face externe , notamment avec les Peignes ; plus tard encore il acquiert une large incisure assez profonde, qui le rend bilobé. Enfin, à l’époque de l'éclosion , après avoir perdu beaucoup de son étendue et même de sa masse , il ne présente plus qu'un très-petit volume. Quelque temps avant la fin de la vie embryonnaire , on découvre à la tête une très-srande fontanelle, située entre les os frontaux, les pariétaux et l'occipital; mais l'accroissement de ces os, qui marche avec rapidité pendant la dernière période de la vie embryonnaire , fait que cette fontanelle disparaît en totalité dès avant qne le jeune animal quitte l'œuf.
7° A la surface de la gaîne membrano-gélatineuse de la corde dorsale, se forment un très-srand nombre d’anneaux cartilagineux minces et parfaitement clos, qui, dès avant le milieu de la vie embryonnaire, S’ossifient les uns après les autres, d'avant en arrière et dans l’ordre de leur succession. Le travail de l’ossification commence immédiatement à la surface des anneaux, et d’abord, à ce qu'il m'a semblé, non point au côté droit et au côté gauche, mais aux côtés supérieur et inférieur; bientôt on remarque que la masse : entière des anneaux est pénétrée de terre calcaire, et à cette époque leur substance osseuse présente un aspect spongieux. Puis l'anneau S’épaissit, surtout vers l’axe de la corde dorsale, tandis que le noyau de celle-ci s’efface de plus en plus, et au bout de quelque temps il représente un corps vertébral parfaitement plein, qui, par conséquent, n'offre plus aucune interruption. La tête articulaire, au côté antérieur du corps vertébral, apparaît sous la forme d’une excroissance cartilagineuse , qui bientôt S’ossifie à partir du corps, et qui représente ainsi une apophyse, et non une épiphyse, Comme
Dugès dit que la chose a lieu chez les Batraciens : elle ne $e développe toutefois que quelque temps après la disparition de l'ouverture qui existait primordialement dans le milieu du corps. À droite et à gauche , la substance cartilagineuse des corps vertébraux s'accroît beaucoup, et forme, surtout aux vertèbres du cou et du tronc, une table oblongue, ayant ses faces disposées verticalement, dont un angle externe s’allonge en une des parties latérales d'un arc vertébral, tandis que, dans la plupart des vertèbres, l’autre devient une longue apophyse, qui, avant de commencer à s'ossifier, se détache de la table et représente une côte. Dans l’un et l’autre de ces prolongemens en forme de baguettes , l’ossification commence au milieu , d'où elle s'étend peu à peu aux extrémités.
8° La corde dorsale s'étend encore dans la tête, et s’avance presque jusqu'à l'endroit où se trouve l'extrémité de l’entonnoir. Cependant je n'ai pas pu remarquer, à la portion céphalique, qu'elle fût composée d'un noyau et d’une gaîne ; elle m'a semblé n'être à qu'un prolongement grêle, court, vésiculaire et non segmenté, de la gaîne. De cette partie médiane, qui présentait beaucoup d'épaisseur et ne tardait pas à se cartilaginifier, partait une paire de larges ailes, étendues sur les deux moitiés latérales, et ayant la même texture que la partie médiane. La base du crâne représente donc déjà de très-bonne heure une large table. De celle-ci procèdent, comme chez les têtards de Grenouille, deux cornes assez longues, médiocrement distantes l’une de l’autre, minces et étenduss en ligne droite, qui se portent en devant jusqu'à la face : d’abord elles ne convergent que peu l’une vers l'autre, mais peu à peu, à mesure que les yeux grossissent, elles se rapprochent tellement, dans leur moitié antérieure , qu'elles arrivent presque à se toucher; en arrière, elles laissent entre elles et la table cartilagineuse d'où elles émanent , au dessous de l'entonnoir, un vide triangulaire, qui est probablement rempli par une membrane fibreuse mince. L'ossification du crâne commence à sa base : d'abord le corps de l’occipital paraît sous la forme d’une petite table figurée en cœur de carte à jouer, et dont le sommet regarde le rachis ; puis , à une grande distance de lui, se produit la moitié posté-
térieure du ‘corps du sphénoïde , sous celle d’une paire de petites tables écartées l’une de l’autre, mais se réunissant ensuite pour représenter une masse carrée ; quant à la moitié antérieure du corps du sphénoïde, elle se forme dans le vide dont je viens de parler, au dessous de l’entonnoir, etreprésente une table triangulaire, qui est simple dès le principe. Lorsqu'ensuite ces pièces osseuses grandissent, les deux cornes cartilagineuses dont il a été fait mention plus haut, deviennent plus petites, et elles disparaissent complétement avant la fin de la vie embryonnaire. Les parois latérales du crâne, primordialement membrano-pélatineuses, se transforment également de très-bonne heure en cartilage, et les parties cartilaginifiées représentent alers, de chaque côté , trois petites tables situées l’une derrière l’autre, entre lesquelles cependant et la base du crâne, aussi long-temps que celle-ci consiste encore en substance cartilagineuse, onaperçoit d’abord un intervalle membraneux.Dans la table postérieure se développe, par ossification, une partie latérale de l’occipital, et dans l’antérieure une aile (la grande ?) du sphénoïde. Mais la table médiane , qui est d’abord la plus grande, présente , dès l’origine, une forte convexité en dehors, et constitue la capsule auditive que j'ai déjà décrite plus haut, c’est-à-dire le labyrinthe futur. Ainsi, le labyrinthe se développe à part, comme il le fait aussi chez les Mammifères, d’après les observations de Valentin. L’ossification de toutes ces tables a lieu plus tard que celle de la base du crâne. Bien près les parties qui viennent d'être nommées, se forment les os qui constituent la voûte du crâne : ceux-là se développent dans une membrane fibreuse. Ceux qui paraissent le plus tard sont les pariétaux ; les frontaux commencent par être assez écartés l’un de l’autre. Les os de la face se produisent à part, et ne sont point, par conséquent , une pullulation du crâne.
9° Les fentes branchiales se ;bouchent bien long-temps après que l’œuf a été pondu. Dans la paire antérieure des arcs branchiaux, placée derrière la paire des fentes, se forment les deux cornes de l’hyoïde , qui d'abord sont dirigées 0bliquement de bas en haut et d'avant en arrière. Elles ‘se rapprochent ensuite l’une de l’autre dans toute leur longueur,