C. Onzième , douzième et treizième jours
$ 405. 1° La chambre à air augmente sans cesse, et le blanc diminue dans la même proportion. Le sac vitellin devient flasque et s’affaisse sur lui-même : il est par conséquent moins plem; les gros globules vitellins paraissent avoir diminué beaucoup. L’auréole vasculaire s’est étendue sur presque tout le jaune, dont il ne reste plus qu’une petite partie, d'environ quatre à cinq lignes de diamètre , qui soit entourée uniquement par l’auréole vitelline. En se rapetissant ainsi, l'auréole vitelline semble disparaître réellement : du moins ma-t-il souvent paru, vers cette époque, même après avoir enlevé le blanc avec précaution, exister un véritable vide dans l'enveloppe du jaune. Quoique la veine terminale ne se
voie plus, on aperçoit cependant fort bien le lieu qu’elle occupait autrefois, car la membrane proligère est fort mince à l’auréole vitelline, tandis qu’à l’auréole vasculaire elle est trèsépaisse, surtout dans son feuillet muqueux. Celui-ci s'enfonce dans la masse du jaune par des plis onduleux , qu’on distinguait déjà au commencement de cette période, mais qui ont acquis maintenant une profondeur de plus d’une ligne. Ces plis sont garnis eux-mêmes de petites rides, et évidemment analogues à ceux qui, chez beaucoup d’animaux vertébrés inférieurs, remplacent les villosités intestinales. Chacun d’eux renferme une veine, et chaque ride une veinule. Lorsque l'allantoide à acquis un plus grand développement, le feuillet séreux du jaune disparaît aussi. L’allantoïde entoure peu à peu le jaune entier, avec l'amnios, de telle sorte qu’en continuant de croître de gauche à droite, elle finit par arriver à se tousher elle-même, et qu’en cet endroit ses bords se collent ensemble; sa forme primitive ne tarde pas à devenir absolument méconnaissable. Au treizième jour, l'artère ombilicale gauche est seule , ou du moins elle surpasse de beau- Coup en développement celle du côté droit, qu’à peine distingue-t-on. Les troncs et les branches principales de l'artère et de [a veine ombilicales paraissent souvent être situées entre la moitié externe et la moitié interne de l’allantoïde , attendu qu’ils font plisser la moitié interne de dehors en dedans ; le point par lequel ils sortent, c’est-à-dire l’ombilic, et leurs extrémités étant fixés par l’attache de l'allantoïde à la membrane testacée , il résulte de là qu'en croissant les srosses branches prennent une situation fort différente, qui fait que la membrane unissante paraît diversement plissée , contracte des adhérences avec elle-même, et devient méconnaissable. On voit, d'après tout l’ensemble du développement, que quand l'allantoïde a fini par s’atteindre elle-même en s’accroissant, l'amnios et le sac vitellin sont entourés par deux couches de ce sac, l’une interne et l'autre externe, dont chacune a été primitivement rormée du feuillet muqueux et du feuillet vasculaire ; ordinairement aussi on parvient encore à développer les deux moitiés d'une manière eomplète. Dans le liquide compris entre les deux couches, on aperçoit maintenant de
| petits flocons blancs, qui sont un dépôt de l'urine. Les troncs
veineux de l’allantoïde contiennent du sang vermeil, et les
| troncs artériels du sang noir; on voit ces derniers s’allonger
à chaque pulsation et se courber au voisinage des points fixes. L'’amnios reçoit des vaisseaux grêles, mais bien visibles.
2° Les mouvemens de l'embryon sont plus spontanés. Sa situation varie beaucoup ; cependant il est plus rapproché du gros bout de l’œufque du petit, et ordinairement il a la forme d'un anneau occupant la périphérie transversale de ce dernier. Il paraît velu , et les poils ont la couleur que doit avoir le poulet futur ; ces poils ne sont autre chose que des follicules de plumes étroits et non ouverts, qui, au premier Jour, Ont acquis une longueur de quatre lignes, et qui contiennent les plumes futures, dont les barbes, extrêmement mimces, ne sont pas encore distinctes les unes des autres. La masse du tronc surpasse déjà très-sensiblement celle de la tête.
3° Le bec n’a plus d’échancrure ; il devient plus obtus, et se couvre de son enduit corné. Les orteils acquièrent des ongles. L'épiderme des pattes se partage en plaques et écailles , mais il est encore mou. L’orteil postérieur se place tout-à-fait en
arrière.
4° 7'anse intestinale contenue dans l’ombilic n’est plus simpie, mais contournée ; elle fait saillie hors de cette ouverture, de sorte qu’il y a réellement une partie de l'intestin située hors du corps, même en comprenant l'ombilic dans la cavité abdominale, avec laquelle la sienne communique librement. Le pédicule de l’allantoïide est adhérent , au contraire , avec l’ombilic. Les lames ventrales s’allongent beaucoup vers l'ombilic, mais n'arrivent cependant point encore jusque-là, et laissent entre elles un vide elliptique , qui, à cette époque, est rempli par la peau du ventre jusqu’à Fombilic cutané : ce que l’ombilic cutané est pour la peau du ventre , ce vide l'est pour les lames ventrales, qui se sont maintenant partagées en cartilages , muscles et nerfs, et qui forment toute la partie animale du corps située au dessous de la colonne vertébrale; je serais donc tenté d'appeler ce vide l'ombilic du corps. Il n’occupe pas à beaucoup près la longueur entière du tronc; aussi trouve-t-on en avant , là où les lames ventrales sont ar-
rivées à se toucher, un espace suffisant pour loger le sternum, qui s’est agrandi, et qui s’allonge rapidement d'avant en arrière, en même temps qu'il acquiert une crête mince.
5° Le squelette cartilagineux est assez complet au treizième jour, ce qui fait aussi que les muscles sont partout faciles à distinguer. L'ossification ne fait que commencer ; pendant la période précédente , on ne la remarquait qu'aux extrémités postérieures ; au dixième jour, elle a lieu sur tant de points, elle marche avec tant de rapidité, et, autant que j'ai pu m'en assurer, elle est $i peu identique chez les divers individus, qu'il faudra une longue série de recherches spéciales à ce Sujet seulement pour pouvoir en déterminer d’une manière exacte la succession normale. Dans un embryon du douzième jour, les grands os longs des extrémités , la clavicule , l'omoplate, le pubis et l'os des îles présentent des points d’ossification. Dès auparavant, la corde dorsale, qui maintenant paraît transparente eu égard à l’épais cartilage, est amincie , dans chaque vertèbre , par l’acerue de son corps, en sorte qu’elle à la forme extérieure d'un vaisseau lymphatique, apparence qui devient rapidement plus prononcée après la manifestation des points d’ossification. Les premiers points d'ossification paraissent dans les vertèbres du cou et de la poitrine. Au treizième jour on en voit déjà de considérables des deux côtés dans les arcs vertébraux , tandis que ceux des corps croissent avec une lenteur extrême, de manière qu’on peut aisément ne point les apercevoir. A la fin du douzième jour, j'ai trouvé des points d'ossification dans presque tous ceux des os de la tête qui sont éloignés du crâne. La calotte du crâne est encore fort mince et molle ; cependant les prolongemens antérieurs des os frontaux sont ossifiés, de même qu'une peiiie partie du temporal ; mais les canaux demi-circulaires sont encore cartilagineux. La base du crâne, ou la continuation de la série des corps vertébraux, se compose d’épaisses masses cartilagineuses , qui contiennent de petits points d’ossification. Un jour plus tard , presque tous les os de Ja tête sont ossifiés, du moins en partie, et la calotte du crâne peut être considérée comme une grande fontanelle.
6° Le ventre croît plus lentement à sa partie postérieure
DÉVELOPPEMENT DES OISEAUX. 319 qu'à l’antérieure. Comme le cœur a maintenant un volume considérable , et que le foie croît aussi d’une manière rapide, quoiqu'il ne le fasse jamais dans la même proportion que chez les Mammifères , l’estomac s'étend jusqu’à la région de l'ombilic, et ae là paraît dépendre que, vers cette époque, une portion considérable de l'intestin se trouve dans l'ombilic, d’où il en sort même plusieurs circonvolutions, en même temps que le cordon ombilical creux s’allonge de près d'un demi-pouce. |
7° La face interne de l’œsophage est garnie de plis longitu
dinaux considérables ; le jabot est mieux dilimité qu’auparavant, et fait une forte saillie au côté droit. L'œsophage décrit aussi une courbure à droite, de sorte qu'il n’est plus situé au dessus de la trachée-artère. Le ventricule succentarié est considérablement dilaté, séparé du gésier à l'extérieur, comme à l’intérieur, à parois épaisses , et garni à sa face interne de cryptes muqueuses très-prononcées. Le gesier a, une paroi musculeuse fort épaisse, et en général la forme qu'il doit toujours conserver. Le duodénum, qui en part, se porte à droite jusqu'à l’ombilic , puis s’infléchit brusquement, et remonte à droite jusqu’à la face inférieure du foie , embrassant le pancréas dans cette anse étroite. À partir du foie, l'intestin se dirige en arrière, et passe au côté droit dans l’ombilic, hors duquel il décrit quelques cireonvolutions maintenues par le mésentère, qui s’est allongé ; il reçoit le canal vitellin dans une de ces circonvolutions, remonte dans l’ombilic, et se continue , au côté gauche, avec le gros intestin, qui descend le long du sacrum jusqu'au cloaque, en ne décrivant qu'une courbure simple. La portion de l'intestin grêle située dans Vombilic doit être considérée comme ayant été chassée au dehors par l'étroitesse de la cavité abdominale, et non pas comme un prolongement de nouvelle formation : je le conclue de ce que les cœcums , qui ont quatre lignes de long au treizième jour, sont maintenant situés presque en entier dans l'ombilic. Le gros intestin est la partie qui a pris le moins d'accroissement, mais il a acquis beaucoup d’ampleur. La vésicule biliaire est colorée en vert: on trouve un peu da bile dans Je duodénum et l'estomac.
En général donc, l'appareil digestif a déjà sa forme permanente, si toutefois nous faisons abstractioa de la portion d’intestin grêle située hors du ventre.
‘8° Le cloaque est distinctement séparé de l'intestin. La bourse de Fabricius s'y ouvre par un large orifice , mais elle a une structure différente. En effet, sa paroi interne offre des plis, qui cessent à l'endroitoù elle se continue avec le cloaque. Celui-ci reçoit aussi les conduits excréteurs des corps de Wolf , en un mot ceux de l'appareil génital et des reins. De plus il reçoit le pédicule de l’allantoïde, qui, avant d’yarriver, se dilate, mais qui, à l'endroit même de son embouchure, est fort étroit; la dilatation s’allonge en pointe vers l'ombilic, et c'est là ce que quelques observateurs ont nommé la vessie.
9° Les lobules des reins se divisent beaucoup, de sorte que le bord externe de ces organes paraît plus frangé encore qu'auparavant. Les uretères peuvent être suivis jusque dans le cloaque. Vers le douzième jour les capsules surrénales naissent , suivant Rathke, à l'extrémité antérieure des reins.
10° Les corps de Wolff vont toujours en se raccourcissant, mais ils reçoivent encore beaucoup de sang ; le raccourcissement est toujours plus considérable, surtout au côté droit, chez les femelles que chez les mâles. Les conduits intérieurs se contournent davantage : d’un côté, ils se rapprochent des testicules , qui se raccourcissent aussi, et de l’autre, ils se rapprochent pour produire le canal excréteur : ce dernier perd son extrémité antérieure chez les mâles ; chez les femelles, il est beaucoup plus court à droite qu'à gauche.
11° Les poumons sont déjà appliqués aux côtes, qui produisent de profondes impressions à leur surface , comme s'ils éprouvaient un refoulement de plus en plus prononcé vers le haut : ils contractent aussi adhérence avec la cage pectorale, l'enveloppe péritonéale qui se détache des deux côtés les y collant en quelque sorte. Pendant le passage de la période précédente à celle-ci, les poumons ont souvent une apparence pénicillée ou velouteuse attendu que les derniers tubes grêles font saillie au-delà de la surface précédemment lisse ; mais ils ne tardent pas à se recoller ensemble , et au treizième jour jls ont la forme qu'ils doivent conserver, La bandelette pos—
térieure , remplie de vésicules , ne commence à se développer qu'à cette époque ; les vésicules , dont, suivant les observations de Rathke, il existe quatre de chaque côté au commencement de cette période, sortent de la surface, et la postérieure beaucoup plus rapidement que les antérieures ; au treizième jour la postérieure s'étend librement, dans la cavité abdomi . nale , jusqu’à l'ombilic.
12° La trachée-artère devient plus uniforme sous le point de vue de l'épaisseur, mais son extrémité antérieure conserve encore plus d’ampleur que la postérieure. Elle se constitue en plusieurs couches, qu’on parvient aisément à séparer l’une de l’autre au treizième jour ; la plus interne est la membrane muqueuse mince , mais résistante , qui se détache si complétement des autres, qu’on peut l'en retirer comme une sorte de gaine. La couche suivante , beaucoup plus solide et épaisse, se partage en anneaux disposés à la suite les uns des autres, avec des masses intermédiaires peu considérables , représentant les arceaux trachéens et leurs interstices fibreux. La troisième couche, ou la plus extérieure, est fibreuse et plus épaisse de chaque côté : c’est une enveloppe musculeuse , qui forme des deux côtés les muscles sterno-hyoïdiens. La dilatation du larynx supérieur augmente, de sorte qu'il paraît distendu en deux poches latérales peu profondes; on finit par pouvoir distinguer toutes ses parties.
13° L'oreillette droite du cœur acquiert le volume de Îa gauche. La veine cave postérieure entre dans l'oreillette droite après là cloison, qui maintenant s’est prolongée jusque à, et le courant du sang se dirige vers le ventricule gauche. La veine cave antérieure droite pénètre dans la postérieure peu avant son entrée dans le Cœur ; mais la gauche à une embouchure distincte , parce que lorifice commun s’est enfoncé dans l'oreillette suivant le mode que nous avons décrit plus haut ($ 402, 15°). L'orifice de la veine cave postérieure est rapproché de celui de la veine cave antérieure gauche, et ces deux ouvertures sont séparées l’une de l’autre par une cloison qui ne permet au sang de la dernière veine d'arriver que dans l'oreillette droite, et qui dirige celui de la veine postérieure principalement dans l'oreillette gauche , quoique,
Ja veine n'étant pas fermée, l'oreillette droite doive aussi étre remplie par la veine cave postérieure.
14° Quant aux anciens, arcs vasculaires , ils ont subi un grand changement. Les arcs artériels antérieurs se détachent peu à peu davantage des postérieurs ; au treizième jour , ils se continuent immédiatement avec les artères carotide et brachiale , dont ils figurent les troncs ; leurs transitions avec les deux racines de l'aorte deviennent au contraire plus grêles, et s’eflectuent sous des angles de plus en plus aigus , de sorte qu'elles ont davantage la forme de branches anastomotiques.Les artères pulmonaires se continuent en arcade avec les racines de l'aorte, mais de différentes manières ; au côté gauche, comme la branche anastomotique venant du tronc artériel antérieur est faible, l'artère pulmonaire est l'aorte elle-même, et beaucoup plus volumineuse que l’autre; du côté droit, au contraire , le tronc artériel postérieur s’agrandit aux dépens de l'artère pulmonaire de ce côté, en sorte que ce tronc constitue principalement la racine droite de l'aorte, et qu'il ne fait que recevoir l'artère pulmonaire à titre de branche. Ces changemens semblent indiquer que le ventricule gauche continue toujours de pousser le sang davantage à droite, et le ventricule droit davantage à gauche. Chaque artère pulmonaire fournit en outre une petite branche au poumon voisin. La partie antérieure du corps ne reçoit donc le sang que du ventricule gauche , tandis que la postérieure le reçoit du droit et du gauche en même temps.
.… 15° Le cerveau , vu en dessus, ressemble presque à un trè- * fle de carte à jouer. La masse des tubercules quadrijumeaux est fortement rejetée de côté, en deux renflemens : le milieu de la calotte est tout-à-fait affaissé, et forme une très-large bandelette d'union entre les deux renflemens latéraux. Les aquéducs antérieur, moyen et postérieur , ne font qu’un seul canal n0n interrompu. Le jambage postérieur du trèfle est produit par le cervelet, qui s’encastre entre les deux vésicules des tubercules quadrijumeaux , dont il a atteint la hauteur; il l'est en outre par l'union des deux feuillets de la dure-mère qui touche au cervelet. Le jambage antérieur est représenté par le cerveau proprement dit, qui se termine en pointe sur
le devant. Dans le milieu, là où les quatre jambages se réunissent ensemble , on remarque un enfoncement d’où s'élève une éminence , qui n'arrive cependant point à la hauteur des autres; cette éminence est composée manifestement de masse cérébrale , et ne peut être autre chose que la calotte du troisième ventricule, qui, pendant la période précédente , avait été refoulée en plis vers le haut. En effet, elle est creuse à sa face inférieure, comme une chaudière renversée, et en devant elle se continue avec les couches optiques par deux minces piliers que sépare l’un de l’autre une fente (la fente primitive dans la calotte du troisième ventricule ) ; mais, en arrière , elle semble se continuer avec la commissure posté rieure par une lame blanche. Il est évident que cette partie cérébrale , qui au treizième jour ne se trouve point à une ligne de distance des couches optiques, est la glande pinéale ; cette glande serait dunc la calotte détruite et relativement morte du troisième ventricule. | | L'adhérence dont nous avons parlé déjà des lames de la moelle épinière à l'endroit où celle-ci se continue avec le cerveau, s'élève et s'applique au cervelet, d’où il résulte que le quatrième ventricule se trouve entièrement couvert. Le cervelet a considérablement augmenté de volume , et ils’est produit dans sa portion médiane des échancrures transversales qui le partagent en feuillets. Les deux masses des tubercules quadrijumeaux, écartées l’une de l’autre, contiennent une peute cavité, qui communique avec l’aquéduc , et dans laquelle on trouve maintenant un ganglion oblong ; les paroïs ont ac— quis de l'épaisseur, par le fait des adhérences. Les couches optiques sont très-considérables , et plus volumineuses , relativement aux autres parties du cerveau, que chez l’Oiseau adulte. La commissure antérieure se développe compléte-
ment.
16° La fente palpébrale est très-rétrécie , de sorte que le repli circulaire s’est converti en deux paupières , l’une supérieure , l’autre inférieure , qui ne sont plus transparentes. Le cristallin n'est plus aussi convexe qu'auparavant, ce qui #termine la formation d’une chambre antérieure de l'œil. Z'iris commence à se colorer, à partir de son bord interne La ré-