DU DÉVELOPPEMENT DE LA VIE PLASTIQUE
Nous distinguons deux formes de la vie ; l'une s'annonce par des phénomènes extérieurs persistans, ou par des produits matériels ($ 417-470) ; l'autre se manifeste, d’un côté, par des actions intérieures, qui ne frappent pas immédiatement les sens, et dont le jugement seul nous procure la connaissance, d’un autre côté, par la pure activité dans l’espace, c’est-à-dire par le mouvement (471, 472).
De ces deux formes de l'activité vitale, la première est relative, ou à la configuration extérieure ($ 417-160), ou à la composition matérielle ($ 464-470 ).
DÉVELOPPEMENT DE LA CONFIGURATION. 971 PREMIÈRE SÉRIE, Du développement de la configuration extérieure.
$ 417. La configuration en général se prête aux considérations suivantes :
1° Chez les végétaux, comme chez les animaux, elle commence par la formation d’une masse molle, et qui, eu égard à la consistance , tient le milieu entre les solides et les liquides. Cette masse est srisâtre, blanchâtre, ou presque sans couleur , et translucide ; le microscope démontre qu'elle se compose de globules, ou de petites masses irrégulières, et d’un liquide légèrement épais. On l'appelle gelée ou mucus ; mais ces dénominations, qui n’ont trait qu'à la consistance, peuvent entraîner des erreurs sous le point de vue chimique. Celles de tissu cellulaire , tissu muqueux, tissu plastique, paraissent inconvenantes , paree qu’il n’y à point encore de véritable texture. Enfin celle de substance animale exprime une idée trop restreinte, et celle de substance primordiale une idée trop étendue. Nous adopterons donc pour cette masse le nom de masse organique primordiale, où de blastème. Le liquide semble en être la partie à proprement parler primitive ; car les granulations s’y multiplient peu à peu, jusqu'à ce qu’enfin on voie apparaître une configuration organique.
2° Le nouveau corps organique se développe ou d’une spore ou d'un œuf. Dans le premier cas, il procède immédiatement de la masse organique primordiale, car la spore elle-même provient d’une granulation ou de plusieurs granulations. Dans le second cas, la formation de l'embryon est accomplie par une partie membraniforme, la membrane proligère ($342 }, qui elle-même provient de mr masse organique primordiale, l'embryon provient de la masse proligère, dont il estune métamorphose , qui s'accompagne d'un dépôt de la masse organique primordiale contenue dans l'embryotrophe. (Ainsi, dans l'œuf de Poule couvé, on reconnait , pendant la première période ( $ 398, 12° ), que l'embryon fus -Mmême ne tient pas uniquement à la membrane prolisère, mais qu'il fait en réalité corps avec elle, qu'aucune ligne de démarcation n'existe entre
elle et lui, et qu'il n'est qu'une simple modification particulière d'un point de cette membrane, une pullulation isolée de sa surface. Cet état de choses persiste pendant tout le développement dans l’œuf, à cela près seulement que la partie isolée à laquelle nous donnons le nom d’embryon, et qui d’abord se réduisait presque à rien, ne tarde pas à jouer le rôle le plus important, et à acquérir une prédominance bien marquée sur le reste de la membrane proligère } (1).
Les différens organes sont des développemens directs (3°) ou indirects (4°) de la membrane proligère.
3° Les organes qui procèdent directement et primordialement de la membrane proligère représentent l’antagonisme le plus prononcé. En effet, la membrane proligère se partage en deux feuillets qui, par leur développement, produisent, l’un les organes de la vie animale, l’autre ceux de la vie plastique.
Le feuillet qu'on a nommé séreux, à cause de son aspect (& 418-435), est situé en dehors ; par conséquent il regarde le milieu extérieur , notamment l’air atmosphérique, dans l'incubation extérieure, et le corps maternel, spécialement la matrice, dans l’incubation intérieure. Mais, dans les deux cas , ilest exposé à une influence d'un ordre plus élevé, et plus générale. C’est de lui que se développent les systèmes nerveux, musculaire, osseux et cutané extérieur, par conséquent tout l’ensemble de la vie animale.
L'autre , ou le feuillet muqueux (S436-439*** ), est situé en dedans; il se trouve en contact immédiat avec l’embryotrophe primaire, ou le jaune ; par son développement il produit le système des membranes muqueuses , qui est le principal siége de la vie plastique, celui dans lequel les substances du dehors sont admises et assimilées, celui aussi par lequel la substance organique est décomposée et rejetée à l'extérieur.
4° Conformément à ce caractère, le feuillet muqueux absorbe de l'embryotrophe dès l’origine, et le dépose, métamorphosé en masse organique primitive, à sa surface externe. Puis, en cet endroit, ou entre le feuillet muqueux et le feuil-
(4) Addition de Baer.
DÉVELOPPEMENT DE LA CONFIGURATION, cé
; let séreux , apparaissent les formations indirectes ou secondaires, qui entrent diversement en rapport avec celles de ces deux feuillets, mais représentent, eu égard les unes aux autres , un nouvel antagonisme. En effet, le feuillet vasculaire (8440-49 }, qui prend sa racine dans les feuillets muqueux, et qui pousse vers le feuillet séreux, produit, par son développement , le système vasculaire universel , qui se répand dans l'organisme entier , à l'instar du système nerveux , et qui est l’une des conditions des formations intérieures. Le système uro-génital, au contraire, a une tendance de dedans en dehors, où il se met en connexion immédiatement avec les membranes muqueuses, et, en sa qualité de système partiel, il ne représente que le côté égestif de ces membranes , mais à une plus haute puissance , puisqu'il dépose au dehors la matière, soit désorganisée , soit susceptible d’une organisation et d'une vitalité particulière, qui est devenue la plus étrangère à la vie individuelle.
Aux divers degrés du règne animal, on découvre des différences essentielles suivant que la membrane proligère se métamorphose tout entière en embryon, ou qu'elle ne le fait qu’en partie, l’autre portion venant alors à périr.
bo Chez les animaux invertébrés et les Batraciens, la membrane proligère est presque partout une formation purement persistante ; car elle se métamorphose en embryon d’une m:nière complète et dans toute son étendue. Nous avons donc ici un degré de formation qui vient immédiatement après les spores.
6° Entre cette formation et la suivante, les Poissons nous en présentent une intermédiaire, qui consiste en ce qu'ilapparait, chez ces animaux, une partie transitoire ou périssable du feuillet muqueux, la vésicule ombilicale, qui s’efface pendant la vie embryonnaire.
7° Chez les Reptiles supérieurs, les Oiseaux et les Mammifères,une partie de toutes les couches dela membrane proligère se trouve en excès, et n'entre point dans l’organisation permanente de l'embryon. Ici, en effet, la formation de l'embryon, comme expression d’un plus haut degré de vitalité, estrestreinte à la partie germinative , qui constitue le centre de la membrane
prolisère disciforme, ou la portion jouant le rôle de centre de la membrane proligère réduite en une sphère creuse, tandis que le reste de cette membrane se réfléchit sur fa limite de la partie germinatrice ou de l'embryon, etreprésente une vésicule périphérique transitoire , qui s'approche plus ou moins de la membrane de l'œuf, couvre plus ou moius l'embryon, et constitue par conséquent une enveloppe du fruit. La partie périphérique du feuillet séreux devient l’amnios ($ 435), qui entoure immédiatement l'embryon, et qui, en raison de sa plasticité moins énergiaue , exprime plus particulièrement l’mdividuaité de ce dernier. La partie correspondante du feuillet muqueux est la vésicule ombilicale (8 437), résidu de la for-
mation du canal digestif, qui couvre en partie le côté ventral
de l'embryon, mais, chez quelques animaux, l'enveloppe, ainsi que l’amnios. Mais la plus extérieure des enveloppes du fruit, celle qui s'applique à la membrane de l'œuf, est formée en commun par les développemens immédiats ou secondaires de la membrane proligère (4°); c’est l’allantoïde ( $ 447), qui se transforme en partie périphérique du système uro-génital, et que revet une expansion du feuillet vasculaire , l'endochorion ($ 448 }).
7° Par #rou ombilical, nous entendons le point où la partie interne de la membrane proligère se continue avec la partie périphérique , en d’autres termes celui où la paroi creuse de l'embryon n’est point close, mais se refléchit sur elle-même pour faire corps avec les enveloppes embryonnaires. Dès la première apparition de l'embryon on distingue un plissement qui marque la limite entre les deux parties de la membrane proligère , attendu que la portion interne s’enroulé de tous côtés sur elle-même pour s’isoler et se clore comme embryon, mais que la portion périphérique s’épanouit en sens contraire de dedans en dehors; l’ouverture ombilicale est donc ici à peu près aussi longue et aussi large que l'embryon entier (1). A mesure que celui-ci se sépare ous’isole, l'ouverture ombilicale devient plus étroite, et le passage de la partie embryonnaire à celle qui constitue les enveloppes de l'embryon se rapproche
(1 Poyez pl, II et INT, p’ q.
humaine , quand le cordon a moins de dix-huit pouces, comme de plus en plus de la forme cylindrique. Maintenant , comme la membrane proligère se divise en deux feuillets , l'un externe et l’autre interne, il se produit aussi deux ouvertures ombilicales , l'une extérieure , qui est l'orifice de la cavité du corps , dont la paroi se continue avec lamnios , l'autre intérieure , qui est le vide de l'intestin , dont la paroi se continue avec la vésicule ombilicale (8 401, 4°) ; mais, à ces deux ouvertures se joint encore une autre ouverture ombilicale interne , savoir le vide du cloaque ou de la vessie, qui se continue avec l’allantoïde. Il existe donc trois formations tubuleuses qui servent d’intermédiaire entre l'embryon et les expansions vésiculeuses des enveloppes embryonnaires , savoir la gaîne ombilicale , qui appartient à l’'amnios , le conduit de la vésicule ombilicale , avec ses vaisseaux, qui appartient à la vésicule ombilicale , enfin le conduit allantoïdien, avec son feuillet vasculaire, qui appartient à l’allantoïde et à l'endochorion. Chez les Reptiles supérieurs et chez les Oiseaux, ces communications tubuleuses sont fort courtes, de manière que les enveloppes vésiculeuses touchent immédiatement au corps de l'embryon : chez les Mammifères , elles sont plus longues, et forment un cordon, appelé ombilical, qui établit une connexion entre l’œuf et l'embryon, mais qui en même temps les tient écartés l'un de l'autre, et exprime par conséquent un antagonisme plus prononcé entre eux. De là vient que c’est chez l'homme qu’il a le plus de longueur absolue et relative, car ordinairement il estlong de dix-huit à vingt-deux pouces chez l’enfant, tandis que sa longueur ne dépasse point douze à dixhuit pouces chez les Chevaux et les bêtes à cornes (1), et qu'il est plus courtencore, proportion gardée, chez les Garnassiers et les Rongeurs. En outre, le conduit de la vésicale ombilicale et celui de l’allantoïde disparaissent de très-bonne heure dans le cordon ombilical de l'homme, de sorte qu'il ne reste plus d'autre tube de transition que la gaîne ombilicale, et que les vaisseaux du conduit allantoïdien forment le noyau cylindrique du cordon. C'est toujours une anomalie , dans l'espèce
(1) Jœærg , Ueber das Gebærorgan, p. 29.
chez les Mammifères , ou quand il manque en entier, de manière que l'embryon repose immédiatement sur le placenta , comme Chez les Oiseaux et les Reptiles supérieurs (4).
De ce qui précède , il résulte que les Poissons ont un nmbilic interne ou intestinal, mais point d'ombilic externe, et que l’ombilic manque tout-à-fait chez les Batraciens , les animaux sans vertèbres et les plantes. Mais si l’on veut entendre par ombilic tout vide dans la paroi abdominale qui doit un jour se remplir, alors on est réellement forcé d'attribuer un trou ombilical ($ 391 , 4) à ces animaux inférieurs pendant tout le temps que la membrane proligère n’a point encore enveloppé le jaune de toutes parts, ou n’est point encore devenue une yésicule complète : seulement on ne peut jamais dire qu'ils ont un cordon ombilical. C’est parce qu'on ne s'était point fait une idée nette de cette partie, et parce qu'on supposait chez tous les autres embryons ce qui a lieu chez celui de l’homme , qu'on était enclin à considérer comme un cordon ombilical , ou comme un conduit vitellin, toute partie filamenteuse qu'on apercevait à l'œuf des organismes inférieurs: Ainsi ce qu’on a nommé le cordon ombilical de l'œuf végétal n'est qu'une union vasculaire entre la membrane interne de la graine et le tronc maternel , et si l’on a trouvé , chez des Entozoaires et autres animaux inférieurs , un filament de jonction entre l'embryon et l'œuf, ce n’était sans doute qu'un simple effet de coagulation, un produit dont le rôle n'avait aucun rapport avec celui du cordon ombilical.