‹ Traité de physiologie, consideŕeé comme science d'observation (volume 4)Chapitre 48 sur 79 · I. Et d’abord sa formation en général · texte numérisé non relu

I. Et d’abord sa formation en général

A De la masse grenue des parois se sépare une gelée consistante, qui est Le rudiment du squelette sous une forme déterminée. Cette gelée consiste en un amas de granulations peu translucides, et on la distingue à travers le reste de la masse, qui est plus transparente. Le tronc gélatineux de la colonne vertébrale a dès l'origine une gaîne (S 398, 8°); peutêtre aussi toutes les autres parties du squelette résultentelles primordialement d'une séparation en masse gélatineuse et en enveloppe fibreuse. Mais, à cette époque, il n’existe encore aucune division, et l'on n’aperçoit que les linéamens du squelette entier ; il n’est pas plus possible, aux membres qu'à la colonne vertébrale, de distinguer aucun vestige de séparation en plusieurs os disuncts.

20 La gelée devient cartilage, c'est-à-dire une masse homogène, transparente comme du verre, qui acquiert peu à peu de la consistance et de l'élasticité , dont la tranche offre une surface lisse, et dans laquelle on ne distingue ni texture particulière, ni cavités, ni cellulès, ni vaisseaux sanguins. C'est par sa surface que la gelée devient transparente et cartilagineuse, et cette métamorphose s’étend peu à peu du dehors au dedans, jusqu’à ce qu'enfin il ne reste plus aucune trace de masse grenue opaque. Les cartilages sont visibles dans la cinquième semaine chez l'embryon humain, et au troisième jour chez le Poulet, par conséquent à une époque où le cœur fait de grands progrès dans son développement. Or comme, d'après la remarque de Weber (1), la cartilaginification se manifeste d'abord dans les corps ces vertèbres, les côtes et le sternum, c’est-à-dire autour du cœur, elle parait être en connexion avec la formation de ce dernier. Avec elle commence la segmentation; en effet, la métamorphose en cartilage s'effectue, non pas d'une manière partout uniforme et continue, mais par places distinctes, indiquant ainsi les futures articulations ; la masse grenue qui demeure indivise à l'endroit de la

(4) Meckel , Archiv fuer Anatomie , A827,, p. 231,

segmentation, se développe peu à peu en ligamens articulaires. Le cartilage ne forme une masse indivise que dans les régions où doivent se développer plusieurs os immobiles les uns sur les autres, par exemple au crâne et au bassin. Chaque cartilage a unc'enveloppe fibreuse, mais qui est encore fort mince.

* Ensuite des vaisseaux sanguins pénstient dans le cartilage, à travers l'enveloppe fibreuse, et se ramifient dans son intérieur. La couleur et la texture changent le long de ces ramifications ; l'endroit devient d’abord opaqu:, puis d'un rouge jaunâtre, et blanc par la dessiccation ; la flexibilité cesse ; Ja surface devient inégale et striée ; il se manifeste des fibres, qui s’anastomosent ensemble sous des angles aigus, ou suivent pendant quelque temps une marche par allèle, puis s'unissent par des fibres transversales , et ne tardent pas à produiré de cette manière un tissu aréolaire. La condition générale de l'ossification est l'afflux du sang rouge, et l'idée la plus simple qu'on puisse s’en faire est que le cartilage, attirant la substance terreuse de ce sang, subit aussi une métamorphose dans sa composition, se Condense d’une manière inépale, et cristallise en forme de réseau. Car, d’un côté, nous ne pouvons pas croire que le cartilage disparaisse dans sa masse entière, qu'il fasse place à la matière osseuse, et qu’il soit absorbé ; d'un autre côté, le changement qu'il subit ne se borne point à admettre de la terre calcaire ; car la pièce osseuse nouvellement produite se sépare sans peine du reste du cartilage, et donne, après qu'on en à extrait le sel calcaire, une gelée qui diffère un peu de celle de ce dernier.

D'après des recherches récentes, le tissu osseux se produirait de la manière suivante. Les De des cartilages se métamorphosent en corpuscules osseux oblongs , terminés en pointe à leurs deux extrémités, et il se produit dans. la masse Cartilagineuse dense des cavités sphériques distinctes , qui s’allongent, se confondent et représentent les canaux des 0$ (1). Ces canaux contiennent, ainsi que les corpuscules dont il vient d’être parlé, des sels calcaires, qui néanmoins ne

(4) Valentin, loc, o5t., p. 264,

manquent vraisemblablement pas non plus dans le reste de la substance osseuse.

L'ossification commence , chez le Poulet, au neuvième ou dixième jour, et chez l'embryon humain pendant la septième semaine, par conséquent à une époque où la plupart des organes sont déjà formés, où la respiration prend une forme plus élevée, et où la sécrétion de l'urine commence à s'établir,

IL, A l'égard des points d’ossification,

A Quelques os se développent par un seul point. Tous ceux-là, si l'on excepte les pièces du coccyx, sont pairs, tels que les pariétaux, les palatins, les jugaux, les nasaux , les lacrymaux, les cornets du nez, les clavicules, les rotules, les os du carpe et du tarse, à l’exclusion du calcanéum. D'autres ont deux points d’ossification qui, pour les os impairs, le frontal, le vomer et la mâchoire inférieure , sont placés latéralement, d'une manière symétrique, et qui, pour Îes os pairs, le calcanéum, ies métacarpiens , les métatarsiens et les phalanges, produisent le corps et la portion terminale. Il y a des os qui se développent par trois points d’ossification , Constituant, pour les impairs, l’ethmoïde et les vertèbres, une pièce médiane, avec deux pièces latérales, et pour les pairs, de forme allongée, soit un corps et deux apophyses à l’une des extrémités, comme aux côtes, soit un corps et deux extrémités, comme au radius, au tibia et au péroné ; l'os maxillaire supérieur a aussi trois points d'ossification. On en compte cinq aux seconde et septième vertèbres cervicales , parmi les os impairs ; à l'omoplate, au cubitus, au fémur et aux iliaques parmi les os pairs. L'humérus en à sept, l'occipital onze, le sphénoïde quatorze et le sacrum vingt-et-un; le nombre des points d’ossification du sternum n’a rien de fixe.

20 Chaque noyau s'élargit peu à peu, et lorsque deux noyaux appartenant au même os viennent à se toucher, ils se confondent ensemble ; ainsi, sept des points d’ossification de l'occipital et onze de ceux du sphénoïde se soudent pendant la vie embryonnaire, de sorte qu'il ne reste plus du premier de ces os que quatre pièces, et de l’autre que trois.

3 Plusieurs des ouvertures et canaux destinés aux vaisseaux et aux nerfs se forment entre deux noyaux osseux pri-

sa LÉ *

mordialement séparés. Ainsi, par exemple, le trou qui re= çoit l'artère vertébrale naît à la septième vertèbre cervicale, entre une apophyse transversale antérieure et une postérieure , tandis qu'aux vertèbres du cou il est produit par une seule apophyse transverse, qui croît tout autour de l'artère. IL. Eu égard à la succession, | 1° Celle des premiers points d'ossification est soumise à de nombreuses variétés dans les différens os. Suivant Rusconi (), chez la Salamandre, les premiers points paraissent dans la mâchoire inférieure , puis dans la mâchoire supérieure , ensuite dans la colonne vertébraïe , en procédant d'avant en arrière : enfin dans les membres. Chez le Poulet, au contraire , Suivant Haller (2) l'ossification s'opère au huitième jour, dans le bia , au neuvième dans le fémur , au dixième dans la mâchoire , les côtes et le sternum, au treizième dans le péroné, | au quinzième dans le crâne. Chez l'embryon humain, le pre- 1) mier point d’ossification paraît dans la clavicule, vers la fin |] du second mois; ensuite il s’en développe dans la mâchoire inférieure, la mâchoire supérieure et le fémur ; durant la première moitié du troisième se manifestent ceux du frontal , de ‘4 l'occipital , de l’humérus , des os de l'avant-bras , des os de la | jambe, de l’omoplate et des côtes ; pendant la seconde moitié du troisième mois, ceux du temporal, du sphénoïde et du jugal , puis ceux du pariétal , du palatin et du nasal , enfin ceux des vertèbres, du métacarpe , du métatarse et dés phalanges onguéalés ; au quatrième mois, ceux du vomer, des deux autres phalanges et des iliaques ; au cinquième, ceux de l’ethmoïde , du lacrymal et du cornet nasal ; au sixième, ceux du Sternum , des os du carpe et de ceux du tarse ; au dixième, ceux de l’hyoïde et du coccyx.

La succession de l’ossification diffère de celle de la cartilaginification, et l’on peut la déterminer d’après le mode de distribution des vaisseaux. Presque partout, nous voyons que l’ossification se manifeste simultanément sur les points les plus divers ;

(4) Amours des Salamandres, p. 47. — Voyez aussi À. Dugès, Rech. sur l’ostéologie et la myologie des Batraciens à leurs différens âges, Paris, 1833, in-4°, fig.

(2) Opera minora, à, XL, p. 560.

les points d'ossification sont semés dans les différentes régions.

20 En général, l’ossification procède des parties latérales vers la ligne médiane, ce qu'on doit attribuer à ce que le sysième artériel se ramifie d’abord d'une manière paire vers les côtés , et à ce que ses divisions les plus déliées ne viennent que plus tard à se rencontrer sur la ligne médiane. Aussi les os qui se forment les premiers sont-ils pairs pendant toute la vie , comme les clavicules , la mâchoire supérieure et lefémur, ou du moins pendant les premiers temps de leur apparition, comme la mâchoire inférieure et Le frontal. Dans les os impairs, les parties latérales sont épalement celles qui se forment les premières ; ainsi, aux vertèbres, les arcs précèdent les corps ; à l’occipital , les parties latérales sont ossifiées avant l'apophyse basilaire ; au sphénoïde , les ailes avant le, corps ; à l’ethmoïde, les masses latérales avant la lame perpendiculaire. Le sacrum seul fait exception ; les corps s'y développent plus tôt que les arcs.

Conformément à cette règle , certains os impairs sont pairs au moment de leur origine ; outre la mâchoire inférieure et le frontal, cette catégorie renferme encore le vomer, les os coccygiens supérieurs, et même le sternum, quoique sans symétrie régulière ; cependant les os inférieurs du coccyx sont impairs dès le commencement, mais ils paraissent aussi en dernier lieu.

Enfin la partie moyenne de quelques os impairs est paire aussi au moment de sa formation. C’est ce qui arrive au Corps du sphénoïde , à l’apophyse odontoide de la seconde vertèbre du cou, à la partie squameuse de l'os occipital , à l'apophyse épineuse des vertèbres. Le rapport est moins précis et plus variable dans le corps de la seconde vertèbre du cou et de l'hyoïde ; mais les corps des autres vertèbres et de l'occipital paraissent ne se former que d’un seul noyau , quoiqu'on remarque aussi , sur la ligne médiane , un étranglement ou une diminution de masse. |

3° Dans chaque os, la formation commence toujours à l'intérieur, et s'étend peu à peu vers l'extérieur. Ainsi, l'ossification des os cubiques marche du centre à la circonférence, dans toutes les directions ; celle des os larges, du centre vers la périphérie, et de la surface interne vers l’externe ; celle des

Ua2 DÉVELOPPEMENT DU FEUILLET SÉREUX,

os longs, de la pièce médiane, vers les extrémités, et du tissu spongieux intérieur vers la substance corticale. [n’y a que les points terminaux du squelette qui fassent exception sous ce rapport ; les phalanges onguéales des doigts et des orteils s’ossifient à partir de leur sommet.

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